Pixar, 25 ans d’animation

Au musée d’art ludique jusqu’au 2 mars, à côté de la gare d’Austerlitz.

Bon, je me suis encore planté de queue. Je m’apprête à me diriger vers la queue « sans billet » quand un agent de sécurité m’interpelle.

– Je peux vous permettre de ne pas faire la queue en vous vendant un billet directement.
– Euh…, vous êtes bien un agent de sécurité ?
-12€, sinon, il y a 30 minutes de queue.
Je lui tends un billet de 20€, mais il n’a pas la monnaie.

La queue « sans billet » est vraiment très longue et n’avance pas vite, plutôt 45 min que 30, à mon avis. Je commence à me dire que j’aurais peut-être dû lui laisser la monnaie quand je le vois arriver avec le sourire et 8€. Nous procédons à l’échange standard sous l’œil médusé des derniers arrivants, agglutinés derrière moi. Je pense que s’il s’était agi d’une barrette de shit, ils n’auraient pas été plus étonnés. Comme mon revendeur est agent de sécurité, il me fait aussi squeezer la queue « avec billet ».

Arrivé dans la première pièce, en voyant les regards amusés de Nemo et de Buzz l’éclair, je commence à comprendre. Ah d’accord, j’me disais aussi, ce genre de chose n’arrive jamais dans la vraie vie, ils sont vraiment fort ces Américains.

Expo sympa, beaucoup d’esquisses, d’aquarelles, de story-boards récapitulant les différentes phases de la construction des films d’animation, j’aurais bien aimé des panneaux un peu plus techniques et didactiques, mais les organisateurs de l’expo ont visiblement visé en priorité les 8-12 ans et leurs parents. Je ne regrette cependant pas d’être venu d’autant plus que je suis assez fan, je ne les ai pas tous vus, mais presque. Ils ont un incontestable talent pour donner de l’épaisseur à leurs personnages. Leurs scénarii et leurs univers tiennent aussi généralement bien la route. Mon préféré, c’est Wall-e. Bref, on s’en met plein les mirettes. Pour couronner le tout, une animation 3D sans lunettes assez sympa récapitule l’univers de Pixar.

Le clou de l’expo est le zootrope. Des personnages de Toy story sont positionnés sur un disque géant. En tournant à une certaine vitesse, le disque donne l’illusion que les personnages s’animent. C’est le principe de la lanterne magique qui a émerveillé nos arrières grands-parents à la belle époque : on ne réinvente pas l’eau tiède. Pas mal, mais ça ne vaut pas le coup de l’agent de sécurité revendeur.

À la sortie, je cherche en vain une représentation en magnet, en carte postale, en mug, en tasse à café, voire en t-shirt de mon bienfaiteur. Étrange, c’était peut-être une taupe de chez Disney.

Je me rabats sur un magnet Wall-e, histoire de me souvenir que tout ça n’était pas un rêve.

Edouard

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Mort et résurrection de Lou Reed (Black Angel Death Song Revisited)

