Cette vieille dame (elle a mon âge) écrit des dystopies. Contrairement à l’utopie, la dystopie raconte des histoires terrifiantes,
et se veut une critique de notre société.
J’avais eu de la peine à arriver au bout de La servante écarlate, gros succès de librairie de longue date, avec un rebond récent
grâce à la série TV.
Prenant mon courage à deux mains, je me suis lancé dans la lecture du petit dernier de miss Atwood: C’est le coeur qui lâche en dernier.
Au bout de 80 pages, je jette l’éponge. KO technique. Notre société va-t-elle vraiment aussi mal? Les critiques parlent de chef d’oeuvre,
d’auteure géniale, grande dame de la SF, nobélisable (!), candidate au Prix Femina…
Petite question à mes amis lecteurs: sont-ce mes neurones qui lâchent? Le coeur va bien, merci.
Depuis ce coup de mou, j’ai entamé Petite Poucette de Michel Serres.
Un vieux monsieur autrement plus optimiste que la Canadienne précitée.
Fond et forme du plus ancien des évangiles. Petit rappel : le Nouveau Testament est constitué de quatre évangiles. Les trois premiers de Marc, Matthieu et Luc sont dits « synoptiques » et semblent se référer à une source commune. Celui de Jean, beaucoup plus mystique, est très différent et sera écrit postérieurement. Le succès du christianisme est lié à la personne de Jésus bien entendu, aux voyages de Saint-Paul, mais aussi aux évangiles qui seront de véritables best-sellers. Un évangile ne se contente pas d’énumérer une succession d’événements. Sa structure obéit à une logique qui vise à transmettre un message à un public déterminé. Son but est de convaincre et d’inviter le lecteur à la conversion. Ainsi, si saint Matthieu multiplie dans son évangile les références à la tradition juive, c’est parce qu’il s’adresse en premier lieu à des juifs. À l’inverse, ces références n’auraient aucun intérêt pour Marc qui s’adresse à des Romains, elles pourraient même être contre-productives. Le printemps dernier, est sorti un très beau film sur « Marie-Madeleine ». Jésus, incarné par Joaquin Phoenix, y apparaissait comme une sorte de guérisseur et son apparence physique était très éloignée de la représentation habituelle du Christ. Pourtant, ce personnage paraîtrait très crédible pour l’évangile de Marc. L’ouvrage est construit comme un roman d’action. Les scènes très construites, parfois violentes, les pouvoirs extraordinaires de guérisseur et d’exorciste de Jésus, sa capacité à marcher sur l’eau, à calmer la tempête, à multiplier les pains… voilà ce qui impressionne les romains et qui peut les faire adhérer au projet chrétien. Les Romains voient alors un genre de « demi-dieu » dans le personnage de Jésus, une sorte d’ « Hercule » ou d’« Achille ». Lorsqu’il ne guérit pas les malades, Jésus s’isole avec ses disciples, souvent en barque. Et là, Sandro Veronesi éclaire un point qui m’obscurcit la tête depuis 30 ans. Pourquoi Léonard Cohen raconte-t-il dans « Suzanne » que Jésus était un marin (and Jesus was a sailor when he walked upon the water…) ? Effectivement, si tout le monde a retenu que Jésus marchait sur l’eau, peu de gens ont remarqué qu’il passait aussi beaucoup de temps dans une barque. Une scène de l’évangile de Marc qui m’a particulièrement marqué et fait penser à « game of thrones » est celle du miracle raté. Peu avant Pâques, Jésus dit qu’il a faim. Il tend le bras vers les branches d’un figuier, mais ne trouve pas de fruit. C’est normal, la figue est un fruit d’automne, ça n’a pas changé depuis 2000 ans. Sauf que Jésus se met en colère et maudit le pauvre figuier qu’il retrouve tout ratatiné le lendemain. On ne sait pas vraiment ce qui s’est passé. On dirait qu’il y a eu un bug dans les super pouvoirs du demi-dieu, mais que ça a quand même un peu marché pour la malédiction. Les apôtres n’osent rien dire. Ce que je retiens, c’est que placer cette scène juste avant l’entrée dans Jérusalem, annonce le déclin que le Christ va vivre pendant sa passion. Du point de vue de la construction littéraire, c’est génial.
