Le Royaume

Emmanuel Carrère est un garçon intelligent. Il le sait, mais surtout, il aimerait que ses lecteurs le sachent. Il est un très bon écrivain. Et un bosseur.

Pondre 630 pages autour de deux personnages du nouveau testament, il fallait le faire.

D’un côté Paul, celui des épîtres pendant les messes de mon enfance. Un raseur de grande classe, doublé d’un caractère de cochon. Grand chasseur de chrétiens, il est un jour jeté au bas de son cheval sur la route de Damas.,Et il deviendra le plus casse-pieds des défenseurs de la nouvelle religion.

De l’autre côté, Luc l’évangéliste, écrivain et médecin, qui mettra en musique les exploits de Jésus de Nazareth.

Curieusement, Carrère préfère Paul à Luc. A cause de sa grande intelligence. Ben voyons.

On apprend accessoirement que l’auteur a pendant 3 ans assisté tous les jours à la messe, avec toute la liturgie qui l’accompagne.

Cette habitude lui a passé, et il se déclare non pratiquant au stade actuel de son cheminement. Heureusement, car Dieu seul sait combien de pages il aurait pu infliger à ses lecteurs désemparés.

Un des jurés du Prix Goncourt, dans le but d’écarter la candidature d’ Emmanuel Carrère, avait parlé d’un auto-péplum. Expression assez bien trouvée, car notre écrivain adore parler de lui.

Il est fasciné par des personnages hors norme (Jean-Claude Romand dans l’ Adversaire, Limonov dans un de ses derniers ouvrages).

Qui sera le suivant?

Les voies de la Providence sont impénétrables.

Amitiés iconoclastes,

Guy

Emmanuel Carrère – P.O.L – 630 p.

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De la mort volontaire au suicide au travail

Le titre n’est ni très sexy ni très explicite. D’autres indices présents sur la couverture permettent d’y voir un peu plus clair : le nom de l’auteur, Junko Kitanaka, qui fleure bon le pays du soleil levant et le sous-titre « histoire et anthropologie de la dépression au Japon ».
Sans vouloir donner de leçon aux éditions d’Ithaque qui font un travail extraordinaire de traduction dans le domaine de l’anthropologie psychiatrique, il me semble qu’un titre comme « du hara-kiri au burn-out » aurait été plus accrocheur pour un public occidental.
L’auteur démontre ici que la compréhension du suicide comme degré ultime d’une dépression, elle-même induite par des contraintes extérieures à l’individu (en particulier des conditions de travail inacceptables) n’a été intégrée par la société japonaise qu’il y a une vingtaine d’années.
Pour comprendre, il faut revenir au début du XIXe siècle avec le ki-utsu, état comparable alors à ce que l’occident nommait « mélancolie » ou « neurasthénie ». Le « ki », dont est largement inspirée la « Force » de Star-Wars, était une sorte de fluide harmonieux qui était à l’origine de l’harmonie universelle. Un individu déprimé était victime d’une stagnation du « ki ». À côté existait une conception du suicide popularisée en occident par le hara-kiri, répondant à un code d’honneur, synonyme de courage et de détermination.
À partir des années 1850, le Japon entre dans une ouverture forcée à la culture occidentale, le « ki » et tous ses attributs magiques sont abandonnés et le hara-kiri est officiellement interdit en 1868. Le modèle occidental par excellence est pour les Japonais le modèle allemand. En matière de psychiatrie, le Japon adoptera donc les théories du tout génétique qui auront en Europe les conséquences désastreuses que l’on connaît. Jusque dans les années 50, les statistiques étant essentiellement effectuées dans les asiles, tout accréditait la thèse du « dépressif » comme « être psychiquement diminué dans sa constitution ».
Avec l’arrivée des neuroleptiques, la donne change un petit peu, le champ d’investigation s’élargit et on se rend compte que les « dépressifs » sont très souvent des gens ordinaires a priori bien intégrés dans la société. Ceci dit, les traditions ont la dent dure, le suicide de l’écrivain Yukio Mishima en 1970 est à ce titre symptomatique. Pourtant, les psychiatres japonais évoluent et le lien entre suicide et dépression devient une évidence.
Dans les années 90, le Japon traverse une crise économique sans précédent. Les suicides de travailleurs se multiplient. En 1996, pour la première fois, une société japonaise (Dentsu) est condamnée à une lourde peine consécutivement au suicide d’un de ses employés. Je ne sais pas dans quelle mesure cette affaire inspirera Amélie Nothomb, toujours est-il qu’elle publiera « stupeur et tremblement » en 1999, faisant découvrir au public occidental les conditions de travail insupportables des Japonais. Le Japon ne semble pas aujourd’hui sorti de l’auberge, mais au moins semble-t-il remis sur les rails.
Junko Kitanaca
Ithaque
2014

