N’oubliez pas « volte-face »

À l’heure où France 2 annonce le retour de « n’oubliez pas les paroles », il est tant de dire un mot de « volte-face ». La dernière trouvaille de Nagui programmée depuis la rentrée sur la plage 19-20 devrait donc rejoindre le cimetière des jeux télévisés. Peut-elle espérer autre chose que l’éternité coincée entre « Jeopardy ! » et « Qui est qui ? » ? terminera-t-elle dans 20 ans en note de bas de page d’une thèse de sociologie sur la télé de divertissement dans les années 2010 ?
Pour ma part, je pense qu’il y a quelque chose à creuser dans l’émission. Le problème avec « volte-face », c’est l’ennui. Il y a un soi-disant suspense lorsque se rapprochent les deux fauteuils des candidats qui peuvent buzzer pour décider de répondre eux même à la question posée par le présentateur, mais ça ne prend pas vraiment. Sinon, le reste du temps, on papote, on prend plus ou moins de risques sur les questions, on est bien, entre gens de bonne compagnie…c’est un peu « vivement dimanche ».

Je ne sais pas si c’est une bonne idée cette histoire de fauteuils mouvants. C’est long quand ils se rapprochent et il y a cette voix off qui est un peu ridicule. Peut être qu’avec une musique sympa genre « le bon, la brute et le truand », ç’aurait été mieux.
En fait, il n’y a de réel suspense que quand les fauteuils se rapprochent et que l’on attend que l’un des deux joueurs buzz le premier. Plus tôt il buzzera, moins il gagnera de fric. Cette situation ne peut malheureusement se produire… qu’à la douzième question. Bref, ce qui est sympa dans les quizz, c’est le buzz. Et là, ils buzzent pas beaucoup. J’ai d’ailleurs remarqué qu’avec le temps, les candidats avaient de moins en moins envie de buzzer. Est-il possible de faire mieux que question pour un champion ?

Le duel de la 12e question, c’est une idée à creuser. Comme tout le jeu d’ailleurs. Les règles sont un peu compliquées à comprendre, mais le concept est innovant. En fait, c’est tout le contraire de « chéri(e) fais les valises » dans lequel il y avait incontestablement du mouvement. Le problème était qu’il n’y avait rien d’autre. Si on veut faire dans le jeu intello, il faut à mon sens dépasser le quizz comme le fait « mot de passe », l’ex-« pyramide » (aaah, le couple Laurent Broomhead/Marie-Ange Nardi, c’était quelque chose : l’introduction de chapeau melon et bottes de cuire dans l’univers du jeu télé, en voilà une idée innovante).

Que « « n’oubliez pas les paroles » se rassure, il n’est pas encore là le jeu qui réussira à prendre sa place.
Edouard

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Londres

La gare du Nord, puis l’Eurostar. 2h15 pour arriver à la gare de Saint Pancras. Je retrouve avec plaisir les Londoniens : ceux qui sortent des bureaux de la city à partir de 6h00, électrisés par un champ magnétique qui les ferait courir en tout sens ; ceux attroupés devant deux Rolls Royce sur le parvis de Saint Paul ; ceux qui regardent les acrobates et les chanteurs de Covent Garden ; ceux du métro qui s’engouffrent sans hésiter dans le boyau étroit et interminable qui permet de joindre « bank » à « monument » ; ceux de Smithfield Garden que je n’ai pas pu voir m’étant levé trop tard…

Ce que je suis venu chercher à Londres, ce n’est pourtant pas les Londoniens, ni Big Ben, ni la pluie, ni les touristes qui se font prendre en photo à Trafalgar Square devant la statue de Nelson, ni les vestiges des épreuves olympiques du Beach volley, ni 007.
Ce que je suis venu chercher, c’est l’esprit de l’époque victorienne qui a tant influencé la culture occidentale via Hollywood. J’ai voulu retrouver ce Londres de Dickens, de Stevenson, de Mary Shelley et de Bram Stocker.