L’émission Apostrophes eut ses heures de gloire de 1975 à 1990.
Bernard Pivot est resté une figure populaire. Académicien Goncourt, il continue ses activités
littéraires.
Avec sa fille Cécile, il nous raconte son amour des livres, avec des photos drôles ou émouvantes.
Un livre à feuilleter avec tendresse, indispensable pour les amoureux de la lecture.
Vous est-il déjà arrivé de vous trouver en présence d’un lecteur ou d’une lectrice, que ce soit dans un train ou un lieu public? La curiosité ne vous pousse-t-elle pas à lire au moins le titre du livre?
Eh bien, posez-lui la question. L’inconnu(e) s’empressera de vous montrer la page de couverture.
Extrait:
« Les gens qui lisent sont moins cons que les autres, c’est une chose entendue. Cela ne signifie pas que les lecteurs de littérature ne comptent pas d’imbéciles et qu’il n’y a pas de brillantes personnalités chez les non-lecteurs. Mais, en gros, ça s’entend, ça se voit, ça se renifle, les personnes qui lisent sont plus ouvertes, plus captivantes, mieux armées dans la vie que les personnes qui dédaignent les livres. »
Amitiés confraternelles!
Guy.
Bernard Pivot et sa fille Cécile Pivot
Flammarion – 191 p.
Comment une société secrète autrichienne ayant eu à peine une dizaine d’années d’existence peu avant la Révolution française a-t-elle pu devenir une usine à fantasmes complotistes au XXIe siècle ? Philippe Liénard est franc-maçon et écrit des livres sur la franc-maçonnerie. Je n’avais jamais vu un livre typographiquement aussi dégueulasse : les coquilles et fautes d’orthographe sont légion. Le livre comporte aussi de grosses erreurs historiques et culturelles : confusion entre 1er empire et 1re république, référence à « Georges Orwell, auteur du roman 1987 » (il faut le faire) … Sur le fond, c’est moins pire. Même s’il n’écrit pas très bien, l’auteur semble relativement sérieux. Les sociétés secrètes n’existent que par leurs structures hiérarchisées, leurs rituels et leurs adeptes. Les longues descriptions des grades sont pour le moins rasantes. À l’inverse, sa condamnation à la fin de l’ouvrage des petites escroqueries complotistes qui pullulent sur le WEB est salutaire. Ce qui m’a le plus intéressé dans cet ouvrage est la distinction qu’il fait entre lucifériens et satanistes. Satan, c’est clairement le mal : meurtre, viol, inceste, torture… et tout ce qu’une société considère comme tel à une époque donnée. Lucifer est plus complexe. Étymologiquement, son nom signifie « porteur de lumière », une signification très noble pour moi, loin d’être associée au mal tel que je l’imagine. Lucifer est un ange déchu. Comme Prométhée dans la mythologie grecque, Lucifer est celui qui donne aux hommes les moyens lui permettant de s’élever au-dessus de la divinité. Dans l’histoire de la chrétienté, les hérésies et tous les systèmes de pensée jugés comme étranger au dogme de l’Église devaient craindre les flammes de l’enfer. Le XVIIIe siècle aura été celui de l’affrontement à mort de l’Église et de Lucifer, par le biais des lumières, l’âge d’or des sociétés secrètes, des francs-maçons et autres Illuminati et se matérialisera dans la Révolution française et l’indépendance des États-Unis. Toute pensée un peu originale continue aujourd’hui à susciter la méfiance dans certaines communautés chrétiennes. Au sein de l’Eglise, les jésuites ont longtemps senti le soufre… jusqu’à ce qu’un jésuite arrive au Vatican. Au XXIe siècle, le débat n’est plus le même. Le nouvel ordre mondial ourdi par le complot judéomaçonnique et dirigé par les Illuminati est un fantasme typique d’un village planétaire en quête de sens et terrorisé par son avenir. Les Illuminati sont en nous. Soyons tous responsables, car nous sommes les seuls maîtres à bord.
