Spring Breakers

Quatre copines décident d’aller faire un « spring break » en Floride, c’est-à-dire d’aller s’éclater pour fêter la fin des cours. Comme elles n’ont pas de fric, elles décident de braquer un petit commerce.
Le début de « spring breakers » fait penser à « Thelma et Louise » façon teen-movie. Cependant, cette impression laisse rapidement place à autre chose.
Arrivées sur place, elles vivent en bikini et se mêlent à une foule d’ados qui dansent, boivent et se droguent à longueur de journée.
Sans trop savoir pourquoi, elles sont embarquées par les flics mais rapidement libérées par un «gangsta» qui paie leur caution.
Les « gangstas », pour ceux qui ont oublié, c’est ces grands blacks des clips qui passaient en boucle sur MTV dans les années 90. Ils avaient des manteaux de fourrure, des chapeaux, des dents en or et des grosses bagouses ; comme Picsou, ils nageaient dans le fric et un troupeau de bimbos surexcitées leur tournait autour; ils prenaient des airs supérieurs tout en prohibant un pistolet automatique et en caressant un pitbull. Vous vous souvenez maintenant ?
Bon, le « gangsta » qui prend les filles sous son aile n’est pas bien méchant. Un peu paumé, il est surtout dans la représentation et à part se la péter, il ne fait pas grand-chose.
Les gamines sont là pour s’amuser et dans un premier temps, elles acceptent leur rôle d’objet sexuel, le seul que ce milieu très phallocrate leur propose. L’une d’entre elles se lasse rapidement. Une seconde s’en va aussi après avoir pris une balle dans le bras. Les deux qui restent sont bien décidées à faire durer le clip jusqu’au bout et plongent dans l’ultra violence, comme les filles de « Boulevard de la mort ». Toutefois, chez Tarantino, cette violence, dirigée contre un serial-killer, semblait légitime alors que là, la violence est gratuite : on reste dans la représentation, dans le « happening » : on se dit qu’elles vont se faire filmer et mettre leurs exploits sur YouTube, histoire d’épater les copines.
Sont-elles des femen ? C’est bien possible. Souhaitent-elles instaurer une domination féminine en créant un univers ultra-violent inversé ? Peut-être, mais elles ne semblent pas avoir de revendications bien précises. Ce qui semble clair par contre, c’est qu’en 20 ans, le genre « gangsta » a pris du plomb dans l’aile.
Edouard

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Syngué-Sabour

Dans l’Afghanistan de la guerre et des talibans, des bombardements et de la folie meurtrière des mollahs, une jeune femme tente de survivre avec ses deux filles.
Son mari, qui a reçu une balle dans la nuque, est plongé dans un coma profond. Après avoir placé ses filles chez une tante qui habite de l’autre côté de la ville, elle revient chaque jour veiller son époux qu’elle maintient en vie avec un sérum improvisé.

L’actrice et jeune et belle et l’on ne peut s’empêcher en la voyant de faire le lien avec la photo de Sharbat Gula, la jeune Afghane aux yeux verts qui avait fait la une de National Géographic et le tour de la planète au milieu des années 80 et qui a été retrouvée il y a quelques années, les traits tirés, les yeux délavés, le regard durci, mais toujours reconnaissable.

Syngué-Sabour, « la pierre de patience », selon une légende afghane, est une pierre magique qui, après avoir reçu tous les secrets d’une personne, éclate en libérant par là même de tous ses maux celui ou celle qui s’est confié à elle. Je ne sais pas de quand date cette légende, mais elle renvoie étrangement à l’essence de la démarche psychanalytique. Freud avait-il des origines afghanes ?

Bref, chaque jour, après avoir traversé la ville en burqa et slalomé entre les balles perdues, elle se raconte. À partir de là, je pense que cette histoire parlera beaucoup plus aux spectatrices qu’aux spectateurs.

Après beaucoup d’hésitations, donc, elle se décide à dire ce qu’elle a sur le cœur. Petit à petit, elle se libère des paroles convenues du quotidien. Petit à petit, la glace se craquelle et les mots remontent à la surface : ses désirs, ses peurs, ses frustrations, ses angoisses. Elle finit par livrer à son mari comateux tout ce qu’elle n’aurait jamais osé lui dire s’il avait été valide, tout ce qu’elle ne lui aurait pas dit par respect des traditions, mais aussi de peur de blesser un homme qu’elle admire et qu’elle aime à sa façon.

