L’enfance du sexe

Avoir beaucoup d’ « amis FB » a plusieurs intérêts. Cela permet en particulier d’avoir accès à des échanges que l’on n’aurait jamais eus si on avait limité la liste aux intimes. C’est comme ça que j’ai pu avoir connaissance d’une conversation qui fleurait bon le Houellebecq.

Le protagoniste principal relatait une expérience dans un camp naturiste qu’il jugeait peu concluante. Il faisait aussi part de sa gêne à se promener dans le plus simple appareil devant des enfants. Un commentateur qui, visiblement, le connaissait bien s’indignait que des mineurs puissent avoir accès à ce genre d’endroits.

Le « jouir sans entraves » des années 70, fondé sur une hétérosexualité libre encore très phallocrate ne considérait pas la pédophilie comme un réel problème. Nous sommes entrés aujourd’hui dans l’acceptation totale de la diversité des pratiques sexuelles entre adultes consentants, l’égalité des sexes et la prohibition de toute interférence entre la sexualité des adultes et celle des enfants. S’agissant de l’égalité des sexes, la loi Veil au milieu des années 70 aura été décisive. Concernant la pédophilie, de nombreux phénomènes peuvent expliquer ce revirement, mais l’horreur de l’affaire Dutroux dans les années 90 aura certainement servi d’accélérateur.

Dans ce contexte, la position de l’Église catholique, s’immisçant historiquement dans les pratiques sexuelles des adultes est fortement critiquée et cela d’autant plus quand s’y ajoutent des scandales pédophiles. La pédophilie n’est pas l’apanage de l’Église catholique et se rencontre dans tous les cercles dans lesquels des adultes sont amenés à côtoyer des enfants, y compris au sein des familles. Seulement, l’Église, comme toute religion, parle de morale sexuelle. Pour ce qui concerne l’islam, c’est la flagrante inégalité entre homme et femme dans les pays musulmans et l’intolérance de celle-ci vis-à-vis de l’homosexualité qui est décriée.

Ce qui reste aujourd’hui de l’esprit de 68, c’est peut-être cette volonté populaire de s’affranchir du religieux pour édicter sa propre morale sexuelle.

Dans ce contexte, l’homoparentalité reste un sujet complexe puisqu’il conjugue la liberté et l’égalité des droits des couples homosexuels et ceux de l’enfant. Y a-t-il un droit de l’enfant à avoir des parents de sexes opposés ? Certains l’affirment, d’autres soutiennent que le fait d’être élevé par deux parents de même sexe n’a pas d’impact sur le développement de l’enfant…on manque de recul. Ce qui est certain, c’est que l’homoparentalité bouscule le schéma traditionnel du couple prévu par les religions, mais aussi par l’Œdipe Freudien à la base de la psychanalyse qui, au regard de l’Histoire, aura été la première grande tentative de sécularisation sexuelle. Ceci dit, Freud a lui aussi été confronté au problème de l’homoparentalité puisque sa fille, Anna, élevait les enfants de sa compagne Dorothy Burlingam. Si Freud avait vécu 160 ans, il aurait certainement revu son Œdipe.

Une affaire à suivre…

Édouard

Pékin

– Rien n’est écrit en anglais ;

– C’est pas vrai autour des sites touristiques, dans les aéroports, dans les distributeurs automatiques… ;

– Les taxis ne parlent pas anglais ;

– C’est vrai quoique je pense que les jeunes chauffeurs parleront tous anglais d’ici quelques années. Pour prendre un taxi, il faut avoir un papier sur lequel l’adresse est écrite en mandarin ;

– Il est impossible de se déplacer dans Pékin pour un Occidental.

– Faux. Le métro de Pékin est très facile d’utilisation. Les noms des stations sont tous écrits en chinois et en Alphabet latin. Les écrans pour prendre les tickets ont aussi tous une interface en anglais. Ce dont il faut avoir conscience, c’est que Pékin est une ville immense et que l’écart entre deux stations de métro est dans le meilleur des cas comparable à celui existant à Paris entre deux stations de RER. Les métros sont très sûrs. On fait passer les sacs aux rayons X et si vous avez une bouteille d’eau, on vous fait signe d’en boire pour être certain que c’est bien de l’eau (si vous n’avez pas soif, buvez quand même).