Je n’ai rien ressenti ce dimanche soir. Les vacances en famille avaient été bonnes. Le titre était tombé brutalement en ouverture du flash de 19h : « Lou Reed est mort ». Bon. Deux interviews autorisées plus tard, j’éteins. Les enfants continuent à se chamailler à l’arrière, aucune faiblesse du régulateur, la voiture glisse à bonne vitesse.
Premier titre sur France Info, pas mal. Demain, je vérifierai en replay sur TF1 et France 2. L’info est traitée dans une sous-rubrique en fin de journal. Claire Chazal écorche le nom du Velvet, le titre des albums. Traitement à la va-vite, superficiel et approximatif. Je suis un peu rassuré. Je me demandais depuis plusieurs années comment sa mort serait couverte par les médias. Existait-il dans l’imaginaire collectif, icône grand public ou marginal insignifiant ? J’ai maintenant une réponse. Fin de l’histoire. De toute façon, je l’avais tué depuis plusieurs années. La prétention avec laquelle il accompagnait des choix artistiques indéfendables depuis The Raven (2003) avait achevé d’enterrer ce monstre en moi que la joie du foyer familial avait déjà paisiblement enseveli au fil des ans.
———
Y a-t-il une nécessité à replonger dans une œuvre lors du décès de son auteur ? Sans doute une vague curiosité morbide, pour voir si la perception que vous en aviez est altérée ou magnifiée par les évènements.
J’y ai donc retouché au troisième jour. Une petite dose au début. Sur Transformer, mille fois entendu, le vaccin tenait encore bon. C’est en arrivant à Ride Sally Ride que tout a commencé à se déliter, le cœur contraint reprenant peu à peu sa véritable forme une fois libéré du poing desserré.
C’est obscénité, cynisme, morgue, autant de lieux communs (véridiques) dont est barbouillée toute biographie de Lou Reed, en particulier ces rubriques nécrologiques toutes bricolées sur les mêmes assertions faciles. C’est aussi une voix caressante et intime, une justesse des mots et de l’intention, des abymes de désespoir, une carapace contre la société normalisante, des lames sensuelles dans le Goliath. Et dès les premières années, derrière cet étal de noirceur, un désir résurgent de rédemption : de Beginning to see the light à Trade in, en passant par cet album charnière, the Blue mask, funambule entre le Ciel et l’Enfer. À défaut de rédemption, on lui a offert la réhabilitation. Il s’y est engouffré, enfoncé, complu.
Mais aujourd’hui l’errance a pris fin. Je m’emplis à nouveau de toi. Je sens le flux revenir et irriguer mes veines. Ton œuvre est cette héroïne que tu as chantée. Ce n’est pas une poudre blanche, c’est une âme sœur et liquide en injection sous-cutanée. Extase et effroi. Excitation suprême, fièvre, stupeur, manque absolu. Je ressens physiquement les piqûres, elles me font souffrir. Je porte tes stigmates. Ad vitam. « I’m waiting for my man ». Le dealer est revenu, et elle est meilleure que jamais.
Au revoir Lou. Et bienvenu de retour.

Pierre

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Roy Lichtenstein

À Beaubourg jusqu’au 4 novembre. Bon plan pour les Parisiens qui bossent au mois de juillet et/ou août et qui veulent éviter les queues et la chaleur, l’expo est ouverte tous les jours sauf le mardi jusqu’à 21h.

Longtemps, je n’ai pas eu conscience que Roy Lichtenstein pouvait exister et qu’une figure pouvait surnager de ce flot de couleurs acidulées et de personnages hyperexpressifs surgis de l’univers des comics américains des années 60.
Et puis, je me suis rendu compte que certaines images revenaient plus que d’autres, des images qui s’étaient échappées des griffes des Marvel et autre Strange pour dire autre chose, des images qui permettront à l’époque aux situationnistes de dénoncer la société de consommation, des images qui deviendront des archétypes du Pop-Art.

On ne peut pas limiter Roy Lichtenstein à ses jeunes femmes blondes au physique aseptisé, tout comme on ne peut limiter Andy Warhol à Einstein tirant la langue ou Piet Mondrian aux pubs de Loréal.

À notre décharge, on ne peut pas dire qu’ils s’échinent beaucoup à se distinguer du vulgum.
Évidemment se sont des pops-artistes dont l’objectif est de brouiller les frontières entre le «commun» et l’ «artistique», comme autant de profanateurs de nos vieux schémas simples.

Derrière le pop-art et en particulier derrière l’œuvre de Lichtenstein, se cache une théorie de qui pose la question du positionnement de l’art dans la société. L’expo est à ce titre très didactique, on suit les différentes étapes du mûrissement de la théorie de Lichtenstein et des différentes formes qu’il lui donne.

Lichtenstein, lui aussi transforme le commun, j’ai été à ce titre troublé par ces sculptures de tasse à café décorées qui ont la taille de tasses a café, mais qui, pour une raison que je ne sais pas l’expliquer ressemblent plus à des sculptures qu’à des tasses. Le mot « pop » prend avec lui un autre sens que « populaire », celui d’éclosion, d’instantané comme dans « pop-up » ou dans « pop-corn », comme un bouchon de liège qui s’échappe d’une bouteille de champagne. Ce n’est pas un hasard si l’artiste aimait peindre des explosions et magnifiait les coups de pinceau.