Trouvé ceci dans « À mots découverts » du toujours spirituel Alain Rey
Plusieurs auditrices et quelques auditeurs se préoccupent du vocabulaire d’Internet, qui devient de plus en plus incontournable, comme on dit, mais qui nous asperge d’un franglais indiscret.
L’une des questions qui revient le plus souvent, à côté des e-mails qu’on aime traduire en courriels, à la québécoise, est celle du remplacement possible de start-up. Ces jeunes sociétés avides de profit et qui se développent avec une rapidité impressionnante ont paresseusement conservé dans notre langue si accueillante leur désignation américaine. Nous connaissions déjà quelques mots issus du verbe anglais to start, qui signifie « partir, démarrer », par exemple le starter des automobiles et celui des stades, ou encore la starting gate des champs de courses. Start-up, que vous pouvez toujours prononcer « startupe » pour montrer que vous savez l’écrire, ne veut pas dire grand-chose de précis. Le vocabulaire des affaires et de la finance américaines utilisait le mot bien avant les « nouvelles technologies » et la « nouvelle économie » (qui ne peut être qu’une new economy…) à propos de sociétés pétrolières à développement rapide. Aucune idée de jeunesse ni de croissance, comme dans le gracieux « jeune pousse » que l’Administration française favorise, mais simplement un démarrage rapide.
Il semble que la Bourse suggère aux Français des idées botaniques et jardinières, puisque l’une de mes correspondantes me suggère par une carte postale exotique et charmante le mot turion. Ce latinisme de botaniste existe en effet depuis le XVIe siècle et signifie justement « jeune pousse » ; il est bref, sonore, mais un peu rare et précieux. Il évoque, parmi les végétaux, les bourgeons de ce qui va devenir succulent, l’asperge. Si le ou la start-up – grand inconvénient de l’anglicisme, le genre flottant – est, à son démarrage, un turion, il ou elle pourra devenir une grande asperge, ce qui n’est pas forcément la gloire. Décidément, ce turion latin serait plus goûteux et plus ironique que la banale start-up franglaise.
La dernière enquête du commissaire Kurt Wallander, parue en 2009.
L’homme inquiet, c’est le commissaire âgé de 60 ans, et c’est l’auteur qui à l’époque se savait atteint d’un cancer. Il est mort en 2015.
Les derniers livres de Mankell sont beaucoup teintés par l’angoisse de l’âge et de la maladie, comme Les chaussures italiennes et Les bottes suédoises.
Il enquête ici sur la disparition du beau-père de sa fille Linda, un ancien officier de la marine suédoise, avec qui Wallander avait échangé quelques souvenirs
de la guerre froide. L’enquête se corse quand la femme de l’officier est retrouvée morte…
La qualité du livre ne tient pas tant à l’intrigue qu’à la justesse des rapports de Wallander avec sa fille, son beau-fils, son chien (hé oui), ses collègues.
La rencontre avec son ex-épouse Mona, la visite d’une ancienne fiancée-amie atteinte d’une maladie incurable, tout cela n’est guère réjouissant, mais cela
sonne juste. L’homme inquiet lui-même est menacé par le diabète et la démence.
L’histoire se passe en été, les orages se multiplient dans et autour du commissaire.
Un très beau livre-testament.
Je ne peux pas dire qu’à la fac, c’était vraiment un ami. Cependant, son sourire, sa voix apaisante et son regard bienveillant me suffisaient pour dire « lui, il est sympa », sans que je le connaisse vraiment.
Et puis, on s’est retrouvé bien des années après sur Facebook je ne me souviens plus très bien comment.
En fait, c’est Daech qui nous a rapprochés. À partir des attentats de Charlie Hebdo, j’ai commencé à écrire pas mal d’articles sur l’islamisme et l’islam en général. Mohamed les likait et/ou les commentait. Au printemps, après avoir bien débattu sur « les djihadistes sont-ils musulmans ? », il m’a dit « en te lisant, je me dis que le dialogue est possible ». Alors on a décidé de se rencontrer en live pour dialoguer.