On ne peut tout de même pas aller partout en métro et pour « la grande muraille », il faudra s’immiscer dans un groupe. Ensuite, c’est tout de même un autre univers culturel et il est bien de faire au moins une visite guidée : la cité interdite par exemple (il y a des guides francophones à Pékin qu’on peut prendre pour une ou plusieurs visites ponctuelles).

– Il est impossible de conduire.

– Vrai, à moins que vous soyez habitué à la conduite chinoise. La difficulté ne vient pas seulement du fait que tous les panneaux sont écrits en chinois, mais surtout que la conduite est « sportive » : on double par la droite, par la gauche…tout le monde veut être le premier. En observant en France le comportement des Chinois à la caisse dans les supérettes, vous aurez une idée de leur manière de conduire.

Bref, si vous êtes allergiques aux visites groupées et que vous faites le choix de visiter la ville seul, attendez-vous à avoir à surmonter un peu plus d’obstacles que dans une ville occidentale. Choisissez bien votre guide : très satisfait du « lonely planet » pour ma part, qui vous donnera des conseils précieux :

– Il y a beaucoup de toilettes publiques à Pékin, mais jamais de PQ à l’intérieur.

– Vrai !

Édouard

Pour un monde populaire

Je n’ai pas été surpris par l’élection de Donald Trump. Hier après-midi, je suis resté coincé une heure dans l’ascenseur de mon immeuble : j’ai bien compris que c’était un mauvais présage.

Vision fantasmée et sanguinolente de l’islam, Brexit, élection de Donald Trump,… et après, qu’elle suite logique ?

Dans un monde incertain en perpétuelle mutation, emporté dans une machine infernale qu’il ne sait plus arrêter, l’homo sapiens du XXIe siècle se désintéresse des sages, des raisonnables, de ceux qui connaissent les dossiers pour se tourner vers ceux qui ont du punch, qui le font rêver, rire, qui le valorisent, lui donnent envie de se lever le matin pour aller travailler et lui font miroiter un avenir meilleur…

Faut-il comprendre que l’homo sapiens est un imbécile méprisable qui ne comprend rien ? Je ne le pense pas. Les populistes ne sont pas uniquement des clowns, des menteurs et des irresponsables, ils donnent aussi un sens à cette transformation de la planète. L’homo sapiens, comme son nom l’indique, est un animal condamné à la rationalité, un animal harcelé par le stress dès que le sens de son environnement lui échappe. Sa soif de sens est telle qu’il est prêt à tout accepter pour que son univers reste compréhensible. Peu importe que celui-ci soit sérieux, l’essentiel est qu’il existe.

Dans le monde insensé du XXIe siècle, sommes-nous condamnés au populisme ? La suite logique pour la France de Deash-Brexit-Trump est elle nécessairement « Marine Le Pen » ? Je ne le pense pas. Cependant, au lieu de stigmatiser les populistes, nos politiciens feraient mieux de les observer et de tirer des leçons de leur succès. Quand je parle de tirer les leçons, je ne parle pas d’une triste imitation qui consisterait à faire un copier/coller  des thématiques populistes régressives, mais de la capacité à obtenir l’adhésion des foules.

Le prochain président de la République française sera charismatique, il saura parler à l’émotivité des Français, toucher leurs pulsions irrationnelles. Il devra savoir se faire aimer et leur donner l’envie de l’adopter.

Le prochain président de la République française donnera du sens à son action et devra rendre celle-ci intelligible. S’il veut être issu d’un parti « de gouvernement », sa mission sera bien plus compliquée que pour les ténors des partis populistes. Ceci dit, rien n’est impossible. Churchill disait « Tout le monde savait que c’était impossible jusqu’au jour où est arrivé quelqu’un qui ne le savait pas et qui l’a fait ».

Pour résumer, l’homo sapiens a besoin de se sentir aimé et de comprendre son environnement.  Si aucun candidats, à gauche comme à droite ne le comprend, Marine Le Pen sera la prochaine présidente de la République.

