Petit guide des religions à l’usage des mécréants

Les religions sont parfois trop utiles, trop efficaces et trop intelligentes pour être abandonnées aux seuls croyants.
Alain de Botton est anglais, juif et athée (dans l’ordre ou le désordre), ce que son nom n’indique pas.
Plutôt que de continuer à s’affronter dans des discussions stériles, il propose de filtrer dans les religions monothéistes et le bouddhisme ce qui relève de la rencontre de l’autre, sans rejeter d’emblée les méthodes de marketing religieux comme les cérémonies, les fêtes votives, les pélerinages.
Dans ce livre légèrement fourre-tout, on trouve des réflexions intéressantes à propos de la symbolique par exemple du Yom Kippour (le Grand Pardon), la cérémonie du thé chez les bouddhistes, le rôle des universités et leur façon d’enseigner, la place des institutions dans nos sociétés.
De nombreuses illustrations allègent un peu le texte, pourtant accessible à un large public.

Amitiés laïques,

Guy.

Alain de Botton

Flammarion

  315 p.

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Salut Marie

La Vierge apparaît à Pierre Mourange, vétérinaire et incroyant, veuf inconsolable et caractère plutôt dépressif. Son médecin diagnostique une mélancolie aigüe, son frère cardiologue lui annonce que, justement, il déjeune ce jour-là avec Sainte Thérèse, ses amis ne savent que penser, et les bigotes du coin se l’arrachent.
On sourit souvent, l’auteur a du style, je le soupçonne d’avoir eu certains démêlés avec
les jésuites.

Une bonne lecture pour les vacances,

Amitiés sainte nitouche,
Antoine Sénanque
Grasset – 252 p.

Texte: Guy

Illustration: Magali

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Tu ne parleras point

Chapeau bas à LCP. À l’heure où la France entière a les yeux rivés sur des élections dont on ne peut plus dire grand-chose pour cause d’égalité entre les candidats et dont nous connaissons déjà l’issue (au dire des sondages), la chaîne a fait le choix de raconter l’histoire de Pierre-Etienne Albert : moine pédophile aux 57 victimes.

Fin des années 70, une communauté religieuse dans laquelle cohabitent moines, prêtres et familles avec parents et enfants voit le jour : la communauté des béatitudes. Pierre-Etienne, ancien drogué devenu moine, un « saint homme » qui a su se racheter, en devient l’icône :.

La suite, on pense la connaître : une succession d’actes pédophiles couverts de plus en plus difficilement par une hiérarchie ecclésiastique, à mesure que les langues des victimes et des témoins se délient.

Il y a un peu de ça, mais ce qui est sidérant, c’est le témoignage de Pierre-Etienne lui-même.
En le voyant avec sa petite voix aigrelette, presque toujours au bord des larmes, je n’ai pu m’empêcher de penser au Norman Bates de la scène finale de Psychose.
Pierre-Etienne n’essaiera jamais d’échapper à la justice. D’abord, protégé par la communauté, puis par l’évêché, il le sera finalement par le procureur qui décidera de classer l’affaire sans suite. Finalement, il faudra l’intervention du Vatican pour qu’il soit condamné à cinq ans de prison fermes.

Mais dire que Pierre-Etienne a été protégé n’est pas vraiment exact.

En début d’émission, j’ai été un peu surpris par l’attitude du moine qui semblait en vouloir à tous ceux qui lui avaient permis d’échapper à la justice. Avec le témoignage de Muriel, la première femme de la communauté à avoir compris sa pathologie, j’ai commencé à comprendre… Muriel remarquera tout de suite que son comportement avec les enfants n’est pas un comportement d’adulte. Elle ne le traquera pas : il se livrera sans aucune résistance. Chez elle, il trouvera une âme déterminée à le condamner et à l’empêcher de nuire, un luxe que tous semblent lui refuser, au nom de la sauvegarde de l’image de la communauté, au nom du « qu’en-dira-t-on ». Ce n’est donc pas l’un contre l’autre, mais ensemble qu’ils se battront pour que justice soit faite. Dans leur démarche, ils seront aidés par un autre prêtre qui pour cette raison et comme Muriel sera mis au ban de la communauté des béatitudes.

