Présenté par la revue Lire comme la découverte littéraire de ce printemps 2014, ce livre me laisse sur ma faim.
Le terme est faible.
Simon ,victime d’un accident de voiture, se retrouve à l’hôpital en coma dépassé.
Les médecins demandent à ses parents l’autorisation de prélever ses organes pour les greffer.
Je n’aime pas trop les histoires de docteurs, mais cette histoire en vaut bien une autre.
J’ai été agacé par le style prétentieux de la prénommée Maylis.
Cette personne est bien renseignée, elle a même assisté ‘en vrai’ à une greffe cardiaque.
Les salles d’opération n’ont plus de secrets pour elle.
Elle me fait penser à Muriel Barbery (L’élégance du hérisson) qui m’avait fait transpirer en 2009.
Oserai-je employer le terme de style amphigourique ou emberlificoté? Oui.
Les réactions des personnages non comateux: agitées et (hyper)ventilatoires.
J’ai sursauté à plusieurs reprises en lisant ‘mêmement’ (oui,comme George Sand il y a fort longtemps)
L’adverbe, prononcé à voix haute, ferait plutôt penser à une chèèvre.
La scène des trois pizzas m’a semblé particulièrement consternante.
Amitiés chirurgicales,
Guy.
Maylis de Kerangal – Verticales – 281 p.
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Astérix et Obélix se rendent en Écosse pour raccompagner chez lui un Picte échoué sur le rivage armoricain.
Historix qu’ils disaient. Un Astérix qui continue à vivre sans ses créateurs, est-ce possible ? Ben oui, c’est possible. Graphiquement, je ne vois pas la différence, le naufragé Picte ressemble d’ailleurs comme deux gouttes d’eau à Oumpah-Pah, le valeureux Peau-Rouge qui a fait rêver nos chères têtes grises et blanches dans leur enfance. Sinon, d’un point de vue scénaristique, c’est bien pourri…si l’on a plus de 12 ans. Je ne pense pas que ce manque de qualité soit imputable à Ferri et Conrad. Je ne suis plus un mordu d’Astérix depuis de très nombreuses années, mais en feuilletant les dernières aventures, j’avais bien senti une baisse de régime.
Certains disent que le déclin remonte au décès de Goscinny en 1977. Je ne serais pas aussi catégorique, mais il est vrai que pour moi, les albums les plus géniaux sont ceux des années 60 et 70. Ah…les romains décadents d’Astérix chez les Helvètes, c’était quand même quelque chose ; et celui qui n’arrêtait pas de perdre son bout de pain dans la fondue et qui voulait qu’on le châtie alors que tout le monde s’en foutait… il fallait le faire.
« Astérix chez les Pictes » est un album qui semble englué dans l’académisme. Il y avait cet esprit d’Astérix qui, comme celui de Tintin, a bercé mon enfance, un esprit qu’avait su retrouver Chabat dans « Mission Cléopâtre ».
Les 3 jeux de mots par case ne suffisent pas, ni les noms en « mac » des Pictes pour rallumer le feu. Dans les années 60, le petit village d’irréductibles qui résistaient toujours et encore à l’envahisseur renvoyait bien entendu à l’occupation allemande et revisitait le mythe gaulois élevé en dogme depuis la fin du XIXe ; tout ça dans un savant dosage de rigueur historique et d’impayables anachronismes. Le coup de génie des deux fils d’immigrés répondait à une attente profonde de la société française en pleine mutation. Quels sont les grands traits qui caractérisent la société actuelle ? La mondialisation ? La société de consommation ? L’environnement ? L’empire de la finance internationale ? J’espère que les nouveaux auteurs sauront adapter la BD aux attentes du monde actuel.
J’ai profondément douté de leur motivation devant la 7e case de la page 46 : Astérix, jette négligemment une gourde dans un lac en se justifiant par ces mots : « elle ne servira plus ». Il pourrait au moins s’abstenir de polluer.
Ferri-Conrad
Ed Albert-René
2013
Edouard
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La place de l’étrange et du bizarre dans les aventures de Tintin, dans la vie d’Hergé et plus généralement dans l’Histoire.
Dans notre Monde dominé par la science et la raison, l’obscur est tout ce qui est à la périphérie ou en dehors du cadre conventionnel de compréhension de la nature, sans lequel il serait difficile de nous orienter.
