L’un des innombrables effets pervers du coronavirus a été l’annulation de l’exposition Spilliaert programmée en 2020 au Musée d’Orsay à Paris. C’est bien regrettable parce que ce peintre qui a passé une bonne partielle sa vie à Ostende est peu connu en dehors de la Belgique. Eva Bester remédie un peu à cette annulation en rendant un hommage appuyé à celui qu’elle appelle son frère de noir. Elle écrit: ‘ce qui nous différencie, c’est qu’il a du talent, une oeuvre et une moustache’. Les images de ce petit bijou sont bien choisies, la présentation soignée, et le prix fort modeste. James Ensor et Constant Permeke sont deux autres représentants de la peinture ostendaise. Spilliaert reste mon préféré.
Guy
Léon Spilliaert, Œuvre au noir – Eva Bester – Éd. Autrement – 109 pages.
Petit rappel. Après la crucifixion, Jésus apparaît aux apôtres en l’absence de Thomas. Lorsqu’on raconte l’événement à ce dernier, il reste sceptique et précise qu’il n’y croira pas tant qu’il n’aura pas vu Jésus de ses propres yeux. Un peu plus tard, Jésus apparaît à nouveau aux douze et prend Thomas à parti « heureux ceux qui croient sans avoir vu ».
À mesure que le déconfinement progresse, de nombreuses voix s’élèvent pour remettre en cause la réalité de la pandémie. Les personnes les plus réceptives à cette théorie seraient bien entendu des personnes non infectées, n’appartenant pas au corps médical, n’ayant pas eu de proches infectés ou ayant eu à côtoyer des individus infectés. Cela fait beaucoup de monde, mais moins que ce que les « Saints Thomas » de Facebook avancent.
Ces derniers, lorsqu’ils s’efforcent de donner un chiffre relativement sérieux, s’accordent pour dire que l’épidémie n’a fait que 300 000 morts (on a dépassé les 370 000). Personne n’a pourtant jamais dit que cette maladie était essentiellement mortelle. Il faut donc se référer tout d’abord aux 6 000 000 de personnes infectées dans le monde, chiffre auquel il faut ajouter les proches et les personnels soignants.
Bon, cela fait un peu plus, mais n’exclut toujours pas qu’une écrasante majorité de la population mondiale n’a pas été concernée, directement ou indirectement par le coronavirus et n’a eu connaissance de l’existence de la pandémie que par les médias.
Il est alors tentant, surtout quand on est un peu complotiste sur les bords, de dire que tout cela n’est qu’une vaste supercherie ourdie par des gouvernements soumis à Bill Gates dans le but de parer tout individu d’une puce électronique qui sera injectée par un pseudo-vaccin. La circulation des délires collectifs n’est pas en perte de vitesse ces derniers temps.
J’y vois cependant, autre chose : l’expression d’une angoisse refoulée pendant plusieurs semaines, la peur d’attraper le virus et le décalage entre les mesures imposées par les pouvoirs publics et l’effet, relativement « modeste » du coronavirus. Bien entendu, on pourra dire que la modestie des effets est le fruit du confinement, sans doute à juste titre, mais on ne pourra pas le vérifier même si les situations suédoise et brésilienne permettent de douter du bienfait de l’absence de confinement.
Les médias en ont-ils trop fait ? Difficile à dire. Eux même y croyaient sans doute et puis il y a la perception individuelle du danger qui, bien entendu, ne peut être généralisée.
Enfin, il y a peut-être aussi une sorte de déception. Ce grand cataclysme attendu qui allait changer la face du monde, qui allait permettre la naissance d’un modèle alternatif à l’économie de marché n’aurait donc été qu’un pétard mouillé ? On sent que le changement tant attendu ne se fera pas. On rejoint Thomas qui devait voir en Jésus une sorte de Magicien/chef de guerre qui allait débarrasser la Palestine de la présence romaine.