L’histoire de Pierre-Etienne n’est donc pas tant l’histoire d’un monstre que c’elle d’un homme qui a conscience d’une monstruosité qu’on lui demande de taire… tous les crimes ne sont visiblement pas répertoriés dans le Code pénal.

Edouard

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Cloclo

Je n’avais pas deux ans quand Claude François est mort. Je n’ai donc aucun souvenir de cet événement national. Par contre, j’ai grandi avec les rétrospectives Cloclo : les « Souvenez-vous ! Claude François ! 1,2,3,4,5…30 ans déjà ! » de Michel Drucker.
Cloclo, c’est aussi pour moi un grand nombre de soirées très alcoolisées dont je ne garde qu’un très vague souvenir.
Bref, c’est un mythe de la chanson française, comme le montre Yann Moix dans Podium.

Le passionné de mythologie que je suis ne pouvait donc rater une biographie de ce monument.

D’un point de vue scénaristique, le début, qui se passe en Égypte, est aussi croustillant qu’un reportage d’Arte du samedi soir : une accumulation un peu tire larme d’éléments biographiques. L’arrivée en France de la famille François n’est guère mieux.

Ce n’est avec l’époque de « belles, belles, belles ! » que la dimension dramatique commence à voir le jour.

L’industrie « Claude François » se développe alors sous la houlette de Paul Lederman et l’enfant d’Ismaïlia se transforme peu à peu en superstar/businessman maniaque et tyrannique.

L’épisode de « comme d’habitude » nous laisse entrevoir une popularité qui le dépasse. On le voit écouter incrédule Sinatra chanter « my way », comme s’il ne pouvait (ne voulait ?) admettre qu’il était plus qu’un chanteur de variétoche.

Par petites touches, on voit « le mal aimé » se faire dévorer par l’engrenage. Le meilleur plan du film, sans doute, le montre se jeter au milieu du public à la fin d’un concert avant de s’enfoncer lentement dans une marée de bras et de mains qui le manipulent comme autant de tentacules d’un monstre impitoyable.

Le thème de la décadence intérieure est toutefois limité. Pas de suicide, comme on l’a souvent dit. La mort est présentée de manière très académique, comme un bête accident domestique (il faut vraiment être con pour changer une ampoule sous la douche).

Le sentiment global est que le réalisateur a été profondément entravé par des maisons de production qui ont dû commander un portrait très aseptisé de l’idole en prévision des 35 ans de sa mort (que Michel Drucker ne manquera sans doute pas de célébrer en 2013).
Finalement, la mort du chanteur n’aura-t-elle été qu’un épisode de l’histoire de l’industrie « Claude François » ? Brrr.

Edouard

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Les patients de Freud

Sigmund Freud et la psychanalyse ont leurs thuriféraires.
Ils ont aussi leurs iconoclastes, tel l’auteur de ce livre, également corédacteur du Livre noir de la psychanalyse.
Cette plongée dans le début du 20e siècle est assez passionnante du point de vue historique. La fin de l’empire austro-hongrois, qui mena à la Première Guerre mondiale, est la toile de fond des débuts de cette nouvelle méthode de prise en charge.
Freud, personnage autoritaire et fort peu sympathique, n’a pas hésité à déformer les faits afin de démontrer ses théories dans des livres par ailleurs fondateurs.
On rencontre ici « Dora », « L’homme aux rats », « Le petit Hans », L’homme aux loups », « Anna O. », tous bien connus des lecteurs de Freud. Celui-ci n’hésitait pas à s’attaquer à de très lourdes pathologies psychiatriques. Plutôt ‘money minded’, il se faisait payer très grassement par ses patients, pour la plupart richissimes. Plus grave, il ne reculait pas devant le rôle de directeur de conscience. Il autorisait ou refusait des mariages, interdisait la masturbation, arrêtait les cures en fonction de ses sacro-saintes vacances d’été…
Anna Freud fut analysée par son père. Conséquence: une vie de célibataire, toute à la dévotion de Papa. Consternant.
Amitiés subversives,

Guy.
Les patients de Freud
Mikkel Broch-Jacosen
Ed. Sciences Humaines – 220 p.