C’est comme ça qu’on s’est retrouvé deux mois plus tard au tournesol. Ne me dites pas que vous ne connaissez pas le tournesol. C’est pour moi le bar des bons souvenirs du côté d’Edgar Quinet dans le quartier Montparnasse. Je n’y vais plus beaucoup, mais à chaque fois, je sais qu’il sera le théâtre d’une rencontre dont je me souviendrai longtemps.
Mohamed n’avait pas beaucoup changé depuis la fac. Il avait fait le même DESS que moi l’année d’après alors des souvenirs en commun, on en avait. Il s’était marié et avait deux enfants.
Rapidement, on a comme prévu embrayé sur la religion. Moi et mon éducation catholique, lui et son éducation musulmane, c’était un moment fort. Mohamed n’était pas un djihadiste, on a pris chacun une pinte et il m’a avoué que ça lui arrivait de manger du porc. Il m’a dit aussi avoir pris conscience qu’il était musulman la première fois qu’on l’avait traité de sale arabe quand il était enfant. Ceci dit, il ne rejetait pas pour autant ses racines musulmanes et algériennes. C’était donc un moment fort, un moment où tout semble possible, où tu te persuades que les gesticulations de Deach n’étaient en fait qu’une mascarade aussi macabre que pitoyable et qu’il n’y a pas d’autre issue que le dialogue entre religions.
La semaine dernière, Mohamed a eu une crise cardiaque. C’est Leila, son épouse, qui l’a annoncé sur Facebook.
Bien sûr, j’ai été choqué, je me suis senti jeté à terre et j’ai même entendu mon inconscient me dire : « Le pot du tournesol, c’était un rêve, un mirage. C’est un truc qui n’existe pas dans la vraie vie. Les religions sont faites pour se combattre, pas pour se comprendre ».
Heureusement, je me suis relevé. Je sais qu’il y a d’autres porteurs de lumière dans le monde musulman. Nous ne pourrons plus débattre ensemble Mohamed, nous ne pourrons plus continuer à guerroyer contre l’obscurantisme, mais maintenant, je le ferai aussi un peu pour toi.
Dans le sud de l’Angleterre, Fyveer, ayant eu l’intuition de l’arrivée d’un danger imminent, décide de quitter sa garenne avec son frère Hazel et quelques autres lapins.
Publié pour la première fois en 1972 (1976 en France), l’ouvrage qui a été réédité en 2016 aura été un immense succès éditorial (50 000 000 d’exemplaires vendus) et pourtant, je n’en avais jamais entendu parler. Un grand merci au passage à Franck Chanloup qui m’envoie régulièrement ses critiques de grande qualité depuis sa lointaine Nouvelle-Calédonie.
Il y a plusieurs livres dans Watership Down. Au début, j’ai pensé au voyage de Niels Holgerson, mais après une cinquantaine de pages, on se rend bien compte que ce n’est pas un livre destiné aux enfants. Alors, on y voit plutôt une fable philosophique sur le team building. Hazel est un manager remarquable doté d’une intelligence aiguë des situations qui sait très bien s’entourer. Viennent ensuite les romans d’espionnage et de guerre qui aboutissent sur un message pacifiste.
Cet ouvrage est aussi un magnifique témoignage de ce qui pouvait plaire dans les années 70, en pleine guerre froide. Le général Stachys, à la tête d’un régime totalitaire, semble bien entendu renvoyer à Staline. Toutefois, il apparaît plus comme un Hitler dans la dernière partie. Les armes des lapins ne sont que griffes et dents et leurs stratégies guerrières très classiques. On est très loin de la crainte de l’affrontement nucléaire qui caractérisait les relations est/ouest à cette époque.