En définitive, la pandémie du coronavirus a bien eu lieu, mais elle n’a peut-être pas été à la hauteur des peurs et des attentes. Faudra-t-il une prochaine vague plus meurtrière pour que le monde change vraiment ou saurons-nous tirer profit de cet avertissement ?
Nous allons être rapidement fixés. Mais peut être aussi que cela n’a été qu’un commencement…
En exergue: un bon imprimé vaut mieux qu’un bon comprimé.
Alex est bibliothérapeute. Non, pas un restaurateur de livres, mais un thérapeute prescrivant de bons livres. Ses patients: Yannick, qui a littéralement perdu sa langue dans un accident de voiture. Robert, un workaholic au bord du burn-out. Anthony, footballeur au sommet de son art, insatisfait de sa vie hors des stades. Alex vient d’être largué par Mélanie. La mère d’Alex est une universitaire du style emmerdeuse. Le père d’Alex est aux abonnés absents. La propriétaire-concierge d’Alex est une mal baisée.
« Ma tante Adrienne avait en commun avec ma mère une aversion maladive pour ma profession. Pharmacienne retraitée, elle profitait de l’argent gagné pendant quarante ans dans son officine. Une pharmacienne ‘à l’ancienne’, comme elle se qualifiait. Quarante années à vendre de l’aspirine avec une marge phénoménale. À proposer des sprays pour la gorge inutiles, des poudres contre la grippe qui provoquent des ulcères et autres maladies chroniques. Une pharmacienne à l’ancienne. Pingre avec ça. Quand elle dépannait ma mère d’une boîte de médicaments, elle ne manquait pas de la lui facturer.L’amour d’une sœur se monnaye, parfois. »
Alex lui-même est du genre fainéant, grand admirateur d’Oblomov, le héros d’un écrivain russe nommé Gontcharoff. Un peu menteur, un peu comédien, il n’arrive pas à trouver sa place dans un monde agité.
Secouez tout cela comme au poker menteur, et vous obtenez un petit bijou d’impertinence et de tendresse. La vie moderne avec ses réseaux sociaux et ses smartphones: balayée. « Les réseaux sociaux n’ont pas été créés pour communiquer, mais pour réconforter l’être humain malheureux, celui qui a perdu son travail comme celui qui a été raté par son coiffeur. »
L’auteur est de père sarde (de Sardaigne). Son sens de l’humour fait mouche à chaque page.Ses connaissances littéraires également. Pas étonnant, il est prof de lettres.
Cela fera huit ans cette année que j’ai commencé mon tour d’Europe. Beaucoup de choses ont changé et en particulier l’arrivée du smartphone qui a révolutionné le concept du voyage. Me concernant, compte tenu du fait que j’ai toujours un train de retard sur les avancées technologiques, cela ne m’est apparu qu’en 2017. Toute la vie du touriste est aujourd’hui dans son smartphone : la réservation de l’avion, de l’hôtel, les transports en commun et le plan de la ville. Je me demande comment j’aurai fait sans Google Map. L’urbanisme de la ville est compliqué, les noms sont très rarement indiqués au coin des rues et la multitude des variantes du mot « street » pour les désigner achève la confusion. Les monuments intéressants sont eux aussi généralement indiqués dans Google Map, ce qui relativise un peu l’intérêt du guide et surtout du plan papier. J’en avais tout de même un, le Lonely Planet que j’ai trouvé moyen. Il nous allèche par exemple avec la Rosslyn Chapel rendue célèbre par Da Vinci Code sans donner aucune indication pour s’y rendre. Bon, c’est vrai, il y a internet…les guides aussi s’adaptent. Avec WhatsApp, c’est aussi la planète qui rétrécit et la fièvre du 31 qui commençait à couver en moi dès le 15 décembre il y a 20 ans est devenue très relative. J’ai fait trois 31 dans la journée avec des proches situés sur différents fuseaux horaires.
L’introduction était longue et je n’ai toujours pas dit ce que je venais faire à Édimbourg autour du Nouvel An. Y trouver des fantômes bien entendu : What else… ?
