Le nègre

À la fin des années 50, un jeune Africain débarque dans une petite gare des environs d’Amiens, aperçu seulement par Théo, le garde-barrière. Le lendemain, il est retrouvé mort le long de la voie ferrée : la police comprendra qu’il est tombé du train.
1957 : il s’agit d’un temps que les moins de 60 ans ont du mal à comprendre.
C’était un temps où le souvenir de l’occupation allemande était encore vif, où les cendres de l’épuration fumaient encore.
Un temps où le racisme ordinaire de la société française permettait à l’éditeur de Georges Simenon de publier sans crainte un ouvrage sous le titre « le nègre ». Un titre qui ne choquait personne.
C’était un temps où la guerre d’Algérie battait son plein et où personne n’acceptait que l’empire français fût terminé. Un temps où on parlait encore d’indigènes et pas encore d’immigrés.
C’était un temps où les baby-boomers qui partent aujourd’hui à la retraite usaient leur fond de culotte sur les bancs des écoles en écoutant des leçons de latin données par des curés en soutane. Onze ans plus tard, ils chercheront la plage sous les pavés.
C’était un temps où « l’écume des jours » de Boris Vian, bien que publiée depuis dix ans, n’avait révolutionné que les strates superficielles d’un microcosme intellectuel parisien.
C’était enfin un temps que je n’ai pas connu, mais j’imagine qu’il devait être un peu comme ça.
À la fin du roman, on comprend mieux le titre « nègre » qui désignait une origine géographique, une couleur de peau, mais aussi une valeur humaine tout en bas de l’échelle : l’inférieur, le « moindre » comme dit Théo. Inférieur pas uniquement d’un point de vue social, mais inférieur dans son individualité.
Le nègre, au sens de Simenon, ce n’est donc pas tant le jeune noir que le pauvre Théo qui ne sait pas quoi faire d’une vérité qu’il est seul à connaître.
Aujourd’hui, on parle de « loser », mais ce mot n’a sans doute pas exactement la même signification que « moindre » à l’époque. Parle ton d’échelle sociale aujourd’hui ? Je ne crois pas. Encore moins d’échelle humaine… personne ne s’en plaindra.
La devise du XXIe siècle serait plutôt : « N’importe qui peut grimper en haut du podium, il suffit de le vouloir. Celui qui n’y arrive pas ne peut s’en prendre qu’à lui-même ». Brrr…une morale qui se nourrit de la frustration universelle me semble à peine meilleure que la précédente.

Edouard

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L’écume des jours

Les amours de Colin et Chloé, racontées par un poète
de 26 ans, fou de la vie et du jazz.
Un livre bourré d’inventivité , de burlesque, de
tragique. Le monde magique de Vian se plie au vécu
des héros. Chaque page révèle une surprise. La langue,
manifestement héritée du surréalisme, emporte le
lecteur dans un monde de sons et d’odeurs.
Le ton est donné dès les premières pages: « il était
presque toujours de bonne humeur, le reste du temps il
dormait ». « …À l’intérieur de son thorax, ça lui
faisait comme une musique militaire allemande, où on
n’entend que la grosse caisse. » « On tombait dans un
couloir obscur qui sentait la religion ».
Les allusions à Jean-Sol Partre abondent. Avec humour
et admiration.
Néologismes et mots-valises à foison. (J’ai retenu le
docteur et sa trousse à doctoriser). Et les parents
sont des ‘relatifs’.
Un enchantement, dans tous les sens du mot…
Amitiés surréalistes,
Guy

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Les contes de la folie ordinaire

Titre original: Erections, ejaculations, exhibitions and general tales of ordinary madness.

Bukowski (1920-1994) eut son heure de célébrité en France lorsque, invité par Bernard Pivot à Apostrophes, il se présenta avec ses bouteilles de Chardonnay qu’il but au goulot, avant de se mettre à lutiner une des dames présentes au débat. Cette goujaterie se retrouve dans ce livre. Grossier, vulgaire, macho, il n’est heureusement pas que cela. On trouve ici un véritable écrivain, parlant des plaies de sa société, décrivant un monde de miséreux et de paumés. Alcool, sexe, courses de chevaux, écrivains ratés…Pour peu que l’on passe au-dessus de ses prétendues audaces (on a vu pire avec moins de talent), on peut passer un moment agréable, et même rigoler (jaune) par moments.

