Ce qui ne me tue pas

Après le décès de Stieg Larsson, en 2004, il s’est passé des choses peu reluisantes entre ses héritiers.
Je suppose que ceux-ci se sont mis d’accord pour autoriser David Lagercrantz à faire revivre Mikael Blomqvist et Lisbet Salander, les héros des trois premiers volumes de la saga Millénium.
Un peu sceptique au départ, je me suis laissé prendre par cette nouvelle intrigue.

Un Suédois travaillant pour la  NSA (National Security Agency) Américaine , revient dans son pays natal, bien décidé à s’occuper de son fils August, un petit garçon autiste terriblement attachant.
La vie de cet homme est un saccage, celle de son ex-épouse également (elle est remariée avec un acteur raté et alcoolique).
La NSA ne laisse pas ses collaborateurs courir dans la nature, et il arrivera des broutilles au transfuge.

Blomqvist et Salander réussiront à pénétrer dans les ordinateurs ultra-secrets de l’agence américaine, et en apprendront de belles…
De nombreux personnages patibulaires, parmi lesquels la sœur de Lisbet, donneront du fil à retordre à la Säpo, la Sécurité suédoise, et de délicieuses sueurs froides au lecteur.

J’ai été épaté par la manière dont l’auteur arrive à faire revivre des personnages devenus mythiques.
Même William Boyd s’est cassé les dents il y a peu, en ressuscitant James Bond.

Amitiés scandinaves,

Guy

Lisbeth Salander et Mikael Blomkvist survivent à leur créateur.

On croyait qu’avec la mort de Stieg Larsson, tout était fini et que le mythe était définitivement figé. Quoi de plus mythique en effet que la mort prématurée d’un romancier suédois qui vient de déposer chez son éditeur  des ouvrages qui dénoncent les travers de cette société ? Avec l’histoire de la compagne de l’écrivain se trouvant dans l’incapacité juridique de toucher le moindre fragment des droits d’auteur de ce succès planétaire, la réalité dépassait la fiction. La hackeuse lesbienne géniale et le journaliste de choc étaient-ils condamnés à sombrer dans l’oubli ? Peut-être, en tout cas, on n’aura jamais le fin mot de l’histoire puisque David Lagercrantz leur redonne vie avec ce quatrième opus.

L’ouvrage s’ouvre sur une rédaction du journal d’investigation un peu au bout du rouleau et un Mikael Blomkvist commençant à voir approcher la terrible cohorte des « has been » l’invitant à rejoindre ses rangs. Heureusement, les circonstances lui permettront d’éviter ce funeste destin…pas besoin d’être psy pour comprendre les circonstances qui ont pu inspirer ce scénario au nouvel auteur.

Le tout est une réussite et finalement, tout le monde avait envie d’avoir des nouvelles de Lisbeth et de Mikael. L’histoire tourne beaucoup autour de l’indestructible hackeuse, impliquée dans une affaire d’intelligence artificielle et qui se retrouve dans l’obligation de s’occuper d’un jeune autiste.

Les spécialistes de l’autisme feront peut-être la fine bouche et je me suis demandé comment un enfant qui n’avait jamais parlé pouvait écrire et comprendre ce qu’on lui disait. Bon, je ne suis pas médecin, c’est peut-être possible.

Les personnages présents dans les 3 premiers volumes sont fidèles à ce qu’ils étaient. Les nouveaux personnages sont plus ou moins bien réussis. Pas mal le jeune autiste et l’acteur alcoolique et violent. Un jeune journaliste venant d’arriver à la rédaction de Millenium est pas mal non plus. Par contre, il y a une méchante que j’ai trouvé un peu caricaturale, un peu ratée, mais peut-être qu’elle prendra de la profondeur dans les prochains épisodes.

Il y a aussi une fidélité certaine tant au niveau de l’action que du souffle dénonciateur et un peu anarchiste des précédents volumes. Petit plus il me semble avec un style qui atteint parfois un niveau d’émotion dont je n’avais pas le souvenir, peut être la touche perso de Lagercrantz.

Bref, ils sont revenus en forme pour notre plus grand plaisir. On attend la suite et aussi l’adaptation cinématographique qui ne saurait tarder.

