Internet nous rend-il heureux ? Je ne veux pas parler ici du grand bonheur, des rencontres extraordinaires sur Meetic qui vont changer la vie des internautes, mais de ce que Philippe Delerm aurait qualifié de plaisir minuscule. Souvenez-vous, « la première gorgée de bière », 1997, il n’était pas question alors d’internet puisqu’internet n’avait pas encore été mis à la portée du grand public. Mais les « like » de posts sur Facebook, les demandes d’amitié même si je sais bien que sur le lot, il y aura toujours quelques putes, une poignée de fachos et trois vendeurs de dentifrice, ça fait plaisir.
Avec internet, nous sommes en interconnexion permanente les uns avec les autres. Avant, pour les athées, il n’y avait peut-être que dans les manifs qui permettaient cette communion. Aujourd’hui, pourquoi manifester puisqu’il y a Facebook et Twitter ?
Savoir que les posts de mon blog sont lus, c’est aussi du plaisir minuscule. Et le véhicule qui me permet de connaître l’activité de mon blog, c’est « Google analytics ». Donc « Google analytics » contribue à me faire plaisir.
Lors des précédents posts concernant la vie du blog, j’avais fait part de mon souhait de le voir devenir un petit îlot culturel sur lequel le visiteur pourrait passer du temps. Je voyais ça à l’époque comme une utopie, mais ce n’en est plus vraiment une.
Il y a le « taux de sortie » qui permet de savoir que des utilisateurs ont visité plusieurs pages, à ne pas confondre avec le « taux de rebonds » dont on dit que c’est mieux quand il est bas, mais ça me choque pas si un internaute tombe sur un de mes posts via Google et s’en va immédiatement après l’avoir lu. Je préfère que 100 utilisateurs lisent le post sans aller ailleurs plutôt qu’un seul utilisateur qui va surfer sur 100 articles sans y prêter attention (un sacré psychopathe, celui-là).
Pour le reste, ce n’est pas encore la « grande librairie », mais il y a comme un frémissement (statistiques depuis le 12 août 2017) :
– 24 visites dans les pages « Blog à part », « mes films » et « du côté de chez Georges » ;
– 18 visites dans les rubriques livres. Ça c’est une belle satisfaction, j’ai bien fait de me casser le cul pour rendre cette micro bibliothèque plus lisible ;
– 16 utilisations du moteur de recherche ;
– 15 recherches dans les archives, surtout pour les années 2017-2018 et aussi 2010 (probablement la trace des fans de la première heure) ;
– Bon, seulement 4 passages pour les rubriques « raconter l’humain, l’espace et le temps ». Ça, c’était mon grand dada, mais peut être que je ne suis finalement que le seul à comprendre.
Bref, comme disaient déjà nos ancêtres du paléolithique, « y a pas encore de flammes, mais ça fume un peu ».
Que la fête continue.
Edou@rd
Territoire
Dans L’ombre
Au début de la Seconde Guerre mondiale, à Reykjavik, un cadavre est retrouvé dans un appartement avec une croix gammée sculptée sur le front.
Cet ouvrage est la première partie d’une trilogie. La seconde partie est sortie fin 2017. Bon, je l’avais ratée, mais je pense qu’il doit être possible de lire le n°2 après le n°1. D’ailleurs, en lisant le quatrième de couverture de « la femme de l’ombre », je me suis demandé s’il y avait un réel fil conducteur entre les volets en dehors de la Deuxième Guerre mondiale.
Dans la collection « Points », une publicité est faite pour les autres romans d’Indridason « fan d’histoire et de polar ? Retrouvez aussi en poche ». Heuuu… je ne sais pas si la vocation première de l’auteur est initialement le polar historique. La Deuxième Guerre mondiale s’est en effet imposée très progressivement dans les intrigues de son personnage favori « Erlendur », à côté de la tempête de neige au milieu de laquelle, enfant, l’enquêteur avait perdu son frère. C’est bien de parler du deuxième conflit mondial vu de l’Islande, de comprendre l’hostilité réciproque des Islandais et des « occupants » (Anglais et Américains), de voir ses jeunes islandaises qui voyaient en se donnant aux soldats, une chance d’échapper à leur condition sociale et à l’austérité de leur île. Il y avait une expression pour ça, on disait que celles qui avaient réussi à se trouver un petit ami anglais ou américain étaient « dans la situation ». Le phénomène devait être assez important pour qu’on y consacre une expression particulière. Ne connaissant rien à l’Islande, je salue l’initiative de vulgarisation historique engagée par Arnaldur Indridason, mais j’aimerais bien qu’il nous parle aussi d’autres périodes de l’histoire.