Après avoir tirés le populaire vers l’artistique, Lichtenstein tire l’artistique vers le populaire en revisitant tous les classiques : Monet, Cézanne, Picasso, Fernand Léger, Matisse, Brancusi, Mondrian… Difficile de ne pas être insensible à sa reprise de la cathédrale de Rouen de Monet. Ca marque de fabrique, ses grisés avec ses petits points qui renforcent cette impression de relief que l’on retrouve dans toutes ses œuvres.

Ses petits points, qui prennent toute leur force dans son impressionnante série sur les « miroirs », finissent par occuper toute la toile à la fin de sa vie (1997) quand il revisite les paysages zen chinois.
Edouard

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Salade Pomme-Soja

 

Pour lutter contre la chaleur, créez des salades.
Pour 4 personnes :
– Quatre belles tranches de saumon fumé. Vous pouvez essayer avec du blanc de poulet, ça doit être pas mal aussi, peut-être mieux. Avec du jambon ? Mouais… j’le sens moins. Avec des dés de fromage ? Ah non, forbidden !!
– Trois ou quatre petites boîtes de pousses de soja. Moi j’ai des boîtes de 200g mais y a pas mal de flotte à l’intérieur.
– Deux pommes. Faite pas comme moi, ne choisissez pas des grosses pommes farineuses sans goût et qui se délitent quand on les coupes en morceaux. J’avoue qu’en « pommes », je ne suis pas très fort. Si vous avez un ouvrage à me conseiller, je suis preneur.
– Deux citrons. Ah, ça c’est l’ingrédient roi qui va te réveiller les pousses de soja qui agonisaient dans leurs boîtes et même un peu raffermir les morceaux de pomme.
– Un filet d’huile d’olive, juste pour donner une petite touche méditerranéenne.
– Un filet de vinaigre de cidre : ben oui, tant qu’à être dans la pomme…
– Sel (et poivre aussi, si vous voulez).
– Coriandre. Bon, j’vous préviens, moi je n’en ai pas mis parce qu’hier soir, je n’avais pas de coriandre chez moi. Mais là, tout de suite, en écrivant, j’me dis que ça doit être sympa avec de la coriandre qui devrait avantageusement relever la touche asiatique des pousses de soja. Maintenant, y a des gens qui n’aiment pas la coriandre… Si vous ne connaissez pas, essayez, ce serait con de mourir sans connaître ce goût. D’ailleurs, je vous invite tous à aller regarder l’article de Wikipédia qui est très intéressant.
Bon, vous avez tous les ingrédients. A vos marques ! Prêt ! Partez ! Dans un saladier, mélangez les pousses de soja, le saumon coupé en morceaux, les pommes en dés, le jus des citrons et tout le reste. Mélangez, mettez tout ça au frigo une demi-heure avant de déguster tout en buvant un jus de fruit, voire une Tsingtao. C’est trop bon et efficace pour combattre la chaleur, plus efficace qu’un roman policier islandais en tout cas. J’vous dis ça parce que je viens de terminer « la muraille de lave » d’Arnaldur Indridason. Mouais, ça vaut pas une Pomme-Soja. Je ne pense pas que je vais faire de critique, j’ai trop de hamacs dans la tête.
Bon appétit
Edouard

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Comment parler de « race » ?

Un projet du gouvernement en 2013 qui visait à supprimer le mot « race » de la constitution avait suscité de nombreux débats dans la communauté scientifique.

Les races existent-elles ?

Question explosive à laquelle on a tendance à répondre « non », de peur d’être accusé de racisme. Il est vrai que ce mot est chargé d’un patrimoine historique qui ne donne pas vraiment envie d’en faire usage.