Pas simple de faire une synthèse de tous ces phénomènes. Heureusement, les aventures du très rationnel reporter sont ici l’occasion de faire un point de situation en 11 tableaux des aspects les plus saillants de l’obscurité.
On distingue plusieurs familles. Tout d’abord, les phénomènes qui tendent à être rattrapés par la science : le rêve avec la découverte du sommeil paradoxal, l’hypnose avec le développement de l’imagerie cérébrale. Il y a ceux qui narguent la science avec la voyance qui n’a bien entendu aucun fondement scientifique, mais qui n’en a pas moins la dent dure et la télépathie qui laisse perplexe, en partie à cause de la communication entre les vrais jumeaux. Il y a ensuite les phénomènes qui répondent à des modes, comme la radiesthésie dans les années 30 et les extraterrestres dans les années 5o. Après, il y a ces croyances : superstitions, mysticisme, paranormal, qui nous impressionnent tous à divers degrés, car nous sommes heureusement tentés d’imaginer qu’il y a autre chose que la vérité scientifique conventionnelle, des choses qu’elle n’a pas encore expliquées ou des choses qu’elle n’expliquera jamais, qui sont d’un autre ordre. Bref, tout ce qui est peu palpable et qui répond à notre irrésistible besoin d’évasion.
Restent deux tableaux : le premier regroupe ceux qui profitent du système, de la crédulité de l’individu, de son besoin de reconnaissance, de son besoin d’intégration ; de ceux qui n’hésitent pas à maquiller la science pour la rendre surnaturelle ; je veux bien entendu parler des sectes et autres sociétés secrètes, très abondantes dans l’œuvre d’Hergé.
Pour finir, il y a la folie, notion qui, entre « Tintin au pays des soviets » et « Tintin et l’alph-art » a fait l’objet d’une révolution copernicienne grandement liée à l’apparition des neuroleptiques dans les années 50. La folie n’est plus aujourd’hui dans la langue française qu’un adjectif qualifiant un acte inconsidéré. Pour le reste, on parle de maladie mentale.
Dans l’univers manichéen d’Hergé, il y a le gentil, le méchant et le fou. Pour le lecteur de 7 ans qui a besoin de repaires, ce triptyque simpliste est largement suffisant. Dans les 70 années qui vont suivre, il aura bien le temps de comprendre que les choses ne sont pas si simples et, arrivé à l’âge de péremption du lectorat de Tintin, il retrouvera dans ses aventures, avec tendresse et émotion, l’innocence de ses 7 ans.
Cet ouvrage est donc un très bon cru que je conseille en priorité à tous ceux qui, comme moi, ont un background culturel qui a été forgé à partir des aventures du reporter à la houppe.
Edouard
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La jeunesse du narrateur chez ses grands-parents en Normandie rythmée par les promenades allant pour l’une d’elles du côté de chez Swann et pour l’autre du côté de Guermantes.
Il est recommandé, comme pour la Bible, de ne pas commencer la lecture d’«A la recherche du temps perdu » sans connaître un minimum l’histoire. Les 300 pages introductives de la collection bouquin en rebuteront plus d’un, mais je ne regrette pas leur lecture.
Je vois deux raisons qui justifient ce travail préparatoire. La première vient du fait que le déroulement de l’intrigue est tellement lent qu’on s’amuse à relever les minuscules indices qui nous font comprendre qu’au milieu de l’immuable, il y a quand même des choses qui bougent. La seconde raison s’inscrit en miroir de la première. Comme chacun sait, la force de la Recherche ne vient pas de l’intrigue, mais de la puissance évocatrice de l’auteur et la plupart du temps, on se laisse bercer par les phrases. Connaître l’histoire, c’est permettre aux warnings de notre inconscient de s’éclairer au bon moment.
Le décor est planté : le baiser du soir; la madeleine; l’extrême sensibilité du narrateur; sa fascination pour sa mère; ses interrogations sur Charles Swann et sur sa mystérieuse épouse dont le prénom n’est même pas cité; l’attirance de l’auteur pour Gilberte Swann, la fille de Charles. Les grands thèmes autour desquels l’œuvre se structurera se mettent en place autour de personnages qui prendront de l’importance par la suite : la musique avec Vinteuil ; l’écriture avec Bergotte; le snobisme avec Legrandin; l’homosexualité avec la fille de Vinteuil; le Monde avec l’ombre des Guermantes.