Ce drôle de bonhomme a fait graver sur sa tombe: ‘Don’t try’

Amitiés provocatrices,

Guy

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Simenon

Longtemps, j’ai pensé que Simenon se limitait à Maigret et comme pour moi, Maigret se limitait à Bruno Cremer, Simenon était une sorte de Cremer. Longtemps, je n’ai pas essayé de chercher plus loin, car pour tout dire, je trouvais la série un peu chiante, préférant largement les Nestor Burma avec Guy Marchand tournés à la même époque.
Jusqu’au jour où, au milieu des années 1990, dans une brocante du sud de la France, je suis tombé sur « la fuite de monsieur Monde » : un livre signé Simenon qui m’a fasciné et qui n’avait rien de policier. Je me suis alors mis à m’intéresser à l’auteur et j’ai réalisé que je le connaissais beaucoup plus que je me l’imaginais à travers deux films tirés de ses romans qui m’avaient eux aussi beaucoup marqué: « Monsieur Hire » avec Michel Blanc et « Les fantômes du Chapelier » avec Michel Serrault et Charles Aznavour. Dernièrement, j’ai été une fois de plus émerveillé en voyant « Le train » sur une chaîne de la TNT : film de 73 avec Jean Louis Trintignant et Romy Shneider. Il fallait que je perce ce mystère et je me suis mis en quête d’une biographie. Internet m’a proposé son autobiographie, mais comme je me méfie de ce genre d’écrits, j’ai choisi l’ouvrage de Pierre Assouline.
Aucune référence à Bruno Cremer : la série a débuté en 1991 et la biographie se termine le 4 septembre 1989, date de la mort de l’écrivain.
Georges Simenon est né à Liège en 1903. A 19 ans, il quitte sa province et son pays, bien décidé à conquérir Paris. Il va d’abord écrire pour vivre avant de vivre pour écrire. Grâce à une capacité phénoménale de production littéraire, il y parviendra sans trop de difficulté. Au début des années 30, il crée le personnage du commissaire Maigret qui lui assurera le gîte et le couvert jusqu’à la fin de ses jours. Peu avant la guerre, il rêve de devenir écrivain, d’écrire ce qu’il appelle des « romans durs », et il trouve un Mentor en la personne d’André Gide qui l’aidera effectivement à en écrire de très beaux. Peu après le début du conflit mondial, il devient à son tour le Mentor d’un petit jeune qui deviendra lui aussi un grand nom du polar industriel français : Frédéric Dard.
Notoirement antisémite, il se comportera avec l’occupant moins en affreux collabo qu’en homme d’affaires à la morale douteuse et passera comme tant d’autres entre les mailles de l’épuration.
Dans les années 50, il dira à qui voudra l’entendre qu’il refuserait un prix Nobel de littérature qui, pour son grand malheur, ne lui sera jamais proposé. Il souffrira ainsi jusqu’à la fin de ses jours du dédain des milieux littéraires qui le verront toujours plus comme une curiosité littéraire que comme un écrivain.
A la fin des années 60, il décide d’arrêter d’écrire et à partir de 1978, année du suicide de sa fille, il commence à s’éteindre.
Comme ses romans et comme les films qui en sont tirés, Georges Simenon est un écrivain trouble qui, à mon sens, laissera dans l’histoire de la littérature et du cinéma ce « froid et lucide désespoir » dont il parle à Gide dans une lettre de 1948 en évoquant « La fuite de monsieur Monde ».
Comme le dit Assouline, ses romans seront tous des histoires d’hommes qui passent sans le savoir vraiment à côté de leur vie…peut-être une clef du mystère.
Edouard