Cela dit, c’est toujours aussi agréable à lire Indridason est doué pour aller en profondeur dans la psychologie des personnages et en particulier dans celle des femmes. « Bettý », lu il y a quelques années, était un très beau portrait de femme fatale. Là, c’est Vera, pas vraiment femme fatale qui est pour moi mi-ange, mi-démon. Véra semble essentiellement démoniaque, plutôt une manipulatrice, une charmeuse, une ensorceleuse, bref, une sorcière. Une femme qui n’utilise les hommes que pour parvenir à ses fins en leur accordant des faveurs sexuelles. Vera m’a fait penser au personnage campé par Bernadette Lafont dans « une belle fille comme moi » de Truffaut. Ça m’a intrigué ce personnage, à l’heure du Me Too où la femme est présentée comme une éternelle victime des prédateurs masculins. Les Parisiens auront certainement remarqué ses affiches de prévention contre le harcèlement sexuel où l’homme est représenté sous la forme d’un ours, d’un requin, d’un loup. Bon, je comprends bien qu’il faut faire de la prévention contre le harcèlement sexuel, mais que c’est tout de même un peu stigmatisant. C’est vrai, le sexe de l’ours, du requin et du loup ne sont pas clairement identifiés et que ça peut être aussi des femmes. Je reconnais aussi qu’avec un poney, un lapin et une biche, cela aurait été plus difficile de faire passer le message.
Quoi qu’il en soit, je me procurerai les autres volets de la trilogie, mais après, Arnaldur, j’aimerais bien que tu nous parles d’autre chose que de la Seconde Guerre mondiale.
Édouard
Arnaldur Indridason
2018
Points
Histoire du juif errant

À Venise, un couple rencontre un étrange personnage qui semble avoir eu une existence hors du commun.
Je n’avais jamais rien lu de Jean d’Ormesson et n’avait entendu que vaguement parler du mythe du juif errant. J’ai donc commencé à lire sans aucune base solide, l’histoire d’un homme qui avait tout vu, connu tous les grands de ce monde à travers l’histoire et couché avec toutes les plus belles femmes de l’ère chrétienne. Ça faisait penser à « le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » avec une dimension spatio-temporelle extensive. Par moment, ça ressemblait pas mal aussi à Baudolino, Eco et d’Ormesson affectionnaient visiblement des périodes identiques de l’histoire. Je trouve tout de même qu’Eco est supérieur en tant que romancier. D’Ormesson n’est pas mauvais, mais ça reste un écrivain moyen, peut-être un peu paresseux.
Au bout d’un moment, j’ai tout de même joué du Google pour en savoir un peu plus sur ce mythe et faire la part des choses entre l’imagination de l’ex-académicien aux yeux bleus et la réalité mythologique et il m’est apparu que d’Ormesson s’était efforcé de rester fidèle à la tradition. Pour avoir refuser de porter assistance à Jésus sur le chemin du Golgotha, Ahasvérus, cordonnier et/ou portier de Ponce Pilate (selon les versions) est condamné à errer à travers le monde jusqu’au retour du christ. D’Ormesson en profite pour lui faire visiter toutes les périodes de l’histoire qu’il affectionne, en premier lieu l’Empire romain et le XIXe siècle. L’ancien régime est quasi absent ainsi que l’Afrique noire. Pour l’Amérique le juif errant accompagne Christophe Colomb, mais bien avant, il accompagne les vikings au Vinland sous le nom de… Ragnar Lodbrok, ce qui permettra au lecteur du XXIe siècle, fan de la série « Viking », de donner à notre héros les traits de l’acteur australien Travis Fimmel qui serait parfait pour le rôle.