C’est l’accès à ce Monde qui, peut-être encore plus qu’à celui de l’écriture, fait rêver le narrateur. La vision de la duchesse de Guermantes à l’église est pour lui l’apparition quasi divine d’un univers qu’il n’avait jusque-là imaginé que par le biais d’un vitrail, de sa Lanterne magique et d’un Nom auquel il attribuait des pouvoirs magiques. Les Guermantes sont pour lui l’incarnation d’un idéal médiéval et chevaleresque fantasmé, celui-là même qu’on peint les préraphaélites et qui s’épanouit aujourd’hui dans l’héroïc fantasy.
Le fil conducteur de la Recherche est une réflexion de l’auteur sur la naissance de sa vocation d’écrivain. Combray, qui ouvre cette quête, n’est pas tant un recueil de souvenirs d’enfance qu’un regard rétrospectif de l’auteur sur ses jeunes années. Ainsi, certaines scènes semblent teintées d’impressions que l’on imagine plus dans la tête d’un adulte que dans celle d’un enfant. Les dernières pages de Combray sont à cet effet d’une extraordinaire beauté. La tranche de vie se referme, sa vision s’estompe, se brouille, comme si la magie de la boule de cristal à travers laquelle le narrateur regardait son passé perdait petit à petit de sa puissance.
Que vont devenir ses émerveillements d’enfant lorsque le narrateur vieillira ? Nous le saurons en lisant les autres volumes d’« A la recherche du temps perdu ».
2-Un amour de Swann
Si Charles Swann est devenu un habitué du salon de madame Verdurin, ce n’est pas parce que cet univers étriqué et hypocrite lui plaît, mais parce qu’il peut y rencontrer la sulfureuse Odette de Crécy.
Je ne relirai pas tout de suite « un amour de Swann » lu il y a déjà 5 ou 6 ans. À l’époque, je ne faisais pas encore de critiques, mais je faisais déjà mes trajets quotidiens en RER. Comme j’étais généralement au milieu d’une des interminables phrases proustiennes au moment de l’arrivée en gare, je m’asseyais quelques instants sur le quai pour pouvoir la terminer.
Un amour de Swann, deuxième partie de « du côté de chez Swann », annoncé à la fin de « Combray », décrit une période antérieure à celle de la naissance du narrateur.
Odette de Crécy, la fameuse épouse de Charles Swann, honnie par la famille du narrateur, dont il était question dans le premier volume, est aussi la mère de Gilberte vers laquelle le narrateur est attiré, en particulier du fait des relations qu’elle entretient avec l’écrivain Bergotte.
Ce que je retiens d’ « un amour de Swann », c’est donc tout d’abord un très bon souvenir, une finesse dans la description intérieure des personnages, beaucoup d’humour et une satire de la mesquinerie des petits cercles mondains.
J’ai oublié la trame précise des aventures amoureuses de Charles et d’Odette, mais je me souviens qu’elle lui en faisait baver. C’est avec « un amour de Swann » que j’ai découvert le qualificatif de « demi-mondaine » attribué à Odette et qu’on pourrait aujourd’hui traduire par « poule de luxe ». Je me souviens de l’expression « faire Catleya » qu’ils utilisaient pour dire « faire l’amour » ainsi que de la sonate de Vinteuil qui avait une signification particulière pour eux, mais je ne sais plus laquelle.
Je me souviens aussi de l’adjectif « ennuyeux » utilisé par madame Verdurin pour parler des happy few qui avaient accès au cercle plus huppé des Guermantes et dont elle ne faisait bien entendu pas partie.
Mais le personnage qui m’avait le plus marqué et auquel je continue à penser souvent, c’est le docteur Cottard, ce sombre Crétin qui cache sa stupidité derrière un masque énigmatique et des sourires entendus. Ah, j’en ai rencontré un certain nombre de docteurs Cottard depuis six ans, et quelque chose me dit que je n’ai pas fini d’en rencontrer.
Bref, je garde une image précise, presque photographique du petit cercle même si j’ai presque tout oublié. Mais l’essentiel, n’est-ce pas ce qui reste quand on a tout oublié ?
3- Nom de pays : Le nom
Le narrateur tente de conquérir le cœur de Gilberte Swann.