Edouard

Pour en finir avec le snobisme

Il y a trois ans sur ce blog, je qualifiais de snobs, les visiteurs d’une exposition Giotto , blessant ainsi beaucoup d’admirateurs du peintre dont Pierre qui m’avait ce jour là fait sortir de ma caverne et Martine qui me renvoya l’ascenseur deux mois plus tard lorsque je faisais part de mon admiration pour Miró. Ceci dit, Martine avait tenu des propos en 2011 sur les lecteurs de Zweig qui n’étaient pas très éloignés du procès en snobisme.

Cette histoire de Giotto m’a beaucoup marqué et depuis trois ans, je me dis qu’il faudrait que je creuse cette affaire de snobisme.

Guy, mon cher coblogueur, me donne aujourd’hui l’occasion de m’exprimer sur le snobisme en art puisqu’il accuse Borges de snobisme, ce qui me blesse, étant moi-même un grand admirateur de l’écrivain.

Qui de Giotto, Miró, Zweig, Borges et de leurs admirateurs sont les plus snobs ? Bien entendu, la réponse à cette question ne peut être que subjective et je me garderai bien d’en donner une.

Il y a 3 ans, mon papa (comme quoi, il faut toujours écouter son papa) m’avait donné une piste en citant un vers de Paul Valéry (Paul Valéry était-il snob ?) « Voyageur! il ne tient qu’à toi que ce monument soit un tas de pierres ou un tombeau . Ami n’entre pas sans désir ! »

J’ai mis un certain temps à comprendre que tout cela ne tournait en définitive qu’autour d’une affaire de sensibilité personnelle. Je le reconnais, je n’étais pas préparé pour admirer Giotto et je le jure, j’ai été réellement bouleversé par Miró. Pourquoi ? Une psychothérapie me permettrait sans doute de trouver des réponses…une attirance plus prononcée pour l’Espagne que pour l’Italie, plus forte pour l’art abstrait que pour la peinture religieuse. L’incapacité que l’on peut avoir à ressentir une émotion devant une œuvre peut nous faire penser qu’il ne peut en être autrement pour ceux qui disent l’admirer et qui ne pourraient donc que simuler leur émotion.

Cependant, je ne dis pas que les vrais snobs n’existent pas, ceux qui simulent leur admiration pour telle œuvre ou tel artiste avec le seul objectif d’occuper une posture sociale d’élite ou populiste. Pour que la simulation soit parfaite, encore faut-il que le vrai snob ne ressente aucune émotion, ce qui le rapproche de l’inquisiteur ès snobisme. Peut-on dire qu’il faut être un peu snob pour accuser de snobisme ses semblables ? Je ne suis pas loin de le penser et je veux bien reconnaître que j’ai fait preuve de snobisme populiste en traitant de snobs les admirateurs de Giotto. Je m’excuse platement auprès d’eux. Cependant, tout en admirant Proust , je le trouve très snob, même s’il est lui même un grand pourfendeur du snobisme (et surtout pour cela peut être).

Edouard

Le buffet de la gare d’Agen

Quelque chose d’un peu âpre dans l’assiette, une impression qui se noie dans le goût des pruneaux. Ils se marient décidément bien avec la côte de porc. Une atmosphère un peu rustique dans la présentation des tagliatelles qui ne sont pas complètement cuites et un peu refroidies. Si elles avaient été parfaites, cela m’aurait semblé suspect, m’aurait fait un peu peur aussi. Une mouche vient se poser sur ma main, elle aussi fait partie du décor. Goûter cette atmosphère sans fioriture brassée par les mouvements réguliers des clients et des serveurs est devenu pour moi un rituel indispensable, comme un rappel de vaccin. J’ai besoin de cette absence de sophistication, de cette impression de crudité, de ce sentiment un peu nu, la présence de ce naturel qui n’aurait jamais l’idée d’essayer de se donner l’apparence d’un autre.
Je ne sais pas vraiment depuis combien de temps je connais le buffet de la gare d’Agen. Au moins vingt-cinq ans. Je ne m’engagerai pas sur un nombre d’années précis. Pour cause de travaux, il est resté fermé pendant trois ou quatre ans. Le voilà revenu avec quelques lustres art nouveau. Les tables et les chaises ont visiblement été changées. Quelques affiches rétro sont venues garnir les parois autrefois vides et un parquet tout neuf a remplacé le vieux lino. Cependant, les cadres moulurés des murs blancs et les miroirs au fond de la salle sont bien les mêmes que dans les années 80. Me voilà rassuré. Peu importe le lifting, l’âme de ce vieil ami taiseux n’a pas été vendue au diable. Je n’attends d’ailleurs pas qu’il s’exprime, seule sa présence m’importe. Mon car va bientôt arriver, je vais devoir y aller, mais inutile de lui dire, il le sent bien. Je ne lui serrerai pas non plus la main, pas d’effusions excessives, ce n’est pas son genre.
Edouard