Dans un tout autre registre, j’ai été marqué par la quasi-inexistence de lapines dotées d’un tant soit peu de relief. Nul doute que si ce livre avait été écrit aujourd’hui, l’éditeur aurait certainement exigé la présence d’éléments féminins distinctifs. Fyveer, avec sa fragilité et ses capacités intuitives aurait pu faire un personnage féminin intéressant, mais l’auteur ne laisse planer aucun doute concernant son sexe d’appartenance. Les femelles sont généralement regroupées sous le vocable générique de « hases » (la hase est la femelle du lièvre, mais c’est cette appellation qu’à choisi le traducteur même si les mâles sont bien des lapins et non des lièvres). Il y en a tout de même une qui semble un peu sortir du lot dans la partie « espionnage », mais sa présence semble plutôt justifiée par les besoins du genre : un roman d’espionnage sans James Bond Girl, c’est comme…un lapin sans oreilles. Bref les hases ne sont vues que comme des véhicules reproductifs tout juste bonnes à creuser des terriers et à élever des lapereaux. À part pour soigner les blessés et assurer le repos du guerrier, elles n’ont pas voix au chapitre dans les grands débats stratégiques et politiques. Vu l’immense succès en librairie, cela ne semble pas avoir choqué grand monde à l’époque. Et dire qu’on était en pleine révolution sexuelle…
Toutefois, ce constat ne retire rien à l’intérêt du livre qui n’en reste pas moins captivant à plus d’un titre, d’autant plus que dans la vie réelle des lapins, je doute fort que la parité soit respectée.
Édouard
1972/1976/2016
Richard Adams
Ed Monsieur Toussaint l’ouverture
J’avais lu avec attention la lettre ouverte de Nancy Huston au pape François publiée en août 2018 dans le monde. J’ai une grande admiration pour l’écrivain et je ne saurais trop conseiller à ceux qui ne la connaissent pas, la lecture d’« instrument des ténèbres ». Il n’en reste pas moins que sa plaidoirie et l’association qu’elle faisait entre « mariage des prêtres » et « pédophilie » m’avaient laissé dubitatif. En tant que catholique, je ne serai pas du tout opposé au mariage des prêtres et je prendrai plutôt ça comme une avancée réelle. Un certain nombre de prêtres, sans être pédophiles ont une vie sexuelle, sont en couple ou même mariés (civilement, bien entendu). Officialiser les choses pourrait pallier une certaine hypocrisie. Il n’en reste pas moins que de nombreux prêtres, conformément à leurs engagements, restent célibataires. Je pense que le choix de ne pas avoir de vie sexuelle est très mal accepté par notre société de consommation et que le combat contre le célibat s’inscrit plutôt dans une thématique « libération sexuelle ». Quoi qu’il en soit, je ne pense pas qu’une telle réforme au sein de l’Église catholique permettrait de résoudre le problème de la pédophilie. Je pense par contre qu’elle suscitera peut-être plus de vocations chez des jeunes qui voient le célibat comme les premiers chrétiens non juifs voyaient la circoncision. À mon sens, il faut voir le problème autrement et tenter de comprendre le phénomène de la pédophilie qui concerne tous les cercles dans lesquels des adultes sont amenés à côtoyer des jeunes sur lesquels ils exercent une autorité. On ne parle jamais dans les médias de tous ces profs envoyés discrètement dans les rectorats par l’éducation nationale, ni des familles dans lesquelles ces comportements ont parfois cours, ce qui prouve en passant que la vie conjugale n’est en rien un vaccin contre la pédophilie. Donc, le mariage des prêtres, pourquoi pas, mais il permettrait certainement plus de flatter les ego des hérauts de la révolution sexuelle que de prévenir la pédophilie. À mon sens, l’action salutaire que j’espère engagera François serait d’accentuer le système répressif, de mettre en place une tolérance zéro qui concernerait non seulement les auteurs d’actes criminels, mais aussi la hiérarchie qui les couvre, car c’est bien là qu’est le problème : bien souvent, tout le monde est au courant des agissements au sein de la hiérarchie ecclésiastique, mais l’omerta justifiée