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La carte et le territoire

Prix Goncourt 2010

Ce titre mystérieux cache une expression employée dans une méthode thérapeutique dénommée PNL (programmation neurolinguistique).
Ma carte n’est pas ton territoire.
Si j’écris ceci, ce n’est pas pour faire le malin, mais pour constater que l’ami Houellebecq semble avoir fait du chemin depuis ses livres précédents, en particulier ‘La possibilité d’une île’, où il flirtait avec la secte des raëliens.
Beaucoup moins provocant que ses autres livres , celui-ci raconte la vie somme toute assez morose de Jed Martin, artiste en vogue dans les cénacles parisiens.
Sa notoriété lui vient d’un travail photographique à partir de cartes Michelin (tiens, voilà encore les cartes). Il n’arrivera pas à sauver l’amour de la très belle Olga. Il n’arrivera pas non plus à empêcher l’assassinat de Michel Houellebecq himself. On rencontre dans ce livre de multiples personnages en pleine actualité: Bill Gates, Roman Abramovitch, Frédéric Beigbeder…

Tout cela est bien ficelé, plutôt péteux par moments (trop?) moderne.
Passionnant sûrement.

Voilà quelqu’un qui nous réservera encore bien des surprises.

Amitiés cartographiques,

Guy.

La carte et le territoire- Michel Houellebecq – J’ai Lu- 414 p.

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Les grilles du parc Monceau

Un auteur renseigné par une charmante correspondante. Patrick Virelles (1939-2010), auteur belge, est mort dans l’indifférence et l’alcool (ou le contraire), suite à une vie mouvementée.
Le livre, qui me laisse un peu perplexe, raconte la vie d’un verbicruciste (celui qui imagine les mots croisés). Le cruciverbiste, c’est vous et (parfois) moi. L’auteur est fou de mots, le sujet lui va comme un gant. Mais il en remet une couche. On parle en Belgique d’un zwanzeur, que je traduirais par déconneur. Les scènes avec l’accent parigot m’ont semblé plutôt pénibles.

Je me suis par contre bien amusé avec certaines définitions, comme:

Définition: une scie à ranger avec le marteau et la faucille
Réponse: l’ Internationale (pardon aux nostalgiques)

Déf. : Sa route fait des vagues
Rép. : rhum

Déf. : Ne fut pas embarrassé par le complexe d’ Oedipe
Rép. : Adam

Pour ceux qui aiment chercher un peu:
Déf. : Couvre feu
Réponse en 7 lettres.

Amitiés tordues,

Guy.
Patrick Virelles – Verticales – 381 p.

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Bruxelles

La gare du Nord tout d’abord, puis le Thalys. 1h15 pour arriver à la gare du Midi. Je vais rendre visite à un vieux copain. Mon guide indique que lorsque l’on est invité chez des Bruxellois, il faut apporter du chocolat. Passage obligé donc chez Marcolini. Première bière de la journée à la terrasse d’un café dans le quartier des Sablons en regardant les vieux Belges qui semblent tous surgis d’albums d’Hergé. Il faut dire que j’en ai eu des images : du graffiti le plus vulgaire aux murs qui sont de véritables planches, toute la ville est peinturlurée.

Flânerie autour de la Grand-Place et du Mannekenpis. Le journal « Le soir » se passionne pour la campagne électorale française et se moque de l’interdiction de la publication des résultats avant 20h que le pays tente d’imposer à ses voisins.

En fin d’après-midi, le canal Charleroi dégage une ambiance à la Simenon. En chemin, je tombe sur la sculpture d’un chien qui lève la patte. Le chien du Mannekenpis ? Vient ensuite une affiche signalant la fermeture d’un musée d’art moderne…en 1970 et la photo d’un club de danse sur laquelle s’égayent pattes d’éléphant, cheveux longs et chemises à fleurs. Un peu plus loin, une affichette collée en bas de la vitre d’un magasin de déguisement « non merci, j’ai déjà ri ! ». Pas de doute, on est bien au pays du surréalisme.

Retour aux sources. Le marché de la « place du jeu de balle » n’est-il pas celui où Tintin à acheté la Licorne ? Vieux meubles, objets non identifiables par milliers, masques et statuettes africaines, coffres au trésor, épées et sabres en tout genre, mauvaises copies et tableaux volés, renards que les Bruxelloises ne portent plus depuis des décennies : tout l’univers du reporter à la houppe semble ici rassemblé.

Et ce vieil homme qui donne à manger aux pigeons non loin du marché, je l’ai déjà vu, c’est certain, mais je ne sais plus dans quel album.

Je n’arriverai pas à revenir à la réalité. Pourvu que je ne me réveille pas !! Je me réfugie au musée Magritte, ouvert il y a trois ans. Peut-être mieux que tout autre, il aura su dessiner et théoriser la belgitude.