Troisième et dernier volet de « du côté de chez Swann ». Partie très courte qui s’apparente à une grande nouvelle. Celle-ci s’ouvre sur Balbec, un lieu incertain comme dirait Fred Fargas, battu par la mère et par les vents que Proust situe à la fois dans le Finistère et en Normandie. De deux choses l’une, soit il brouille volontairement les cartes, soit il a une vision très extensive de la Normandie. Je ne me souviens plus de ce qui était dit dans l’introduction à son sujet, toujours est-il que la tempête finit par se calmer et les nuages s’écartent sur le quotidien parisien du narrateur qui réussi à approcher Gilberte et avec laquelle il joue tous les jours aux Champs-Élysées avec un groupe d’amies. Le narrateur se fait beaucoup de nœuds au cerveau et on sent que Gilberte va en faire ce qu’elle veut. Quel âge a-t-il ? Je lui donnerai 12, 13 ans, mais avec Marcel, allez savoir…peut être qu’il en a 8, peut être qu’il en a 25. Ce passage m’a en tout cas beaucoup fait penser au court métrage « l’amour à 20 ans » de Truffaut avec Jean-Pierre Léaud.
On retrouve aussi Charles Swann. Une certaine distance semble s’être installée avec la famille du narrateur. On ne sait pas exactement pourquoi, mais l’une des causes, si ce n’est la cause principale est Odette, son épouse. C’est d’ailleurs sur elle que commence à se refermer la nouvelle. La lecture d’ « à l’ombre des jeunes filles en fleurs » me donnera certainement les éclairages qui vont bien.
Tout ça laisse une impression étrange, une impression de distorsion entre l’espace et le temps. Ce n’est pas pour rien que certains ont comparé Proust à Einstein.
Edouard
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« J’avais moins de 10 ans lorsque mon frère Antoine, de neuf ans mon aîné, me surprit en train de rédiger un texte qui débutait par la phrase ‘Je suis né le 2 octobre1917 dans une famille modeste’. Il me fallut longtemps pour survivre à la risée générale suscitée par ce texte dans la famille, avec qui mon frère n’avait pas manqué de le partager. »
Dès le prologue, le ton est donné.
Contrairement à son affirmation dans cette première ébauche d’autobiographie, Christian de Duve est né dans une famille de la grande bourgeoisie catholique. Ses parents avaient fui la Belgique pour l’Angleterre pendant la Première Guerre mondiale.
La langue anglaise lui est administrée avec le biberon, ce qui lui sera fort utile pendant sa carrière de grand scientifique.
Sans fausse modestie, il nous parle de ses talents multiples, au point qu’à l’âge des choix, il ne doit qu’au hasard de choisir la médecine. Rapidement, il s’orientera vers la recherche, et il terminera ses études de médecine dans un laboratoire de l’ UCL (université catholique de Louvain). Passionné par la biologie, puis par la biochimie, il se lancera sur la piste de l’origine de la vie. Ses grandes découvertes (lysosomes , peroxysomes, corpuscules intracellulaires porteurs d’une part de notre hérédité), vont le mener au prix Nobel de médecine en 1974. Partageant son temps entre l’université Rockefeller de New York et son laboratoire de Louvain, il a continué ses recherches jusqu’en 1985. Depuis lors, il a écrit plusieurs livres, traquant nos ancêtres monocellulaires, et s’éloignant de plus en plus de la religion de son enfance.
Ce livre m’a passionné. Il ne peut se lire intégralement que par ceux qui possèdent un solide bagage scientifique. Peu importe, les chapitres ‘profanes’ sont suffisamment nombreux pour séduire un public fort large.
Un très grand monsieur nous donne ici une magnifique leçon de vie.
Et je suis fier d’avoir pu, fort modestement, faire partie de ses élèves.
Amitiés reconnaissantes,
Guy
Christian de Duve – 328 p. – Odile Jacob
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Une lecture recommandée du bout des lèvres par nos maîtres spirituels.
Parue d’abord sous forme de feuilleton – en 1923 – la publication fut interrompue à la suite des protestations des lecteurs. L’histoire de Vica (nom latin de la pervenche) et de
Philippe se passe en Bretagne pendant les vacances d’été. Ils ont 15 et 16 ans. Ils sont promis l’un à
l’autre. Une ‘dame en blanc’ séduira Philippe et lui fera découvrir les plaisirs de la chair…
Ce roman naturaliste sent bon la mer. Il déborde des couleurs de la fin de l’été. Colette semble y avoir mis beaucoup d’elle-même. Elle fut l’initiatrice de son beau-fils, Bertrand de Jouvenel. Pas étonnant que les censeurs aient levé le sourcil.