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El fútbol a sol y sombra

Oui, j’aime encore le foot.
Connaissant mon peu de bases linguistiques en espagnol, un généreux ami uruguayen m’a fait parvenir la version électronique anglaise de ce livre.
Avec l’avertissement: ‘attention, marxiste pur et dur’.
J’ai  lu « Soccer in Sun and Shadow » avec le plaisir du gamin qui tape dans un ballon.

L’écrivain uruguayen a du style.
Surtout, il adore le fútbol.
Cet homme ne peut être mauvais.

La longue histoire du soccer regorge d’anecdotes.

La plus tragique: en 1942, en Ukraine occupée par les nazis, l’équipe du Dynamo Kiev est invitée à rencontrer les Allemands. Avec interdiction stricte de gagner. Emportés par le jeu, il gagnent. Les joueurs sont tous abattus d’un balle dans la nuque. On ne leur a pas laissé le temps de changer de maillot.

Moins tragique: en 1938, sous Mussolini, les Italiens bénéficient d’un coup de réparation. Le capitaine de l’équipe s’élance, l’élastique de son  pantalon  lâche, la foule hurle de rire, il retient son pantalon de la main gauche, et marque le but de la victoire.

Qu’importent les critiques sur la commercialisation à outrance de tout ce qui tourne autour du ballon rond.
Moi j’aime bien quand 22-2 types courent autour d’un ballon.

Un journaliste demanda un jour à Winston Churchil ce qui expliquait sa longévité.
Il répondit: Le sport. Je n’en ai jamais pratiqué.

Amitiés tactiques,

Guy

Eduardo Galeano

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Quattrocento

« 1417 : un grand humaniste florentin découvre un manuscrit perdu qui changera le cours de l’histoire… ».
Le résumé inscrit sur la couverture, au-dessus d’une image de livre ouvert aux couleurs acidulées ne m’a pas vraiment rassuré et, si un bandeau attaché à l’ouvrage n’avait pas précisé qu’il avait reçu le prix Pulitzer 2012, j’aurais diagnostiqué un sous Dan Brown et passé mon chemin sans y prêter plus d’attention.
Ce récit de la redécouverte au XIVe siècle de « De rerum natura » (de la nature des choses) écrit par le poète et philosophe latin Lucrèce (1er siècle avant Jésus Christ) est passionnant.

Le redécouvreur n’est autre que le Pogge, secrétaire apostolique du pape Jean XXIII, destitué au concile de Constance (1414), laissant ainsi un nom de pape libre qui sera repris presque 550 ans plus tard par Angelo Roncalli.
Quattrocento n’est pas un roman, mais s’appuie sur des recherches historiques, d’où le prix Pulitzer. Je ne suis toutefois pas tout à fait convaincu que la redécouverte de « De rerum natura » ait pu à elle seule enclencher le mécanisme conduisant à la renaissance, mais la thèse est intéressante.
L’auteur explique de manière très didactique que le livre au moyen âge était une chose rare, tout comme les lecteurs et que si la culture antique a progressivement disparu, ce n’est pas tant du fait d’une censure imposée par l’Église que par un oubli progressif des textes anciens. Les copistes n’étaient pas très nombreux et, étant exclusivement des clercs, se consacraient avant tout aux textes sacrés. On pense beaucoup au « nom de la rose » en lisant « quattrocento ». L’énorme bibliothèque labyrinthique imaginée par Umberto Ecco n’a jamais existé, mais peut être que l’ombre de « de la nature » se cache derrière le prétendu ouvrage d’Aristote sur le rire, jalousement caché par les moines.
« De la nature », niait la vie après la mort, le rapport direct entre les dieux et les hommes et érigeait en seul principe de vie la recherche du plaisir dans un univers qui n’était finalement qu’un agglomérat d’atomes. Pour les gardiens des dogmes chrétiens, il avait sans doute plus de raisons qu’un autre texte antique d’être oublié, mais ne le fût pas. C’est effectivement incroyable qu’un exemplaire en ait été conservé dans un monastère allemand au XVe siècle. Sans doute avait il été recopié par un moine qui, comme tant d’autres, fut séduit par la grande beauté poétique de l’ouvrage et privilégia la forme au fond. Mais l’objet ne peut faire à lui seul la découverte et ce qui importe est au moins autant qu’il surgisse dans une société prête à lui donner du sens, c’était effectivement le cas du XVe siècle italien qui allait initier un tournant majeur de la culture occidentale. Celle-ci allait en effet devenir un syncrétisme entre le message chrétien et la culture antique. Le questionnement permanent de l’une par l’autre fut, plus que l’ouvrage de Lucrèce à lui seul, le moteur de son évolution.
Stephen Greenblatt
Flammarion
2013
Edouard

