Les blancs préfèrent la blonde

Aujourd’hui, en parcourant ma page Facebook, je comprends comment Hitler a pu arriver au pouvoir dans une Allemagne exsangue, gangrénée par un taux de chômage ahurissant, humiliée par la défaite de 1918 et par le dictat du traité de Versailles. Une victime expiatoire symbolisant la finance internationale de l’époque fût désignée : le juif.

Les nazis ont misé sur la détresse des plus démunis, de tous ceux qui n’avaient plus rien à perdre, de ceux dont ils feignaient de s’occuper, à qui ils souriaient, qu’ils rassuraient. C’était ça aussi le nazisme, pas seulement les chambres à gaz.

Les responsables de la montée du nazisme, c’est aussi l’arrogance des gagnants du 11 novembre dans une mondialisation en cours de construction que tout le monde subissait sans comprendre et que les nazis associèrent à un bouc émissaire bien connu. Son identification n’était pas simple : qu’à cela ne tienne, on lui mit une étoile jaune.

La situation n’est bien entendu pas tout à fait la même, mais il y a des similitudes. L’idéologie du FN tout d’abord qui reste originellement proche des thèses du National socialisme malgré tous les efforts de Florien Philippot pour le masquer. Ensuite, un chômage de masse qui ne dégonfle pas. Pas de guerre perdue pour la France, mais une rigueur Européenne que beaucoup voient comme un traité de Versailles. Et aussi, une finance internationale de plus en plus puissante dans une mondialisation emballée. Un personnage, jeune et brillant tel qu’Emmanuel Macron, ne peut que susciter la haine et la jalousie des laissés pour compte. La bataille ne se gagnera pas sur l’intelligence et la raison, mais sur la capacité des candidats à parler au cœur des Français. Marine Le Pen à une longueur d’avance, parce que cela fait des décennies que le FN peaufine ses armes et aussi parce que c’est une femme. Emmanuel Macron devra aller la chercher sur son terrain. Il est jeune et moins expérimenté en politique, mais heureusement très entouré. Et puis, le nom de la candidate et sa ressemblance physique avec une icône de tout ce que la France rejette ne joueront pas pour elle.

En attendant, tous les partisans du vote blanc, nul ou de l’abstention, contribuent aux intérêts de Marine Le Pen. J’espère qu’il y a encore assez de personnes sensées dans ce pays pour faire barrage au FN. Beaucoup d’abstentionnistes comptent sur eux, comme des enfants qui pensent qu’il y aura toujours des grandes personnes pour réparer les bêtises. Chaque vote blanc, nul et chaque abstention du FN creuseront l’écart entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, car s’il y a une chose qui est certaine, c’est que les électeurs du Front National ne s’abstiendront pas et glisseront bien un bulletin « Marine Le Pen » dans l’urne.

Une victoire 70/30 de Macron ne serait pas du tout la même chose qu’une victoire 55/45, qui permettrait au FN d’aborder avec le sourire les législatives. Une marrée bleue-marine à l’assemblée ferait une fois de plus penser à l’arrivée de la marée brune au Reichstag.

Il est encore temps…

Édouard

La chute de l’empire humain

Comment l’intelligence artificielle a-t-elle fini par dominer le monde ? Jusqu’où ira-t-elle ?

Cet ouvrage n’est pas un énième essai sur le transhumanisme. Est-ce un ouvrage anti-transhumanisme ? Peut-être. L’auteur évoque peu les défenseurs de ce courant de pensée et semble les considérer comme les adeptes d’une secte fanatique vaguement dangereuse. Il s’intéresse uniquement à l’ « intelligence artificielle » : rapport entre le « I » et le « C » du désormais célèbre quatuor « NBIC » dont tout le monde parle aujourd’hui (nanotechnologie, biologie, informatique, cognitivisme).

L’auteur commence par le commencement à la fin des années 30 et insiste longuement sur ce que doit l’informatique à Alan Turing. Ce dernier, incarné à l’écran par Benedict Cumberbatch dans le film « imitation Game » sorti en 2014, a en effet permis à cette discipline de faire un pas décisif en créant une machine décryptant les messages allemands émis par le redoutable crypteur « enigma ». Ce personnage, tenu à l’écart après-guerre pour homosexualité et mort en 1954 est aujourd’hui bien connu.