Je ne raconterais pas les détails du dernier volet de cette histoire et vous ne saurez pas si la pierre éclate.

Je peux tout de même vous dire que le film se ferme sur le sourire rayonnant de la jeune femme, enfin libérée.

Une très belle histoire donc. Je pense cependant que beaucoup d’hommes iront en traînant les pieds pour faire plaisir à leur conjointe…parce qu’elles le valent bien.

Edouard

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Le crime était presque parfait

Un homme décide de faire tuer sa femme, mais celle-ci se défend et tue son agresseur. La police et son amant enquêtent.

Combien de fois ai-je vu ce film ? La première fois, je devais avoir une dizaine d’années, c’était le temps des VHS et du cinéma de minuit…
Bien entendu je me souvenais de la clef cachée sous le tapis de l’escalier, même si j’avais oublié les détails précis de l’enquête.
Que reste-t-il aujourd’hui du « crime était presque parfait » ? Le charme désuet des années 50 ? La beauté de Grace Kelly ? Certainement. À tout bien regarder, le scénario me semble trop emberlificoté, les ficelles trop grosses et le tout passablement invraisemblable. Le jeu des acteurs fait énormément il est vrai et ils contribuent pour beaucoup à rendre crédible une histoire qui ne l’est pas. La musique n’est pas mal non plus.
Bref, on ne sait pas trop comment ni pourquoi, mais tout ça se tient. Ce n’est certainement pas le meilleur des Hitchcock, il n’a pas la dimension psychanalytique de « psychose » ou des « oiseaux », pas la dimension épique de « la mort au trousses » ou de « l’homme qui en savait trop ».
Aaaargh, c’est énervant, qu’est-ce qui fait le charme de ce film ? Alfred nous emporte, nous mène par le bout du nez, nous donne des explications peu claires qu’on accepte tout de même, car on n’ose pas dire qu’on a pas compris. Tout ça semble simple sur le coup, on est hypnotisé. À la fin, on se réveille, on a déjà presque tout oublié, mais on est satisfait, un plan qui se déroule sans accrocs.
Le génie du maître est peut être là, le pouvoir hypnotique, parler à l’inconscient du spectateur plus qu’à son sens critique, faire naître une incompréhension chez lui, attiser son désir de savoir. Faire de lui un drogué avant de lui apporter la solution. Peu importe sa qualité, son manque est tel qu’il acceptera de sniffer de la farine coupée avec du banania.
Combien de fois encore regarderais je « le crime était presque parfait » ? Jusqu’à ce que je comprenne tout en sachant que je ne comprendrai jamais.
Et pourtant, ça tient… comme par magie. Une petite flamme échappée du cerveau du maître : y a-t-il quelque chose à comprendre dans une flamme ?
Edouard

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Django

Le Dr King Schultz, chasseur de prime, exerce sa profession dans le « far-south » quelques années avant la guerre de Sécession. À la poursuite de trois frères, il va acheter les services d’un guide en la personne de l’esclave Django.

Bon, « Django » n’a pas détrôné « Kill Bill » dans mon top5 tarantinesque, mais c’est tout de même pas mal. Ce que j’aime bien dans les Tarantino, c’est l’hyperstructuration du scénario et je trouve que plus ça va, moins ses films sont structurés.
S’attaquer au « western spaghetti » n’est pas non plus chose facile et fatalement, on a tendance à se dire que c’est pas mal, mais ce n’est quand même pas du Sergio Leone. C‘est sans doute que je suis blasé avec l’âge, mais je n’ai pas retrouvé la tension de « il était une fois dans l’ouest » ou « et pour quelques dollars de plus ».
Il y a peut-être le rapport à la violence de Leone qui a du mal à se concilier avec celui de Tarantino. Chez Leone, la violence est permanente, oppressante et invisible alors que chez Tarantino, la violence est ultravisuelle. On sent qu’il hésite à nous resservir des ballets sanglants comme dans Kill-Bill, mais qu’il le fait tout de même parce qu’il ne se résigne pas à faire des plans fixes interminables sur le héros, ce n’est pas son truc.
Autre différence entre Tarantino et Leone : les dialogues. La profusion des mots est aussi indispensable au premier que leur économie est vitale pour l’autre.

