Pixar, 25 ans d’animation

Au musée d’art ludique jusqu’au 2 mars, à côté de la gare d’Austerlitz.

Bon, je me suis encore planté de queue. Je m’apprête à me diriger vers la queue « sans billet » quand un agent de sécurité m’interpelle.

– Je peux vous permettre de ne pas faire la queue en vous vendant un billet directement.
– Euh…, vous êtes bien un agent de sécurité ?
-12€, sinon, il y a 30 minutes de queue.
Je lui tends un billet de 20€, mais il n’a pas la monnaie.

La queue « sans billet » est vraiment très longue et n’avance pas vite, plutôt 45 min que 30, à mon avis. Je commence à me dire que j’aurais peut-être dû lui laisser la monnaie quand je le vois arriver avec le sourire et 8€. Nous procédons à l’échange standard sous l’œil médusé des derniers arrivants, agglutinés derrière moi. Je pense que s’il s’était agi d’une barrette de shit, ils n’auraient pas été plus étonnés. Comme mon revendeur est agent de sécurité, il me fait aussi squeezer la queue « avec billet ».

Arrivé dans la première pièce, en voyant les regards amusés de Nemo et de Buzz l’éclair, je commence à comprendre. Ah d’accord, j’me disais aussi, ce genre de chose n’arrive jamais dans la vraie vie, ils sont vraiment fort ces Américains.

Expo sympa, beaucoup d’esquisses, d’aquarelles, de story-boards récapitulant les différentes phases de la construction des films d’animation, j’aurais bien aimé des panneaux un peu plus techniques et didactiques, mais les organisateurs de l’expo ont visiblement visé en priorité les 8-12 ans et leurs parents. Je ne regrette cependant pas d’être venu d’autant plus que je suis assez fan, je ne les ai pas tous vus, mais presque. Ils ont un incontestable talent pour donner de l’épaisseur à leurs personnages. Leurs scénarii et leurs univers tiennent aussi généralement bien la route. Mon préféré, c’est Wall-e. Bref, on s’en met plein les mirettes. Pour couronner le tout, une animation 3D sans lunettes assez sympa récapitule l’univers de Pixar.

Le clou de l’expo est le zootrope. Des personnages de Toy story sont positionnés sur un disque géant. En tournant à une certaine vitesse, le disque donne l’illusion que les personnages s’animent. C’est le principe de la lanterne magique qui a émerveillé nos arrières grands-parents à la belle époque : on ne réinvente pas l’eau tiède. Pas mal, mais ça ne vaut pas le coup de l’agent de sécurité revendeur.

À la sortie, je cherche en vain une représentation en magnet, en carte postale, en mug, en tasse à café, voire en t-shirt de mon bienfaiteur. Étrange, c’était peut-être une taupe de chez Disney.

Je me rabats sur un magnet Wall-e, histoire de me souvenir que tout ça n’était pas un rêve.

Edouard

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HHhH

Prix Goncourt du premier roman (2010)
L’attentat contre Reinhardt Heydrich le 27 mai 1942 à Prague.
Les deux auteurs: des parachutistes, un Tchèque et un Slovaque, entraînés en Angleterre.
Heynrich: la bête blonde, le boucher de Prague, un des concepteurs de la ‘Solution finale’ avec Eichmann.
Le titre du livre: Himmlers Hirn heisst Heydrich (le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich).
Du très beau monde, comme on peut le constater.
L’histoire est vraie (tous les protagonistes y ont laissé leur peau, des centaines d’otages tchèques également), mais le livre est présenté comme un roman. À de nombreuses reprises, l’auteur se laisse emporter par son sujet.
J’ai eu par moments de la peine à rester dans l’histoire. L’auteur emploie la technique du ‘slow motion’ de façon trop appuyée. Le livre doit être pris comme un hommage à des hommes jeunes opposés à une machine inhumaine.
Personne à l’époque ne connaissait l’issue de cette guerre démoniaque.
Merci à ceux qui ont contribué à la mener à bon terme.
Allez voir sur Google des photos de Reinhardt Heydrich: édifiant.
Amitiés opprimées,
Guy
Laurent Binet – Grasset – 441 p.

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Le vent se lève

L’histoire de Jiro Horikoshi, l’inventeur du « 0 », l’avion qui viendra s’écraser sur la flotte américaine à Pearl-Harbour.