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La guerre

Tout d’abord, c’est à 3 heures du matin, un mail de mon frère actuellement en Thaïlande qui me dit regarder les infos et que je ne comprends pas trop. Ensuite, c’est une amie qui parle sur Facebook de bruits de mitraillette pris pour des feux d’artifice. Alors, je découvre l’horreur sur le site du Monde.
Un peu plus tard dans la matinée, je vois un militaire posté non loin de chez moi, mais je me dis qu’il est plus là pour rassurer les populations que pour prévenir un quelconque danger. Et puis, encore un peu plus tard, ce sont des types en civil avec des badges « ministère de la Défense » qui m’expliquent que le Pathé Beaugrenelle est fermé. C’est seulement à ce moment que j’ai commencé à réaliser. La guerre, ce serait donc cette peur sournoise qui s’installerait en chacun de nous, ce côté obscur de la Force qui se déploie comme une onde de choc et qui envahit l’intimité de tout un peuple ?
Comme beaucoup de Français, je n’ai jamais connu la guerre sur le territoire. Comme tout le monde, j’en ai entendu parler et j’ai beaucoup écouté les témoignages de ceux qui ont vécu la Deuxième Guerre mondiale. Je pensais cependant que la guerre était une maladie, un peu comme la lèpre ou la peste qui, dieu soit loué, n’existait plus en France. Il y avait bien eu l’ attentat à Charlie Hebdo en janvier, mais un attentat, ce n’est pas une guerre, surtout s’il est organisé par des jeunes illuminés en quête de reconnaissance sociale. C’était un drame des banlieues, une histoire triste de jeunes sans avenir. La France a bien réagi, on touchait à la liberté d’expression, une valeur fondamentale, elle en est sortie renforcée. Ensuite, ça à été la Syrie, c’est loin la Syrie. Il y avait bien la question des réfugiés qui était préoccupante, mais ça restait une conséquence collatérale d’une situation lointaine.
Six attaques aussi violentes qu’aveugles, au moins 128 morts, une centaine de blessés…on est passé dans une autre dimension, il y a forcément une tête pensante derrière tout ça. Et puis, ce n’est plus un symbole qui est attaqué, c’est une nation.
Et après ? Peut-être d’autres attentats. Après, en tout cas, ça va être la riposte. EI veut la guerre et il l’aura puisqu’il faudra bien réagir, tout comme Bush ce devait de réagir après le 11 septembre. Bercé dans ma jeunesse par les chansons de Renaud, indigné par les docteurs Folamour qui pullulent sur la planète, profondément convaincu de l’efficacité très relative des conflits armés, je reconnais aujourd’hui que l’agresseur ne nous laisse pas toujours le choix de la solution pacifique. Sans doute aussi qu’en vieillissant, j’ai fini par admettre à contrecœur que la réponse à la violence ne pouvait parfois être que la violence.
François Hollande chef de guerre, ce sera lui, on n’a pas le choix, puisse-t-il être éclairé. Première aussi pour le ministère de la défense regroupé à Balard (inauguration par le président de la République la semaine dernière), un regroupement qui devait impliquer une meilleure coordination de nos armées…pourvu que ça fonctionne. Heureusement, nous ne sommes pas seuls, on se demande même qui s’aventurera à soutenir EI. Cette série d’attentats semble un peu suicidaire. Et si c’était un chant du cygne ?
Edouard

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Afrique, terre d’accueil

Le premier article posté sur ce blog il y a plus de 5 ans maintenant, traitait de l’interfécondité entre Sapiens et Neandertal que l’on venait de prouver. Je suis depuis lors avec beaucoup d’attention les avancées scientifiques attachées à ce sujet passionnant qui touche au concept de « race » à l’origine des politiques désastreuses que l’on connaît et qui ont entraîné l’Europe dans les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Le Monde ayant publié cette semaine un article faisant état d’une nouvelle avancée, il convient donc que je mette mes fiches à jour.