Whitechapel a sans doute beaucoup changé depuis l’époque de Jack l’Éventreur. On ne peut toutefois pas dire qu’il soit devenu un quartier particulièrement riant et le fog, qui est toujours là, n’arrange pas les choses.

En me lançant à la recherche du petit musée du Royal Hospital où Joseph Merrick (Elephant Man) mourut en 1890, j’ai pu constater la pauvreté du quartier où la communauté musulmane est aujourd’hui très représentée.
En descendant jusqu’à la Tamise, j’ai aussi retrouvé execution Dock où fut pendu captain kidd, immortalisé par Stevenson dans l’île au trésor sous le nom de Long John Silver.

Mise à part la reconstitution du squelette du pauvre Merrick, je n’aurais vu aucun monstre à White Chapel, ni fantôme, ni vampire, ni loups garou.
Les monstres, je les trouverais à l’ouest, dans le très chic quartier de Holborn, au Hunterian Museum où toute une faune d’êtres difformes est conservée dans des bocaux : à l’époque victorienne, les frontières entre curiosité, science et art n’étaient pas très nettes. J’ai alors entrevu une société divisée où le malheur des uns pouvait servir le divertissement des autres.

Pour terminer en beauté sur l’imaginaire victorien, la Tate Britain propose en ce moment une très belle expo sur les préraphaélites qui révolutionneront à l’époque les codes traditionnels de la mythologie, de l’histoire et de la religion. Je suis resté interdit devant la beauté diaphane de ses personnages asexués représentés dans des scènes galantes moyenâgeuses et, songeur devant ces représentations de la femme : soit oie blanche, soit femme fatale. À leur manière, ces codes influenceront eux aussi l’histoire du vingtième siècle…pour le meilleur et pour le pire.

Edouard

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Ecriture et méthode

Comment fait un écrivain pour écrire un livre ? Voilà une question que je n’ai pas osé me poser pendant très longtemps. Sans doute voulais-je me persuader que l’écrivain était un être supérieur. Un être inspiré à la chevelure romantique, un peu comme Dominique de Villepin.
Je pensais donc que cet être supérieur doté de super pouvoirs écrivait tout d’un trait à la seule force de ses petits neurones musclés. Peut être y en a-t-il vraiment comme ça, mais j’en doute. Peut être est ce le rêve de tout écrivain d’y arriver et c’est vrai qu’avec le temps, on doit s’améliorer.
Muni de mon idée de roman, je m’étais donc prêté à l’exercice pendant de nombreuses années sans beaucoup de succès. Au-delà d’une dizaine de pages, je calais toujours pitoyablement. Je tirais de ces échecs répétés deux conclusions :
– Si je n’y arrive pas, c’est bien parce que je n’ai pas l’étoffe d’un écrivain ;
– Peut-être qu’avec le temps…mais j’en doute.
Tout aurait donc pu en rester là et mon aventure romanesque n’aurait alors jamais vu le jour. Cependant, le destin décida de me donner un coup de pouce et c’est comme ça que je suis tombé un beau jour de juin 2008 sur une pub internet pour un logiciel « j’écris un roman ». Estimant que 40€ était une somme raisonnable pour réaliser mon rêve, je fis l’acquisition du CD-ROM.
Quelle ne fut pas ma stupéfaction en le recevant : il y aurait donc une méthode !? Comme en prestidigitation, il y aurait un truc. Ça alors, je ne m’étais jamais imaginé…
J’entrepris donc de suivre scrupuleusement la méthode un peu comme quand j’étais petit avec les vaisseaux spatiaux lego: je respectais la notice avec d’autant plus d’attention que je ne comprenais pas trop où ils voulaient en venir.
Il y avait quelques trucs de base auxquels je n’avais jamais pensé et sans lesquels il est effectivement difficile de progresser. Cependant, le logiciel a rapidement atteint ses limites : si on se contentait de le suivre point par point, il ne fallait pas espérer écrire un jour plus qu’une version à peine améliorée du « petit chaperon rouge ». Le titre du logiciel aurait dû être « quelques pistes pour construire une intrigue ». Il est vrai que c’est moins vendeur.
Il fallait donc trouver ma propre méthode et le travail sur la méthode a accompagné toute la phase de rédaction de mon premier roman.
J’aborde maintenant le deuxième par la case « méthode » et cela va me faire gagner beaucoup de temps.
Sans doute celle-ci s’améliorera-t-elle encore avec les suivants et peut être même qu’un jour, j’oublierai moi-même que j’ai une méthode et je pourrai dire en toute bonne foi « bien entendu que j’écris mes romans d’une traite ». Quelle est ma méthode ? Je ne vous le dirais pas et quand bien même j’en délivrerais les secrets, il est peu probable qu’elle vous convienne. À chacun de trouver la sienne.