« Le vent se lève, il faut tenter de vivre ». C’est sur cette phrase de Paul Valéry que s’ouvre la dernière œuvre du maître de l’animation japonaise, Hayao Miyasaki, qui, à l’âge de 73 ans, a décidé de tirer sa révérence. « Le vent se lève » ne sera pas celui que j’ai préféré et mon coup de cœur restera pour « le voyage de Chihiro ».

La filiation avec « le château dans le ciel » dont on entend la petite musique caractéristique à plusieurs reprises, est évidente. Dans les deux dessins animés, il y est question de machines volantes et de culture occidentale. Toutefois, si les influences du « château » étaient palpables sans être vraiment dévoilées (Jules Verne, Paul Grimault ?), celles du « vent se lève » ne laissent aucun doute. Ces dernières ne renvoient pas à la France, comme la phrase de Paul Valéry, prononcée plusieurs fois dans la langue de Molière, aurait pu le laisser supposer. C’est indiscutablement l’Allemagne qui est la source d’inspiration du maître.

Jiro, qui, en sa qualité d’ingénieur, est amené à séjourner en Allemagne dans les années 30, est subjugué par la supériorité technologique du pays. Occasion pour Miyasaki d’insister sur le retard abyssal du Japon de l’époque, se traduisant par un profond complexe d’infériorité. On comprend qu’au pays du soleil levant, la sortie de « Le vent se lève » ait été très controversée.

La seconde source d’inspiration est Thomas Mann : l’histoire d’amour entre Jiro et Nahoko s’inspirant très largement de « la Montagne magique ». L’œuvre est citée ainsi que son auteur. Un ressortissant allemand du nom de Castorp (héros de « la Montagne »), apparaît sous les traits de l’écrivain qui annonce l’imminence de la guerre et évoque la folie hitlérienne. Comme dans le roman-fleuve, il est question de tuberculose et d’un sanatorium en pleine montagne. La phrase de Paul Valéry renverrait à cette marche à la guerre rampante que décrit le livre de Mann (la Première Guerre mondiale en l’occurrence) et qui gagne le Japon des années 30.

Jiro n’a rien d’un guerrier. C’est un brillant ingénieur qui réalise ses rêves d’enfant. Pour cause d’ancrage historique, le fantastique n’est présent qu’à travers l’activité onirique du héros : des songes qui l’amèneront vers son destin et qui lui feront aussi percevoir l’usage potentiellement dévastateur de ses machines. Le film se clos sur l’entrée en guerre du Japon et sur un dernier rêve de Jiro qui lui permet d’oublier les morts à venir et la maladie de Nahoko qui progresse.

Ainsi s’achèverait la carrière d’Hayao Miyasaki qui, après plus de 30 ans de bons et loyaux services dans l’animation, nous confie « le rêve » comme clef de l’existence. Et il pense qu’on va accepter sans broncher son départ en retraite ? Reviens Hayao, le monde a besoin de toi !

Edouard

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Prague

L’instant que je retiendrai est quand, dans Obecní dům (la maison municipale), j’ai commencé à comprendre comment j’allais écrire cette chronique.
J’étais venu voir le Golem, le fameux protoFrankenstein israélite, créé au XVIe siècle par rabbi Loew, sous le règne de l’empereur Rodolphe II. Dans la fraîcheur matinale de janvier, on sent bien sa présence dans le vieux cimetière juif. On se dit qu’il doit être caché quelque part, entre toutes ces pierres tombales hirsutes et rongées par le temps, mais je ne l’ai pas vu. Heureusement, pour la somme modique de 160 korunas (environ 7€), j’ai pu acheter un Golem miniature. Il n’a pas l’air très facile à manier et en plus, je crois qu’il ne comprend que l’hébreu.
Mais heureusement, j’ai trouvé autre chose. En premier lieu, la suite de l’histoire du Saint-Empire romain germanique que j’avais commencé à découvrir l’été dernier. J’ai été soufflé par la puissance de la Bohème médiévale. Contrairement à la Hongrie, elle n’avait pas à se soucier des assauts ottomans, ces derniers n’étant jamais remontés aussi haut. Rome aussi était loin et ce n’est peut-être pas un hasard si les hussites y virent le jour. Ces derniers seront à l’origine du protestantisme qui s’étendra comme une traînée de poudre sur l’Europe au XVIe siècle. Était-ce uniquement par souci de protéger la foi catholique ou était-ce un prétexte pour soumettre ce voisin aussi prospère qu’indomptable que Vienne y procéda à la contre-réforme ? Toujours est-il que les églises baroques construites un peu partout dans la ville, fleurons du catholicisme triomphant, sont souvent impressionnantes. A l’époque, pas facile de séparer art, religion et politique.
Et puis, le temps à fait son œuvre…et l’art a survécu pour donner à la ville son charme si particulier. Chaque nouvelle strate architecturale trouvant sa place dans le paysage urbain sans pour autant chasser la précédente.
A la fin du XIXe, l’art nouveau marque à son tour la ville de son empreinte. Mucha, que nous connaissons surtout en France pour ses affiches, peint les vitraux de la cathédrale saint Guy, située juste derrière le château cher à Kafka. L’art nouveau envahit la ville, mais aussi l’intérieur des maisons : meubles, tapisseries, bibelots et finit aussi par laisser sa trace dans les vêtements et même les sous-vêtements : magnifique exposition à la maison municipale jusqu’en 2015. L’art prend alors une autre dimension et s’affranchit du religieux et du politique, il devient insaisissable, imprévisible et ne cessera de grandir. Ce sera les maisons cubistes, ce sera Tančící dům, la maison qui danse, ce monstre de verre et de béton qui semble se déhancher sur un air endiablé..
L’art : ce géant qui envahit tout, qui ne s’inquiète ni des fleuves, ni des montagnes, ni des frontières, ni des forteresses, ni des langues, ni des religions, ni du pouvoir. Lui qui est seul capable de transporter et d’unir tout un continent dans un même élan d’émotion. Lui, ce Golem, dont personne n’arrêtera jamais la course. Prague a un indiscutable talent pour mettre en valeur ses différents visages.