Né au moyen âge, on pourrait dire que le juif errant est l’enfant terrible du judaïsme et du christianisme. Pour les chrétiens, il a bien entendu symbolisé le peuple déicide, concept qui n’a plus trop le vent en poupe aujourd’hui. Pour les juifs, il symbolisait la diaspora, concept indispensable à l’identité juive en supposant son unicité ethnique et géographique originelle.
Il est très peu question de judéité. J’ai pensé d’abord que, politiquement correcte oblige, d’Ormesson s’était bien gardé de s’attarder sur la religiosité du personnage pour ne pas être accusé d’antisémitisme, mais, comme il le suggère à la fin, le mythe dépasse aujourd’hui largement la sphère religieuse et l’on a plus besoin d’être juif pour être un juif errant.
Pour ceux qui n’auraient ni le temps ni le courage de lire les 621 pages de l’ouvrage pour savoir ce qu’est devenu aujourd’hui le juif errant, il suffit de réécouter la chanson d’un beau spécimen de « juif errant » mort en 2013 et réellement juif pour le coup. En 1969, avec sa gueule de métèque, de juif errant, de pâtre grec et ses cheveux aux quatre vents, Moustaki avait parfaitement cerné le mythe de l’homme sans attache, assoiffé d’aventure et de liberté.
Édouard
Jean d’Ormesson
1990
Folio
Un con en hiver
La duchesse du Belgambourg part, avec Canardo, à la recherche de son père pris en otage par un groupuscule djihadiste dans les Ardennes françaises.
Le titre m’a laissé perplexe. Était-ce un clin d’œil à « un cœur en hiver », superbe film de Claude Sautet avec Daniel Auteil et Emmanuelle Béart ? Non, clairement pas. Était-ce alors une référence à « un singe en hiver », immortalisé à l’écran par Gabin et Belmondo ? Je n’ai jamais réussi à terminer le livre d’Antoine Blondin, jamais accroché avec le film d’Henri Verneuil et je suis donc allé me renseigner sur Wikipédia. Là encore, pas de correspondance claire avec le dernier opus de Sokal. Ne voyant donc pas de référence, je me suis résigné à accepter ce qui est probablement la triste vérité : il n’y a aucune référence littéraire ou cinématographique dans le titre. Il ne faut donc pas chercher trop loin. Le père de la duchesse est bien en « hiver » à plus d’un titre, mais pourquoi « con » ? Cela reste un mystère.
« Un con en hiver » s’inscrit dans la suite des deux précédents albums et, une fois de plus, donne une part prépondérante au Belgambourg. On a même droit à une carte qui nous apprend que ce petit duché, sorte de Monaco version plat pays, est situé au nord du Luxembourg.
On sent bien que la série prend un nouveau tournant et qu’on n’est plus dans des petits albums délivrant des messages poético- anarcho- philosophico- écologistes comme dans « l’Amerzone ». Les choses bougent au Belgambourg. Certains personnages récurrents disparaissent, d’autres prennent du poids. Le scénario, tout comme le titre, ne semble plus délivrer de message précis, mais l’action y est peut-être plus présente et fatalement, on va attendre la suite pour savoir comment évolue la situation politique au Belgambourg.
Je vais pas faire mon vieux con et dire que Canardo, c’était mieux avant, mais force est de constater que ce n’est plus pareil. Cette nouvelle orientation est elle une expression d’Hugo, le fils du père de Canardo (et donc son demi-frère), le fruit d’exigences de Casterman soucieux de mieux fidéliser le lectorat ou est-ce la volonté de Benoît Sokal de passer à autre chose ? Je ne sais pas, elle me déroute un petit peu.