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Bestiaire fantastique des voyageurs

Le lecteur sera étonné d’y trouver beaucoup d’hommes et la place de ces derniers dans un bestiaire pourra lui paraître pour le moins choquante. Toutefois, avant que la science ne se penche sérieusement, à partir du XVIIIe siècle, sur la classification des espèces animales, la distinction n’allait pas de soi. Que penser d’un Cafre, d’un Hottentot ou d’un Lapon ? Devait-on vraiment les considérer comme des humains à part entière ? La controverse de Valladolid en 1551 s’attachait au cas particulier des Indiens d’Amérique, mais soulevait une question beaucoup plus générale et qui n’a cessé de rendre dubitatifs les explorateurs à partir de la renaissance : qu’est-ce qui distingue l’humain du non humain ? Comment penser que ces créatures à l’apparence humaines, mais aux mœurs si étrangères aux habitudes européennes et qui, de surcroît, n’ont jamais entendu parler de Jésus, des apôtres, ni du martyr de sainte Agathe, puissent vraiment être des humains ? Inversement, cela ne semblait pas non plus invraisemblable de s’interroger sur la nature humaine du gorille, de l’orang-outan, de l’ours polaire ou de l’éléphant.
Saint Augustin s’est longuement penché sur la question des Cynocéphales pour conclure finalement qu’ils n’appartenaient pas à l’espèce humaine. Il ne doutait absolument pas de l’existence de ces individus au corps d’homme et à la tête de chien. Difficile à comprendre dans notre monde ultra rationalisé. Dans la pensée antique et médiévale, le rapport au vraisemblable était certainement très différent de ce qu’il est aujourd’hui. Le référentiel était alors celui des dieux, puis du christianisme, celui des savants, des anciens, à l’aune duquel on évaluait les expériences des rares explorateurs. Quand tout ça concordait globalement, pourquoi remettre en question la véracité des récits ? Quand bien même un homme du moyen âge aurait voulu le faire, avait-il la culture nécessaire ?
Ce qui dominait, c’était l’extraordinaire, le merveilleux, ce qui marquait les esprits, ce qui permettait de trouver des réponses à des questions essentielles, ce qui permettait de construire une identité. La réalité de tout ça n’intéressait finalement pas grand monde.
Aussi, je ne me prononcerai pas sur la réalité de l’existence du Catoplébas, du Fourmi lion, des Blemmyes, des Panottis et autres Sciapodes. J’invite seulement ceux qui voudraient voir s’ébrouer tous ces personnages à lire « Baudolino » d’Umberto Ecco.
Ceux qui mettaient en musique les récits des explorateurs n’étaient bien souvent pas les voyageurs eux-mêmes, ce qui, par l’effet bien connu du téléphone arabe, a pu introduire du merveilleux là ou il n’y en avait pas. Le voyageur cherchait certainement aussi à enjoliver son voyage et son auditoire, désireux de voyager à son tour à travers le récit, n’hésitait pas à y ajouter un peu de fantastique pour mieux goûter son plaisir. C’est sans doute comme ça que sont nés beaucoup d’animaux fabuleux. Aujourd’hui, tous ces êtres ont été démystifiés et le vrai séparé du faux. Ce qui reste à l’homme du XXIe siècle, c’est la soif de mystère, la soif de fabuleux, l’envie de croire en une autre réalité. L’ouvrage se referme sur le Yeti et souligne le fait que ce mythe ne date que du XXe siècle…les crypto zoologues n’ont pas dit leur dernier mot.
Collectif sous la direction de Dominique Lanni
Arthaud
2014
Edouard