par la crainte que les agissements puissent rejaillir sur l’institution permet de faire taire les victimes et parfois même les auteurs (cf tu ne parleras point). Bien souvent, ces faits sont aussi couverts par les familles des victimes qui culpabiliseraient à l’idée de salir la religion. Je pense que ces agissements existaient depuis longtemps dans l’Église, mais on n’avait pas la même approche de la pédophilie et l’institution était plus puissante. La criminalisation de la pédophilie est assez récente. Dans les années 70, on pouvait se prévaloir dans un livre de pratiques sexuelles avec des petits garçons de 5 ans sans que personne n’y voit une monstruosité. Je ne suis pas certain qu’il y ait aujourd’hui un accroissement des actes pédophiles au sein de l’Église, mais bien plutôt que la chappe de plomb qui a tenu pendant des siècles explose partout. La dénonciation publique de ces crimes est sans doute le premier et le plus puissant outil de lutte contre la pédophilie au sein de l’Église catholique. Édouard
« Ils se souviennent au mois de mai, d’un sang qui coula rouge et noir, d’une révolution manquée, qui faillit bouleverser l’histoire. Je me souviens surtout de ces moutons effrayés par la liberté s’en aller voter par millions pour l’ordre et la sécurité. »
Combien de fois ai-je écouté « Hexagone » de Renaud ? Je ne sais pas, mais beaucoup. Cette condamnation outrancière et sans concession de la société française m’a toujours fait beaucoup rire. La chanson est sortie en 1975. Sept ans après mai 1968, ces événements s’étaient déjà mythifiés dans l’inconscient collectif français. Tout le monde avait jeté des pavés sur les CRS en 68 et tout le monde était résistant en 45… La majorité a toujours été du bon côté de l’histoire.
Et alors, comment tout cela a t-il pu se produire si tout le monde était contre ? Et bien, ce n’est pas compliqué diront certains : à cause de l’État, à cause des puissants, à cause des chefs, des patrons… On touche là à la potion magique d’une certaine gauche française qui lui permettra certainement un jour de revoir la lumière, car accuser les « autorités » de tous les maux permet aussi à chacun de se dispenser de toute introspection et de faire face à sa propre part d’obscurité.
Les moments perdus n’existent plus aujourd’hui, le smartphone les a tués. Moi aussi, je les tue à l’occasion en regardant mon fil d’actualité Facebook à la recherche de perles. Il y a des perles humoristiques, quelques pensées profondes, mais beaucoup d’énormités. J’en ai relevé une cette semaine m’a particulièrement marqué :
« L’apartheid était légal ; l’holocauste était légal ; l’esclavage était légal ; la colonisation était légale. La légalité est une affaire de pouvoir et non de justice. »
Je note que l’auteur n’a visiblement jamais entendu parler de Montesquieu et de Lock, ni de séparation des pouvoirs entre législatif, exécutif et judiciaire. Il n’y a que dans les États totalitaires qu’exécutif, législatif et judiciaire ne font qu’un.
Il confond aussi légitimité et légalité. Le régime de Vichy était légal et légitime en 1939. Il est devenu illégitime en 45 et c’est cette perte de légitimité qui a rendu sa légalité contestable. Qui peut faire et défaire cette légitimité, sinon le peuple lui-même ?
Certes, ces horreurs ont bien été possibles parce que des organisations les ont mises en place donnant lieu à l’adoption d’un cadre légal. Mais tout cela n’a été possible qu’avec la complicité de la société, tous milieux sociaux confondus.
Jusqu’à la révolution industrielle, bien rares étaient ceux qui dénonçaient l’esclavage. La société avait toujours fonctionné comme ça depuis l’antiquité. Les nazis n’auraient pu faire ce qu’ils ont fait sans l’antisémitisme viscéral de la société occidentale des années 30. L’apartheid et la colonisation n’auraient pu avoir lieu sans une acceptation unanime de l’infériorité des non occidentaux.
Pour le meilleur et pour le pire se sont les peuples qui font l’histoire et les « puissants » qui en sont issu ne font que ce que le peuple leur permet de faire.