La grammaire est une chanson douce

Les bases de la grammaire française racontée aux enfants et aux adultes ayant oublié les bases de la grammaire et/ou leur âme d’enfant.
Il y a beaucoup de livres que j’ai lus trop jeune, mais celui-là, j’aurais aimé le lire à l’école primaire. Il ne date cependant que de 2003, ce qui est un peut tard pour moi. Je n’aimais pas la grammaire, n’y trouvant aucun intérêt. Je n’aimais pas non plus la conjugaison ni l’orthographe et j’écrivais comme un cochon. C’est venu plus tard, beaucoup plus tard…mais j’adorais la lecture et nul doute que si on m’avait fait lire à l’époque le livre d’Erik Orsenna, les choses auraient été différentes.
Je n’avais jamais rien lu de lui. Son style est d’une fluidité extraordinaire tant est si bien qu’au début de l’ouvrage, j’engloutissais les mots tellement vite qu’il m’était impossible de suivre l’intrigue. J’ai cru tout d’abord que c’était seulement une succession d’historiettes, de TTC comme ils disent chez Shortédition que je remercie au passage de m’avoir envoyé ce livre pour mon noël. Quand le débit s’est calmé, la structure a commencé à apparaître. Je n’avais jamais imaginé que le style pouvait être un régulateur de flux, le robinet des mots.
C’était aux environs des mots oubliés. Les mots, comme les dieux et les fées, meurent si on les oublie. Moi j’aime bien les mots « torve » et « chafouin », j’essaie de les employer dès que possible.
Après, les mots tant redoutés dans mon enfance sont apparus : nom, pronom, article adverbe, verbe…quelle horreur, je les avais maudits à l’époque, ils me rappellent des listes que je trouvais alors sans queue ni tête que je réussissais péniblement à apprendre pour les oublier à la sortie du contrôle. Elles étaient imprimées sur des stencils à l’odeur si particulière…l’encre bavait un peu. J’ai pensé alors que c’était le moment de faire un voyage dans le temps, de gommer de ma mémoire tous les enseignements grammaticaux dont il ne me reste qu’une vague souffrance et de les remplacer par tous ces petits personnages à l’allure si joyeuse se donnant la main, faisant des rondes et évoluant dans un paysage à la Candy Crush, guidés par les verbes donnant le tempo.
– Qu’est ce qui ne va pas la conscience ? Je vois bien ton petit regard chafouin. Tu vas me faire ensuite le coup de l’œil torve.
– C’est interdit. Le passé est gravé une fois pour toutes, il est sacrilège de vouloir le changer ;
– Oh, pour une fois. Je suis bien d’accord qu’il y a des choses du passé auxquelles on ne peut et on ne doit pas toucher, mais tout de même, les cours de grammaire de l’école primaire, c’est bien anodin.
– On commence par les cours de grammaire…
Edouard

Erik Orsenna
2003
Le livre de poche

Le Royaume-Uni n’est pas une île

« On s’en sortira mieux sans l’Europe », tel était le leitmotiv des Brexiters. Maintenant que les choses deviennent concrètes, les Britanniques doutent et les Européens vont se poser la question : « Et si l’Europe s’en sortait mieux sans le Royaume-Uni ? ».

Économiquement, les choses ne tourneront pas forcément à l’avantage du Royaume-Uni, en tout cas dans l’immédiat et les délocalisations des centres financiers sur le continent en témoignent. La réaction de la communauté internationale est intéressante aussi : « C’est bien joli l’Empire britannique comme au XVIIe qui redevient le maître du Monde, mais pour le moment, ça ne semble pas très clair donc, comme toujours, on préfère la sécurité et la sécurité c’est l’Union européenne ».

Nombreux étaient les pays européens tentés par l’EXIT, souvent vendu comme un produit miracle par l’extrême droite. Le fait qu’un pays décide de passer le pas, c’est intéressant, mais il ne s’agit pas de n’importe quel pays : l’un des plus vieux du continent qui détient en son sein une grande part du patrimoine culturel européen, un pays riche largement ouvert au libéralisme qui semble effectivement capable de s’en sortir seul.