Peut-être aussi qu’elle vise un nouveau public, plus réceptif à des références qui m’échappent. Quand la Duchesse et Canardo sortent de Belgique, ils passent devant un panneau « France » rutilant et quand ils le dépassent, on voit qu’il y a de l’autre côté un panneau « Belgique » crasseux et à l’abandon. Cela veut-il dire qu’il y a chez les Belges une fascination pour la France, pays par lequel ils se sentent dédaignés ? Il y a une autre référence qui m’intrigue. L’album se passe en grande partie dans les Ardennes françaises et l’un des protagonistes dit que la police parisienne se désintéresse totalement de cette portion du territoire qu’elle considère comme une zone de non-droit. Je ne sais pas si c’est vrai, mais j’ai pas trop aimé cette remarque. Les autres aventures se déroulaient généralement dans des lieux indéterminés et délivraient des messages universels. Là, on a l’impression que la série vire vers un certain régionalisme et peut être un repli identitaire. J’espère bien que ce n’est qu’une impression.
Édouard
Pascal Regnault, Benoît et Hugo Sokal
Casterman
2018
Les bottes suédoises
La suite des chaussures italiennes, ce livre représente une manière de testament pour Mankell, décédé en 2015 à l’âge de 67 ans.
Fredrik Welin, médecin à la retraite, vit reclus sur son île de la Baltique. Une nuit, une lumière aveuglante le tire du sommeil. Au matin, la maison héritée de ses grands-parents n’est plus qu’une ruine fumante.
Réfugié dans la vieille caravane de son jardin, il s’interroge : à soixante-dix ans, seul, dépossédé de tout, a-t-il encore une raison de vivre? Mais c’est compter sans les révélations de sa fille Louise et, surtout, l’apparition d’une femme, Lisa Modin, journaliste de la presse locale.
Méditation sur la solitude, la vieillesse, l’amour et la mort, sans l’air d’y toucher, l’auteur suédois nous laisse un livre linéaire, passionnant, et très humain.
J’ai lu ce livre après un titre de Victor Del Arbol, dont je vous parlerai bientôt. Cet auteur écrit des livres catalogués de choraux. La simplicité de Mankell fait merveille, comparée aux effets de manche du prénommé Victor.
Amitiés baltes,
Guy (15/11/2017)
Henning Mankell – Seuil – 368 p.
Suite et fin des aventures de Fredrik Welin, le chirurgien déchu des « chaussures italiennes », sur son île de la mer Baltique.
Le premier opus de ce diptyque avait fait l’objet d’un post sur ce blog il y a maintenant un peu plus de 7 ans. J’ai gardé un très bon souvenir de ce roman. A l’époque, j’avais effectivement noté qu’il devait y avoir une suite, mais à force d’attendre, j’avais fini par l’oublier. Et puis, le 5 octobre 2015, Henning Mankell est mort d’un cancer avec lequel il se bâtait depuis deux ans. En août 2016, Seuil a publié la traduction française des « bottes suédoises ».
Sur la forme, je trouve que le roman n’est pas très bien écrit. Il y a des lourdeurs et des scènes qui tombent comme un cheveu sur la soupe. Je n’ai jamais considéré que Mankell était un très grand écrivain, mais tout de même, c’était un écrivain confirmé et ses erreurs de débutant sont surprenantes. Ça sent un peu le bouquin ficelé à la va-vite, comme si son éditeur lui avait forcé la main alors qu’il agonisait. Peut-être même que d’autres mains se sont glissées dans l’ouvrage, ce qui expliquerait les erreurs.
Sur le fond, on retrouve l’univers des chaussures italiennes, c’est certain, mais les directions de l’intrigue s’entremêlent, nous plongent dans la confusion, tant est ci bien que l’on finit par ne plus savoir où l’auteur veut nous mener. Le titre est par contre bien trouvé. Esthétiquement, le roman est effectivement au premier opus ce que les bottes de jardinage sont aux Berluti.
Bref, « les bottes suédoises » a tout du succès de librairie assuré et publié dans l’urgence.
Je ne vais pas cracher sur les éditeurs : c’est leur métier, il faut bien vivre. Je peux comprendre Mankell et son souhait de laisser ses royalties à ses ayants droit.