Edouard

 

Ce qui ne me tue pas

Actes Sud

2015

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François le Petit – Chronique d’un règne

Après ses 6 chroniques sur le règne de Nicolas Premier, l’auteur s’attaque à celui de François IV Hollande. Le ton reste aussi impertinent, le style aussi réjouissant, et l’irrespect identique.

À la suite de son message sur twitter, Madame de T., devenue la marquise de Pompatweet, finira par devenir persona non grata au Château. Elle le quitta avec pertes et fracas, et prépara en secret un livre que les Français se sont arraché quelques mois plus tard. Entretemps, François IV s’inspira de Mazarin: « Parle toujours avec un air de sincérité, fais croire que chaque phrase sortie de ta bouche te vient tout droit du cœur et que ton seul souci est le bien commun ».

Une série de personnages folkloriques apparaissent au fenestron ou en compagnie des gazetiers: la bigote baronne Boutin, le commodore Mauroy, le diabolique archidiacre Waucquiez, le duc d’Évry (Manuel Valls), Mademoiselle Julie, la comtesse Bruni, l’abbé Buisson, M. d’Hortefouille, et bien sûr « Nicolas-le-Bateleur qui agitait toujours son épaule droite et marchait toujours en canard, chaloupant mieux encore que dans ses caricatures puisqu’il semblait se parodier lui-même ».

Le style volontairement suranné et les imparfaits du subjonctif régalent le lecteur emporté dans un tourbillon de révélations plus réjouissantes les unes que les autres. Si l’on peut dire.
Le livre se termine au moment de l’attentat contre Charlie Hebdo, et les Crétins wahhabites ne sont pas épargnés.

Comme l’écrit l’auteur: « À suivre ? Hélas ! »

Guy

Patrick Rambaud – Grasset

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Charlotte

Dans le mensuel Lire du mois d’avril dernier, l’auteur raconte que la rédaction de ce livre lui a pris 10 ans. Il commence seulement à s’en remettre. On le croit volontiers, au vu du travail de recherche effectué.
Charlotte Salomon est née à Berlin en 1917 dans une famille de la bourgeoisie juive. Sa famille est marquée par de nombreux suicides. Sa tante, dont elle porte le prénom, s’est jetée dans la rivière par une glaciale nuit d’hiver. Sa mère se suicide quand Charlotte est âgée de 8 ans. Elle grandit dans l’ignorance de la cause de la mort de sa maman. Un  jour, elle se découvre un talent pour le dessin et la peinture. Mais l’Allemagne sombre dans la folie. Réfugiée en France, elle racontera sa vie et son amour perdus, grâce à sa peinture. Dénoncée, elle sera gazée à Auschwitz. Ses toiles, qu’elle avait confiées à son médecin, sont conservées à Amsterdam.

Un très beau livre, d’une pudeur extrême. Les phrases courtes scandent cette destinée tragique, comme un poème. La fin est glaciale.
Et le lecteur se pose la question: pourquoi??

Amitiés mélancoliques,

Guy

Charlotte – David Foenkinos

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Malaise dans la Civilisation

N’étant ni psychanalyste, ni philosophe, ni anthropologue, je ne me permettrai aucune critique, dans le sens littéraire, de cet essai publié en 1929.
Une citation, dans l’optique des derniers événements qui ont secoué la France et la Belgique:

‘Il est humiliant de constater combien sont nombreux parmi nos contemporains ceux qui, obligés de reconnaître l’impossibilité de maintenir leur religion, tentent pourtant de la défendre pied à pied par une lamentable tactique de retraite offensive.’

Quelques pistes de réflexion (inspirées par mes recherches sur internet):

Le sentiment de culpabilité est le problème capital du développement de la civilisation et le progrès de celle-ci doit être payé par une perte de bonheur due au renforcement de ce sentiment.
Le sentiment de culpabilité est absolument identique à l’angoisse devant le Surmoi.
Il n’est pas reconnu comme tel, il reste en grande partie inconscient et se manifeste comme un malaise, un mécontentement auquel on cherche à attribuer d’autres motifs.
Freud précise la signification des concepts qu’il a développés dans son ouvrage : « surmoi », « conscience morale », « sentiment de culpabilité », « besoin de punition », « remords ».
Le remords désigne la réaction du Moi dans un cas donné de sentiment de culpabilité.
Freud affirme l’existence, au-delà du Surmoi individuel,  d’un « Surmoi collectif » : l’éthique.
Il fait deux objections au Surmoi individuel et au Surmoi collectif :
a) par la sévérité de ses ordres et de ses interdictions, il se soucie trop peu du bonheur du Moi.
b) il ne tient pas assez compte des résistances à lui obéir.
Freud se demande si la plupart des civilisations ou des époques culturelles et même l’humanité entière ne sont pas devenues « névrosées » sous l’influence des efforts de la civilisation,
et il introduit la notion de « névrose collective ».
Les hommes d’aujourd’hui ont poussé si loin la maîtrise des forces de la nature qu’avec leur aide il leur est devenu facile de s’exterminer mutuellement jusqu’au dernier. Ils le savent bien,
et c’est ce qui explique une bonne part de leur agitation présente, de leur malheur et de leur angoisse.