Edouard

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Ecriture et édition

Certains d’entre vous l’auront peut-être remarqué, j’ai rebaptisé il y a peu la rubrique « édition » en rubrique « écriture ». Alors que je m’apprête à affronter la dernière ligne droite de la publication de mon premier roman, je réalise que si un lien entre écriture et édition existe nécessairement, les deux concepts ne sont pas interchangeables. Je pense aujourd’hui que l’édition est faite pour l’écriture et non l’écriture pour l’édition.
N’allez pas croire en lisant ces lignes que j’ai enfin trouvé un éditeur ni que j’ai décidé de jeter l’éponge. Ce que je veux dire, c’est que j’aborde une phase ultime de la démarche éditoriale et que, quelle qu’en soit l’issue, il est certain aujourd’hui que je veux passer à autre chose. Cependant, s’il y a du nouveau du côté de l’édition, je vous tiendrai au courant.
Je souhaite donc à l’avenir parler de l’écriture sous toutes ses formes et de tous les modes de diffusion de celle-ci dont l’édition à compte d’éditeur fait partie. Bien entendu, je serai heureux de publier dans cette rubrique des témoignages d’auteurs, sur ce qu’ils font ou sur l’univers de l’écriture en général.
En réaction à la dernière critique de Guy, j’ai regardé l’Apostrophe Bukowski, disponible sur Daily motion en plusieurs morceaux. J’ai été particulièrement frappé par une de ses phrases « Ce que j’ai pu écrire ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est ce que je vais écrire. »
C’est à mon avis assez révélateur de ce que pensent beaucoup d’écrivains et cela explique aussi le « faussé » inévitable qui existe entre le lecteur et l’auteur. Un désir fou de s’exprimer, mais en même temps, une communication impossible, un « je t’aime, moi non plus » avec des mots. On comprend alors le calvaire que peuvent être les longues séances de dédicace. À moins d’être complètement mégalo, cela doit être insupportable.
Il faut beaucoup de choses pour rendre un écrivain heureux : la reconnaissance du public, la reconnaissance des milieux littéraires et, j’imagine, la satisfaction de progresser. Peut-être qu’il y a aussi l’angoisse de ne plus pouvoir produire que l’on appelle vulgairement « l’angoisse de la page blanche », image un peu caricaturale à mon goût. Peut être qu’il y a aussi le sentiment de produire mieux, mais avec moins de plaisir. Peut-être aussi qu’à un moment, on sent que l’on ne progressera plus et que le tout est de se maintenir au niveau. Même si l’on est reconnu, il y a la peur de ne pas être reconnu pour les raisons que l’on aurait souhaitées. Et puis, il y a la peur de ne plus écrire par plaisir, mais uniquement pour satisfaire un besoin devenu obsessionnel.
Devenir écrivain n’est pas la recette du bonheur, j’en suis certain. C’est à mon sens un métier de fou qui ne peut être exercé que par des fous. Un métier qui mène plus facilement à la dépression et à l’alcoolisme qu’à la gloire et à la richesse. Ont peut rêver de le devenir, mais on ne le devient à mon avis que par nécessité, comme on attrape une maladie.