Toutefois, « les bottes italiennes » ne sont pas la dernière image que je veux garder de Mankell. Il y a le commissaire Wallander bien entendu, mais je n’étais pas un grand fan. Je pense surtout à l’homme politiquement engagé, un engagement que l’on ressentait notamment dans l’excellent « tea-bag ». Et puis, « les chaussures italiennes », bien entendu. Je ne veux pas croire qu’il y ait une fin. D’ailleurs, « les bottes suédoises » n’en est pas vraiment une. Je pense que je vais essayer d’oublier ce livre, de penser qu’il n’était qu’un conglomérat de brouillons avec plusieurs pistes qui auraient pu être suivies par l’auteur, mais en aucun cas un roman finalisé. Je préfère continuer à attendre la suite des « chaussures italiennes »
Seuil
Août 2016
Édouard (10/07/2017)
Le mystère des migrants Facebook
Il y a un mois, je disais avoir perdu 77 amis FB depuis juin. Toutefois depuis 10 jours, j’ai refait le plein si bien que ce soir, je dépasse le nombre d’amis de juin 2016. Bien entendu, je dis ça pour les nouveaux qui liront ce poste, ils sont bien mieux que ceux qui sont partis 😊…à moins que ce ne soient les mêmes. Pour tout dire, si j’ai constaté que mon nombre d’amis diminuait, je n’ai pas pu savoir qui partait. En tout cas, ce n’était visiblement pas des familiers qui semblent toujours fidèles au poste.
Ça me plaît bien d’imaginer un complot de 80 amis Facebook qui, après s’être étiolés pendant 6 mois, décident de revenir groupés tout à coup. C’est malheureusement peu probable et je constate sur mon fil d’actualité que je ne suis pas le seul à être concerné par cette invasion amicale qui, je ne le cache pas, est plaisante au milieu de l’hiver d’autant plus que la plupart de ces amis semblent avoir des profils vraiment intéressants. Bon, sur le lot, il y a encore quelques blondes aux gros seins qui, saison oblige, sont beaucoup moins dénudées qu’au mois d’août ; quelques profils purement commerciaux et deux ou trois FN/UPR, mais globalement, ce sont des gens qui tournent autour de la littérature.
Je n’avais pas d’explication pour les départs espacés dans le temps, mais ça ne me semblait pas vraiment mystérieux : il y en a certainement eu qui n’aimaient pas mes posts, d’autres qui se sont fait pirater leur compte ou ont décidé de quitter FB pour une raison X ou Y et sans doute un certain nombre qui ont atteint le plafond des 5000 amis et qui décident de faire du tri. Par contre, l’arrivée massive de nouveaux amis est moins facile à expliquer. L’année dernière, j’avais pensé que c’était lié à l’activité sur mon blog, mais maintenant que je suis relié à Google analytic, j’observe qu’il n’y a pas d’activité anormale. La seule explication rationnelle est qu’on est en hiver et que les gens ont plus envie de créer du lien qu’en d’autres périodes de l’année.
En fait, j’ai une autre idée, mais elle est un peu floue. Je me demande si tous ces amis existent vraiment, s’il y a bien derrière ces photos de vrais individus en chair et en os qui leur ressemblent. Ce n’est pas simple de créer des vrais faux profils, mais ce n’est pas impossible avec un algorithme qui va créer un profil qui me plaira à partir de mes propres centres d’intérêt. C’est peut-être du fantasme, mais il serait possible d’imaginer que FB diffuse des faux profils uniquement pour me faire plaisir, pour me fidéliser, à l’heure où d’autres réseaux sociaux apparaissent et où certains désertent FB pour VK.
En attendant, je continue à accepter les profils qui me plaisent sans savoir s’il y a vraiment des gens derrière. Avec le temps, il y a tout de même quelques amis Facebook qui prennent une forme un peu humaine comme Necro Mongers, Christophe Adan, Véronique Morin, Hélène Vivi, Laurent Daniel, Franck Chanloup, Loredana Kahn… et je serais vraiment très surpris si on me prouvait qu’ils n’ont en fait aucune existence réelle.