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Congo, une histoire

 

Prix Médicis Essai  2012
Prix du meilleur livre étranger – Essai  –  2012

Pour le Belge que je suis, le Congo fait partie d’une mythologie insufflée pratiquement dès le berceau.
Notre roi Léopold II (1835-1909) régna sur ce pays gigantesque sans n’y avoir jamais mis les pieds.
Au bord de la ruine, il en fit ‘cadeau’ à la Belgique en 1909. Le Congo belge était né.

Ce livre tout simplement passionnant raconte sans concessions le colonialisme de l’intérieur, avec ses succès, mais surtout avec ses abus et ses horreurs. Philanthropes, les colonisateurs? Tu parles, nous dit l’historien Van Reybrouck.

Cela nous est raconté avec empathie, et même avec humour.

Depuis son indépendance en 1960, le pays a connu des soubresauts et des guerres.
Dirigé de 1965 à 1997 par un mégalomane dénommé Mobutu, le pays s’est retrouvé exsangue, et il continue à lutter pour sa survie…

Les amateurs pour la relève ne manquent pas: Américains, Russes, Chinois, Français, se pressent au portillon.
Par altruisme, cela va de soi.

Une saine lecture pour petits et grands.
Un modèle d’objectivité historique.
En Belgique, on n’a plus d’argent, mais on a des idées.

Amitiés tricolores,

Guy.

David Van Reybrouck – Actes Sud – 680 p (dont une bibliographie de 22 pages)

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Petit traité de désinvolture

Petites  chroniques par le ‘wanderer’ de la littérature française
Depuis de nombreuses années, l’ami Denis rassemble dans ses petits carnets des réflexions pétries d’humour dans les domaines qui lui tiennent à cœur: les arts, la philosophie, son chat, sa grand-mère, ses voyages, la littérature…
Un des titres:
‘Élucubrations vélomotorisées où il est question du temps et de la vitesse, mais aussi des chats, des tortues et des Chinois’. De quoi s’occuper…

C’est fort bien écrit, et cela me fait penser – allez savoir pourquoi – à la chanson: Il est libre Max, il y en a même qui disent qu’ils l’ont vu voler.

Amitiés colibri,

Guy.

Denis Grozdanovitch – Ed. José Corti – 266 p.

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L’hécatombe des fous

45000 personnes sont mortes de faim dans les hôpitaux psychiatriques français pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est un fait que je ne connaissais pas. Un article était consacré à cet ouvrage dans le numéro hors série de « sciences humaines » consacré à l’histoire des psychothérapies et j’ai voulu en savoir plus.

Peut-on attribuer ce phénomène à une politique eugéniste du régime de Vichy comme beaucoup l’ont soutenu, surtout dans les mouvements de gauche depuis le début des années 80 ? Isabelle von Bueltzingsloewen décortique les faits et soutient bec et ongle qu’il n’y a pas eu de génocide, que cette situation effrayante est due à une conjonction d’éléments imputables à différents acteurs, y compris issus de la société civile (dont les familles de certains aliénés). En gros, il ressort que la France de l’occupation était un immense radeau de la méduse et que les aliénés ont in fine payé l’addition pour tout le monde. Les partisans de la thèse de l’extermination pourront toujours argumenter que les pouvoirs publics de l’époque se sont efforcés de masquer leur action, ils pourront accuser l’auteur d’avoir détourné l’interprétation de tel ou tel élément, voire d’en avoir caché certains autres…bref, les historiens n’ont pas fini sur ce point de s’envoyer des paperasses à la figure.
Ce qui m’a semblé beaucoup plus intéressant, c’est l’état des lieux qui est fait de la psychiatrie de l’époque. Cette discipline était alors loin d’avoir le statut qu’elle a aujourd’hui dans la société. Les psychiatres étaient plus souvent vus comme des garde-chiourmes que comme de réels médecins. Les deux éléments fondamentaux pour comprendre le contexte s’attachent à l’origine de la pathologie mentale et la possibilité de guérir les malades.
Concernant l’origine, la France des années 30 n’a pas fait le choix du tout génétique qui a justifié les politiques de stérilisation systématique en Suède et en Allemagne.
L’auteur n’évoque pas la psychanalyse, thérapie qui ne laisse pas de place à la génétique. Avait-elle à l’époque plus d’influence en France qu’ailleurs ? Sa nature non-eugéniste est elle à l’origine de la place qu’elle occupe aujourd’hui dans la psychiatrie française ?
Concernant les possibilités de guérison, les psychiatres de l’époque peinaient beaucoup. Leurs tentatives étaient souvent hasardeuses et les guérisons rarement explicitées. Leur pharmacopée était par ailleurs très réduite (les neuroleptiques n’apparaîtront que dans les années 50). L’electro-choc qui apparaît dans les années 40 est utilisé de manière complètement empirique.
Tous ces éléments contribuaient à faire du fou un poids mort et finalement, beaucoup acceptèrent sans doute inconsciemment qu’assurer leur survie n’était pas « prioritaire».
Les mentalités ont-elles vraiment changé ? N’est-ce pas plus simple de désigner un responsable que de s’interroger sur la place des malades mentaux dans la société ?
Edouard