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Vice caché

Au début des années 70, Doc Sportello, détective hippie de la communauté de Los Angeles, se met à la recherche d’un certain Mickey Wolfmann je ne sais plus sur la demande de qui et pour des raisons qui ne m’ont pas semblées très claires.

Bienvenue dans le monde du polar psychédélique…blagues à la con qui ne peuvent faire rire qu’un junkie à la limite de l’overdose, dialogues qui ne veulent rien dire, personnages qui s’introduisent dans l’intrigue sans trop qu’on sache pourquoi et qui en sortent comme des courants d’air… Comme un naufragé au milieu de l’océan, j’essaie de m’accrocher à quelques noms et références qui surnagent de ce brouillard qui sent fort le cannabis : Bigfoot, Shasta, Puck, Sharon Tate, Charles Manson, le continent perdu de Mu, les Lémuriens, le Viet Nam…quelques références cinématographiques aussi.

Il n’est pas rare que je lise des livres auxquels je ne comprends rien. Généralement, si ça ne s’arrange pas à la page 150, c’est qu’il faut chercher autre chose qu’un fil conducteur : une musique comme chez Céline par exemple. Entre les pages 150 et 350, il ne se passe rien. Le brouillard est toujours plus épais et je ne sens rien. Si je n’avais pas passé quelques heures dans le TGV, si je ne m’étais pas retrouvé quelques jours dans les profondeurs de la campagne gasconne, il est probable que j’aurais laissé tomber.

À partir de la page 350, les choses semblent se dissiper un petit peu. Ce n’est pas une musique, mais un parfum (j’aurais dû m’en douter), un parfum aigre-doux et acidulé qui fait penser à la photo de couverture sur laquelle une femme rouge se détache au milieu de zones irisées vertes et jaunes. Un parfum qui ressemble certainement aux paradis artificiels que Thomas Pynchon (l’auteur) a connus. Il avait 33 ans en 1970,

Vers la page 500, de nouveau l’envie de tout arrêter, de tout envoyer promener. Je continue tout de même, mais pour le challenge, pour ne pas avoir un sentiment d’échec, mais peut-être aussi par addiction inconsciente.

Ce soir, il ne me restait que 5 pages. En fournissant un dernier effort, je m’y suis replongé. Les trois dernières pages ont été fantastiques. Sans doute parce que je touchais enfin au but, mais aussi par ce qu’elles étaient d’une fluidité extraordinaire et hautement poétiques. Bref, ces trois pages m’ont laissé sur le cul et m’ont obligé à repenser l’ensemble.

J’ai alors visualisé l’histoire d’un beatnik qui fumerait un joint, mais dont l’histoire serait racontée en commençant par la fin, comme si le mégot jeté à terre s’élevait dans les airs pour se visser entre les dents du gars, avant de se recomposer petit à petit.

Je ne sais pas du tout pourquoi j’ai cette image en tête. Doc me dirait « c’est ton trip man, faut pas chercher plus loin ! »

Il n’est pas impossible que je me reprenne un petit Pynchon un de ces jours.

Edouard

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Refuge en enfer : Comment l’hôpital juif de Berlin a survécu au nazisme.

L’auteur a entamé à la fin des années 1970 une enquête approfondie sur un épisode incroyable – et méconnu – de la dernière guerre.
Anthropologue et diplômé en droit, il a interrogé des dizaines de survivants de l’Holocauste.
Le sinistre Le Pen parlerait probablement d’un ‘détail’ de l’Histoire.

Les troupes soviétiques libérant Berlin en avril 1945 n’en croient pas leurs yeux. En pleine ville, ils découvrent un bâtiment occupé par des centaines de personnes, malades, infirmières, médecins, personnel d’entretien, juifs en grande majorité.
À travers vents et marées, cet hôpital a survécu aux épouvantables poursuites auxquelles étaient soumis les Juifs depuis la moitié des années 30. Les nazis y trouvaient leur compte, puisque l’hôpital servait aussi d’antichambre aux convois vers les camps de la mort. Avec un cynisme hallucinant, ils y envoyaient les malades et les blessés, afin de les retaper avant de les gazer. Le directeur de l’hôpital, un certain Dr Walter Lustig, personnage fort ambigu puisque lui-même juif, obligé de collaborer avec les SS, traité de collaborateur par certains, a disparu sans laisser de traces après la fin de la guerre.