Edouard

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Que faire de nos extraterrestres ?

L’intérêt des blockbusters américains et qu’ils disent tout haut ce que l’Amérique profonde pense tout bas et, dans notre village planétaire, c’est aussi un peu nous l’Amérique profonde.

Hier, j’ai regardé « Battleship », film pitoyable, plus de guerre que de science-fiction qui peut se résumer par cette phrase prononcée par un vétéran qui sort d’on ne sait où vers la fin du film : « Envoyons un peu de plomb à ces lopettes ».

Des extraterrestres, attirés par des connards de scientifiques qui leur envoient des signaux depuis des années, arrivent au beau milieu du Pacifique et décident de tout casser. Heureusement, des valeureux GI accompagnés par de braves niakoués sont là pour leur péter la gueule.

Je ne m’étendrai pas plus sur la nature hautement régressive du message délivré par ce chef-d’œuvre (docteur Fol amour peut se retourner dans sa tombe) ni sur la finesse du scénario. Ce qui m’intéresse, c’est la question qui n’est plus « est-ce qu’on va en trouver ? », mais « quand est ce qu’on va trouver quoi ? » et surtout « qu’est-ce qu’on va faire de ce qu’on va trouver ? ».

Bien entendu, pas question de petits hommes verts même si les passionnantes recherches sur Encelade, une lune de Saturne, laissent supposer qu’on pourrait trouver un peu plus que quelques micro-organismes.

En attendant d’aller là-bas, nos yeux sont rivés sur Opportunity qui pourrait trouver quelques signes de vie sur le sol martien.

Bref, on sent qu’on va y arriver enfin. Et après ? Que faire de ces découvertes. Si vous écoutez « Battleship », la réponse est : y vaut mieux pas savoir alors arrêtons de chercher…en même temps, ça nous a permis de bien nous marrer et d’utiliser tout notre arsenal de guerre.

Que fera-t-on une fois qu’on aura la preuve que la Terre n’est pas la seule à abriter la vie ?
On ne sait pas, peut-être pas grand-chose.
La semaine dernière, Arte programmait une émission intitulée « la fin des astronautes » qui faisait le bilan coût/rendement de l’envoi des hommes dans l’espace et posait clairement la question : faut-il encore en envoyer ? Interrogés, les premiers concernés n’étaient bien entendu pas d’accord et invoquaient la flamme du rêve et de l’aventure qu’il fallait entretenir : The show must go on !

Et si la recherche spatiale n’était là que pour nous faire rêver ? Et si un jour nous n’avions plus de quoi rêver… ce serait sans doute la fin du monde. Vive la recherche spatiale !

Edouard

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R « o »blochon

 

La publicité est-elle un art ? Question provocante a priori puisque son seul objet et de nous vendre des produits et que tous les efforts de l’artiste consistent à démontrer que ce qu’il fait n’a rien de commercial. Discours totalement hypocrite puisque, si l’on veut être plus qu’un peintre du dimanche, qu’un chanteur de salle de bain ou qu’un écrivain en herbe, il faudra nécessairement faire entrer une dimension commerciale dans son activité artistique.
On pense aussi à tous les artistes qui ce sont illustrés dans la publicité (Lautrec, Mucha…), et à tous ceux qui ont gravité autour de la publicité (Dali et son chocolat Lanvin, Gainsbourg et le Martini…). À mon sens, la publicité n’est sans doute pas la plus belle activité artistique ni la plus noble, mais est peut-être la plus honnête.
Bref, tout ça pour en venir à l’objet de ce billet par lequel je voulais rendre hommage à la petite fille qui joue dans la pub du reblochon.
Petit rappel qui paraîtra fastidieux au français qui visite ce blog, mais qui sera certainement utile aux autres.
Le reblochon est un célèbre fromage français au caractère affirmé que les enfants appellent souvent à tort r « o »blochon.
Le clip dure à mon avis moins d’une minute. Il met en scène un père et sa fille à laquelle je donnerais 7-8 ans.
Comme on s’y attendait, la petite fille prononce « roblochon ». Son père la corrige gentiment en lui renvoyant un affectueux « reblochon ». La mauvaise élève renvoie le « roblochon » et en écho, la voix paternelle renvoie un « reblochon » en appuyant bien sur le « e ».
Et c’est là qu’opère la magie. Dans ce dialogue entre le père et la fille, un seul mot est utilisé : le nom du fromage prononcé avec deux orthographes différentes. Tout le reste passe par le ton sur lequel le mot est prononcé et l’expression du visage des deux acteurs.
L’ultime « roblochon » de la petite fille est prononcé avec un énorme aplomb et son visage en dit long. Une expression enfantine sous laquelle on devine autre chose :
– J’ai compris, on dit « reblochon »… mais qui il est ce vieux con pour me donner des ordres ? Je l’emmerde, je fais ce que je veux. Ce sera donc ROBLOCHON.
Bref, on sent la préadolescente qui se réveille dans ce visage et peut être même quelque chose de plus féminin encore. Sacrée gamine. Gare aux mecs qui se trouveront sur son passage dans dix ans.
Bravo l’artiste. Tu as de l’avenir, j’en suis certain.
Edouard