Après mûre réflexion, je me demande si c’est vraiment important de savoir si je peux les toucher en vrai du moment qu’ils me font rire, pleurer, réfléchir ou m’énervent. La seule chose qu’on leur demande est de s’exprimer et sur FB, je préfère un robot qui s’exprime à un humain qui ne dit rien.
Édouard
La grammaire est une chanson douce
Les bases de la grammaire française racontée aux enfants et aux adultes ayant oublié les bases de la grammaire et/ou leur âme d’enfant.
Il y a beaucoup de livres que j’ai lus trop jeune, mais celui-là, j’aurais aimé le lire à l’école primaire. Il ne date cependant que de 2003, ce qui est un peut tard pour moi. Je n’aimais pas la grammaire, n’y trouvant aucun intérêt. Je n’aimais pas non plus la conjugaison ni l’orthographe et j’écrivais comme un cochon. C’est venu plus tard, beaucoup plus tard…mais j’adorais la lecture et nul doute que si on m’avait fait lire à l’époque le livre d’Erik Orsenna, les choses auraient été différentes.
Je n’avais jamais rien lu de lui. Son style est d’une fluidité extraordinaire tant est si bien qu’au début de l’ouvrage, j’engloutissais les mots tellement vite qu’il m’était impossible de suivre l’intrigue. J’ai cru tout d’abord que c’était seulement une succession d’historiettes, de TTC comme ils disent chez Shortédition que je remercie au passage de m’avoir envoyé ce livre pour mon noël. Quand le débit s’est calmé, la structure a commencé à apparaître. Je n’avais jamais imaginé que le style pouvait être un régulateur de flux, le robinet des mots.
C’était aux environs des mots oubliés. Les mots, comme les dieux et les fées, meurent si on les oublie. Moi j’aime bien les mots « torve » et « chafouin », j’essaie de les employer dès que possible.
Après, les mots tant redoutés dans mon enfance sont apparus : nom, pronom, article adverbe, verbe…quelle horreur, je les avais maudits à l’époque, ils me rappellent des listes que je trouvais alors sans queue ni tête que je réussissais péniblement à apprendre pour les oublier à la sortie du contrôle. Elles étaient imprimées sur des stencils à l’odeur si particulière…l’encre bavait un peu. J’ai pensé alors que c’était le moment de faire un voyage dans le temps, de gommer de ma mémoire tous les enseignements grammaticaux dont il ne me reste qu’une vague souffrance et de les remplacer par tous ces petits personnages à l’allure si joyeuse se donnant la main, faisant des rondes et évoluant dans un paysage à la Candy Crush, guidés par les verbes donnant le tempo.
– Qu’est ce qui ne va pas la conscience ? Je vois bien ton petit regard chafouin. Tu vas me faire ensuite le coup de l’œil torve.
– C’est interdit. Le passé est gravé une fois pour toutes, il est sacrilège de vouloir le changer ;
– Oh, pour une fois. Je suis bien d’accord qu’il y a des choses du passé auxquelles on ne peut et on ne doit pas toucher, mais tout de même, les cours de grammaire de l’école primaire, c’est bien anodin.
– On commence par les cours de grammaire…
Edouard
Erik Orsenna
2003
Le livre de poche
Le Royaume-Uni n’est pas une île
« On s’en sortira mieux sans l’Europe », tel était le leitmotiv des Brexiters. Maintenant que les choses deviennent concrètes, les Britanniques doutent et les Européens vont se poser la question : « Et si l’Europe s’en sortait mieux sans le Royaume-Uni ? ».
Économiquement, les choses ne tourneront pas forcément à l’avantage du Royaume-Uni, en tout cas dans l’immédiat et les délocalisations des centres financiers sur le continent en témoignent. La réaction de la communauté internationale est intéressante aussi : « C’est bien joli l’Empire britannique comme au XVIIe qui redevient le maître du Monde, mais pour le moment, ça ne semble pas très clair donc, comme toujours, on préfère la sécurité et la sécurité c’est l’Union européenne ».