Dans ce livre hallucinant, le sordide côtoie l’héroïque à chaque page.
Et l’avertissement reste de mise: d’où qu’il vienne, le totalitarisme doit être combattu par tous les moyens.

Daniel B. Silver – Ed. Versailles – 302 p.

Amitiés secouées,

Guy

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Baudolino

XIIe siècle. Baudolino, conseiller de Fréderic Barbe Rousse, souverain du Saint Empire Romain germanique, raconte ses aventures rocambolesques à Nicétas, un homme rencontré au cours du sac de Constantinople par les croisés.

Difficile de résumer un livre de plus de 660 pages qui est plus une épopée relatant les différents moments de la vie du héros qu’une intrigue très construite du genre de Da Vinci Code ou Millenium. Ce genre de récit, vieux comme l’histoire de la littérature (l’épopée de Gilgamesh : IIe millénaire av JC) n’est plus très à la mode aujourd’hui et il m’a fallu un moment pour m’y habituer. Je me suis aussi rapidement rendu compte que la lecture de l’ouvrage convenait peu au rythme des trajets quotidiens de RER et c’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles j’ai mis un temps phénoménal à le terminer. Pour déguster ce roman-fleuve, privilégiez les vacances, la plage et l’insouciance au stress quotidien qui convient mieux aux romans rythmés.

L’histoire maintenant. D’un point de vue historique, j’ai beaucoup appris sur l’histoire d’une région de l’Europe qui correspond à la Bavière, la Suisse et le nord de l’Italie. Tout ça, comme dans les romans d’Eco, est raconté dans un style qui mélange érudition et légèreté. Toutefois, contrairement au Pendule de Foucauld et plus encore qu’avec la Nom de la Rose, c’est la légèreté qui prime, frisant ainsi avec la commedia Del Arte.

À partir de la mort de Fréderic, on bifurque dans le fantastique. Le personnage de Baudolino se creuse et nous arrivons petit à petit dans un tableau de Jérôme Bosch, au milieu de personnages fabuleux qui se perdent dans d’interminables querelles théologiques. On bascule ensuite dans l’héroic fantasy avec une menace guerrière couplée d’une belle romance. On quitte à ce moment la théologie pour aborder la philosophie.

Puis on revient au commencement et aux quelques années qui vont suivre, jusqu’à la fin du héros.

Un très beau livre sur un personnage qui a le physique de Sancho Panza et qui pense comme Don Quichotte. Comme dans le roman de Cervantes, l’ouvrage s’articule autour de la notion de vérité. Nous sommes prévenus dès le départ, Baudolino est un menteur. Pourtant, derrière son récit fabuleux, on finit par percevoir quelques accents de vérité, c’est ce qui rend le personnage touchant.

Un grand livre à lire en prenant son temps, un livre qui ne se dévore pas, mais qui vous bouleverse lentement.

Texte: Edouard

Illustration: Magali

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Valentin, une histoire d’amour

IIIe siècle après Jésus Christ, sous le règne de l’empereur Claude II, Théophraste, un médecin renommé d’Alexandrie, décide de prendre sous son aile un jeune apprenti prénommé Valentin. Quelques années plus tard, nous retrouvons Valentin à Rome. Devenu un médecin hors pair, il va s’élever dans la société et, pour le meilleur et pour le pire, va faire la rencontre de Julia, la fille aveugle d’un directeur de prison.

Qui était saint Valentin ? A-t-il existé ? Y a-t-il eu plusieurs individus derrière le saint ? Personne ne le saura jamais.

Du récit peu scientifique relaté 1000 ans après les faits par Jacques de Voragine dans sa « légende dorée », Chet Raymo ne retient que l’époque et la fille aveugle d’un fonctionnaire romain.

Il fait de Valentin un personnage crédible, un libre penseur (un peu trop moderne peut-être) évoluant dans un empire décadent. Il observe avec curiosité la progression rampante du christianisme qui, très peu gênée par les fauves des cirques auxquels ses adeptes sont jetés en pâture, poursuit inexorablement sa course.