Et puis, Jamie Foxx est pas mal dans le rôle de Django, mais ce n’est tout de même pas Clint Eastwood. Quand on le voit mettre son doigt sur la gâchette de son pistolet, on se dit seulement qu’il a du mal à maîtriser ses pulsions. Encore une fois, je trouve que Tarantino a du mal à retransmettre cette lourdeur extérieure aux personnages.

Bon, je châtie bien parce que je suis complètement fan du réalisateur, c’est quand même très bien. La palme revient une fois de plus à Christoph Waltz, le chasseur de prime allemand qui pourrait être une sorte de grand oncle d’Amérique de l’officier nazi d’ « inglorious bastards » : une vraie icône du genre, tout autant bon, brute et truand.
Leonardo Di Caprio est très bien aussi dans le rôle du négrier ainsi que Samuel L.Jackson dans le rôle du bounty (noir à l’extérieur, blanc à l’intérieur). Kerry Washington, la femme de Django est un peu effacée je trouve.

Rien à dire évidemment sur le message antiesclavagiste. Django bouscule les blancs comme les noirs qui, à force de se faire rabâcher qu’ils sont inférieurs (Di Caprio en donne la preuve « scientifique » dans une scène qui est sans doute la plus forte du film) finissent par en être eux-mêmes persuadés.
Rapprochement intéressant aussi entre Di Caprio qui vend des vivants et Waltz qui vend des morts. Le métier de « chasseur de prime » y est très controversé. Faut-il y voir une critique du port d’arme ?
Edouard

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Le Hobbit

Entraîné par Gandalf et une bande de nains, Bilbo va partir à la chasse au dragon. Sur la route, il rencontrera une étrange créature appelée Gollum à laquelle il volera son anneau magique.
J’avais lu « Bilbo le Hobbit » il y a longtemps, après avoir lu le « seigneur des anneaux », mais il ne m’en était resté qu’un très vague souvenir : celui de la rencontre avec Gollum qui fait le lien avec la célèbre trilogie et la couverture sur laquelle on voyait le Hobbit brandir sa dague sous le ventre du dragon.
D’autres souvenirs me sont revenus au cours des trois heures : la présence de Gandalf, les nains, le roi Gobelin… D’autres scènes du film m’ont intrigué et je me suis demandé si elles n’avaient pas été ajoutées. Cherry on the cake, on parle beaucoup du dragon, mais on ne le voit pas !!??
Grand ménage sur le net pour remettre tout ça d’aplomb, à commencer par une question qui me trotte sournoisement dans la tête depuis 20 ans : Bilbo ou Bilbon ? « Bilbo » est le héros de Bilbo le Hobbit, comme on pouvait s’y attendre. Cependant, on retrouve ce personnage dans le premier volet de la trilogie du « seigneur des anneaux » sous le nom de « Bilbon », oncle de Freudon. L’explication de cette évolution orthographique, donnée par Tolkien lui-même viendrait du traducteur français de la « communauté de l’anneau » qui aurait francisé le nom du semi-homme (http://www.dialogus2.org/TOL/bilbooubilbon.html).
Pour le dragon, j’ai été rassuré par l’article de Wikipédia qui précise que cet opus n’est en fait que le premier volet d’une nouvelle trilogie, les deux autres épisodes devant sortir en décembre 2013 et 2014. Peter Jackson nous referait donc le coup de la trilogie flash-back de George Lucas avec Starwars ? D’après l’article, ce n’est pas prémédité. Le réalisateur néo-zélandais aurait voulu commencer par les aventures de Bilbo, mais n’a pas pu pour une bête raison de cession de droits…OK pour le bénéfice du doute.
J’ai été aussi rassuré sur les scènes insolites avec Elrond et Saroumane dont je n’avais pas le souvenir. L’article de Wikipédia explique qu’en s’inspirant de récits annexés au « seigneur des anneaux », les films de la trilogie du « Hobbit » s’inscriront plus clairement en amont des aventures de Freudon que ne le faisait le roman.
Sinon, pas grand-chose à dire sur le film qui reste du mégablockbuster heroïc fantasy avec de beaux paysages. Pour ne donner qu’un détail, je retiendrais l’œil du dragon qui s’ouvre à la dernière seconde du film et qui semble renvoyer à l’épilogue d’ « Avatar ». Cameron, Lucas… Jackson joue dans la cour des grands et compte bien y rester.
Edouard

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Populaire

À la fin des années 50, un petit assureur de Basse-Normandie (Romain Duris) recrute une secrétaire (Deborah François) et découvre ses extraordinaires talents dactylographiques. Il décide d’en faire son poulain. Sur le chemin du succès, la dactylo va rencontrer un industriel aux dents démesurées qui fabrique la « populaire », dernière machine à écrire à la mode.