Nombreux étaient les pays européens tentés par l’EXIT, souvent vendu comme un produit miracle par l’extrême droite. Le fait qu’un pays décide de passer le pas, c’est intéressant, mais il ne s’agit pas de n’importe quel pays : l’un des plus vieux du continent qui détient en son sein une grande part du patrimoine culturel européen, un pays riche largement ouvert au libéralisme qui semble effectivement capable de s’en sortir seul.
Peu de pays européens ont cette capacité et même là, la mise en œuvre s’avère extrêmement complexe. J’ai du mal à croire que les Boris Johnson et autres populistes britanniques n’avaient pas pensé à l’Irlande du Nord, mais ils étaient tellement certains que le « Non » l’emporterait… Par contre, je suis persuadé que nombreux sont les partisans du « Oui » qui n’ont pas pensé une seule seconde à l’Irlande du Nord. Quoi qu’il en soit, l’Européen moyen découvre aujourd’hui que le Royaume-Uni a une frontière terrestre avec l’Union européenne.
Ce simple constat et les considérations historico-politiques attachées à l’existence d’une frontière entre les deux Irlandes rend le « hard Brexit » impossible, sauf à réunifier l’Irlande, mais cela détruirait le Royaume-Uni dans sa forme actuelle. Va pour le soft Brexit ou plutôt, pour le seul Brexit possible (tant qu’on n’a pas démontré que cela était impossible).
Ce n’était certainement pas l’objectif qu’ils poursuivaient, mais en mettant en œuvre le Brexit, les Britanniques se sont attaqués au pire fantasme nationaliste du continent. Tout le monde sait maintenant ce que ça veut dire, sortir de l’Europe : beaucoup de complications, d’incertitudes et au final, un résultat qui, au mieux, ne ressemblera que de très loin à l’objectif initialement poursuivi. La pauvre Marine doit faire face à la plus grande vague de démystification de toute l’histoire de l’Union européenne : déjà que l’UMPS n’existe plus…
La deuxième phase des négociations en 2018 va être intéressante avec une Union européenne qui ne cherchera plus à retenir le Royaume-Uni et ce dernier qui, pour ne pas perdre la face, va essayer coûte que coûte d’aller jusqu’au bout. Wait and see.
Édouard
Les derniers Jedi
Alors que les rebelles continuent à se rebeller contre « le premier ordre » (ex « empire ») dirigé par un Sith et par Ben Solo alias Kylo Ren, fils de Leia Skywalker et de Han Solo et petit fils de Dark Vador ; Rey tente d’apprivoiser le jedi Luke Skywalker (frère de Leia) qui a décidé de se retirer du monde.
Tout ça ne serait-il finalement qu’une histoire de famille ? À un moment, Kylo Ren dit à Rey « tu n’as rien à faire dans cette histoire ». Effectivement, Rey est le grain de sable qui vient perturber le rituel générationnel. Qui est-elle ? D’où vient-elle ? D’où détient-elle ses pouvoirs ? Rey est la première à se poser ces questions. Le bref enseignement délivré par Luke semble mettre fin à l’origine génétique de la Force. La force est ce qui relie toutes choses et chacun semble pouvoir sentir sa présence. On se rapproche donc bien du « QI » de la tradition japonaise. Pourquoi certaines personnes semblent elles mieux dotées que d’autres pour se l’approprier ? Cela reste un mystère. D’ailleurs, la Force des Jedi et des Sith semble en définitive assez modeste comparée aux pouvoirs de Rey qui déplace les rochers sans avoir reçu de formation particulière et sans trop d’efforts alors que le jeune Luke éprouvait dans « un nouvel espoir », de grandes difficultés pour déplacer un sabre laser sur quelques centimètres.
Alors que dans le précédent opus, était présentée une jeune génération animée par le désire de reproduire les exploits des anciens, on sent cette fois-ci une certaine lassitude devant le renouvellement d’un cycle inexorable dont ils seraient prisonniers. Luke a pris la place d’Obi-Wan que Rey vient sortir de l’ombre tout comme Luke le faisait en son temps. Kylo Ren et Rey forment un étrange duo et semblent tous deux chercher à comprendre ce qui distingue le côté lumineux du côté obscur en ayant plus ou moins conscience que la frontière est finalement bien perméable.