Une grande dame de la littérature française.
Amitiés sensuelles,
Guy
Colette – Poche
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Alain Rey est une des chevilles ouvrières des dictionnaires Robert.
Son dictionnaire amoureux raconte l’histoire (abrégée) des nombreux dictionnaires, encyclopédies, trésors, glossaires, depuis le Moyen-Age, en passant par le Siècle des Lumières.
L’auteur se définit lui-même comme atteint de perversion polymorphe.
Il dit et répète: l’objectivité est un leurre, autant en matière de langue que de savoir encyclopédique.
Exemple, pris dans le Grand dictionnaire universel Larousse (19e siècle): dans un article consacré aux éléphants « …les indigènes de l’Afrique emploient encore un moyen (pour chasser l’animal) qui prouve que l’éléphant n’est pas plus à l’abri que nous autres hommes de la perfidie féminine. »
Mon commentaire: le siècle suivant a heureusement assisté à l’apparition de femmes lexicographes…
Ambrogio Calepino (1435-1511), moine augustin, a donné son nom au mot équivalant à ‘carnet de notes’ ou calepin.
Plus savants, les encyclopédistes, depuis Diderot et d’Alembert, ont lancé le besoin de codification des connaissances de leur siècle.
Les dictionnaires arabes, italiens, latins, espagnols, anglais, russes, allemands, portugais sont développés dans ce plantureux historique.
Cocteau a écrit un jour que « tout chef d’oeuvre n’est jamais qu’un dictionnaire en désordre », ce qui en dit long sur le travail de fourmi des compilateurs, même aidés par l’informatique.À propos de quoi notre auteur écrit « …je peine à trouver dans ces programmes une belle grosse coquille, comme celle qui transforme ce mot innocent en obscénité en oubliant la lettre q, ce qui faisait rire AndréGide, événement remarquable ».
Le Vatican n’est pas oublié, qui se voit contraint d’improviser dans un langue morte des termes comme jumbo jet ou rock and roll.
Notre fermeture Éclair (Zipper en anglais) est pour l’institution vaticane une ‘fibula remissaria’.
Alain Rey eut son heure de gloire, lorsqu’il paraissait à la télévision, affublé de magnifiques bretelles et de non moins multicolores noeuds papillon dans une émission consacrée aux mots. On peut en retrouver des extraits sonores dans ‘le mot de la fin’ de France Inter: http://sitecon.free.fr/reynet/reynet.htm
Dans la rubrique Dictionnaire, l’auditeur en apprend un peu plus sur le modus operandi de Monsieur Alain Rey.
Amitiés passionnées,
Guy.
Alain Rey – Plon – 998 p.
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Canardo et Betty, une poule de luxe frisant la quarantaine, pistent un libidineux ministre de la Culture d’une contrée qu’il serait difficile de ne pas associer au Luxembourg. Surpris par une tempête de neige, ce petit monde va se retrouver au fin fond de la forêt, dans le château d’aristocrates désargentés à la morale douteuse.
Une BD qui prend une saveur toute particulière après un repas de famille qui s’est attardé aux limites du raisonnable et au cours duquel vous avez ingurgité une quantité certaine de boissons alcoolisées. À lire en écoutant « next year in zion » d’Herman Dune que vous a apporté le célèbre barbu rondouillard au costume rouge et aux bottes noires. Bien entendu, vous aurez vidé le contenu du CD dans votre Free Box en trois coups de cuillère à pot, reléguant ainsi le support au rayon des antiquités du XXe siècle. Vous n’aurez ainsi pas besoin de vous lever de votre lit pour réécouter l’album. Seul hic, il ne neige pas, sans doute la faute au réchauffement climatique…encore un coup des écologistes.
Et là, cher lecteur, je vois perler un soupçon d’impatience dans votre regard habituellement bienveillant : « Mais quand va-t-il arrêter de nous raconter sa vie pour nous parler de l’album ? N’aurait il pas mieux valu qu’il dessaoule avant de faire sa critique ? »
Que nenni, que nenni ; c’est l’occasion rêvée d’aborder la question de la subjectivité du critique. Il est des moments comme cela dans une vie où les circonstances permettent à la consommation de produits culturels de nous faire atteindre un état de félicité…
En temps normal, j’aurais certainement critiqué la sortie d’un tel album en hiver, fruit d’un calcule marketing sournois ourdi par des quinquagénaires bedonnants, les mêmes qui font fabriquer des chaussures de sport en Chine par des enfants dans des conditions sordides.