J’ai cherché quelque temps sans succès des formes enveloppées d’un drap blanc. Les spectres du cimetière de Calton Hill semblaient apaisés, on ne trouve pas d’âmes tourmentées dans ces lieux.
Ce n’est vraiment qu’en arrivant tôt le matin au port de Leith, enveloppé dans le drap gris du brouillard que j’ai commencé à comprendre. Sur le quai, j’ai eu le premier sentiment d’une présence en la personne d’un harpon à baleine, dernier vestige de l’époque où la chasse du cétacé était un élément clef de l’économie écossaise.
Je les ai aussi cherchés dans les entrailles du Mary King’s Close aboutissant sur une ruelle étroite du XVIIe siècle et aux abords du château d’Édimbourg, mais il n’est pas certain qu’ils apprécient la compagnie des touristes.
Édimbourg fourmille de ses vestiges d’un passé qui ne passe pas. Ils apparaissent le plus souvent dans des lieux insolites. Qui donc est ce vieil homme portant un kilt au National Museum of Scotland ? Qu’est-ce qui justifie la présence d’une cabine téléphonique fermée sur Queen Street à l’intérieur de laquelle est installée une bibliothèque, une tasse à café et une pipe posée sur un livre ouvert ? Et cet étrange bric-à-brac visible au musée d’art moderne, n’est-il pas celui d’un sculpteur maudit d’un autre temps, n’ayant pu trouver la paix du repos éternel pour de mystérieux motifs ?
Le meilleur moyen de trouver des âmes en quête de libération est peut-être de trouver en endroit paisible. J’en ai peut-être croisé du côté de Dean village, sur un pont traversant le Watter of Leith ou non loin des murs d’une vieille masure. Quoi qu’il en soit, c’est là que j’ai senti la libération dont j’avais besoin pour poursuivre ma route.
Le titre original ‘Middle England’ me semble plus
adéquat.
La famille Trotter est bien connue des lecteurs
de Coe (Bienvenue au Club et le Cercle fermé).
Ses membres reprennent du service sous la plume
acerbe de Mister Coe, après 15 ans de silence.
Contrairement à Tintin, ils ont vieilli dans
l’intervalle.
Pour ceux qui suivent la tragicomédie du Brexit,
ce roman est un vrai régal.
Si vous avez vu à la Chambre des communes le
speaker hurlant pendant des heures Order! Order!
vous aurez un point de vue un peu plus large sur
les enjeux européens du 31 janvier 2020.
Benjamin Trotter, la cinquantaine s’achète un
moulin au bord de la Severn, une rivière des Midlands.
Il espère mettre de l’ordre dans une vie
sentimentale cahotante.
Son père Colin, au bout du rouleau, vient finir
ses jours chez lui.
Sa nièce Sophie, après plusieurs déconvenues
sentimentales, pense avoir rencontré l’amour de sa vie.
Une série de personnages plus ou moins
folkloriques les entoure.
Les émeutes en 2010, les Jeux Olympiques de
Londres, le référendum sur le Brexit constituent la toile de fond de ce roman
foisonnant.
Yes or No, that’s the question.
Le débat s’impose dans les chaumières, jusque
dans les chambres à coucher.
Jonatan Coe a un talent certain de satiriste.
Il est anglais jusqu’au bout des ongles. Y
compris dans son humour pince-sans-rire.
Qui vivra verra. Ce qui peut se traduire par
wait ans see.
Je continue à penser que Boris Johnson est un danger
public. Bojo le clown sera-t-il toujours là à l’automne ? On est tenté de
se poser la question tant les événements se précipitent.
Dernier en date, le jugement d’illégalité de la
décision de suspension du parlement par une juridiction écossaise. Pour moi, c’est
surtout un cadeau empoisonné des Écossais à la cour de Londres qui va devoir
juger en cassation. On voit mal comment la cour pourrait déclarer l’illégalité
de la décision sans déjuger la reine qui a donné son aval.
Le Royaume-Uni serait-il en roue libre ? Et je ne
parle pas des déboires de la famille royale.