Edouard

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Prodigieuses créatures

 

« La foudre m’a frappée toute ma vie. Mais une seule fois pour de vrai. »
« Dans les années 1810, à Lume Regis, sur la côte du Dorser battue par les vents, Mary Anning découvre ses premiers fossiles et se passionne pour ces « prodigieuses créatures » qui remettent en question les théories sur la création du monde. Très vite, la jeune fille issue d’un milieu modeste se heurte à la communauté scientifique, exclusivement composée d’hommes. Elle trouve une alliée en Elizabeth Philpot, vieille fille intelligente et acerbe qui l’accompagne dans ses explorations. Si leur amitié se double de rivalité, elle reste, face à l’hostilité générale, leur meilleure arme. »
Avant d’écrire un livre, cette auteur part d’un fait réel et se documente à fond sur son sujet. C’est ce que j’aime en plus de son écriture fluide, dynamique, avec quelques mots savants ou techniques, mais toujours expliqués. L’auteur ne nous saoule jamais de paroles ou de mots inutiles.
Les deux premiers livres que j’ai lus abordaient des sujets que j’aimais. Je ne peux en dire autant pour les fossiles, ces vieilles choses plus ou moins uniformes, voire informes et souvent tronquées. Difficile pour moi d’imaginer que ce furent ces êtres vivants. Et pourtant cette histoire m’a encore passionnée. Il faut dire que la vie des femmes au XIXe siècle, les castes, les préceptes, la religion très peu éclairée par le « siècle des Lumières » meublent aussi richement l’histoire que celle des fossiles.
Un livre à lire jusqu’à la page des remerciements.
La Martine
CHEVALIER Tracy
Folio, 2013 (2009), 419 p.

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Shirobamba

« Ce roman-là, tous les Japonais le connaissent par cœur. Dans l’œuvre abondante de Yasushi Inoué, c’est sans doute le plus frais, le plus charmeur. Très largement autobiographique, il raconte l’enfance au début du siècle d’un petit garçon qui s’appelait Kôsaku. Comme Inoué, lui-même, il grandit non pas auprès de ses parents, mais de la maîtresse de son arrière-grand-père, une ancienne geisha. Entre le petit garçon et la vieille femme se tisse une relation toute de tendresse, une complicité un peu féerique, présentée sous forme d’une série d’exquis petits tableaux naïfs aux couleurs vives. »
Où sont passées les lucioles (Shirobamba) de mon enfance !
Bien sûr qu’il y a des différences entre un petit Japonais et un petit français. Ils ne mangent pas les mêmes sucreries, n’ont pas les mêmes mœurs, croyances, habitudes, etc. Mais il n’en reste pas moins qu’un enfant gâté par sa grand-mère est un enfant capricieux, boudeur, geignard, têtu, naïf, mais si attendrissant où qu’il vive.
Dans ce roman j’ai retrouvé ma prime jeunesse dans les années 50/60. Nous aussi nous jouions dehors, un rien nous amusait, nous étions plus prés de la nature et nous n’hésitions pas à faire des kilomètres à pieds pour aller nous baigner ou, tout simplement, pour aller à l’école, seulement accompagnés par les copains et les copines. Tout le monde se connaissait, ce qui fait que nos parents étaient prévenus de nos bêtises avant notre retour.
Autres temps, autres mœurs !
Je n’ai, bien entendu, pas fait la différence entre les noms des gens ou des villages, mais j’ai reconnu l’ambiance. Quant aux noms des aliments, ils étaient traduits et expliqués. N’est-ce pas le principal ?
Un livre qui m’a rendue nostalgique, mais il est si bien écrit que j’en ai souri tendrement.
La Martine émue
YASUSHI Inoué
Denoël Folio, 1991 (1962), 249 p.