Pourtant, les avancées scientifiques des dernières années mettent en évidence qu’il y a bien des « variantes » dans l’espèce humaine.

D’un point de vue purement génétique, il y a eu la découverte en 2010 de l’interfécondité entre Sapiens et Neandertal qui laisse entrevoir un certain particularisme génétique eurasien même si le génome de néandertal est présent dans les populations africaines dans des proportions plus discrètes. Il y a de plus eu d’autres espèces humaines par le passé et certaines étaient interfécondes avec Sapiens, c’est maintenant un fait.

À côté de cela, il y a la sélection naturelle à laquelle Sapiens, comme tous les animaux, a été soumis. Les plus adaptés survivaient et les autres non. Évidemment, cette sélection naturelle était beaucoup plus forte il y a 10 000 ans qu’elle l’est aujourd’hui et nous permet de comprendre pourquoi les Islandais ne ressemblent pas beaucoup aux Papous.

Dans le mot « race » des années 30, il y avait deux choses qui ne sont plus acceptables aujourd’hui :

– L’existence de différences naturelles profonde entre groupes humains. On connaît la passion des nazis pour la génétique. Celle-ci démontre aujourd’hui que les différences entre les groupes humains sont infimes. Cependant, nier l’existence de ses disparités minimes serait aussi une contre-vérité.

– La position hiérarchique de tel groupe humain par rapport à tel autre. On touche là aux bases du « racisme », dans son sens le plus péjoratif. Cette notion était alors largement admise en occident comme dans d’autres régions du monde (toutes ?), le blanc n’a pas l’apanage du racisme.

Ces deux éléments justifieraient qu’on n’utilise plus ce mot et qu’on l’envoie aux oubliettes du vocabulaire français. Je veux bien, mais comment parler alors des différences physiologiques qui caractérisent les différents groupes humains ? Réutiliser le mot « race », même en précisant que son contenu n’a plus rien à voir avec celui des années 30, sera toujours sujet à controverses. Quel mot utiliser alors ? Il faudrait peut-être que l’Académie française lance un concours d’idées…

Edouard

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La légende des années 60

4 mai 2013, 20h15, métro Grands Boulevards. Je n’étais jamais entré aux Folies Bergère. Pas de bluebell girls, mais leurs atours, bijoux, diadèmes et autres plumes d’autruche exposés dans des vitrines. L’extravagance de la décoration du lieu donne aussi le sentiment qu’elles ne sont pas tout à fait absentes. Les raisons de ma présence dans ce lieu magique ? « la légende des années 60 », le nouveau spectacle des chœurs de France. J’avais adoré « histoire de comédies musicales » l’année dernière et j’y suis retourné en espérant retrouver la même ambiance régénératrice.
La salle de spectacle est très cosi comparée à celle du grand rex. Le rideau se lève et je retrouve mes 200 choristes (hommes et femmes) habillés cette année en bleu et blanc.
J’ai plus de mal que l’année dernière à retrouver ma choriste que je ne repère qu’à la fin de la première partie, en haut au milieu, cachée derrière un chauve à lunette.
Cette année, le rôle de monsieur loyal est partagé entre Jean-Claude Oudot, le fondateur et directeur musical des chœurs de France et Henri-Jean Servat que les fans de télématin connaissent bien. Grâce à son immense culture musicale, ce dernier nous sert de Virgile dans ce voyage dans le temps.
Car c’est bien d’un voyage dans le temps dont il est question. Les chœurs de France nous embarquent ce soir dans cette France sans guerre et sans colonies (à partir de 62), sans chômage, sans crise pétrolière, sans SIDA ; une France matériellement reconstruite, mais qui doit réinventer son identité ; une France idéologiquement encore un peu engoncée dans le carcan des années 50 : une France jeune tournée vers l’autre côté de l’Atlantique : le temps des « yéyés ». Et puis, de ce magma, vont sortir quelques identités musicales fortes qui vont contribuer à faire revivre le pays : Dutronc, Bécaud, Nougaro, Barbara.
En 65, France Gall remporte l’eurovision avec « poupée de cire poupée de son » composée par un fils d’immigrés russes : « Serge Gainsbourg ». La même année, irrité de s’être fait voler la vedette, Polnareff chantera « la poupée qui fait non ».
Mais je reviens un instant sur le spectacle et sur le très beau duel sur scène entre les hommes qui tentent d’imposer « la poupée qui fait non » et les femmes qui résistent avec « poupée de cire, poupée de son ». Les possibilités de jeu chorégraphique de cette masse vocale sont tout bonnement stupéfiantes. Pour illustrer le feu d’artifice de la fin des années 60, une lumière blanche l’irradiera avec les paroles du « White is White » de Delpech.
Et puis, comme pour boucler la boucle, cette décennie qui avait commencé dans la fascination de l’Amérique, finira avec l’arrivée d’un franco-américain, Joe Dassin, qui chantera « siffler sur la colline » en 68.
Les années 60, c’est l’histoire d’une France qui a cessé de dominer le Monde et qui se retrouve en s’ouvrant au Monde : une France qu’on voudrait éternelle.
Edouard