Petit film très rafraîchissant et qui donne un petit coup de peps alors que la lumière du jour va continuer à baisser pendant encore deux semaines.

L’histoire de la petite fille perdue de Basse-Normandie qui devient championne du monde de dactylographie…on est complètement dans le rêve américain et l’époque s’y prête à merveille.

Le décor est très léché avec jeux de couleurs à la Andy Warhol, décors aseptisés et festival de choucroutes féminines.

On est tout à fait dans la veine de « the Artist » et Bérénice Bégeot dans le rôle de l’amoureuse d’enfance de Romain Duris, semble camper aussi le personnage de la « grande sœur » de Deborah François sur le chemin d’Hollywood.

Les fifties ont beau être la décennie la plus américanophile de la France du XXe siècle, le clin d’œil aux Yankees est parfois un peu too much, comme dans cette dernière phrase qui fleure bon le fantasme de la vision Nord américain de la France : « les affaires pour l’Amérique, l’amour pour la France ». Il est peu probable que les Oscars mordent une fois de plus à l’hameçon.

Ça va pour cette fois, qu’on ne vous y reprenne plus, a-t-on envie de dire. Mais bon, je l’avoue, ça fait du bien de temps en temps de voir un peu de légèreté et d’oublier pendant 1h30 la freebox en rade et la course aux cadeaux de Noël.

Edouard

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Augustine

Au XIXe siècle, Augustine, 19 ans, domestique, a des crises impressionnantes dans lesquelles se mêlent cris et convulsions en tous genres. Conduite à la Salpêtrière, elle y fera la rencontre de Jean-Martin Charcot qui la diagnostiquera « hystérique » et la prendra sous son aile.

Film intéressant, mais avec une mise en scène un peu trop académique à mon goût. Trop lisses, Vincent Lyndon et Chiara Mastroianni (Charcot et sa femme) semblent complètement sous-exploités. On se serait attendu à un peu plus de profondeur dans l’incarnation du grand défenseur de l’hypnose. Mais peut-être était-il fade dans la réalité, je ne sais pas.
Augustine est pas mal par contre, rien à dire.
Ce film m’a fait penser à un reportage d’Arte, voix off didactique en moins. Alors, on essaie de reconstituer autant que possible le contexte de cette époque où le souci d’écarter les aliénées de la bonne société semblait au moins aussi important que leur guérison.

Mais comment parler de guérison à une époque ou l’idée de la possession démoniaque était encore très présent dans l’inconscient collectif et où ceux qui tentaient de s’écarter de la religion ne savaient pas trop quels noms donner à ses étranges manifestations : psychiatrie, psychologie, psychanalyse, neurologie, endocrinologie…tout ça ne formait encore qu’un magma informe et sans nom.

Charcot proposera l’usage de l’hypnose pour soigner l’hystérie. Ce mot, désormais entré dans le langage commun, n’est plus utilisé pour désigner un trouble psychiatrique depuis un certain temps. Le meilleur moment du film est peut-être la lecture par Chiara Mastrianni d’un article de Maupassant qui déjà à l’époque, était très réservé sur le contenu de l’hystérie qui, on le sait aujourd’hui, recouvrait en fait des pathologies extrêmement diverses.

L’hypnose aussi sera critiquée, mais elle reviendra à la fin du XXe siècle avec l’aide de l’imagerie cérébrale qui fera la preuve de son efficience. Elle est en particulier aujourd’hui utilisée pour soulager la douleur et l’anxiété lors des opérations.
La finalité thérapeutique de Charcot qui pensait soigner l’hystérie en faisant revivre sous hypnose les crises de la patiente n’est pas très explicitée. On a surtout l’impression qu’il l’utilise pour se faire mousser auprès de ses petits camarades qui regardent avec concupiscence se tortiller et haleter la jeune, belle et innocente Augustine : un peu cliché, tout ça…

Bref, le sujet n’était pas simple et il était peut-être un peu trop ambitieux pour le premier film d’Alice Winocour. Allez, c’est quand même bien de parler de ces choses-là. On lui souhaite bonne chance pour la suite.