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La désolation de Smaug

Tandis que Bilbo, Gandalf et les nains approchent de l’antre du dragon, l’ombre de Sauron s’étend sur la Terre du milieu.

Géant ! Ce volet est un des meilleurs de la série, après « Le retour du roi ». Les péripéties des personnages principaux, directement inspirées de « Bilbo le Hobbit » s’intercalent astucieusement avec une intrigue tissée par le réalisateur qui fera le lien avec la « communauté de l’anneau ». Comment ne pas se sentir pousser des ailes devant tant de démesure ? Ça m’a fait plaisir de voir apparaître le nom de Guillermo del Toro (le papa d’Hellboy) dans le générique de fin. Jackson sait soigner son entourage.

Petit à petit, le décor se plante. Le jeune Legolas est très présent. Amoureux transi d’une elfe rousse qu’on n’avait jamais vue et qui devrait donc logiquement mourir dans le prochain opus après avoir été mortellement blessée dans des conditions héroïques. Elle est amoureuse d’un nain qui devrait lui aussi mourir dans le prochain épisode puisque le seul nain qu’on voit dans les trois volets du seigneur des anneaux est Gimli. On apprend d’ailleurs que ce dernier est le fils de l’un des nains qui compose la petite troupe.

On aperçoit pour la première fois Sauron sous forme d’œil, la partie noire centrale étant sa silhouette humaine. J’espère qu’on verra dans le prochain opus comment il est dressé sur son socle et comment il s’y prend pour peupler le Mordor de ses immondes créatures.
Le film fait un parallèle entre l’œil de Sauron et celui de Smaug. Simple effet de style ou annonce d’un lien plus fort entre les deux créatures ? Là, c’est une énigme, j’étais tellement soucieux de faire le lien avec « la communauté… » que j’avais oublié le dragon. Il ne manquera bien entendu pas de faire des siennes, mais quel sera son lien avec l’intrigue principale ? Y aura-t-il un déchirant « Sauron, I’m your father » déclamé par un dragon en larmes ?
En tout cas, je ne l’imagine pas tué par Bilbo, enfonçant sa dague dans le seul point faible du monstre, comme dans le livre. J’imagine plutôt qu’il va être tué par la fameuse flèche noire dont parlent les habitants du lac. Je la vois bien lancée par le valeureux barde ou par le nain dont l’elfe rousse est amoureuse.

J’espère aussi qu’on reverra Saroumane qui n’apparaît pas dans cet épisode et qu’on saura comment il a basculé du côté obscur de la force. J’espère aussi qu’on verra Grand-pas/Aragorne, et surtout Grand-pas. J’avais adoré cette face cachée du personnage quand j’avais 14 ans et j’aimerais bien la retrouver.

Je ne sais pas si le réalisateur va vraiment pouvoir caser tout ça (Peter, si tu cherches des idées…) et je ne suis pas certain qu’il lise ma critique : j’ai bien peur que le tournage de l’épisode suivant soit déjà terminé. Mais bon, il est encore temps d’envoyer ma liste au père Noël.