Peu de pays européens ont cette capacité et même là, la mise en œuvre s’avère extrêmement complexe. J’ai du mal à croire que les Boris Johnson et autres populistes britanniques n’avaient pas pensé à l’Irlande du Nord, mais ils étaient tellement certains que le « Non » l’emporterait… Par contre, je suis persuadé que nombreux sont les partisans du « Oui » qui n’ont pas pensé une seule seconde à l’Irlande du Nord.  Quoi qu’il en soit, l’Européen moyen découvre aujourd’hui que le Royaume-Uni a une frontière terrestre avec l’Union européenne.

Ce simple constat et les considérations historico-politiques attachées à l’existence d’une frontière entre les deux Irlandes rend le « hard Brexit » impossible, sauf à réunifier l’Irlande, mais cela détruirait le Royaume-Uni dans sa forme actuelle. Va pour le soft Brexit ou plutôt, pour le seul Brexit possible (tant qu’on n’a pas démontré que cela était impossible).

Ce n’était certainement pas l’objectif qu’ils poursuivaient, mais en mettant en œuvre le Brexit, les Britanniques se sont attaqués au pire fantasme nationaliste du continent. Tout le monde sait maintenant ce que ça veut dire, sortir de l’Europe : beaucoup de complications, d’incertitudes et au final, un résultat qui, au mieux, ne ressemblera que de très loin à l’objectif initialement poursuivi. La pauvre Marine doit faire face à la plus grande vague de démystification de toute l’histoire de l’Union européenne : déjà que l’UMPS n’existe plus…

La deuxième phase des négociations en 2018 va être intéressante avec une Union européenne qui ne cherchera plus à retenir le Royaume-Uni et ce dernier qui, pour ne pas perdre la face, va essayer coûte que coûte d’aller jusqu’au bout. Wait and see.

Édouard

Les derniers Jedi

Alors que les rebelles continuent à se rebeller contre « le premier ordre » (ex « empire ») dirigé par un Sith et par Ben Solo alias Kylo Ren, fils de Leia Skywalker et de Han Solo et petit fils de Dark Vador ; Rey tente d’apprivoiser le jedi Luke Skywalker (frère de Leia) qui a décidé de se retirer du monde.

Tout ça ne serait-il finalement qu’une histoire de famille ? À un moment, Kylo Ren dit à Rey « tu n’as rien à faire dans cette histoire ». Effectivement, Rey est le grain de sable qui vient perturber le rituel générationnel. Qui est-elle ? D’où vient-elle ? D’où détient-elle ses pouvoirs ? Rey est la première à se poser ces questions. Le bref enseignement délivré par Luke semble mettre fin à l’origine génétique de la Force. La force est ce qui relie toutes choses et chacun semble pouvoir sentir sa présence. On se rapproche donc bien du « QI » de la tradition japonaise. Pourquoi certaines personnes semblent elles mieux dotées que d’autres pour se l’approprier ? Cela reste un mystère. D’ailleurs, la Force des Jedi et des Sith semble en définitive assez modeste comparée aux pouvoirs de Rey qui déplace les rochers sans avoir reçu de formation particulière et sans trop d’efforts alors que le jeune Luke éprouvait dans « un nouvel espoir », de grandes difficultés pour déplacer un sabre laser sur quelques centimètres.

Alors que dans le précédent opus, était présentée une jeune génération animée par le désire de reproduire les exploits des anciens, on sent cette fois-ci une certaine lassitude devant le renouvellement d’un cycle inexorable dont ils seraient prisonniers. Luke a pris la place d’Obi-Wan que Rey vient sortir de l’ombre tout comme Luke le faisait en son temps. Kylo Ren et Rey forment un étrange duo et semblent tous deux chercher à comprendre ce qui distingue le côté lumineux du côté obscur en ayant plus ou moins conscience que la frontière est finalement bien perméable.

J’ai été très surpris par la construction du scénario (un peu décousu je trouve) avec beaucoup de trous pour les esprits rationnels. Contrairement aux récits très structurés des précédents épisodes, on nous présente cette fois-ci un patchwork impressionniste que l’on regarde un peu comme un vieil album de photos sans chercher de fil conducteur particulier. J’ai beaucoup pensé aux « gardiens de la galaxie », car c’est finalement cette apparence d’opéra interstellaire qui prédomine.

Où ira-t-on avec l’épisode IX ? Difficile à prévoir. Kylo Ren est toujours là pour les méchants. Leia, Rey, Finn et toute la clique des sympathiques personnages secondaires (Chewbaka, C3-PO, R2D2, BB8) peuvent encore représenter les gentils. Mais le cycle traditionnel semble définitivement rompu. On nous promet donc un nouvel âge dans lequel les enfants esclaves que l’on voit jouer dans la dernière scène avec les figurines de leurs héros favoris auront peut être un rôle.