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Giotto

 

– Allo, je vais voir l’expo Giotto au Louvre, ça te branche ?

– Giotto ? Euh…OK.

Je ne l’avais pas vu depuis un certain temps et si ç’avait été une rétrospective Annie Cordy, je pense que j’y serai allé aussi.
Dans la ligne 12, il y avait un SDF qui avait l’air vraiment désespéré. Tout en le regardant, j’essayais de me souvenir qui était Giotto : un peintre italien de la renaissance ou un peu avant, mais impossible de mettre un tableau sur ce nom.

Bon, il est à cheval entre le XIVe et le XVe siècle, je n’étais pas très loin au regard de la renaissance italienne.

La pièce était plutôt petite et contenait une vingtaine d’œuvres religieuses pour la plupart. Giotto est surtout connu pour ses tableaux de la vie de Saint François : « Ah oui d’accord, c’est lui Giotto ». Je ne suis pas particulièrement sensible à ce genre de peinture, je ne connais pas non plus très bien l’Italie ni l’époque. Quand je vois saint François qui donne à manger aux canards, je pense « C’est saint François qui donne à manger aux canards » et j’ai du mal à m’émerveiller. Au bout d’un quart d’heure, j’en ai eu marre et je l’ai laissé seul : il semblait vraiment très absorbé.

En l’attendant à l’extérieur, je regardais les gens qui faisaient la queue, je me demandais combien d’entre eux allaient voir l’expo par pur snobisme, histoire de ce la péter un peu en société « je suis allé voir Giotto au Louvre, c’était fooormiiidaaaable ! », diraient ils en tenant une coupe de champagne et en levant un petit doigt. Il y avait aussi dans la queue un prêtre en col romain « ah oui, là, d’accord. Lui, il doit certainement ressentir quelque chose ».

Finalement, je sortais de cette expo avec un sentiment de frustration ; jaloux de tous ces gens qui éprouvaient peut-être des sensations que j’étais moi-même incapable d’éprouver.
Lorsqu’il sortit enfin, le regard pleinement satisfait, il m’expliqua qu’il connaissait très bien l’Italie. Sans doute aussi est-il un peu plus mystique que moi.

Bref, si vous aimez Giotto, allez voir Giotto. Sinon, vous risquez de vous emmerder. Mais peut-être que l’expo vous réservera une bonne surprise. Peut-être aurez-vous une révélation, comme Saint Paul sur le chemin de Damas, comme Claudel à Notre Dame. En tout cas, moi je n’ai rien ressenti. Je suis peut-être trop cartésien.

Edouard

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Au-delà du street art

Au musée de la Poste en ce moment et jusqu’au 30 mars.

L’exposition commence dans la queue. J’arrive un peu tard et tombe nez à nez avec un pompier chargé de clôturer la file d’attente. Je me sens un peu vieux au milieu de ces grappes d’étudiants. Pas de looks particulièrement originaux pour les filles. Pour les garçons, quelques vêtements amples, chapeaux et barbiches. Quelques effluves de bière et de cannabis achèvent d’identifier les grappes.