J’ai été très surpris par la construction du scénario (un peu décousu je trouve) avec beaucoup de trous pour les esprits rationnels. Contrairement aux récits très structurés des précédents épisodes, on nous présente cette fois-ci un patchwork impressionniste que l’on regarde un peu comme un vieil album de photos sans chercher de fil conducteur particulier. J’ai beaucoup pensé aux « gardiens de la galaxie », car c’est finalement cette apparence d’opéra interstellaire qui prédomine.
Où ira-t-on avec l’épisode IX ? Difficile à prévoir. Kylo Ren est toujours là pour les méchants. Leia, Rey, Finn et toute la clique des sympathiques personnages secondaires (Chewbaka, C3-PO, R2D2, BB8) peuvent encore représenter les gentils. Mais le cycle traditionnel semble définitivement rompu. On nous promet donc un nouvel âge dans lequel les enfants esclaves que l’on voit jouer dans la dernière scène avec les figurines de leurs héros favoris auront peut être un rôle.
Édouard
La serpe (Fémina 2017)
Une nuit d’octobre 1941, le château d’Escoire situé non loin de Périgueux, fut le théâtre d’un triple meurtre à coup de serpe. Henri Girard, le fils de famille, qui dormait alors au château, échappa au massacre et fût rapidement soupçonné, incarcéré et jugé. Défendu par l’avocat Maurice Garçon, star du barreau à l’époque, il fut miraculeusement acquitté alors même que plus personne ne croyait à son innocence. Philippe Jaenada reprend l’affaire.
Je ne m’intéresse pas particulièrement aux prix littéraires, mais il se trouve que cette affaire me touche personnellement. Mon père, qui avait 4 ans à l’époque et vivait à moins de 2 km du château d’Escoire, m’en a souvent parlé.
C’est un pavé de 600 pages et l’auteur ne m’a pas paru particulièrement sympathique en particulier dans les 200 premières pages qui n’abordent pas encore l’affaire. Les coups d’encensoir à son éditeur (Julliard), les nombreux renvois publicitaires à son précédent bouquin, l’humour parfois lourdingue, la fausse modestie (« je ne suis pas Balzac », on avait remarqué) et cette habitude «à la Facebook » d’évoquer en permanence sa vie privée deviennent franchement exaspérants.
À partir du moment où l’on rentre dans le vif du sujet, les choses s’améliorent. Comme dans tout roman policier, on a envie de savoir qui à fait le coup. Je fais confiance à l’auteur pour sa rigueur et l’énorme travail de recherche qu’il a effectué. La couverture précise bien qu’il s’agit d’un roman, mais pour moi, c’est plus un essai : la recherche d’une objectivité historique. C’est d’ailleurs ce que j’attendais.
Si Maurice Garçon a pu innocenter Henri Girard, c’est en partie à cause des failles grossières de l’instruction. Son génie aura toutefois été de retourner le jury alors que tout le monde se serait satisfait de la condamnation (sauf le condamné J ).
La thèse de Jaenada, à laquelle Maurice Garçon pensait visiblement aussi, est possible, voire même probable, mais est teintée d’une profonde tristesse. Henri y a certainement deviné la vérité et c’est probablement la raison pour laquelle il ne s’est pas acharné dans la recherche du vrai coupable. Le « golden boy » meurtrier, miraculeusement innocenté, est un scénario bien meilleur, un peu comme la corde brisée du pendu qui émerveillait tant au moyen-âge.
Bien sûr, si Jaenada a raison, on regrette les 19 mois d’emprisonnement infligés à Henri. Ceci dit, cette incarcération va changer sa vie. Après s’être enfui au Vénézuéla, il réapparaitra après la guerre dans les milieux intellectuels sous le nom de Georges Arnaud, Ami de Leo Ferré, de Jacques Vergès et de Gérard de Villier, il sera notamment l’auteur du « salaire de la peur » que Clouzot immortalisera à l’écran.
Édouard
Philippe Jaenada
Jullard
2017