L’hécatombe des fous
Isabelle von Bueltzingsloewen
2007

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L’échange des princesses

 

« En 1721, Philippe d’Orléans est Régent de France. Surgit alors dans sa tête une idée de génie : proposer à Philippe V d’Espagne un mariage entre Louis XV, âgé de onze ans et la très jeune infante, Anna Maria Victoria, âgée de quatre ans. Il ne s’arrête pas là : il propose aussi de donner sa fille, Melle de Montpensier, âgée de douze ans, comme épouse au prince des Asturies, héritier du trône d’Espagne, pour renforcer ses positions et consolider la fin du conflit avec le grand voisin.
La réaction de Madrid est enthousiaste et les choses se mettent vite en place. L’échange des princesses a lieu début 1722, en grande pompe… »
Si l’idée est géniale, l’Histoire va en décider autrement et si ces jeunes princesses ont été réellement mariées, compte tenu du court laps de temps de leurs unions, l’Histoire n’a pas retenu leurs noms.
Le tout nous est raconté scrupuleusement avec courriers d’époque conservés aux Archives de Madrid.
Un style allégé pour nous narrer les petites histoires de la grande et l’ambiance de cour qui ne manquait pas de verdeur.
La Martine tète en l’air (doux et ensoleillé)

     THOMAS Chantal

 Seuil, 2013, 334 p.

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La puissance discrète du hasard

 

Ancien joueur de tennis et de squash professionnel, excellent joueur d’échecs, l’auteur cultive depuis longtemps un amour de la vie, de la philosophie, en un mot, de l’écriture.
Voilà un dilettante qui s’exprime avec brio.

Il parle au début de son livre de la grande, tendre et chaleureuse franc-maçonnerie de l’érudition inutile.
Il s’agit d’un voyage dans différentes manières de sentir le monde, d’où la pensée magique n’est pas exclue.
Notre synchronicité avec la vie qui nous entoure, n’est-ce pas là un beau thème de réflexion?
Que pensez-vous de ce haïku japonais ancien ?
« Quand je serai mort
sois la gardienne de mon tombeau
sauterelle. »

L’ouvrage fourmille de citations et de références.
Un chapitre entier est consacré à la sérendipité, dont voici une des définitions: l’art de trouver ce que l’on ne cherche pas en cherchant ce que l’on ne trouve pas. Ne vous est-il jamais arrivé, en cherchant, mettons, votre cravate jaune canari, de retrouver votre paire de bretelles passée au chapitre pertes et profits?
De nombreux exemples, à commencer par la célèbre découverte de la pénicilline par Alexander Fleming, attestent le rôle du hasard dans la progression des sciences.

Quelques titres de chapitres:
Au bon endroit, au bon moment.
Au mauvais endroit au mauvais moment.
Est-il encore permis de flâner?
L’effet placebo est-il un mythe?

Une promenade érudite, donc, mêlant avec humour l’anodin et le plus profond,

Amitiés hasardeuses,

Guy

Denis Grozdanovitch – Denoël – 321 p.

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