Édouard

La serpe (Fémina 2017)

Une nuit d’octobre 1941, le château d’Escoire situé non loin de Périgueux, fut le théâtre d’un triple meurtre à coup de serpe. Henri Girard, le fils de famille, qui dormait alors au château, échappa au massacre et fût rapidement soupçonné, incarcéré et jugé. Défendu par l’avocat Maurice Garçon, star du barreau à l’époque, il fut miraculeusement acquitté alors même que plus personne ne croyait à son innocence. Philippe Jaenada reprend l’affaire.

Je ne m’intéresse pas particulièrement aux prix littéraires, mais il se trouve que cette affaire me touche personnellement. Mon père, qui avait 4 ans à l’époque et vivait à moins de 2 km du château d’Escoire, m’en a souvent parlé.

C’est un pavé de 600 pages et l’auteur ne m’a pas paru particulièrement sympathique en particulier dans les 200 premières pages qui n’abordent pas encore l’affaire. Les coups d’encensoir à son éditeur (Julliard), les nombreux renvois publicitaires à son précédent bouquin, l’humour parfois lourdingue, la fausse modestie (« je ne suis pas Balzac », on avait remarqué) et cette habitude «à la Facebook » d’évoquer en permanence sa vie privée deviennent franchement exaspérants.

À partir du moment où l’on rentre dans le vif du sujet, les choses s’améliorent. Comme dans tout roman policier, on a envie de savoir qui à fait le coup. Je fais confiance à l’auteur pour sa rigueur et l’énorme travail de recherche qu’il a effectué. La couverture précise bien qu’il s’agit d’un roman, mais pour moi, c’est plus un essai : la recherche d’une objectivité historique. C’est d’ailleurs ce que j’attendais.

Si Maurice Garçon a pu innocenter Henri Girard, c’est en partie à cause des failles grossières de l’instruction. Son génie aura toutefois été de retourner le jury alors que tout le monde se serait satisfait de la condamnation (sauf le condamné J ).

La thèse de Jaenada, à laquelle Maurice Garçon pensait visiblement aussi, est possible, voire même probable, mais est teintée d’une profonde tristesse. Henri y a certainement deviné la vérité et c’est probablement la raison pour laquelle il ne s’est pas acharné dans la recherche du vrai coupable. Le « golden boy » meurtrier,  miraculeusement innocenté, est un scénario bien meilleur, un peu comme la corde brisée du pendu qui émerveillait tant au moyen-âge.

Bien sûr, si Jaenada a raison, on regrette les 19 mois d’emprisonnement infligés à Henri. Ceci dit, cette incarcération va changer sa vie. Après s’être enfui au Vénézuéla, il réapparaitra après la guerre dans les milieux intellectuels sous le nom de Georges Arnaud, Ami de Leo Ferré, de Jacques Vergès et de Gérard de Villier, il sera notamment l’auteur du « salaire de la peur » que Clouzot immortalisera à l’écran.

Édouard

Philippe Jaenada

Jullard

2017

Sur la route

Road movie de Sal et Dean dans les États-Unis d’après guerre.

Les juifs ont la Thora, les musulmans le Coran, la beat generation a eu « sur la route ».

À en croire les médias, on se demande si cette géneration n’était pas un ramassis de machos violents homophobes et pédophiles. Pourtant, il semblait bien joli dans mon enfance au début des années 80, le ciel de la révolution sexuelle avec toutes ses couleurs et toutes ses paillettes, avant que les nuages du SIDA ne viennent l’obscurcir.

C’est donc tout d’abord pour revenir aux sources de cette génération que je me suis plongé dans la lecture de « sur la route ». Sexe, drogue et Jazz sont effectivement les trois piliers des activités de Sal et Dean lorsqu’ils ne sont pas sur les routes. Les filles sont toutes faciles (au début en tout cas) et les protagonistes ne semblent pas particulièrement apprécier les homosexuels. MLF devait être un courant parallèle. À aucun moment, la contraception n’est évoquée et les deux gars sont totalement irresponsables, comme il se doit.