Conclusion:
Lire Freud s’avère difficile, son style est indigeste. Mais quelle lucidité…

Pour alléger un peu mon propos, une anecdote concernant un autre fumeur de cigares, Winston Churchill.

Après un bon repas, on présente la boîte à cigares.
Un des invités en rafle 5, avec un sourire d’excuse ‘C’est pour la route’
Churchill lui réplique ‘Merci d’être venu d’aussi loin’.

Amitiés fumantes,

Guy

Sigmund Freud – PUF

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La Fille du Train

Un coup dans l’eau pour une jeune auteure anglaise.
Le thème semblait pourtant prometteur.
Une jeune employée prend deux fois par jour un train de banlieue , et chaque jour elle voit en passant un couple dans une maison au bord de la voie.
Elle leur donne un nom, et affabule un histoire digne d’un roman de gare (de circonstance).
Un jour l’homme est remplacé par un autre.
Aurait-il été viré??

Pour ceux qui auraient envie de se nourrir de ce salmigondis, je ne vais pas déflorer le sujet.
Il y aura du sang, un peu de sexe, un suspense -euh- artisanal, des longueurs et des langueurs, et une fin que j’ai déjà oubliée.
Une phrase récurrente traverse le livre de bout en bout: Je suis désolé(e) qui doit s’exprimer en langue anglaise par ‘I am sooo sorry’.

Par curiosité, je suis allé voir à quoi ressemble la prénommée Paula: jeune, grassouillette, bavarde, dans une petite vidéo à déguster sur Babelio.
Elle tient le crachoir devant un public de midinettes, parmi lesquelles on distingue au premier rang deux hommes pathologiquement obèses.

Heureusement, il existe en Grande-Bretagne d’autres auteurs. Sinon, je voterais pour le Brexit.

Amitiés de cheminot,

Guy

La Fille du Train

Paula Hawkins

Livre audio

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Les Chevaliers teutoniques

C’est en lisant « l’homme qui savait la langue des serpents » que j’en suis venu à m’intéresser aux chevaliers teutoniques. Les Estoniens du roman étaient en effet confrontés à des « hommes de fer » historiquement nommés « chevaliers Porte-glaives », un ordre qui sera in fine absorbé par les chevaliers teutoniques. Nous y voilà.

Les chevaliers teutoniques participèrent aux croisades, mais ce n’est pas là qu’ils prirent toute leur puissance. Dans les Etats chrétiens d’orient, ils restèrent effectivement dans l’ombre des templiers et des hospitaliers (qui devinrent les chevaliers de Maltes). Qu’à cela ne tienne … ce qui est fascinant chez les teutoniques, c’est leur capacité à traverser les siècles en se transformant en permanence sans perdre leur identité. On a vraiment l’impression de lire l’histoire d’une grande entreprise, plus que celle d’individus en armure pourfendant les infidèles.

Premier point de chute, l’Europe de l’Est. Un territoire qui correspond au nord de la Pologne et aux pays baltes. Bien entendu, le corridor de Dantzig et l’enclave de Kaliningrad me rappelaient quelques souvenirs scolaires, le genre de détails historiques que le prof évacue en deux temps trois mouvements et que l’élève moyen classera dans la catégorie « pas important » et de fait, il ne sera jamais interrogé sur ce point. J’étais donc très loin de m’imaginer que tout cela était lié au grand royaume construit par les chevaliers teutoniques chargés au moyen-âge de convertir ces populations très largement païennes.