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Edition et début

Ce billet se veut un billet « débat » et je serai à ce titre intéressé par l’avis des lecteurs de ce blog.
« Ils n’ont même pas lu la totalité de mon livre et ils se permettent de le juger ». Voilà une phrase souvent entendue dans la bouche d’auteurs refusés par des maisons d’édition.
Pourquoi les éditeurs ne lisent-ils pas tout ? Mon guide fétiche étant peu loquace à ce sujet, je dois me contenter d’hypothèses. « Parce qu’ils n’ont pas le temps » est la réponse qui vient le plus simplement à l’esprit. Effectivement, ils ne doivent pas avoir le temps de tout lire, c’est mathématique.
Mais est-ce la seule raison ? A-t-on besoin de lire la totalité d’un roman pour apprécier sa qualité ?
De mon propre point de vue, la réponse a été très longtemps positive : il est extrêmement rare que je ne lise pas un roman de bout en bout et je continue à penser qu’il y a de très bons romans qui ont un commencement de moindre qualité. Je me suis rendu compte il y a peu qu’il n’en était pas de même pour tous les lecteurs et que beaucoup d’entre eux ne prennent pas la peine d’aller au-delà des premiers chapitres s’ils estiment que le livre est d’une qualité médiocre.
Le lecteur étant in fine le client de l’éditeur, même s’il y a entre les deux une foule d’acteurs, il semble normal que l’éditeur ne se risque pas à publier un roman auquel le lecteur n’accrochera pas dès le départ, surtout si l’auteur est un inconnu.
Lorsque j’avais fait relire la première mouture de mon roman à un écrivain, celui si m’avait « cassé » (je ne trouve pas de mot qui corresponde mieux) tout en me disant qu’il n’avait lu que les trente premières pages. Le souvenir aidant, je prends aujourd’hui ces remarques comme un coup de pied au cul viril et salutaire, mais sur le moment, j’avais eu un peu de mal à l’encaisser.
Je pense aujourd’hui, en tout cas en ce qui me concerne, que le début d’un roman est la partie la plus difficile à écrire. Tout le décor doit être posé sans ennuyer le lecteur. Impossible de se reposer sur le déroulement de l’intrigue pour maintenir son attention.
Comment faire ? Une question de feeling ? Un feeling qui ne peut s’acquérir qu’avec le temps, en écoutant les relecteurs. Seul le temps permet de prendre le recul nécessaire.
Et l’éditeur ? Le feeling joue aussi…et le hasard, c’est certain : comment expliquer sinon que sur les huit éditeurs, un seul a pris la peine de me faire des remarques un peu constructives ? Je pense tout de même qu’il y a une certaine objectivité dans le feeling. Comme j’ai entendu dire : « si ton roman est éditable, il sera édité ».