Je me suis bien ennuyé pendant la première moitié, peut-être parce que je cherchais à tout prix à dégager la thématique sexuelle de cette lecture. Et puis, à force de m’ennuyer, j’ai fini par abandonner cette recherche et c’est là que la vraie profondeur a commencé à apparaître. Bien plus que le sexe, le thème principal de « sur la route » semble être l’amitié démesurée entre Sal et Dean qui ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre. C’est cette relation fusionnelle dont par Georges Bernanos dans « journal d’un curé de campagne » quand il dit « je comprends maintenant que l’amitié peut éclater entre deux êtres avec ce caractère de brusquerie, de violence que les gens du monde ne reconnaissent volontiers  qu’à la révélation de l’amour ». Croit-on encore à l’amitié aujourd’hui ?

« Sur la route », c’est aussi une ode aux États-Unis que les deux amis traversent d’est en ouest et du nord au sud un nombre incalculable de fois et à toutes ces petites villes du Middle West dont on ne parle jamais. C’est bien entendu aussi un hommage à la voiture devenue l’égal du cheval au XIXe siècle, dans la conquête de l’ouest du XXe.

Et puis, il y a la route, cette fuite permanente face à la société, aux responsabilités, au monde du travail, au vieillissement…bref, à l’âge adulte qui finira fatalement par les rattraper. La route, c’est aussi la quête du « it », terme emprunté au jazz, mais qui renvoie plus généralement à la recherche de l’extase, de l’expérience sensuelle. Sal se mariera, Dean se mariera trois fois, divorcera deux fois et finira par vivre avec sa deuxième femme. Leurs épouses verront d’un mauvais œil cette amitié exclusive. Elle finira par se rompre. La beat generation était jeune et voulait reconstruire un monde ruiné par la Seconde Guerre mondiale, Kerouac leur a apporté une mythologie.

Jacques Kerouac

Folio 1972 (1re édition en 1960)

Edouard

Ainsi, Dieu choisit la France

Histoire du vieux couple franco-catholique depuis le baptême de Clovis (496 ou 498) jusqu’à la loi de séparation de l’Église et de l’État (1905).

Je le reconnais, le titre ne m’a pas particulièrement séduit de prime abord et si cet ouvrage ne m’était pas singulièrement arrivé entre les mains, je ne me serai jamais demandé ce qu’il y avait à l’intérieur.

Écrit à la manière des historiens du XIXe siècle, empreint d’un romantisme échevelé que l’auteur s’amuse parfois à surjouer, le livre résume en 9 tableaux, les rapports entretenus entre la France et la papauté pendant plus de 1400 ans.

Après la chute de l’Empire romain d’occident en 476, l’Église catholique se trouvait dépourvue du soutien de la puissance séculière qui avait permis son expansion pendant plus de 150 ans. À côté, le chef Franc,Clovis, avait tout à gagner d’un rapprochement avec une institution qui lui conférait une légitimité spirituelle dans une Europe en cours de christianisation. Pendant plus de 800 ans, se construisit, à côté des dogmes chrétiens, la conviction des souverains Français d’être investis d’une mission divine visant à protéger la chrétienté. Philippe Le Bel marqua un tournant décisif en 1303 en voulant instituer une certaine autonomie de l’Église de France vis-à-vis des institutions romaines. C’est le début du gallicanisme qui allait durer 600 ans. Avec Jeanne d’Arc, la mission divine de la France n’est plus seulement celle des puissants, mais elle devient celle de tout un peuple (en 1920, la canonisation de Jeanne d’Arc rassemblera les catholiques, les royalistes et les classes populaires après le traumatisme de la grande-guerre).

Le massacre de la Saint-Barthélemy (1572) illustre bien les dimensions politiques et populaires de cette mission. Quelques décennies plus tard, les soldats français pourfendront les protestants à La Rochelle et combattront les Espagnols à leurs côtés en Flandre : comprenne qui pourra. La révolution tentera une nouvelle religion, mais on ne change pas comme ça l’ADN d’un peuple. Avec le concordat, Napoléon reviendra au gallicanisme assorti d’un contrôle étroit exercé sur les évêques. Loin d’être ressentie comme une catastrophe par les institutions romaines, la loi de 1905 sera plutôt considérée comme une libération, mais en habile politique, Pie X se gardera bien de crier victoire trop ouvertement.