Après Magritte, je compte sur le centre belge de la Bande dessinée pour prolonger le combat. Il fait beau et les Bruxellois profitent du bleu du ciel qui n’est pas toujours au rendez-vous. Un jeune homme fabrique des bulles de savon géantes…c’est donc bien ici que l’on fabrique les phylactères. En arrivant, je retrouve la statue de Gaston auquel je n’ai pas donné de nouvelles depuis mon dernier passage, il y a de cela une quinzaine d’années, mais qui ne semble pas m’en vouloir. Refroidi par la foule, j’opte pour la librairie et achète un album.

Et puis, mon portable sonne. C’est mon vieux copain. C’est quand même pour le voir que je suis venu à la base. On se voit pour le déjeuner, on ira manger des moules-frites.

Edouard

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Cloclo

Je n’avais pas deux ans quand Claude François est mort. Je n’ai donc aucun souvenir de cet événement national. Par contre, j’ai grandi avec les rétrospectives Cloclo : les « Souvenez-vous ! Claude François ! 1,2,3,4,5…30 ans déjà ! » de Michel Drucker.
Cloclo, c’est aussi pour moi un grand nombre de soirées très alcoolisées dont je ne garde qu’un très vague souvenir.
Bref, c’est un mythe de la chanson française, comme le montre Yann Moix dans Podium.

Le passionné de mythologie que je suis ne pouvait donc rater une biographie de ce monument.

D’un point de vue scénaristique, le début, qui se passe en Égypte, est aussi croustillant qu’un reportage d’Arte du samedi soir : une accumulation un peu tire larme d’éléments biographiques. L’arrivée en France de la famille François n’est guère mieux.

Ce n’est avec l’époque de « belles, belles, belles ! » que la dimension dramatique commence à voir le jour.

L’industrie « Claude François » se développe alors sous la houlette de Paul Lederman et l’enfant d’Ismaïlia se transforme peu à peu en superstar/businessman maniaque et tyrannique.

L’épisode de « comme d’habitude » nous laisse entrevoir une popularité qui le dépasse. On le voit écouter incrédule Sinatra chanter « my way », comme s’il ne pouvait (ne voulait ?) admettre qu’il était plus qu’un chanteur de variétoche.

Par petites touches, on voit « le mal aimé » se faire dévorer par l’engrenage. Le meilleur plan du film, sans doute, le montre se jeter au milieu du public à la fin d’un concert avant de s’enfoncer lentement dans une marée de bras et de mains qui le manipulent comme autant de tentacules d’un monstre impitoyable.

Le thème de la décadence intérieure est toutefois limité. Pas de suicide, comme on l’a souvent dit. La mort est présentée de manière très académique, comme un bête accident domestique (il faut vraiment être con pour changer une ampoule sous la douche).

Le sentiment global est que le réalisateur a été profondément entravé par des maisons de production qui ont dû commander un portrait très aseptisé de l’idole en prévision des 35 ans de sa mort (que Michel Drucker ne manquera sans doute pas de célébrer en 2013).
Finalement, la mort du chanteur n’aura-t-elle été qu’un épisode de l’histoire de l’industrie « Claude François » ? Brrr.

Edouard

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Une bavure bien baveuse

L’inspecteur Garenni est dans de sales draps. Confit dans l’alcool, pas rasé, il se retrouve sur la scène d’un braquage au cours duquel l’un de ses subordonnés zélés est abattu. On tente de lui faire porter le chapeau. Son accorte épouse demande à Canardo de lui venir en aide.

Sokal monte d’un cran dans la noirceur. On entre cette fois-ci dans la veine mafieuse. L’inspecteur aux pattes palmées, qui s’était arrêté de boire dans le dernier album a replongé, mais il tient bien l’alcool (il a chez lui un arsenal assez impressionnant). Comme dans le voyage des cendres, il tombe sur une femme qui succombe à son charme et qu’il met sans difficulté dans son lit…bref, Canardo devient un dur. Il gagne en virilité, mais, en contrepartie, il perd peut-être un peu son sens de l’humour et de l’autodérision.