Edouard

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Skyfall

Un ancien agent du MI6 tenu pour mort après avoir été abandonné par M pour des raisons politiques, refait surface et décide de se venger. Scénario vu et revu, mais comme on sait, le scénario n’a pas beaucoup d’importance dans l’univers très codifié de 007. Qu’est-ce qui fait alors un bon James Bond ?

La partie introductive qui précède le générique ? Souvent, elle n’a pas vraiment de lien avec la suite, mais pour « Skyfall », elle est essentielle. Comme son nom l’indique, l’opus parle d’effondrement. Bond, tel le phénix, renaît depuis 50 ans de ses cendres et continue à nous faire rêver. Skyfall n’est pas une aventure supplémentaire du célèbre espion: c’est un cadeau d’anniversaire, une plongée au cœur du mythe « Bond ».
Le générique ? La voix chaude et enveloppante d’Adèle remporte cette fois-ci l’épreuve haut la main.
Le méchant ? Indispensable ! Celui de Skyfall, campé par Javier Bardem, atteint des sommets. Sa folie frise avec celle d’un Klaus Kinski dans « Aguire».
Les morceaux de bravoure ? J’en retiendrai deux: la scène d’ouverture et une poursuite en heure de pointe dans le métro londonien.
La James Bond girl ? Elle passe un peu au second plan cette fois-ci. Le concept n’est-il pas un peu démodé, un peu phallocrate?
Les gadgets ? Si la James Bond girl est mise de côté, les gadgets sont eux relégués au rayon des antiquités. Le nouveau Q, un petit génie de l’informatique, s’en explique dans une scène savoureuse au musée. On est loin de la domotique des années 60 : à l’heure où le CD, le DVD et le livre papier tendent à disparaître, le stylo qui fait boom devient un peu ridicule..
James?James Bond est un mythe de la virilité, l’Apollon des temps modernes. Lui aussi doit évoluer pour répondre aux canons de la société. La dernière partie qui se passe en Écosse peut être vue comme un hommage au James des origines qui reste encore le meilleur : Sean Connery. Sans doute Roger Moore et Pierce Brosnan étaient-ils un peu trop parfaits et un peu fades. Daniel Craig, comme les héros de l’antiquité, tire son charme au moins autant de ses failles que de ses qualités. Ses traits ont vieilli bien sûr, ses performances sont un peu émoussées, mais 007 connaît son métier et il a du talent.
Le petit plus ? Ce qui fait un bon James Bond, c’est enfin le petit plus qui va faire qu’on ne va pas l’oublier. Cette fois, ci, c’est l’esthétique : aquarium géant numérique, combat en ombres chinoises, scène sensuelle derrière une plaque en verre martelé, jeux de lumière sur M au bord d’une fenêtre contemplant la campagne écossaise en attendant l’apocalypse…Skyfall est un film d’une grande beauté.

Savoir traverser la guerre froide, le libéralisme triomphant des années 90 et l’univers incertain et ultra-mondialisé de l’après 11 septembre, c’est un défi que seuls Bond et Johnny Halliday peuvent relever. Savoir transgresser les codes et les faire évoluer sans les violer, c’est sans doute aussi l’âme du génie britannique.
Edouard

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Dans la maison

Germain (Fabrice Luchini) est prof de français. Comme tous les ans à la rentrée, il se désole sur la pauvreté des productions littéraires de ses élèves. Une rédaction écrite par un certain Claude attire cependant son attention tant pour ce qui concerne la forme que le fond : la qualité stylistique est incontestable, mais les faits qu’elle relate et qui concernent Rapha, un autre élève de la classe, sont pour le moins troublants. Une étrange relation va alors s’établir entre Germain et Claude.

Le dernier Ozon est un très bon cru. Le réalisateur monte d’un cran dans son système scénaristique consistant à intégrer un élément perturbateur dans un cadre bien tranquille et d’observer les dégâts. Cette fois-ci, le noyau cible (la famille de Rapha) se rebellera et la victime sera celui qui a voulu jouer les apprentis sorciers : Germain.

« Dans la maison » est aussi un film qui lance trois pistes intéressantes sur l’écriture.

Les rapports entre réalité et écriture tout d’abord. Claude écrit merveilleusement bien pour son âge, mais il est incapable de s’abstraire de la réalité. Il ne peut décrire que ce qu’il voit. Germain mettra toute son énergie pour l’aider à sortir de cette ornière.