Cela dit, tout le monde crie au scandale pour la
suspension du parlement britannique en oubliant le peu d’efficacité dont
celui-ci a fait preuve l’hiver dernier. A cette occasion, il est effectivement
apparu comme un élément bloquant empêchant toute issue possible au Brexit.
Voter une loi pour demander un report est une
intention louable pour éviter un « no deal » que tout le monde
annonce désastreux, mais jusqu’à quand va-t-on jouer les prolongations ?
La stratégie du parlement britannique serait-elle de
repousser indéfiniment le Brexit ? Ce n’est pas sérieux et c’est se moquer
des Britanniques.
Boris Johnson s’est maintenant trop engagé pour
pouvoir reculer. Les humiliations ont été tellement fortes et nombreuses depuis
10 jours qu’il n’a plus rien à perdre et s’il ne s’effondre pas, il est fort
probable qu’il aille jusqu’au bout.
Mais aller jusqu’au bout, c’est fragiliser le Royaume-Uni
dans ses fondements. C’est tout d’abord remettre en cause un système juridique
et constitutionnel, c’est remettre en cause le pouvoir de la reine qui a
promulgué la loi sur le report du Brexit et par là même le système monarchique
dans son ensemble.
Certes, le résultat 48-52 du Brexit aurait sans doute
pu être inversé si les politiques avaient été plus honnêtes et sans propagande
russe, mais les pro-brexit restent nombreux au Royaume-Uni. Ce qui apparaît, c’est
une scission de plus en plus béante de l’opinion publique britannique.
Dans ce chaos prévisible, deux nations peuvent tirer
leur épingle du jeu, les vieilles colonies celtes que sont l’Écosse et l’Irlande
qui pourront attirer tous les anti Britanniques désireux de garder un lien avec
l’Union européenne.
La réunification de l’Irlande est la seule solution
permettant un Brexit sans rétablissement de frontière entre les deux irlandes.
L’Écosse qui a voté contre le brexit obtiendra elle aussi son indépendance et
un nouvel État en marge de l’Union européenne verra le jour, dans lequel l’actuelle
monarchie britannique aura sa place…ou pas.
Édouard
Un livre inhabituel. Un
moment très fort.
Magda Szabo écrit des livres. Son mari est
professeur d’université à Budapest.
Deux intellectuels de haut vol.
Un jour, Emerence débarque chez eux. Elle vient de
la campagne, et habite leur quartier.
Elle fait office de concierge dans un immeuble
voisin.
Elle est engagée comme femme de ménage.
Voilà le sujet, fort mince.
La force du livre: faire entrer le lecteur dans
les sentiments contradictoires éprouvés par la narratrice.
Cela va de l’admiration à la colère, l’envie, la
culpabilité, l’orgueil…
Emerence vit seule, avec 9 chats. Personne ne
franchit la porte de son appartement.
Quand Mme Szabo y pénètre, ce sera pour faire
hospitaliser son employée.
Avec toutes les conséquences pour une personne
aussi indépendante.
En toile de fond, la Hongrie sous l’occupation des
nazis, puis sous la domination communiste.
Magda Szabo (1917-2007) a adhéré à un cercle
d’écrivains dissidents, baptisé Nouvelle Lune,
qui jurent refuser catégoriquement toutes
commandes d’écriture du régime communiste et de
ne pas avoir d’enfants, afin que le régime ne
puisse pas avoir de moyen de pression.
Le voilà arrivé à ses fins, à force de faire les louanges du Brexit, les conservateurs ont fini par croire qu’il était le seul à pouvoir réussir à le mettre en œuvre. Y arriver coûte que coûte c’est avec ou sans accord et probablement avec les Américains. L’arrivée de Boris Johnson met fin au fantasme du grand retour de l’Empire britannique.
Le Brexit sans accord, c’est attiser les velléités
indépendantistes écossaises et irlandaises. On commence même à entendre parler
des indépendantistes gallois. C’est donc prendre le risque de faire éclater le Royaume-Uni.