Je m’intéresse au « street art » depuis quelque temps. Comme pour l’art contemporain, j’apprécie sa capacité à repousser les limites.

Les artistes exposés sont souvent comme moi issus de la génération Giscard. Politiquement peu revendicatifs, ils se dissocient à cet égard de leurs aînés (quelques-uns sont exposés). Ce qu’ils recherchent, c’est une « touch », une identité qui les fera sortir du lot. En gros, la police de caractère importe plus que le texte.

C’est un paradoxe de vouloir enfermer le « street art » dans un musée, mais de nombreuses vidéos disséminées tout au long de l’exposition permettent de nous mettre en situation.

Qui sont les street artistes d’aujourd’hui ?

Leurs outils restent les mêmes que ceux de leurs aînés : pochoirs, bombes …

Leur graphisme est souvent hyperexpressif et se distingue à ce titre complètement de l’imaginaire des artistes contemporains.

Les sources d’inspiration des œuvres exposées proviennent souvent de l’univers ludique des années 80 : univers des BD, du rubik’s cube ou de space invaders revisités avec beaucoup d’originalité. Des références plus modernes encore comme cette suite graphique autour des « messages d’erreurs ». Mais plus généralement, les street artistes traquent leurs sujets dans tous les recoins de nos sociétés industrielles.

Outils, graphismes, sources d’inspiration…il manque un élément capital pour identifier le street artiste : le support.

Murs, bois, béton, métal, verre…ils s’expriment en tous lieux et en tout temps et mettent en valeur le support sur lequel ils s’expriment, leur imagination n’a pas de limite et ils transforment ainsi sans vergogne l’image de la ville, que ce soit sur un terrain vague, un wagon abandonné, une boîte aux lettres ou une poignée de porte. Tout est art dans la ville selon les street artistes, ils ne sont là que pour le souligner.

Edouard

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Nature & Culture

Je ne voulais pas intervenir dans le débat sur le « mariage pour tous », mais un certain nombre d’éléments extérieurs m’y poussent. En surface, le débat tourne autour de savoir s’il est préjudiciable ou non à un enfant d’être élevé par deux personnes du même sexe. Je pense que le plus important pour un enfant est qu’il soit bien élevé… chaque camp a ses psychiatres.

Ce qui m’intéresse plus, c’est une conviction philosophique qui sous-tend les propos d’un certain nombre de personnes hostiles au projet. Cette conviction, très visible dans les slogans utilisés par les différents manifestants renvoie à l’existence d’une « loi naturelle immuable » à laquelle le projet porterait préjudice.

Le point le plus positif de l’hostilité à la loi, c’est que les trois religions monothéistes aient accordé leurs violons. Ce phénomène n’est pas surprenant. L’existence d’une « loi naturelle immuable » est la base du monothéisme. En dehors des créationnistes forcenés, tout le monde admet aujourd’hui qu’il est fort peu probable que le monde ait été créé en 7 jours. Par contre, le fait qu’Adam et Ève puissent être Paul et Robert ou Julie et Stéphanie, c’est plus difficile à gober, c’est contre nature et donc contre Dieu.

Existe-t-il une « loi naturelle immuable » ? Si oui, est-elle menacée ?

Pour ma part, je pense que la « loi naturelle » est largement conditionnée par ce qui est considéré comme socialement acceptable à un moment donné. Je ne pense pas que Dieu puisse être enfermé dans quelques vieux schémas simples. Il y a 200 ans, l’esclavage était une loi naturelle immuable.

Le projet de loi heurte donc les convictions d’une partie de la population qui considère qu’elle n’est pas socialement acceptable. Dans notre belle société laïque et ultra-sécularisée, ces convictions dépassent largement le cadre religieux. L’effet était probablement recherché par le gouvernement soucieux de marquer son identité socialiste. Les manifestants ne se doutent certainement pas combien ils servent les intérêts de la gauche.