D’aussi loin que remontent mes souvenirs, c’est-à-dire depuis le milieu des années 80, lorsque j’ai commencé à m’intéresser à la préhistoire à l’école primaire, on m’a toujours parlé de Neandertal comme d’un mystérieux cousin ayant disparu d’Europe quelque temps après l’arrivée de Sapiens. L’hybridation des deux espèces m’avait été présentée comme peu probable et les circonstances de la disparition de Neandertal sonnaient comme un tabou. Aussi, je m’étais mis à imaginer un génocide tiré du schéma biblique Caïn/Abel au cours duquel le fourbe Sapiens aurait exterminé le bon et inoffensif Neandertal.

Et puis, il y a cinq ans, on fit la preuve de l’interfécondité des deux espèces. Dans la mesure où la présence de Neandertal n’était connue que sur le continent eurasien, on conclut que cette hybridation ne concernait pas les Africains. Ce constat était aussi logique d’un point de vue scientifique qu’il était idéologiquement dérangeant. Il supposait en effet une différence génétique claire entre les Africains et les Eurasiens et pour tout dire, une différence « raciale ».

Dès lors, vrais et faux scientifiques, racistes et antiracistes s’engouffrèrent dans la brèche. Sur le site du Monde, tous n’étaient au final d’accord que sur un point : se taper sur la gueule. Il y avait pourtant une question simple qui aurait permis de mettre fin aux passions, mais à laquelle personne ne pensa (y compris moi) : a-t-on réellement la preuve de l’absence de trace du génome de Neandertal chez les Africains d’aujourd’hui ?

Cette présence du génome de Neandertal chez un Éthiopien de 4500 qui vient d’être révélée, apporte heureusement un éclairage et une idée s’impose : si on a pas trouvé de trace physique de Neandertal en Afrique et si on observe une présence de son génome chez cet Éthiopien, c’est donc que celui-ci avait été apporté soit par Neandertal lui-même, soit par un Sapiens métissé et donc que l’Afrique n’a pas été de tout temps une terre d’émigration, telle qu’elle nous est aujourd’hui présentée par les médias, mais aussi une terre d’accueil pour des populations venant de l’est et/ou du nord. C’est toute l’imagerie du bon sauvage qui s’écroule.
Et si le mythe de l’Africain préservé tant culturellement que génétiquement et depuis la nuit des temps des méchants blancs et de leur civilisation n’était qu’un mythe forgé par les anciennes puissances coloniales ?
Lors de mon passage à Bamako il y a une dizaine d’années, j’avais été frappé par la forte présence chinoise dans la ville. C’est peut être très européen, au fond, de penser que l’Afrique ne puisse être qu’un lieu dont on part et non une terre d’accueil.

Notre culture est telle que même chez les moins racistes d’entre nous, un fond constitué d’a priori racistes demeure. Demain, on trouvera peut-être un squelette de Neandertal en Afrique, on démontrera peut-être que le berceau de l’humanité n’est pas l’Afrique… Merci à la science en tout cas de faire avancer le schmilblick.

Edouard

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Hokusai

Deux heures de queue au Grand Palais sous la pluie en semaine. Le week-end, c’est pire. Je ne suis pas certain que ceux qui ont déjà leur place avant de venir avancent tellement plus vite, le coupe-fil peut être…quoi qu’il en soit, l’attente est largement récompensée.