Le premier coup porté aux chevaliers intervint au moment de la réussite de leur entreprise. En effet, à partir du moment où il n’y eut plus personne à christianiser, les puissances locales s’interrogèrent fortement sur la raison d’être de leurs privilèges qui s’émiettèrent peu à peu. Avec l’arrivée du protestantisme, nouveau coup d’estoc qui divise l’ordre de l’intérieur. Mais alors qu’il agonise, l’arrivée des Turcs Ottoman qui menacent le Saint-Empire lui permettra de retrouver  un peu de vigueur. Certes, ce ne sera plus jamais la puissance du XIIIe siècle, mais au moins ont-ils matière à guerroyer. Les lumières et en particulier les francs-maçons semèrent le trouble dans l’ordre, de même que la Révolution française. Napoléon, qui démantèlera le Saint-Empire le met à terre. Heureusement, Waterloo leur permettra d’échapper à l’extermination, mais il ne restera vraiment plus grand-chose au XIXe.

On pense au chevalier noir de sacré Graal qui continue à vouloir se battre alors qu’on lui a coupé les bras et les jambes. Ils finissent ensuite par comprendre que le chevalier en armure est un peu passé de mode  et se reconvertissent dans l’assistance aux blessés et là, PAF, voilà t’y pas que c’est au tour des chevaliers de Malte de leur tomber dessus. Ils perdront quelques plumes dans la bataille, mais arriveront à survivre une fois de plus. L’ordre des chevaliers teutoniques existera jusqu’en 1929, date à laquelle il sera rebaptisé « frères de l’ordre allemand de Sainte Marie de Jérusalem » qui, à son tour, survivra à la déportation nazie et au détournement historique des Chevaliers teutoniques effectué par Himmler pour anoblir l’action du IIIe Reich. Bref, après 800 ans, ils sont toujours là. Sacrés chevaliers teutoniques ! Dumas n’aurait pas fait mieux.

Edouard

Les chevaliers teutoniques

Henry Bogdan

Tempus

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Cendrillon

Du même auteur, j’avais lu l’an dernier L’amour et les forêts, qui m’avait épaté.

On y trouve déjà le brillant styliste et les connaissances encyclopédiques de ce jeune cinquantenaire.

Ce roman foisonnant ne se raconte pas.
Les personnages masculins sont des avatars de l’auteur, qui se met également en scène.
Il y parle de littérature (bien sûr), de poésie, d’amour, de danse classique, de décadence, d’économie de marché
(sa description de jeunes traders comme Jérome Kerviel est prémonitoire).
Et Cendrillon? C’est lui et sa femme Margot qu’il idolâtre encore après 20 ans de mariage.

Reinhardt est à l’aise partout, il n’a pas encore écrit son dernier mot…

Guy

Eric Reinhardt – 2007- Poche – 632 p.

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La griffe du chien

Si vous n’aimez pas les polars sanglants, ne lisez surtout pas ce livre. Il raconte ni plus ni moins que le combat des Anges contre les Démons. Seulement, une fois tournée la dernière page, on ne sait plus très bien qui est ange et qui est démon.

Nous sommes en 1975. A ma droite, Art Keller, ancien du Vietnam, et toute la clique des redresseurs de torts mise en place par l’administration américaine. A ma gauche, les narcotrafiquants mexicains, menés par les frères Barrera.

On passe allègrement les frontières, on se promène au Mexique, au Honduras, en Colombie, au Guatemala, avec une pointe à Hong-kong. Avec à chaque passage, des montagnes de cadavres équitablement répartis entre les deux camps. Les fidèles sont trucidés, les traîtres aussi.
Il y a un archevêque, une ravissante courtisane, des mafieux italiens et irlandais. Coups fourrés toutes les dix pages, tortures les plus raffinées les unes que les autres.

Vous me direz: quel est le plaisir as-tu de lire de telles horreurs?
Et vous avez raison.

Mais :
Ce livre est drôlement bien écrit. La documentation est bétonnée. Il se termine par un point d’interrogation en 1998.
Où sont les bons, où sont les mauvais? Quelques rares invraisemblances.

L’actualité récente démontre que rien n’a été résolu dans cette partie du monde.
Les tueries continuent au Mexique. On vient d’arrêter le fugitif ‘el Chapo’ , un baron de la drogue avec une tête de bon-papa. Sera-t-il extradé aux États-Unis?

A suivre.

Amitiés sombrero,

Guy.