Edouard

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Edition et pognon

Un énorme loft en plein cœur de Manhattan, voila ce que je m’achèterai si un jour, je devenais super riche. On a beau dire qu’il est rare de gagner suffisamment pour vivre de sa plume et qu’il est rarissime de gagner beaucoup d’argent, on nous parle aussi de gens qui y arrivent. Alors, pourquoi pas moi ? J’ai eu l’occasion aujourd’hui de redescendre sur terre.
Ceux d’entre vous qui visitent ce blog depuis longtemps, se souviendront peut être de cet éditeur allemand qui m’avait contacté fin 2010 pour publier mon mémoire de DESS écrit en…2001 (voir « édition et destin »). J’avais accepté et reçu deux mois plus tard un exemplaire de cet ouvrage inoubliable (« édition et rectangle »).
Rien dans les mois qui suivirent. Les droits d’auteur ? J’avais lu 12% quelque part, ce qui est plutôt très bien dans le monde de l’édition. J’avais aussi lu que les droits d’auteur n’étaient versés qu’une fois par an.
Rien depuis le début de l’année. Certes, avec un titre aussi accrocheur que « la rédaction de mémoires contentieux en droit de l’urbanisme », je ne m’attendais pas au prix Goncourt, mais quand même, ça m’aurait amusé dans vendre un ou deux.
Aujourd’hui, j’ai reçu le fruit de mon labeur : une facture. Non pas quelque chose que je devrais à l’éditeur, mais un dû. Ils appellent ça une facture… bon.
Net sale price : 36,45€. Il me semblait qu’il tournait autour de 39 €, mais bon, on ne va pas chipoter.
Average book trade discount : 50%. Qu’est ce que c’est que ce machin ? J’me souviens plus.
Basis for calculating the royalty : 18,23€. Ils calculent les droits d’auteur à partir de 50% du prix de vente ? Qu’est ce que c’est que ce truc. Bon, ça fait du 6%, ce qui est plus proche de la norme. Ça veut donc dire 2€ par exemplaires vendus.
Copies Sold : 0. Argh, je n’ai rien vendu.
Royalty : 0x18,23×12%=(roulement de tambour)0
En dessous, deux phrases en anglais que je ne comprends pas trop. La première pour me dire qu’ils vont rien pouvoir me verser (je m’y attendais un peu). La seconde, il me semble que c’est pour me dire qu’il faut bien entendu retrancher la TVA aux droits d’auteur.
Bon, la prochaine fois, promis juré, je lis le contrat avant de signer. Sauf que là, il n’y avait pas de contrat et je n’ai rien signé. Enfin, si, j’ai dû cliquer sur un truc à un moment donné qui vaut échange de consentement. Ah, droit des obligations, quand tu nous tiens… c’était mon cauchemar le droit des obligations, comme quoi.

Edouard

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Edition et Tanguy

« On ne publie pas un premier roman » m’avait dit l’écrivain Hervé Mestron qui animait un atelier d’écriture auquel je participais il y a deux ans et demi, alors même que j’étais très loin de m’imaginer que j’allais pouvoir un jour terminer le mien.
Il avait prononcé cette phrase avec un sourire énigmatique, les yeux dans le vague comme si cette phrase avait matérialisé un hologramme visible de lui seul, surgi du plus profond de sa mémoire.
Je comprends aujourd’hui un peu mieux ce regard et sans doute le comprendrais je encore mieux dans quelques années.
Un premier roman, même s’il n’a rien d’autobiographique, est un chalutier qui prend la mer pour la première fois, faisant remonter à la surface les poissons de l’inconscient : des poissons magnifiques, des poissons comiques, des poissons sans panache, des poissons qu’on aurait voulu oublier, des poissons effrayants, des poissons non identifiables.
Difficile de prendre du recul dans ces conditions. Ce que je cherche dans l’édition, c’est peut-être le moyen de figer cette pêche…pour passer à autre chose.
Il est vrai qu’Hergé corrigeait ses albums à chaque nouvelle réédition, mais bon, quand c’est publié, il est quand même plus difficile de retoucher.
En septembre 2010, j’avais un peu peur de laisser mes premiers relecteurs poser leurs yeux sur mon roman. Aujourd’hui, j’ai envie qu’il vive sa vie sans moi.
Y arriverai-je? Serais-je comme ces vieux flics qui, dans les polars, refusent d’oublier une enquête qu’ils n’ont pas su résoudre ?
Je ne sais pas. Je vais en tout cas faire le nécessaire pour qu’il trouve une maison qui veuille bien s’en occuper et si je n’y arrive pas, je ne vais pas le laisser me pourrir la vie. Il restera à la maison et, s’il a des frères et sœurs qui eux, trouvent une maison, je lui apprendrai à ne pas être jaloux.