Certes, la passion médiévale pour le merveilleux et le surnaturel a aujourd’hui largement laissé place à la rigueur scientifique et les églises ne sont plus aussi pleines. On peut toutefois se demander ce qu’est devenue la « mission divine de la France ». La Déclaration universelle des droits de l’homme en découle clairement et on sait combien cette conviction a pu justifier les velléités colonialistes. L’arrogance française, souvent décriée par les étrangers, consistant à penser que notre pays est la mesure de toute chose, en découle certainement aussi.

Édouard

Camille Pascal

Presses de la renaissance

2017

Encres de Chine

Une écrivaine dissidente est retrouvée morte. Yu, l’adjoint de l’inspecteur Chen, mène l’enquête, suivi de loin par son supérieur.

J’ai été très perturbé dans ma lecture par la dernière version de Windows que je n’ai d’ailleurs toujours pas réussi à installer sur mon PC. Lisant entre les différentes et laborieuses étapes du téléchargement, j’avoue que j’ai eu du mal à m’accrocher à l’intrigue.

La qualité du roman ne m’a d’emblée pas semblé à la hauteur des espoirs que j’avais pu nourrir à la lecture de « Visa pour Shanghai », mais c’est vrai qu’on y retrouve en revanche une certaine authenticité que la dimension trop américanisée du précédent opus fragilisait. Les fans retrouveront donc leurs lots de poèmes et de récits culinaires.

« Encre de Chine » s’intéresse moins à la politique qu’à la « Chine d’en bas » qui, toute populaire qu’elle était, n’en a pas moins souffert du maoïsme que les couches supérieures. D’une certaine manière, « encres de Chine » est un polar social qui insiste beaucoup sur la vétusté de la vie à Shanghai dans la première moitié des années 90 qui s’oppose à la montée de l’enrichissement du pays et à son ouverture au capitalisme. Même pour Chen qui semble maintenant dans les hautes sphères de la société, l’arrivée d’une chaudière semble un événement extraordinaire.

Yu est plus proche du petit peuple. Il se débat encore et toujours avec ses problèmes de logement. Il commence aussi à jalouser un peu son supérieur qui lui laisse faire tout le boulot pour récolter in fine les lauriers.

Chen semble peu s’intéresser à cette enquête, à la mort de cette écrivaine médiocre et aux motivations très terre à terre du meurtrier. On ne tue plus pour l’idéologie communiste dans les années 90, mais pour des préoccupations bassement matérielles : le décor a bien changé, mais les comportements restent les mêmes.

Chen semble lui aussi soucieux de se trouver des sources de revenus complémentaires et est plongé dans des travaux de traduction qui lui ont été confiés par Gu. Gu représente l’antichambre des Triades et tend maintenant à s’imposer sur Li, le secrétaire du parti qu’on ne voit presque plus. Gu est étrangement bien intentionné à l’égard de Chen : il lui donne une secrétaire, lui offre une chaudière, paie les soins médicaux pour sa mère, l’aide à résoudre l’enquête… Chen ne semble toutefois pas avoir le sentiment de se faire acheter et apparaît maintenant résigné à se laisser porter par les événements et par cette nouvelle Chine en quête d’identité.

Une grande mélancolie se dégage du roman, peut être que cela reflète aussi des préoccupations plus personnelles de l’auteur.

Édouard

Points

2006

Astérix et la transitalique

Afin de mettre en valeur la qualité de l’entretien des voies romaines, le sénateur Bifidus Lactus décide d’organiser une course de chars à travers la péninsule italienne rassemblant des concurrents venus des quatre coins de l’empire. Astérix et Obélix sont à la fête.

Une fois de plus, apparaissent sur la couverture en gros caractères, les noms de « R.Goscinny » (décédé en 1977) et « A.Uderzo » (retiré des aventures d’Astérix depuis « Astérix chez les Pictes). En dessous, en plus petit, les noms des réels auteurs « Jean-Yves Ferri » et « Didier Conrad ». Sur la page de garde, il est bien précisé que « Goscinny et Uderzo présentent une aventure d’Astérix ». Cela va donc beaucoup plus loin qu’une filiation. Les réels auteurs ne revendiquent pas un « à la manière de… » ou un « avec les personnages de… », mais prétendent incarner les démiurges originels.