En temps normal, j’aurais sans doute critiqué la pauvreté du scénario : le privé alcoolique, les dialogues trash, les aristocrates dépravés, les politiques véreux, la pute au grand cœur. Tout ça n’est pas bien original.
Bref, en temps normal, je n’aurais trouvé aucun charme à ce Huis-Clos forestier.
Mais nous ne sommes pas en temps normal, c’est Noël !
Piège de miel
Sokal
2012
Edouard
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Beigbeder écrit des chroniques incisives dans la revue Lire. J’avais apprécié ‘Premier bilan après l’apocalypse’, parfaitement subjectif et plein de mauvaise foi assumée. Au vu de ce roman, il semble meilleur critique que romancier.
Même si un critique l’a comparé à un ‘Musset fin de siècle’… L’histoire en bref: Marc est quitté par Anne, et il conquiert Alice. C’est tout? Ben oui.
Beaucoup de bons mots. La deuxième partie de cette édition est consacrée au scénario du film.
Extrait:
MARC (en voix off)
Je faisais exprès de marcher lentement pour pouvoir penser à elle plus longtemps.
Il se fait doubler par une très vieille dame qui promène son chien.
LA VIEILLE DAME
Pauvre con!
Musset??
Amitiés galipettes,
Guy.
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Cela fait un certain temps que j’ai décroché… 25 ans environ puisque je suis certain de ne pas avoir lu les albums publiés après « le bébé schtroumpf ». Les précédents, je les ai lus et relus des dizaines de fois. J’étais aussi collectionneur des figurines en caoutchouc et des accessoires qui allaient avec. Bref, c’était une passion.
Depuis un moment, je guettais cet ouvrage, me disant qu’un autre fan s’intéresserait certainement un jour à la structure sociale du village des petits êtres bleus. Je ne saurais donc trop remercier Antoine Buéno de s’être prêté à l’exercice.
L’organisation du village est un archétype de société utopique totalitaire qui, par de nombreux aspects, se rapproche des utopies nazies et communistes.
Je ne suis pas d’accord sur tout, mais l’avantage et qu’il lance de nombreuses pistes.
Le communisme ? Évidemment, ça saute aux yeux. Le nazisme ? Peut-être. La judéité de Gargamel, par exemple, me semble douteuse. L’auteur n’évoque pas les origines rabelaisiennes du personnage pourtant évidentes puisque la mère de Gargantua s’appelait Gargamelle et l’ennemi des schtroumpfs est forcément un géant pour ces derniers. Azraël et Israël ? Bof. Le chat du sorcier a un prénom d’archange au même titre que Gabriel et Michel et son utilisation par Peyo est à mon sens surtout là pour illustrer le moyen âge fantasmé dans lequel il situe les aventures de la communauté. La schtroumpfette, un idéal arien ? Arrêtons de déconner en cherchant du nazisme partout. L’inconscient occidental n’a pas attendu Hitler pour idéaliser la blondeur de même qu’il a toujours associé la couleur noire au mal et la beauté au bien.
Ce qui m’a plu, c’est l’analyse zoologique du schtroumpf et surtout le modèle dictatorial de l’organisation du village, tenu d’une main de fer par le duo Grand Schtroumpf/Schtroumpf à lunette ; une société muselée dans laquelle toute contestation est impossible ; une société engluée dans une implacable routine qui rend inenvisageable tout développement individuel. Tout schtroumpf n’existe d’ailleurs que pour et par la communauté.
Une piste qui, à mon sens, aurait dû être plus explorée est celle de l’enfance. En effet, si la structure du village évoque de sombres images à l’adulte, elle ne manquera pas d’émerveiller l’enfant qui y reconnaîtra un univers familier : le Grand Schtroumpf, c’est l’autorité dont il a besoin. Le barrage, c’est l’école. Gargamel, c’est le « méchant » qu’on trouve dans tous les contes de fées. Les autres schtroumpfs, c’est les copains. Le Schtroumpf à lunettes, c’est l’ « Agnan » du petit Nicolas : le fayot premier de la classe auquel on casse la gueule à la récré.
Les sociétés enfantines sont dictatoriales, on le sait (lire à ce titre le formidable « Sa Majesté des mouches » de William Golding) et ce n’est pas un hasard si tout dictateur qui se respecte assoit son autorité en infantilisant les foules…
Edouard
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