L’intelligence artificielle va ensuite connaître une ascension fulgurante pour devenir omniprésente aujourd’hui, tant est si bien qu’il est de plus en plus difficile d’imaginer ce qu’à pu être un monde sans informatique : comment travailler sans Outlook, Word, Excel et PowerPoint ? Comment communiquer sans internet et téléphone portable ?

Après  2016, l’auteur entre progressivement dans la science-fiction. Il n’est pas tant question de prédire comment la machine augmentera les capacités physiques et cognitives de l’être humain en le menant vers l’immortalité (le cheval de bataille des transhumanistes), que d’entrevoir les conséquences que le développement des robots aura sur l’humanité : on est donc bien ici dans un rapport homme/machine de type Terminator.

Un chômage de masse s’installera au niveau mondial, suite à la robotisation de la quasi-totalité des domaines d’activité humaine, y compris dans des secteurs où on n’attend pas aujourd’hui la robotique, comme les professions d’écrivain et d’avocat.  Il s’accompagnera d’une dépendance de plus en plus forte à la machine et donnera naissance à une nouvelle question existentielle : que faire quand on a plus rien à faire ?

Ensuite, à partir du moment où les rêves transhumanistes commenceront à prendre forme, des inégalités sociales vertigineuses apparaîtront entre les quelques privilégiés qui auront accès à cette médecine de pointe et l’immense majorité du reste de l’humanité.

Bref, ce sera la vie politique du XXIIe siècle. Je serai curieux de voir les élections en 2117.

Édouard

La chute de l’empire humain

Charles-Édouard Bouée

2017

Un vote pour une vie

L’objet du scrutin du 23 avril ne sera pas uniquement de présélectionner deux candidats pour le second tour de l’élection présidentielle. La question à laquelle nous devrons répondre est « quelle vie politique voulez-vous pour demain ? »

En effet, sur les quatre candidats qui, au dire des médias, semblent à même de pouvoir se maintenir au second tour, un seul se raccroche à la bipolarité traditionnelle de la vie politique française : François Fillon.

S’il arrive au second tour, il est possible que la traditionnelle répartition gauche/droite demeure. Contre Marine Le Pen, on retombera dans le cas de figure de 2002 avec un Front National qui semble faire moins peur, mais tout de même assez, je l’espère, pour ne pas faire sombrer la France dans le populisme d’extrême droite. Contre Jean-Luc Mélenchon, les choses seront différentes et bon nombre d’électeurs de gauche n’estimeront peut-être pas qu’il est nécessaire de faire barrage à ce candidat qui, pour ma part, n’est pas moins dangereux que Marine Le Pen.

J’espère de tout cœur un second tour Fillon-Macron qui poserait une réelle question de choix de société. Les détracteurs d’Emmanuel Macron lui reprochent de s’inscrire dans la continuité de François Hollande et de n’être qu’un socialiste déguisé. Cette attitude a bien entendu pour but de faire peser sur le candidat d’ « En Marche », le bilan d’un quinquennat que personne ne souhaite défendre, mais elle révèle aussi une incapacité de ces derniers à comprendre que le projet d’Emmanuel Macron s’inscrit dans une vision complètement rénovée de la vie politique française qui apparaît de plus en plus indispensable dans un monde en évolution permanente dans lequel la France n’est rien sans l’Europe.

Les sondages, depuis un bon moment, misent sur un second tour Macron/Le Pen. Contrairement à beaucoup d’électeurs de ma génération si j’en crois les nombreux articles du Monde à ce sujet, je n’ai pas évolué depuis 2002 et je continue à penser que la présence du Front National au second tour serait une honte pour notre pays. Je ne pense tout de même pas que je retournerai manifester place de la Bastille, je n’ai plus le même punch et puis il y avait l’effet de surprise en 2002 qui n’existerait plus aujourd’hui.

Un second tour Macron-Mélenchon serait peut-être aussi intéressant, mais j’ai des doutes concernant  un report massif sur Macron dans cette configuration : de nombreux électeurs de gauche qui se rabattront sur Mélenchon et ceux de droite se réfugieront dans l’abstention.

Reste la configuration Le Pen-Melenchon qui me plongerait dans l’embarras. Ce serait une caricature de débat gauche/droite, une partie de catch politique aussi ridicule que dangereuse : rien que d’y penser…brrr

Édouard

La relieuse du gué

La jeune Mathilde s’installe en Dordogne afin d’y pratiquer l’art de la reliure que lui enseigna son grand-père. Un jour d’orage, un mystérieux jeune homme lui confie un livre à relier pour la semaine suivante. Elle apprend le lendemain qu’il est mort accidentellement.