Le besoin d’écrire de certaines personnes qui souffrent de leurs difficultés à prendre la plume. Germain se sent écrivain raté et voit en Claude le moyen de réaliser son rêve en devenant son Pygmalion. C’est un personnage qui a laissé tomber l’éponge en qui sa femme (Kristin Scott Thomas) croit plus que lui même.

Le mystère des origines de la vocation d’écrivain enfin. Claude a un talent qui demande à être développé, mais qui n’en est pas moins incontestable. Il utilise cependant cette capacité dans un seul but : s’approprier la famille de Rapha d’une manière un peu chamanique comme les sorciers préhistoriques qui dessinaient des Mammouths sur les parois des cavernes.
La mère de Claude est partie et l’a laissé seul s’occuper d’un père handicapé. Il est fasciné par la « normalité » de la famille de Rapha et voudrait pouvoir l’intégrer par tous les moyens. La passion qu’il voue à la mère (Emmanuel Seigner)de son camarade en est l’aspect le plus criant.

Claude est en fait beaucoup moins cynique et beaucoup plus « normal » qu’il n’y paraît. C’est un ado blessé et ultrasensible capable de témoigner une véritable affection. Il aura eu de la chance finalement. En rencontrant Germain, mais aussi en rencontrant la mère de Rapha qui lui fera comprendre que son rêve est illusoire. Ce n’est qu’en l’admettant qu’il trouvera sa vraie vocation d’écrivain.

Un très beau film que je reverrai avec plaisir quand il sortira en VOD.

Edouard

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L’île nue

Un homme et une femme vivent avec leurs deux fils sur une île japonaise désertique privée d’eau douce qu’ils doivent aller puiser dans l’île voisine. Ils passent donc leur vie à faire des trajets en barque et à porter des seaux d’eau.
Ce mythe de Sisyphe nippon réalisé en 1960 par Kaneto Shindo est avant tout une prouesse cinématographique.
Il y a d’abord le bruit : le vent, la pluie, une chèvre, un canard, le bruit de la gaffe de la barque quand elle s’enfonce dans l’eau, le bruit de la grande louche avec laquelle ils prennent l’eau dans les seaux…des bruits humains aussi : des bruits de pas, des cris d’enfants qui s’ébattent, la clameur de vieilles femmes, des rires, des sanglots, des gémissements, mais pas un mot articulé.
Après, il y a l’image : l’image de cette terre assoiffée. Le couple qui y cultive un petit lopin de terre qu’ils abreuvent inlassablement en été.
L’homme ne semble pas trop souffrir du mouvement perpétuel dans lequel il est engagé. Ce n’est pas un homme résigné, mais un homme qui ne se pose pas de questions, qui fait ce qu’il a à faire. C’est un homme qui peut éprouver des sentiments, mais qu’il ne témoigne qu’à ses enfants. Pas une seule fois il n’aura un geste affectueux pour sa femme. Une fois il la frappe parce qu’elle fait tomber un seau. On sent que ce n’est pas pour autant un bourreau, il fait ça mécaniquement. Quand, piquant une crise de nerfs, elle arrachera les jeunes plants qu’elle devait arroser, il la regardera en attendant que ça passe.
Elle, elle en bave, on le sent tout de suite. Tout d’abord parce que même si elle est moins forte que lui, tous les travaux agricoles sont partagés d’égal à égal. On sent aussi que l’épreuve physique a son parallèle psychologique. Ce qui frappe, ce n’est pas tant son visage que ses chevilles qui hésitent en portant l’eau. Cette hésitation dans la démarche va s’intensifier imperceptiblement tout au long du film. Rien qu’en regardant ses pieds, on se dit…c’est certain, un jour, elle va craquer. Quand ? On ne sait pas. Un jour, certainement. Peut être qu’elle partira, pour retrouver les plaisirs de la ville toute proche où ils vendent leur récolte, pour revivre ses instants de bonheur qu’elle a pu avoir dans un restaurant ou devant la vitrine d’un magasin.
Enfin, il y a la musique lancinante du compositeur Hikaru Hayashi qui s’intensifie progressivement tout au long du film pour aboutir au paroxysme final. Cette musique en harmonie parfaite avec les bruits et l’image est le seul vrai langage articulé du film. Dans les dernières secondes qui précèdent le générique final, elle pose une question bouleversante : et si tout ça ne s’arrêtait jamais ?
Edouard

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