Hokusai, qui eut un nombre invraisemblable de noms au cours de sa vie et qui fit porter son nom à l’un de ses disciples était un homme de la première moitié du XIXe siècle japonais, un homme d’avant l’ère Meiji, d’avant la grande ouverture vers l’occident. C’est un homme qui, à travers des milliers de croquis, brosse une société traditionnelle qui va se modifier en profondeur à la fin du XIXe. Il est le peintre d’une société et aussi de ses traditions, de ses héros, de ses monstres. Un monde magique que l’on retrouve dans les dessins animés de Miyasaki : Princesse Mononoké, le voyage de Chihiro et mon voisin Totoro sont profondément imprégnés de l’univers d’Hokusai. C’est en partie par Hokusai que l’occident va découvrir le Japon à la fin du XIXe, il en résultera une relation décalée et passionnée entre ces deux univers artistiques qui révolutionnera la peinture occidentale.

Mais Hokusai n’est pas uniquement le vestige d’une époque révolue, c’est beaucoup plus que ça.

C’est tout d’abord un trait, une magie du mouvement, du vivant. Ce qui fascine chez ce peintre, c’est cette capacité a donner l’illusion d’une vitalité, d’une force supérieure qui fait que le tout est beaucoup plus que la somme des éléments qui le composent. Cette vitalité se ressent bien entendu dans ses scènes de genre, dans ses scènes mythologiques, mais aussi dans ses paysages. Coïncidence ou influence directe, les peintres allemands de la fin du XIXe s’efforceront eux aussi d’introduire dans leurs paysages cette force vitale qui intéressera tant les impressionnistes.

Son œuvre la plus célèbre, « la vague » est à ce titre emblématique : en la voyant, on a la certitude de ne pas voir qu’une vague. On voit une force, une puissance et plus on la regarde, plus on entend le rugissement des flots.

La seconde chose qui m’a fasciné chez Hokusai est liée à la première. Cette magie ne lui est pas tombée du ciel toute cuite, c’est le résultat d’une longue maturation, d’un travail et d’une certaine sagesse due à l’âge, la recherche inlassable d’un idéal. Le dernier panneau de l’exposition, une citation de Hokusai, m’a à ce titre beaucoup ému. J’ai retrouvé ce texte dans un tout petit bouquin bilingue français/anglais, vendu dans la librairie qui est juste à l’entrée du grand palais, sur la droite (éditions Fage). Je ne pourrai pas mieux définir que l’auteur, sa quête d’essence artistique et lui laisse la parole.

« C’est à l’âge de soixante-treize ans que j’ai compris à peu près la structure de la nature vraie […] à l’âge de quatre-vingts ans, j’aurai fait encore plus de progrès : à quatre-vingts –dix ans je pénétrerai le mystère des choses ; à cent ans je serai décidément parvenu à un degré de merveille et quand j’aurai cent dix ans, chez moi, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant. »

Edouard

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Poil au Yéti

L’institut virtuel de cryptozoologie a publié en juillet le résultat des analyses ADN effectuées sur une trentaine d’échantillons de poils ayant appartenu à l’abominable homme des neiges et à ses sympathiques cousins répartis à travers le Monde. Les fans seront déçus, pas de découverte fracassante.

La palme revient aux ursidés, identifiables sur 10 échantillons. De plus, deux échantillons attribués au yéti appartiendraient à une espèce d’ours polaire qu’on croyait aujourd’hui éteinte.

Viennent ensuite ex æquo le cheval, le loup et la vache (4 échantillons pour chaque espèce). Pour finir, 6 autres espèces animales qu’il semble parfois un peu difficile d’imaginer sous une forme abominable : tapir ; porc-épic ; raton laveur, daim, chèvre, mouton.

Le dernier échantillon, attribué à un « Bigfoot » d’Amérique du Nord, provient par contre bien d’une espèce animale abominable : homo sapiens.

En tant que cryptozoologue amateur, je ne peux m’empêcher de faire part de ma déception concernant l’Almasty, cousin caucasien du yéti. Je suis effectivement convaincu de son existence depuis les années 90. Le très sérieux magasine Archéologia lui avait même consacré un dossier à l’époque. À côté des nombreux témoignages, l’Almasty avait été pisté dans les textes anciens. Ainsi, l’Enkidu de l’épopée de Gilgamesh aurait été un Almasty tout comme Ismaël, le demi-frère d’Isaac, fils d’Abraham et d’Agar.