Un livre bien écrit, avec certains poncifs de littérature régionaliste (le bon voisin, le rustre, le maire qui a des choses à cacher, les secrets connus de tous… Un côté romantique inhabituel dans nos lectures contemporaines.

Anne Delaflotte (beaucoup de pluie dans son livre) a pratiqué la reliure à Prague. Elle partage ses connaissances techniques avec beaucoup de bonne volonté.

Amitiés dordognaises,

Guy.

Anne Delaflotte- Mehdevi – Babel – 280 p.

Va et poste une sentinelle

Après avoir vécu quelques années à New York, « Jean Louise » alias « Scout » revient voir son père en Alabama au milieu des années 50, alors même que le débat sur les droits civiques des noirs bat son plein.

Deuxième et dernier opus d’Harper Lee, morte en 2016. La sortie de la suite de « ne tirez pas sur l’oiseau moqueur », 55 ans après sa publication, était bien entendu un coup d’édition.

Sur la forme, le roman a soulevé chez moi les mêmes interrogations que l’oiseau moqueur dont la construction était aussi très inégale. Les critiques ont depuis sa publication souvent évoqué le nom de Truman Capote, ami d’Harper Lee. Les 100 premières pages de « va et poste une sentinelle » sont pour le moins insipides et semblent provenir du journal intime d’une ado moyenne du Middle West particulièrement cucu et naïve. Sans doute reste-t-il dans ces pages, beaucoup de l’ouvrage écrit avant l’oiseau moqueur et non publié. Pour le reste…  À partir des pages 110, 120, le style devient plus maîtrisé et le récit prend de l’épaisseur. Est-ce seulement le fait de la maturité de l’auteur ? D’autres Truman Capote sont-ils intervenus. Combien de mains se sont posées sur  » Va et poste une sentinelle »? Il n’est peut-être pas nécessaire de répondre à toutes ces questions. D’une certaine manière, un roman est souvent plus ou moins un ouvrage collectif même si c’est un peu casser le mythe de l’écrivain solitaire et démiurge, très vivace dans notre beau pays.

Sur le fond, le roman apporte un très bon complément à l’oiseau moqueur. Peut-être devient-on vieux quand on n’a plus d’illusions à perdre. À ce titre, Scout est encore très jeune. Sa mère étant morte peu après sa naissance, Jean Louise a été élevée par son père et Calpurnia, une gouvernante noire qui fait beaucoup penser à la « Mama » d’autant en emporte le vent. C’est sans doute pour cette raison que la notion de « race » échappe totalement à son mode de pensée. Charmée dans son enfance par la défense par Atticus, son père, d’un noir accusé à tort de viol (intrigue de l’oiseau moqueur), elle n’imagine pas une seule seconde que son héros puisse penser autrement qu’elle.

« Va et poste une sentinelle » nous fait découvrir le vrai visage du racisme qui peut être compatible avec la protection d’un individu victime d’injustice: un bébé phoque massacré ou un taureau dans l’arène nous émeut tout autant qu’un humain. Le racisme est tout d’abord un phénomène social et identitaire. La croyance en l’infériorité naturelle des noirs était indispensable à l’équilibre des sociétés des États du sud jusque dans les années 50, tout comme l’étaient les indigènes pour les grandes puissances coloniales européennes des années 30. Se battre contre la reconnaissance aux noirs de droits civiques, c’était pour beaucoup préserver une pièce majeure d’un mikado identitaire sudiste dont la disparition entraînerait un effondrement d’ensemble.

Le besoin de préserver l’identité psychique, aussi essentiel que se nourrir, dormir ou se reproduire, reste le plus dévastateur,  sa satisfaction parfaite ne pouvant mener qu’au chaos. Décidément, le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas.

Édouard

Les vies multiples d’Amory Clay

Deux petits reproches: le titre (bof), et la remarque en P.S.

Une vraie-fausse biographie d’Amory Clay (1908-1983).
Vraie femme libre portant un prénom masculin, elle trace son chemin comme photographe entre les deux guerres mondiales,
et au-delà.
Le lecteur ravi est entraîné de l’Angleterre provinciale à Berlin, New York, Paris, l’Écosse, la Californie, le Vietnam.
Elle ne recule devant aucune provocation, et dispose de ses amants comme elle l’entend.
Mister Boyd est à l’aise dans cette période (j’avais été ravi par l’Attente de l’Aube).
Son méchant James Bond de Solo m’avait fort déçu.