Edouard

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Canada

Dell, le narrateur, et Berner, sa sœur jumelle, sont âgés de 15 ans quand leur père se met en tête de braquer une banque, accompagné par leur mère.
Dans une famille sans histoire, où l’amour circule plutôt positivement, l’arrestation des parents donnera un coup d’arrêt à l’insouciance des deux adolescents.
Elle fugue, et lui passe la frontière canadienne en compagnie d’une amie de leur mère.
Il entrera au service d’un certain Arthur, dont le passé américain est pour le moins nébuleux.
Un roman américain exceptionnel, dans la veine des touts grands. Plus velouté que Jim Harrisson, moins cynique que Philip Roth, moins baroque que John Irving ,Richard Ford traîne un passé de semi-délinquant qui lui donne la lucidité nécessaire pour décrire le passage vers la vie adulte.
Un travail d’orfèvre, dans un livre où tout sonne vrai.
Amitiés passionnées,
Guy
Éditions de l’Olivier – 478 p.
Richard Ford

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La Dame à la Licorne

« Cette histoire est pure fiction. Elle repose sur de raisonnables hypothèses concernant les tapisseries de La Dame à la Licorne. On ne sait pas à quelle date précise la situer, même si les vêtements des femmes et les techniques de tapisserie les font, sans doute, remonter à la fin du XVe siècle. Nous ne savons pas non plus à qui l’on en doit l’exécution, même si la facture et la technique donnent à croire que l’atelier devait être dans le Nord, sans doute Bruxelles, dont les mille-fleurs étaient alors une spécialité. »
Ce livre est à lire jusqu’à la page « notes et remerciements ». L’auteur s’est très bien documentée sur le sujet ce qui nous vaut une histoire très intéressante sur les techniques de tissage, comment étaient faite les couleurs, comment choisir le bon fil, ce que l’on mangeait à l’époque, l’ameublement, les coutumes, les mœurs, etc.
Quelques histoires d’amour agrémentent la narration… mais ne gênent pas et n’occultent pas la peinture et le tissage.
De cet auteur, j’avais lu « La jeune fille à la perle » qui parlait de Wermeer.
Mêmes soins apportés aux recherches, à l’écriture et c’est avec facilité et délice que j’ai lu TOUT ce livre.
La Martine émerveillée.
CHEVALIER Tracy
Folio 2011 (2003), 359 p.

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Inside Llewyn Davis

La vie pathétique d’un chanteur de folk raté dans l’Amérique du début des années 60.

Il y avait un truc qui me plaisait dans le titre et comme je suis assez fan des Coen, je ne me suis pas méfié. Ce film est complètement déprimant. Je reconnais cependant qu’il y a une grande part de subjectivité dans ce jugement : l’établissement appelé pompeusement lounge où j’ai bu un tord-boyaux immonde juste après la séance et oublié mon écharpe n’y est certainement pas indifférent. OK, je rectifie mon jugement : je n’ai pas aimé ce film.

Pourquoi ? Tout d’abord, comme l’a judicieusement souligné mon compagnon de beuverie, parce que Llewyn est présenté sous un jour plus que noir, sans aucun espoir de salut, tant et si bien qu’à trop taper dessus, les réalisateurs révèlent une quasi-cruauté et s’il y a une chose que je ne supporte pas, c’est la cruauté des réalisateurs pour leur personnage.

Bon, à leur décharge, je reconnais que l’univers des chanteurs folk au début années 60 ne devait pas toujours être particulièrement riant, comme en témoigne d’ailleurs le contenu des chansons. Ceci dit, une petite note d’espoir aurait été la bienvenue. Je ne parle pas d’humour, car l’humour des réalisateurs est heureusement là, mais très noir, comme toujours.

Une autre explication de cette déception vient à mon avis du titre et de l’attente qu’il avait fait naître en moi. Je veux bien entendu parler du mot « inside » qui m’avait laissé imaginer quelque chose de beaucoup plus introspectif ; à un truc du genre « dans la peau de John Malkovich ». Or, ici, Llewyn n’a aucune épaisseur. Il agit de manière totalement impulsive et irraisonnée comme le font presque toujours les personnages des deux frères.

On comprend vaguement vers le milieu du film que l’ « inside » renvoie à l’envers du décor, en opposition à l’ « outside » qui renverrait à la scène. Cependant, on voit très peu cet « outside » et le peu qu’on voit ne semble pas tellement plus reluisant que l’ « inside ».

Y a-t-il un message derrière tout ça ? Peut-être n’ont-ils pas souhaité en délivrer. Il n’en reste pas moins que celui que j’ai retenu est « beaucoup d’appelés, peu d’élus ». C’est vrai que les films parlent généralement plus des artistes qui réussissent que de ceux qui ne réussissent pas et c’est bien de parler aussi de ceux-là, beaucoup plus nombreux que les quelques stars qui sortent du lot. Ce que je veux seulement dire, c’est que le personnage de Llewyn aurait dû être moins loser absolu, cela l’aurait rendu plus crédible et nous aurait donné envie de nous identifier un peu à lui et non de le protéger contre le sadisme de ses démiurges.

Edouard

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