Se débarrasser du joug de l’Union européenne sera
également pour le Royaume-Uni ou du moins ce qu’il en restera, s’entraver dans
le joug américain. On pense aux nazis à la fin de la guerre qui préféraient être
faits prisonniers par les Américains plutôt que par les Russes. Cette fois-ci,
il n’est pas certain que le camp des Américains soit le meilleur. Le Brexit
prend donc une nouvelle tournure depuis l’arrivée de Boris Johnson au pouvoir,
celui d’une guerre de zone d’influence commerciale entre les États-Unis et l’Union
européenne dont le Royaume-Uni est le centre. Il aura donc fallu que l’homme
politique le plus déterminé à mettre en œuvre le Brexit arrive pour briser le
rêve d’autonomie qui avait sans doute motivé le vote pro-Brexit de nombreux
électeurs.
Les conséquences potentiellement désastreuses du
Brexit sont donc fortes. Mais Boris gardera le cap…parce qu’il n’a pas le
choix, parce qu’il s’est trop engagé et qu’il lui est impossible de faire
machine arrière. Pour combien de temps ? Il n’y a pas loin du capitole à
la roche tarpéienne et l’opposition s’organise. L’avantage de Boris Johnson, c’est
que sa détermination est claire, contrairement à la tiédeur de Thérésa May. Les
camps peuvent s’organiser par rapport à lui. Corbyn voit déjà son heure de
gloire arrivée.
Nous allons peut-être enfin savoir ce que veulent les Britanniques.
Abandonner le Brexit serait
incontestablement trahir le vote des Britanniques, mais faire le choix d’un Royaume-Uni
démembré sous le joug américain, est-ce respecter la volonté des électeurs ?
Un second référendum semble s’imposer de plus en plus clairement avec trois
questions :
– Voulez-vous quitter l’Union européenne sans accord ?
– Voulez-vous quitter l’Union européenne avec accord ?
– Voulez-vous rester dans l’Union européenne ?
Bojo a promis la sortie de l’Union européenne le 31
octobre, dans deux mois et demi et la rentrée parlementaire est le 3 septembre.
Il va donc y avoir de l’animation.
L’homme qui aura promis le hard Brexit sera-t-il terrassé par ses adversaires, arrivera-t-il à ses fins ou permettra-t-il paradoxalement l’abandon de toute idée de Brexit ? Nous allons bientôt être fixés.
Il y a trois mois, j’écrivais un post très louangeur pour Thérésa May, contrainte à effectuer ce qui est certainement l’un des boulots les plus tordus de toute l’histoire du Royaume-Uni.
En fait, j’ai inconsciemment commencé à basculer après le premier vote du parlement britannique. Surpris par l’ampleur du rejet, je me suis alors demandé « mais elle a fait tout ça sans consulter le parlement ? ». Les médias ne parlent pas beaucoup de ce qu’à fait le parlement depuis le référendum, se focalisant surtout sur Barnier et May avec Junker et Tusk en second rideau.
Il y avait eu une polémique juste avant le premier vote au sujet de documents que n’auraient pas eu les parlementaires pour voter en connaissance de cause. Cela ne sentait pas très bon et semblait renvoyer l’image d’un parlement que Thérésa May aurait considéré comme une boîte aux lettres, chargé de ratifier en fermant les yeux. Si tel est le cas, on peut comprendre leur attitude, ce n’est jamais agréable de se sentir pris pour un sous-fifre.
L’attitude de Thérésa May, suite à ce premier vote, ne m’a pas laissé une très bonne impression avec, d’une part, le chantage au « no deal » pour faire passer son projet en force devant le parlement et d’autre part, cette guerre d’usure avec Bruxelles consistant à poser toujours les mêmes questions qui amenaient toujours les mêmes réponses.
Cette méthode n’a visiblement pas fonctionné puisque mardi, les parlementaires britanniques ont une fois de plus rejeté son projet.