Les clichés en noir et blanc insérés dans le livre font plus vrai que nature.
Ce procédé s’appelle ‘incrustation’ et a été employé par W.G. Sebald, Daniel Mendelsohn (Les Disparus), Annie Ernaux, Jonathan Littell.
William Boyd a raconté qu’il a acheté pour une croûte de pain des centaines de clichés par internet,  et qu’il s’en est servi pour ce livre.
L’illusion est parfaite.

Un très bon livre, que je recommande chaudement.

Amitiés argentiques,

Guy.

P.S. Petit bémol: l’Écossais William Boyd (voir l’achat des clichés) semble avoir mis de l’eau dans  son whisky à la fin du volume.
Censure volontaire ou imposée?
Difficile d’en dire plus, sans déflorer l’histoire.
Début de piste: il vit en France une bonne partie de l’année.
Comme chacun sait ou ne sait pas, la France n’est pas actuellement en tête de liste en ce qui concerne l’ouverture éthique.
William Boyd – Points – 544 p.

La Vérité sur l’Affaire Harry Québert

Un Suisse romand qui raconte une histoire dans la pure tradition du roman américain, il faut le lire pour le croire.
Au passage, ce jeune homme a raflé le Grand Prix du roman de l’Académie française.
On pourrait y ajouter le titre de Roman sans Frontières.

Le lecteur ne s’ennuie à aucun moment dans ce labyrinthe truffé de fausses pistes et de coups de théâtre.

Harry Québert, auteur comblé, prend sous son aile le jeune Marcus et lui montre le chemin du succès.
Malheureusement pour lui, il est mêlé à une histoire criminelle sordide.
Marcus fera tout pour disculper son maître, et cela ne passera pas sans dégâts.

Croyez-moi, l’auteur, né en 1985, fera encore parler de lui.

Amitiés passionnées,

Guy.

Joël Dicker – De Fallois Poche

Teilhard de Chardin

Le jésuite Pierre Teilhard de Chardin fut l’un des plus grands paléontologues de la première moitié du XXe siècle. Né en 1881, fervent catholique  dans une Europe que venaient de heurter les théories darwiniennes, il s’efforcera toute sa vie de démontrer que la théorie de l’évolution n’était pas incompatible avec la pensée chrétienne.

Cela faisait déjà bien longtemps qu’on ne brûlait plus les hérétiques et l’Église, après s’être opposée frontalement aux théories évolutionnistes, adopta peu à peu un discours plus nuancé tout en croisant les doigts pour que les fidèles ne se posent pas trop de questions. Rome le sentait bien cependant, la lecture au pied de la lettre de la genèse avait du plomb dans l’aile. Cela tenait encore…pour combien de temps ? En tout cas, il semblait évident qu’il était dangereux que l’édifice s’écroule et  il fallait faire taire ceux dont les propos pouvaient précipiter sa chute.

Teilhard parlait trop. On eut beau l’empêcher de publier, l’exiler, le réprimander, ses paroles se diffusèrent largement en particulier du fait de ses nombreux appuis dans la communauté scientifique déjà très laïcisée de l’époque. Tenté à plusieurs reprises de quitter son ordre, il ne s’y résoudra cependant jamais, persuadé que ses théories ne s’opposaient pas à la religion. Évidemment, pour faire le lien entre le brontosaure et la multiplication des pains, il fallait un peu aménager les dogmes. Sa théorie était en fait un embryon de ce qu’on nomme aujourd’hui « intelligent design » : certes, Dieu n’a pas créé l’homme et la femme d’un claquement de doigts, ceux-ci sont bien le fruit d’une lente évolution, mais c’est bien Dieu qui est le moteur de cette évolution. Imparable…en tout cas pour le moment.

Ses démêlées avec sa hiérarchie le feront prendre un tournant et trouver sa vocation. En 1932, il dira «  L’unique but de ma vie, à partir d’aujourd’hui, sera, plus uniquement encore, de travailler à briser le cercle où, par une ironie amère, les « enfants de lumière » ont enfermé l’esprit ». Ce combat, il le poursuivra jusqu’à la fin de sa vie, en 1955. Sept ans plus tard, s’ouvrira le concile Vatican 2 où l’Église catholique fera un effort sans précédent d’ouverture au monde et à la modernité.