La griffe du chien (The power of the dog) – Don Winslow – Polar Points
Culte – 827 p.

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Le lagon noir

1979, le corps d’un homme est retrouvé dans un champ de lave. Le policier Marion Briem s’oriente rapidement vers une base militaire américaine située à proximité, aidé dans ses démarches par Caroline, une jeune militaire noire américaine. Parallèlement, Erlendur enquête sur la disparition non élucidée d’une jeune femme dans les années 50.

Cela fait un certain nombre d’années que je m’intéresse à Erlendur, mais je n’avais jamais eu vraiment envie de faire de critique. C’était du « Easy reading », du « fast book ». Il n’y a aucune réserve concernant Indridason dans ce constat, c’est incontestablement un bon écrivain qui a su le montrer en particulier avec « Betty ». Ce que je veux dire, c’est qu’un roman policier, ça reste un plaisir simple, comme un feuilleton, on s’enfonce dans notre fauteuil, on se retrouve avec un univers familier, des personnages avec leurs petites histoires et leurs petites manies. On est bien, le meurtrier est là pour ébranler cet univers bien codifié, mais heureusement, l’enquêteur va remettre de l’ordre dans tout ça. On pourra s’endormir tranquille.

Il y a eu un budget publicitaire impressionnant pour « le lagon noir » : des affiches dans le métro et de la pub au cinéma, c’était la première fois que je voyais ça. Je me suis demandé si l’investissement était bien justifié avant d’acheter le roman. C’était justifié.

Erlendur est obsédé par un douloureux souvenir d’enfance : la perte dans une tempête de neige, de son frère dont on ne retrouvera pas le corps. Ce fil qui liait toutes les enquêtes du policier semblait avoir trouvé une issue avec « étranges rivages ». Depuis,  Indridason revient aux débuts d’Erlendur, dans les années 70.

L’autre intérêt des enquêtes d’Erlendur, c’est l’Islande, ce pays dont on ne parle que lorsque ses volcans viennent perturber le trafic aérien. En dehors de quelques passionnés de mythologie scandinave qui évoqueront avec emphase les sagas de Snorri Sturluson, personne en France ne pourra rien vous dire sur l’Islande (heureusement qu’il y a Bjork tout de même).

Or, vous le saviez peut être, en tout cas pas moi, l’Islande, base avancée des Américains pendant la guerre froide, y a joué un rôle stratégique capital. Indridason nous plonge dans cette cohabitation entre le peuple islandais et une Amérique impérialiste à peine sortie de la ségrégation et souvent plus que dédaigneuse pour ce petit peuple pauvre, rustique, dont le développement était encore en devenir et peut être un peu complexé aussi. Malheureusement, le racisme est bien plus qu’une affaire de couleur de peau. Ce sentiment insidieux et indéfinissable scelle ici l’amitié entre Caroline et Marion.

Quant à Erlendur, on commence a se demander si son obsession n’est pas aussi liée à un événement qui viendrait s’ajouter à la disparition de son frère (Arnaldur, si tu tombes sur cette critique, cette phrase est pour toi).

Edouard

Le lagon noir

Arnaldur Indridason

Metaillié noir

2016

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L’homme qui savait la langue des Serpents

La christianisation de l’Estonie au XIIIe siècle par des hommes de fer venus de l’ouest que l’Histoire retiendra sous la dénomination de « chevaliers porte-glaive ».

Jet d’encre dispose d’un système intégré d’auto-alimentation. C’est en effet en relisant l’ensemble des posts du blog en février que je suis tombé sur la critique de Guy écrite il y a presque deux ans et demi qui m’a incité à faire l’acquisition de l’ouvrage.

Tout comme nos ancêtres les Gaulois qui vivaient dans des huttes, les ancêtres des Estoniens vivaient en paix dans la forêt jusqu’à l’arrivée des hommes de fer qui leur imposèrent le christianisme et la fastidieuse vie de labeur du villageois moyen de l’occident médiéval. Beaucoup de références échapperont au lecteur français qui n’est pas forcément au fait des turpitudes de la culture de la société estonienne, mais cela n’empêche en rien de goûter à la verve épique de l’auteur. S’il n’y avait qu’un élément culturel local à retenir, évoqué dans la postface de l’ouvrage des éditions du tripode, ce serait que la « langue des serpents » fait référence à la langue estonienne qui a su traverser les millénaires, contre vents et marées.