Sa partenaire de passage, le lieutenant Manta, est une chienne brune qui travaille à la police des polices. Un matou mafieux prénommé Goran l’entretient. Les fans y verront sans difficulté une variante du couple Clara/Raspoutine des premiers albums. Comme, Clara, Manta est une femme fatale qui utilise un fume-cigarette et comme Raspoutine, Goran est un gros chat qui fume le cigare.

Quid de Garenni ? Il est tellement pitoyable qu’il perd toute humanité (déjà qu’avec une tronche de lapin, ce n’est pas facile…). On sait maintenant qu’il se prénomme Eugène et qu’il appelle sa femme « maman ». Sokal devrait à mon sens lui donner un peu plus d’intelligence pour qu’il ne soit pas uniquement un faire valoir de Canardo.

Madame Garenni est toujours aussi matrone. Elle fait une apparition fracassante à la fin de l’album qui, je trouve, vient un peu comme les cheveux sur la soupe.

Dans l’avant-dernière case, il y a une coquille. Garenni dit « une voie professionnelle… » au lieu d’ « une vie professionnelle ».

Bref, je trouve qu’« une bavure bien baveuse » n’est pas un très bon cru. Je le trouve même un peu bâclé.

Cela m’embête bien, parce que j’ai acheté l’album aujourd’hui à Angoulême, parce que je vais le faire dédicacer par l’auteur demain et parce que je voulais lui dire que j’avais fait une super critique sur mon blog. Elle risque de ne pas lui faire plaisir d’autant plus qu’il figure dans la sélection polar (Palmarès dimanche à 16h00).

Enfin, je ne vais pas dire que j’ai aimé si je n’ai pas aimé. Et puis…qui aime bien châtie bien.

Edouard

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Ô DINGOS, Ô CHATEAUX !

Un architecte raté et néanmoins chanceux organise le faux enlèvement de son neveu en employant une nurse un peu fêlée, à sa sortie d’un hôpital psychiatrique.

Après « le petit bleu de la côte ouest », il y a deux ans et « la position du tireur couché » l’année dernière, Tardi collabore pour la troisième fois avec Jean-Patrick Manchette.

Un album par an ? Peut être que le créateur d’Adèle Blanc-Sec n’a pas besoin de plus pour gagner sa vie. Le dessinateur qui me fascina il y a 17 ans avec « tous des monstres » serait-il devenu un papy du dessin français, un peu comme Sempé ? Un cadeau de Noël type ? Je suis tenté de le croire.

« ô dingos, ô châteaux » est le moins bien des trois volets. Côté scénario, une petite intro nous informe qu’il s’agit du premier roman de Manchette. Effectivement, le scénario est nettement moins bien celui des deux albums précédents. On y trouve toutefois les thèmes chers à l’écrivain qui révolutionneront le roman noir français : l’humanisation des tueurs derrière lesquels se cachent les vraies ordures, le poids écrasant du déterminisme social, la tendresse des fous…mais à un état encore embryonnaire.

La première partie de la dégustation de mon Tardi annuel fut donc un peu décevante.
Toutefois, la réelle déception n’arriva que dans un deuxième temps lorsque, laissant tomber le scénario, je me suis concentré sur le graphisme. Aucune innovation. Les plans et les personnages m’ont semblé dramatiquement familiers. Ce cocker en pierre, on le voyait pas déjà dans « casse-pipe à la nation » ? Ce tueur, n’est-ce pas Brindavoine ? La nurse, n’est-ce pas l’héroïne de « la débauche » ? L’espèce de No man’s land biscornu me fait penser à « jeux pour mourir ». Le gamin…je sais plus où je l’ai vu, mais il me dit quelque chose. En voyant les cheveux colorisés des héros sur la couverture, j’avais espéré une nouveauté graphique, mais je resterai sur ma faim.

Suis-je trop vieux ? Ai-je trop mangé de Tardi ? Certainement. Je ne peux qu’encourager ceux qui ne connaissent pas encore ce dessinateur extraordinaire à le découvrir. Pour les fans…

Finalement, peut-être que l’imperfection du scénario à un côté vintage qui fait revivre les imperfections foutraques des premiers albums. Je vais le relire une troisième fois…

Ô dingos, ô châteaux
Manchette-Tardi
2011

Edouard

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