Cependant, Vatican 2 ne réglera pas la question de l’évolutionnisme et les papes successifs resteront prudents. L’ « intelligent design » fera son chemin, mais il faudra attendre 2014 pour que François, un autre jésuite arrivé à  la tête du Vatican, s’exprime explicitement : « l’évolution dans la nature n’est pas incompatible avec la notion de création, parce que l’évolution requiert la création de choses qui évoluent. »

Édouard

Teilhard de Chardin

Edith de la Héronnière

2003

Cent ans de solitude

(Petite) déception pour ce chef-d’oeuvre de la littérature sud-américaine.
J’ai eu des difficultés à entrer dans ce chaudron foisonnant.
La famille Buendia, habitant à Macondo, en Amérique du Sud, est condamnée à cent ans de solitude par le gitan Melquiades. Cinq générations vont se succéder, au milieu des révolutions, guerres civiles, destructions et catastrophes naturelles.
Cela vole dans tous les sens, et le lecteur rationnel que je suis a de la peine à s’accrocher à son fauteuil, et à se retrouver au milieu de tous ces personnages baroques.
Un grand ami sud-américain m’a confié qu’il avait lu ce livre en 48 heures, sans dormir.
Il m’a fallu 2 semaines, avec des nuits agitées.

Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel  de littérature en 1982, est resté fidèle à Fidel Castro le Cubain, décédé récemment, jusqu’à son dernier souffle. Roman utopique? Pavé dans la mare antiaméricaine?

Amitiés crypto révolutionnaires,

Guy.

Gabriel Garcia Marquez – Points 461 p.

La fin de l’ère primaire

Mis en examen le 15 mars, il maintient sa candidature et tient à nous le faire savoir après nous avoir dit qu’il se retirerait en cas de mise en examen. Il apparaît donc comme un homme incapable de respecter une parole donnée, ce qui achève de le décrédibiliser. La question qu’il faut se poser est « avait-il le choix de faire autrement ? » ou plutôt, « avaient-ils le choix ? »

Il sera mis en examen huit jours avant la clôture des candidatures. En cas de désistement aujourd’hui, les républicains n’auraient plus eu que trois semaines pour trouver un nouveau candidat. Je me demande si, administrativement, cela serait possible. En tout cas, faute de remplaçant, il est condamné à se maintenir.

Une partie de ses électeurs iront vers Macron, le FN ou rejoindront le camp des abstentionnistes. Demeurera la vieille garde, ceux qui sont décidés à le défendre coûte que coûte, ceux qui voudront croire à la théorie du complot dont leur poulain, évidemment innocent, serait victime.

Comme le chevalier noir de sacré Graal des Monty Python, il continuera à se battre jusqu’au bout sans jambes et sans bras, parce qu’il n’a pas le choix.

Absent du second tour, il ne donnera peut-être pas de consigne pour le report des voix : on l’imagine mal demander à ses électeurs de se reporter sur Marine Le Pen. Ou alors, à l’issue d’une émouvante intervention télévisée, il nous expliquera qu’il faut tout faire pour faire barrage au Front national. Aura-t-il encore un auditoire ? Sa voix portera-t-elle assez dans le brouhaha général ? Intéressera-t-elle encore un électorat sachant très bien ce qu’il a à faire ? Rien n’est moins évident.

La victoire de François Hollande en 2012 était largement liée au désamour des Français pour Nicolas Sarkozy et aussi, au succès des primaires à gauche qui donnèrent au candidat une légitimité sans précédent. Cinq ans plus tard, les primaires à droite comme à gauche se sont révélées être des pièges décrédibilisant le système de bipolarité politique sur lequel reposait toute la vie politique française. Quel crédit accorder à une primaire si le candidat élu est noyé dans des affaires judiciaires peu après son élection ? Quel crédit accorder à une primaire de la gauche dont sont absents le centre gauche et l’extrême gauche ?

Finalement, les primaires auront été comparables à cette météorite qui fit disparaître les dinosaures et qui permettra indirectement aux mammifères de se développer et à l’être humain de voir le jour.

C’est peut-être enfin l’opportunité de reconstruire une vie politique déjà à bout de souffle depuis des décennies. En marche !

Edouard.