Pari réussi. L’album « Astérix et la transitalique » n’est peut-être pas aussi bon que « le papyrus de César », mais incontestablement bien meilleur qu’ « Astérix chez les Pictes ». Les pages traditionnelles « quelques Gaulois » ainsi que la carte de France avec la loupe sur le petit village d’Armorique n’apparaissent plus. Les puristes s’en désoleront peut être, mais pas moi. Il faut je pense que l’Esprit des créateurs évolue quelque peu pour ne pas qu’Asterix perdre son âme. Le contexte national et international n’a plus rien à voir avec celui des années 60 et une ouverture s’impose. Très bien cette « Foire Itinérante de l’Artisanat Celte (FIAC) » (je n’avais même pas remarqué l’allusion à la première lecture) à Vannes. Il y a donc un quotidien de nos héros qui ne se cantonne pas au village, à la chasse aux sangliers dans la forêt et aux bagarres avec les Romains des camps retranchés. C’est rassurant.

L’intrigue n’est pas trop mal non plus, elle ne renvoie pas à l’actualité immédiate comme dans le Papyrus, mais explore une contrée dans laquelle il est vrai que les deux inséparables gaulois ne s’étaient jamais aventurés. De la péninsule italienne, ces derniers ne connaissant que Rome. Bien entendu, les anachronismes pleuvent et c’est toujours ce qui a fait le charme de la série. Ceci étant dit, c’est intéressant historiquement de voir que Rome n’était pas la péninsule italienne et que les habitants du Latium avaient des modes de vie semblables à ceux des Gaulois.

Les gags sont bien dosés avec les gros gags visuels qui ne sont pas trop nombreux, les jeux de mots bien appuyés avec explications pour que tout le monde puisse comprendre et les gags plus subtils que les plus jeunes auront du mal à comprendre comme ce personnage qui parle de « proposition qu’on ne pourra pas refuser » ou cet autre pour lequel « Capri, c’est fini ».

Pour terminer, merci aux petits clins d’œil pour les fans comme la présence discrète du chef du bateau pirate et de sa vigie Baba (qui avait fait l’objet d’une polémique lors de la sortie du « papyrus de César » et qui, comme il se doit, ne prononce toujours pas les « R »). ou celle d’un des Helvètes de mon album favori.  J’attends les prochaines aventures avec impatience.

Édouard

Seul sur Mars

La science-fiction n’est pas ma tasse de thé.
Je me suis quand même laissé tenter par cette histoire d’un homme non pas seul contre tous, mais seul tout court.
On pourrait sous-titrer le livre ‘Manuel du bricolage sur Mars’.

Lors d’une mission sur la planète Mars, une tempête de sable force l’équipage à s’envoler, sauf Mark, laissé pour mort.
Blessé, il se retrouve seul dans un environnement hostile et glacé.
Botaniste de formation, il a plus d’un tour dans son sac.
Il arrive à rétablir le contact avec la Terre. Ceci ne se passe pas comme avec nos téléphones portables.
Chaque message dure plusieurs minutes avant d’arriver à destination. Mars se trouve, selon les saisons, entre 8 et 22 minutes-lumière de la Terre. Peu de chose en comparaison des milliards d’années-lumière de l’univers.
Notre intrépide explorateur aura à affronter une série de contretemps, auxquels il remédiera avec une ténacité surprenante. Il arrivera même à produire des pommes de terre, n’étant pas botaniste pour rien.
Le lecteur halluciné est entraîné dans une série d’explications scientifiques qui tiennent la route.
Un suspense à l’américaine, avec une foison d’acronymes, fatigante par moments.
Pour sauver notre homme, même les Chinois vont s’y mettre.

il faut un minimum de connaissances en physique, chimie, astronomie, électricité, géométrie dans l’espace, botanique, physiologie pour tout capter.

Sauvera-t-il sa peau?

Amitiés interplanétaires,

Guy

Andy Weir

Bragelonne

472 p.

Les tribulations d’un lapin en Laponie

Un hommage appuyé à Arto Paasilinna, compatriote de l’auteur finlandais. Lisez plutôt le lièvre de Vatanen du précité Paasilinna.

Le dénommé Vatanescu quitte sa Roumanie natale pour devenir mendiant professionnel à Helsinki.
Exploité par la mafia russe, il se révolte et se trouve isolé en Laponie, en compagnie de son lapin fétiche. On sourit par moments, mais la grâce n’y est pas.

Passez donc votre chemin, et restez dans nos contrées plus tempérées.

Amitiés en terrasse,

Guy

Tuomas Kyrö

Folio

359 p.