Le débat tourne toujours autour de la frontière nord-irlandaise et du backstop, compromis entre Thérésa May et l’Union européenne destiné à pallier les effets de la sortie de l’union douanière et du marché unique du Royaume-Uni.
La sortie de l’union douanière et du marché unique est souvent présentée comme les lignes rouges de Thérésa May. Mais finalement, à quoi tiennent ces « lignes rouges », quelle valeur ont-elles ? Ont-elles été validées par le parlement ? J’ai l’impression que non et je me demande si Thérésa May ne défend-elle pas plus sa conception de ce que doit être le Brexit qu’elle ne recherche un compromis avec le parlement ?
Jusqu’à mercredi, elle pouvait agiter le chiffon rouge du « no deal » pour essayer de faire passer son projet en force, mais le choix du parlement d’écarter toute possibilité de « no deal » rend cette carte inutile. Elle va encore tenter le coup la semaine prochaine, mais je ne vois pas trop pourquoi les parlementaires changeraient d’avis en moins d’une semaine.
Il y a trois mois, je croyais fermement en la possibilité d’un second référendum, mais cela ne semble plus d’actualité, les parlementaires ayant rejeté cette possibilité.
En cas de troisième rejet, il faudra nécessairement un débat sur l’union douanière et sur le marché unique qui pourrait aboutir sur un Brexit ultra light. Ceci dit, comme le «no deal » n’est plus envisageable, l’Union européenne peut maintenant empêcher tout Brexit rétablissant la frontière entre les deux Irlandes. L’actuel projet de Thérésa May deviendra réalisable dans quelques années…après la réunification de l’Irlande.
Édouard
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Le procureur Teodore Szaki tente de découvrir les causes de la mort d’un homme retrouvé mort, une broche à rôtir enfoncée dans l’œil.
Je continue tranquillement mon tour d’Europe du polar avec cette fois-ci la Pologne, un pays au sujet duquel je ne connais presque rien. Ayant acquis ma connaissance du monde dans les années 80, j’ai du mal à concevoir l’est du Danube comme autre chose qu’un bloc monolithique passablement ennuyeux.
J’aurai pourtant raté beaucoup de choses en passant à côté de cette merveille qui donne incontestablement un nouveau souffle au genre.
Tout d’abord, l’idée de faire mener l’enquête par un procureur est particulièrement bonne. Dans le cas d’un détective ou d’un commissaire de police, l’histoire s’arrête généralement à la découverte du criminel. Là, on entre dans la complexité du travail de qualification juridique des faits qui incombe au procureur. En effet, le tout n’est pas de trouver le coupable, mais de traduire juridiquement son action, ce qui nous permet d’entrevoir le véritable visage de la justice pénale qui doit non seulement sanctionner une faute commise par un individu, mais préserver aussi la paix sociale aboutissant à des solutions souvent acrobatiques.
Le deuxième grand intérêt du roman est de nous plonger dans l’univers professionnel d’un procureur. Effectivement, beaucoup de romans policiers contemporains se concentrent sur une enquête particulière et laissent de côté la réalité bureaucratique dans laquelle l’intrigue s’insère.
Troisième point, c’est l’humour palpable à chaque page. C’est très drôle, on rit en le voyant se morfondre en subissant le discours interminable d’un documentaliste passionné par son travail. On rit en l’écoutant parler de ses fantasmes. On rit en le voyant galérer pour conclure avec une improbable maîtresse. On rit enfin en le voyant échanger avec un mafieux sorti d’un épisode de James Bond, dinosaure de la guerre froide.
L’intrigue est par contre un peu tirée par les cheveux et la place donnée à la psychanalyse apparaît passablement fumeuse.
Le final est inattendu. La vérité, toute relative, n’a en définitive pas beaucoup de sens et la solution sera un compromis entre la vérité qui préserve l’équilibre de la société, la réalité des faits et la réalité qui arrange le procureur. L’affaire finira dans un classeur qui se noiera aux milliers d’autres. La vie doit continuer.
Édouard
Zygmunt Miloszewski
Pocket
2015