Tout comme Goscinny et Uderzo, Andrus Kivirähk écorne ce mythe national qui, comme celui du Gaulois, a été forgé au XIXe siècle. Mais le message est beaucoup moins manichéen que celui d’Asterix avec son village idéal d’un côté et les affreux Romains de l’autre. Dans la forêt, les humains parlent la langue des serpents et vivent en harmonie avec les animaux (même plus qu’en harmonie parfois puisque des femmes vivent avec des ours). Au village, les paysans vénèrent le Christ, mangent du pain et cultivent la terre sous la houlette des moines et des hommes de fer. Toutefois, les affreux se rencontrent autant dans la forêt que dans le village. Ce sont les fanatiques qui justifient leurs abominations tant par le supposé message chrétien pour les uns que par les génies de la forêt pour les autres.

L’histoire commence comme un roman d’Heroïc Fantasy avant de flirter avec le surréalisme pour finir en conte philosophique avec une action qui perd beaucoup en vraisemblance en s’intensifiant. Mais c’est pas grave, c’est finalement très ennuyeux la vraisemblance.

La morale de l’histoire est résumée dans la postface : « même si nous nous croyons fort traditionnels ; nous sommes toujours les modernes de quelqu’un, car toute tradition a un jour été une innovation ». C’est donc une réflexion sur la marche inexorable du temps avec ceux qui essaient de le remonter, ceux qui tentent de vivre avec, ceux qui veulent le changer et ceux qui s’érigent en gardiens de dogmes immémoriaux attachés à un temps qui n’a jamais existé ailleurs que dans leur imagination. Nous sommes amenés tout au long de notre vie à détruire des mythes et à en ériger d’autres dont nous deviendrons les gardiens : telle est l’Histoire, telle est la condition humaine.

Si l’on y réfléchit bien, l’univers du livre n’est pas très éloigné de celui des contes de Grimm et Perrault. Et si toutes ces sorcières et tous ces magiciens qui vivent au fond des bois n’étaient en fait que les derniers vestiges de sociétés disparues ? Le bien, le mal, la magie, la sorcellerie, tout ça n’est-il pas finalement qu’une affaire de point de vue ?

Edouard

Un vrai phénomène en Estonie: 40.000 exemplaires vendus pour 1,4 million d’habitants.
Et à juste titre.
Cette foisonnante allégorie entraîne le lecteur dans un monde de conte de fées.
Cela se passe dans une époque médiévale imaginaire.
Le jeune Leemet apprend de son oncle la langue – plutôt les sifflements – des serpents.
Il vit dans la forêt. À côté de la forêt se trouve le village.
Deux mondes que tout oppose
Dans la forêt, on chasse grâce à la langue des serpents qui force le gibier à se laisser égorger.
Au village, on mange du pain, on cultive les champs, et on s’habille de tissus.
Dans la forêt, le Sage raconte des balivernes.
Au village, c’est le dénommé Johannes, sorte de cureton manqué.
Leemet est un réfractaire dans l’âme.
Il deviendra le seul représentant d’un monde en voie de disparition.
Le livre regorge de personnages fabuleux.
La sœur du personnage central est mariée avec un ours.
Sa mère passe son temps à nourrir sa famille avec des élans entiers.
Au village, on est terrorisé par les hommes de fer (les chevaliers teutons), et les moines châtrés.
La Salamandre, animal volant mythique, obnubile, comme une sorte de Graal, les habitants de la forêt.
Le grand-père, à qui les hommes de fer ont coupé les jambes, n’a qu’une obsession: les éliminer tous.La violence de la fin du livre devrait le réserver à des adultes avertis.
Toutes les fées ne sont pas angéliques.
J’ai repensé au livre de Bruno Bettelheim Psychanalyse des contes de fées.
L’Estonie, la plus nordique des républiques baltes, n’a pas fini de nous étonner.
Sofi Oksanen, à moitié finlandaise, est une autre porte-parole de ce pays que l’Europe découvre.
L’élite y a parlé l’allemand pendant des siècles, avant la chape du communisme.
Sous une forme mythologique, les langues commencent à se délier.
Pour ma part, j’en redemande.
Amitiés légendaires,
Guy (le 23/11/2013)
Andrus Kivirähk – Attila – 428 p.

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