Il y a un fait pourtant réel et dont on ne parle jamais globalement : les enfants élevés aujourd’hui par des couples homosexuels. Pris individuellement, ils sont brandis par les deux camps pour expliquer combien il est affreux d’être élevé par des parents homosexuels ou combien cela est formidable. Le fait est qu’ils existent et il est normal qu’ils aient un statut.
On aurait pu faire cette réforme sans bruit, mais personne n’y aurait trouvé son intérêt. L’utilisation du mot « mariage » est provocatrice et cela arrange tout le monde : la gauche, la droite, les religions monothéistes, les associations de protection des droits des homosexuels, les médias et la société française dans son ensemble. Cette loi est finalement structurante et permet à chacun de se définir et de se positionner. Avide de débats, notre beau pays en avait sans doute besoin.
Edouard

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Mort d’une télé

10 ans de vie commune. Cela faisait un moment déjà que je voulais m’en séparer, mais bon, elle me rendait de bons et loyaux services, je n’allais tout de même pas la virer comme ça, sans raison.
J’y ai repensé l’année dernière lorsque j’ai eu la nouvelle « Free-Box » : trop vieille pour lire les Blu-Ray. Mouais… pas vraiment un motif de condamnation.
Et puis, il y a deux mois, je l’ai fait tomber pour la première fois. C’était une maladresse, mais peut être aussi une certaine forme de négligence. Elle n’avait rien laissé paraître de ce traumatisme et avait redémarré comme si de rien n’était.
Aucune plainte, aucun reproche. Pourtant, elle aurait pu m’en faire : « Tu ne me regardes plus ! Je ne suis plus qu’une télé trop vieille pour lire les Blu-Ray ! Ah, cette Free-box, il n’y en a plus que pour elle ! Égoïste ! Voilà ce que tu es ! Il n’y a que tes petits plaisirs qui comptent ! Je n’ai rien dit quand tu jouais à angry birds mais ça m’a fait beaucoup de mal, j’ai bien senti que je n’étais plus rien pour toi. Tu me prends pour une console de jeu ou quoi !? Le lecteur de DVD est d’accord avec moi, tu nous négliges. D’ailleurs, il a décidé de faire la grève. Tu pourrais quand même l’utiliser de temps en temps, c’est un bon enregistreur, tu sais bien. Mais non, Mossieur préfère le disque dur de sa Free-box. Heureusement pour lui, tu en as encore un peu besoin du lecteur. Madame n’accepte de lire que les Blu-Ray. Le DVD, c’est tellement dépassé… Ah, je la déteste celle-là, elle ne m’adresse jamais la parole ! Quelle pimbêche ! On n’est pas du même monde, c’est ça ? Que dis-je, je ne suis plus du même monde que VOUS. Alors qu’est ce que tu attends pour me tuer ? Vas- y pauvre minable ! Tu hésites ? Tu ne veux plus de moi, mais tu n’oses pas me le dire, c’est ça ? Un égoïste, un minable et pour couronner le tout, un lâche. Ah, mais je ne vais pas me laisser faire, tu vas voir, je vais lui arranger le portrait, tu la reconnaîtras plus ta Free-Box ».
Non, elle n’a rien dit et a préféré garder pour elle sa rancœur.
Sa nouvelle chute, la semaine dernière, lui aura été fatale. Je me sens coupable de ne rien avoir fait pour arranger l’équilibre instable de la table roulante. Ce n’est tout de même pas ma faute si les roues se sont prises dans les fils de la Free-Box.
Elle n’est pas complètement morte, mais bien amochée quand même : une bande noire sur la gauche et le texte s’affiche de droite à gauche. Un certain nombre de fonctionnalités de la Free-Box ne marchent plus. Pour une raison qui m’échappe, le lecteur de DVD refuse de s’ouvrir ».
Je ne vais pas m’en débarrasser tout de suite. On a quand même fait un bon bout de chemin tous les deux, on ne peut pas se séparer comme ça. Aujourd’hui, je suis passé à la FNAC, ils ont des télés avec lecteur de DVD intégré.
Edouard

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