Edouard

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Edition et catch

Huit envois. Sept refus explicites et un implicite. Sur les sept, une réponse négative par mail et six par courrier. Sur les six, cinq refus plus ou moins sympathiques et un refus qui se détache nettement des autres. Que faut-il en penser ?
« Il vous arrivera peut-être de recevoir un courrier négatif accompagné d’une critique, constructive donc précieuse, de votre œuvre. Cet égard, dû au fait que le lecteur professionnel aura détecté un certain nombre de qualités dans votre écriture, doit vous conduire à reprendre votre ouvrage en corrigeant les défauts et scories inséparables de votre inexpérience littéraire. Profitez alors de cette chance pour combler vos lacunes, affiner vos points forts, vous épuiser à lire, vous échiner à écrire. Après plusieurs mois d’efforts, si votre cœur est toujours déterminé, vous pourrez utilement adresser votre nouveau tapuscrit, épuré, au lecteur professionnel qui avait eu la délicatesse de vous aiguiller. L’essentiel étant d’obtenir de sa part de nouvelles critiques. »
Si j’en crois mon guide fétiche, il n’y a pas de doute. Il faut reprendre l’ouvrage. Toutefois, si l’éditeur en question m’a bien fait des remarques positives et négatives, elles ne sont pas particulièrement limpides et je ne suis pas certain de pouvoir bien les interpréter. Mais peut-être qu’en fin de compte, le but de l’éditeur était en premier lieu de m’inviter globalement à retravailler mon texte.
Comment faire ? Tout d’abord, ne pas me précipiter. Il est certain à ce titre que le caractère sibyllin des remarques ne m’aura pas engagé à torcher en deux semaines une nouvelle version.
Seul le temps semble en effet capable de me faire prendre la distance nécessaire. La distance, c’est aussi un travail d’autocritique très fort. Dans cet exercice, l’aide de relecteurs peut aussi s’avérer efficace. Cependant, n’importe qui ne peut pas faire l’affaire. Le relecteur sympa et admiratif n’est pas le bienvenu. À ce niveau, le profil du bon relecteur est le relecteur teigneux, violent, injuste, fourbe, voire torve. Un lecteur impitoyable qui ne laisse rien passer, mais tout de même un lecteur constructif.
Au début de cette chronique, il y a deux ans, fier de la toute première version de mon roman comme un enfant l’est de ses premiers gribouillis, j’avais envoyé mon manuscrit à l’écrivain qui avait présidé un atelier d’écriture auquel j’avais participé quelques mois auparavant. Ca réponse, qui m’avait alors semblée terriblement violente et injuste, m’avait assommé pendant quelques jours. Je reconnais que sans elle, je n’aurai pas eu la volonté de me remettre au travail.
De telles personnalités ne courent cependant pas les rues. Il se trouve que j’ai eu il y a peu des remarques d’une ex-relectrice de scénarios qui va dans le sens de ce que je recherche. Je viens aussi de dénicher deux autres relecteurs qui se vantent d’être particulièrement féroces. À eux de le prouver.
Un seul mot d’ordre pour ces relecteurs « Frappez fort, mais frappez juste !! ».

Edouard

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