
Cela faisait longtemps que je me posais la question. Comment, avant l’avènement d’une classification scientifique du vivant à la fin du XVIIIème, interprétait-on les vestiges de temps immémoriaux tels que les fossiles marins et les os pétrifiés d’animaux aujourd’hui disparus ?
Je ne sais plus où j’ai lu la critique mais elle précisait que ce sujet était peu traité en France alors qu’il l’était beaucoup plus dans le monde anglo-saxon. Peut-être parce qu’en France, on est obsédé par une confrontation science/religion et qu’on a du mal à admettre que les cadres conceptuels païens n’étaient pas moins fantaisistes que celui de la chrétienté dont ils différaient finalement assez peu concernant les fossiles.
Quoi qu’il en soit, je me suis empressé de me procurer l’ouvrage.
La fascination pour les fossiles marins remonte à très loin, sans doute à la préhistoire (des fossiles transpercés laissent entendre qu’ils pouvaient servir d’ornements). Quel sens leur donnait-on ? Difficile à savoir pour les périodes anciennes. Peut-être, comme dans des traditions plus tardives, les imaginaient-on tombés du ciel ou seulement comme de mystérieuses productions naturelles dignes d’être portées en collier.
Jusqu’au XVIIIème siècle, personne n’avait l’idée de creuser pour remonter le temps. Aussi, les os de dinosaures étaient très rares. Les morceaux de squelettes retrouvés appartenaient bien plus souvent à la mégafaune du pléistocène. Cela n’empêchait d’ailleurs pas de les attribuer à des dragons, surtout si une légende locale préexistait à la découverte. Avec l’avènement du christianisme, ces dragons furent bien souvent terrassés par des saints mais cela ne changeait finalement pas grand-chose.
Les os pouvaient également provenir de géants. La croyance en leur existence passée était très forte, et pas seulement en Europe. A cet effet, les conquistadors eurent la surprise de s’apercevoir que cette croyance était partagée par les amérindiens.
En Asie, les fossiles broyés on fait longtemps partie de la pharmacopée. Les peuples de Sibérie pensaient que les mammouths, qu’ils retrouvaient congelés, étaient en fait des animaux qui vivaient sous la Terre et qui mourraient systématiquement lorsque par malheur ils remontaient à la surface. Bref, sur toute la planète, on essayait d’expliquer ces phénomènes pour le moins étranges.
Ce n’est peut-être pas un hasard si le jésuite Pierre Theilard de Chardin qui s’évertua toute sa vie à rapprocher la science et la religion, fût aussi l’un des plus grands paléontologues du début du XXème siècle. Dans le domaine de la paléontologie, les explications apportées par le christianisme n’étaient pas plus concluantes que celles du paganisme. En l’occurrence, il n’y avait pas de concurrence entre science et religion mais juste un vide dans lequel la science put s’engouffrer.
Edouard
Fossiles et croyances populaires
Eric Buffetaut
Le cavalier, 2023