Certes, le style n’est pas extraordinaire (la faute du traducteur ?) mais l’action est bien rythmée et l’histoire d’amour est bien belle. Au début, j’ai goûté ce roman comme j’ai goûté à 15 ans les jolis romans d’aventure un peu naïfs de René Barjavel. Mais il ne faut pas s’y tromper. Au-delà du récit épique, il y a toute une réflexion historico-philosophique très intéressante sur l’avènement du christianisme et sur ce qu’à pu être l’existence des premiers saints du calendrier.

Il y a aussi dans l’ouvrage des préoccupations plus contemporaines. Derrière la critique des jeux du cirque, on devine sans peine une mise en garde contre les pouvoirs pervers des médias et, à travers le regard que l’auteur porte sur la société romaine, on perçoit une recherche dépourvue de manichéisme sur les rapports complexes qu’entretiennent « religion », « sagesse » et « fanatisme ».
Un très beau livre à lire seul ou même à deux.
Valentin, une histoire d’amour
Chet Raymo
Belfond
2007

Edouard

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Une promenade magique dans Paris

Si vous êtes amoureux de Paris, si vous êtes intéressé par les sciences occultes sans vouloir toutefois leur donner plus d’importance qu’elles n’en ont et si vous pensez que Da Vinci Code est à l’ésotérisme ce que McDonald est à la cuisine, ce livre est fait pour vous.

L’ouvrage n’est pas un roman, mais une sorte d’essai-guide que l’on déguste en deux temps. L’essai tout d’abord vous initiera au BABA des sciences occultes : alchimistes, templiers, francs-maçons…ils sont tous là, remis dans leur contexte historique. Certes, les frontières entre ces différentes confréries sont poreuses et les symboles qu’elles utilisent sont souvent les mêmes, mais de là à imaginer une fille cachée du Christ ou un complot international des forces du mal, il y a de la marge.
Pour illustrer ces propos, l’auteur se réfère à un certain nombre d’édifices parisiens qui s’inscrivent dans un triangle (forcément) dont les côtés sont « Notre-Dame », « le parc Monceau » et « le Champ-de-Mars ». Ainsi, l’initiation aux sciences occultes ne passe pas par d’obscures ruelles de Belleville ou de Montmartre, mais par le Paris du tourisme, du luxe, de la consommation et du pouvoir.
Une fois la lecture terminée, maintenant armé pour jongler avec les différents concepts de l’univers de la magie, vous pourrez aborder la deuxième phase en utilisant le livre comme un guide touristique et en vous rendant à pied aux 12 (forcément) « stations ».
L’intérêt de cette deuxième partie n’est pas uniquement d’aller voir sur place les différents monuments cités dans l’ouvrage, mais de prendre conscience de l’environnement dans lequel ils s’inscrivent.
Ainsi, après avoir vu le diable de l’église Saint-Merri, les colonnes de Buren, l’Ouroboros du Louvre et les reliques d’une utopie morte au parc Monceau, vous prendrez conscience de l’hétérogénéité et de la relativité de ces symboles. Comme moi, peut-être vous laisserez vous charmer par d’autres symboles et entrerez dans une pagode l’espace d’un quart d’heure, pour voir une exposition photo sur les intérieurs chinois.
Ce qui vous marquera ensuite, c’est le peu d’intérêt accordé par les Parisiens à cette forêt de symboles. Si on peut comprendre que les enfants qui font de la voiture à pédale au champ-de- Mars ne s’intéressent pas à l’édifice révolutionnaire qui se dresse devant leurs yeux ; que penser de la foule stationnée devant l’entrée du 117 boulevard Saint-Germain, attendant dans le froid les dernières prouesses d’Harry Potter et ne voyant pas le compas et l’équerre au-dessus de la porte d’entrée de l’immeuble ?
Votre parcours se terminera à la fontaine Saint-Michel où, comme vous vous y attendrez, personne ne s’intéressera aux efforts déployés par l’archange pour maîtriser les puissances démoniaques. En rentrant chez vous, vous vous demanderez si tous ces symboles ne sont pas en fait les témoins du besoin universel de l’homme de croire en une autre réalité. Vous comprendrez alors que vous faites maintenant partie du cercle des initiés.

    Edouard     

      

Une promenade magique dans Paris

Philippe Cavalier

2010 Anne Carrière

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