Bref, j’en suis plus que jamais convaincu, on va le trouver cet Almasty, reprenons les preuves présentées par l’accusation :

– 3 poils de cheval et un poil de vache. Ha, ha, voilà qui est intéressant. L’Almasty, comme, chacun sait, se nourrit de lait de vache et de jument et s’infiltre la nuit au milieu des troupeaux lorsque le berger goûte un sommeil bien mérité après une dure journée de labeur.

– 3 poils d’ours. Fastoche encore, l’Almasty, pour affronter la rigueur du climat caucasien, surtout l’hiver, est vêtu de peaux d’ours, animaux qu’il tue à mains nues, preuve, s’il en est, de son incommensurable courage.

– 1 poil de raton laveur…bon OK, celui-là il est pas facile, mais ne désespérons pas. On peut peut-être imaginer que l’Almasty portait une toque en fourrure de raton laveur dont son cousin d’outre-Atlantique, le bigfoot, lui aurait fait cadeau en venant lui rendre visite. Il est comme ça bigfoot, le cœur sur la main, un exemple pour nous tous. Mouais, en même temps, je vous sens pas hyper convaincus…je vais encore chercher.

Edouard

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Gustave Doré : l’imaginaire au pouvoir

Gustave Doré ? Ah oui, celui qui illustrait le gros livre des fables de La Fontaine que je lisais avec mon grand-père quand j’étais petit. Pas mal, mais…un peu académique peut être, un peu premier degré.

Ce n’est qu’en me rendant à la magnifique exposition qui se tient au musée d’Orsay jusqu’au 11 mai que j’ai réalisé que 200 ans séparaient l’auteur des fables de l’illustrateur.

Caricaturiste à ses débuts, Doré a été aussi un artiste engagé qui a dépeint l’Europe de son temps, la misère londonienne, une Espagne un peu fantasmée, les déchirures de la France suite à la défaite de 1870, mais il est resté dans nos mémoires pour ces illustrations des grandes œuvres littéraires qui ont forgé la culture occidentale, à commencer par la bible.

Dante, Rabelais, Cervantès, Shakespeare, Tennyson, Milton, La Fontaine, Perrault…

Doré a créé des ponts visuels entre tous ces auteurs et a été un bâtisseur de la standardisation culturelle européenne.

Il se sentait rejeté par les cercles artistiques de son temps, ça ne m’étonne pas. Son trait été certes beau, mais très académique aussi, très imprégné de romantisme. Plus qu’un grand artiste qui bouleverse par sa vision du monde, je dirais qu’il a été un génial créateur de liant culturel, un grand bâtisseur de background représentatif, un grand unificateur de l’identité occidentale.

L’expo fait à juste titre le lien entre l’artiste et l’imaginaire cinématographique. Après Doré, Moïse à eu la même tête pour tout le monde…jusqu’à Cecil B. De Mille. Aujourd’hui, chacun sait que Moïse avait exactement la même tête que Charlton Heston. J’ai aussi pas mal pensé au seigneur des anneaux devant une illustration de la divine comédie montrant Dante et Virgile marchant sur un terrain marécageux au milieu de corps noyés et grimaçants.

Je dirais que, d’une certaine façon, Doré était un proto pop-artiste. Il a été aux années 1860 ce que sera Roy Lichtenstein aux 60’s.

L’œuvre est-elle là pour parler de l’artiste ou le créateur doit-il s’effacer derrière sa création ? De Proust à Truffaut, la question n’a cessé d’être débattue tout au long du XXe siècle et, il me semble, n’a pas trouvé de réponse définitive.

Quoi qu’il en soit, j’ai été très touché par les paysages qu’il peignait à la fin de sa vie, des paysages qui s’inscrivaient dans une autre veine artistique, très présente à l’époque chez les artistes allemands, et en particulier visible dans l’œuvre de Caspar David Friedrich (celui-ci est d’ailleurs cité dans l’un des panneaux). Comme si, au crépuscule de sa vie, Doré cherchait autre chose, une autre réalité, une certaine forme d’ «humanité » dans la nature. Une réalité qui aurait toujours été présente dans ses œuvres, qui n’avait jusque là qu’occupé le second plan et qu’il parvenait enfin à saisir : l’essentiel.

Edouard

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