Thornytorinx

Camille de Peretti raconte son anorexie.

On m’a dit que j’avais été trop dur avec Camille de Peretti dans ma critique de « la Casati » et de lui donner une nouvelle chance avec « thornytorinx ». Peut être que je suis un peu jaloux qu’une femme jeune et jolie arrive à ce niveau d’écriture et que ça m’a influencé dans ma critique. Et puis, j’ai pris beaucoup de plaisir à échanger avec elle sur Proust lorsque je l’ai rencontré alors, je me suis sans doute fait une idée un peu fantasmée de l’auteur dont je n’avais encore rien lu. Ce n’est pas tout les jours que je rencontre des gens avec lesquels je peux parler de Proust. La dernière fois c’était avec une prof de français cambodgienne qui lisait « à l’ombre des jeunes filles en fleurs » dans le RER, mais maintenant, je prends plus le RER.

Ah oui, là c’est pas mal, c’est intéressant. C’est quand même très autobiographique, elle ne donne pas le sentiment d’avoir inventé grand-chose, à part les prénoms de ses mecs, je suppose. Mais bon, c’est bien écrit, c’est agréable à lire. C’est un témoignage que devraient lire toutes les filles qui ont « des problèmes avec la nourriture », comme elle dit. Je m’étais jamais vraiment penché sur la question de l’anorexie, n’ayant pas de personnes concernées dans mon entourage et personnellement, quand je décide de manger quelque chose, ce n’est pas pour le rendre après.

On retrouve l’univers très « girly » de la Cassati et le mythe de la princesse, mais ce qui est intéressant, c’est que ces thèmes sont ici croisés avec la maladie. Il y a la description de la maladie, le fait qu’elle ne se rend pas compte qu’elle est malade, qu’elle finit par s’en rendre compte, mais décide de ne pas guérir complètement, ayant jugé que la maladie faisait partie d’elle-même, de sa manière d’être. J’ai bien aimé le passage au Japon, elle précise bien qu’elle n’a pas lu « stupeur et tremblement », je ne sais pas pourquoi, tant physiquement que stylistiquement, on ne la confondrait pas avec Amélie Nothomb. D’ailleurs, ce n’est pas du tout la même histoire.

Je me suis dit très vite qu’elle avait une relation étrange avec sa mère, mais je n’avais pas fait le lien avec la maladie. L’explication de la pathologie est très psychanalytique : la petite fille sur laquelle sa maman se repose beaucoup et qui refuse de laisser son corps de femme s’épanouir en refusant toute nourriture, de peur de devoir se séparer de sa génitrice. Si Sigmund le dit… Il y a une autre explication souvent avancée qui est celle du modèle social de la maigreur auquel les jeunes filles essaient de répondre à tout prix. Elle n’en parle, elle ne parle d’ailleurs presque pas de son environnement quand il n’est pas purement affectif. N’est-ce pas aussi la société qui lui dit d’être une princesse ? Elle devrait creuser de ce côté-là.

Camille de Peretti
Belfond
2005

Edouard

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Sodome et Gomorrhe

Après avoir eu une révélation concernant l’homosexualité du baron de Charlus, le narrateur s’interroge longuement sur les mœurs d’Albertine, avant de se décider à l’épouser.

Tout le monde connaît le récit biblique et la décision divine de détruire les deux villes du fait des mœurs peu conventionnelles de leurs habitants. Ici, il est bien en effet question de la destruction d’un monde, celui que s’était construit le narrateur dans les trois premiers volumes et qui commençait déjà a s’effriter à la fin du côté de Guermantes. Le titre de l’ouvrage aurait pu être « illusions perdues » s’il n’avait déjà été pris (le livre de Balzac est d’ailleurs largement évoqué).

Une passionnée de Proust avec laquelle je partageais mes impressions il y a quelque temps me soutenait que les volumes de la recherche n’avaient pas forcément à être lus dans l’ordre habituel de leur présentation. Cela m’avait laissé perplexe dans la mesure où il me semblait tout de même voir dans leur succession une progression dans l’intrigue. La lecture de« Sodome et Gomorrhe » m’incite à reconnaître la pertinence de l’affirmation de mon interlocutrice, ce quatrième volume de la recherche semblant en effet former le sommet d’un édifice dont les trois premiers volumes seraient les piliers. Je suis maintenant curieux de savoir comment les trois derniers volumes s’agenceront dans l’édifice. Peut-être formeront-ils une pyramide inversée, donnant ainsi à la représentation géométrique de l’œuvre, une ressemblance frappante avec celle habituellement faite de la divine comédie.

Combray, Balbec et les Guermantes se rejoignent. On retrouve madame Verdurin toujours assoiffée d’ascension sociale et qui qualifie toujours d’ « ennuyeux », les habitants des sphères mondaines auxquelles elle n’a pas accès. Le vent tourne cependant et contre toute attente, le baron de Charlus intègre le petit cercle…pour les beaux yeux du violoniste Morel, tout comme Swann l’avait intégré pour séduire Odette de Crécy. Il est très peu question de Swann qui avait annoncé sa maladie à la fin du côté de Guermantes. Les personnages l’évoquent au passé comme s’il était mort, mais aucune allusion n’est faite à son agonie ou à son enterrement. Quoi qu’il en soit, il est hors circuit.

C’est donc la sexualité, tout comme dans le récit biblique, qui vient bouleverser l’ordre établi et qui brouille les frontières autrefois bien tracées entre les côtés de Swann et de Guermantes.

C’est aussi la sexualité qui apparaît comme une nouvelle dimension à laquelle le narrateur n’avait jusque là pas accès et qui l’oblige à regarder autrement les innocentes oies blanches d’ « à l’ombre des jeunes filles en fleur ». Il s’interroge beaucoup sur les mœurs d’Albertine, mais ne parle pas des siennes. Peut-être que ça ne se faisait pas à l’époque. Les experts de Proust se disputeront encore longtemps sur cette question, tout comme sur celle de savoir si Albertine n’était pas en fait un Albert masqué. Ce débat ne sera sans doute jamais tranché et s’arrêtera le jour de l’acceptation par la société qu’ une vision binaire de la sexualité n’existe pas. Si Proust avait vécu aujourd’hui, il aurait peut-être réalisé « Marcel et les garçons à table ».
Marcel Proust
Bouquins

Edouard

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La Casati

Splendeur et décadence de la marquise Luisa Casati, personnage extravagant portraituré par un nombre incroyable de peintres qui illumina les soirées mondaines de la belle époque et des années folles.

Il y a deux mois encore, je n’avais jamais entendu parler de Luisa Casati et le nom de Camille de Peretti ne m’évoquait que quelque chose de très vague. Il se trouve que j’ai eu l’occasion il y a peu de voir l’auteur parler de son métier d’écrivain. Ce qui m’a frappé, c’est un sentiment de dévalorisation affiché : je suis un écrivaillon, pas vraiment un écrivain, pas à la auteur de untel ou untel…elle constatait avec un peu dé déception dans la voix que son lectorat était souvent jeune alors qu’elle se voulait être un écrivain pour adultes. Le regard qu’elle posait sur l’auditoire semblait demander pourquoi.

C’est pour répondre à cette question qu’elle n’avait pas vraiment posée que j’ai décidé de faire l’acquisition d’un de ses livres. J’ai pris le premier de la liste sur le site de la FNAC.

Là encore, séance d’autoflagellation : ce livre n’est pas une biographie, mais un roman, je ne suis pas une biographe. Pourquoi ? Parce qu’il y a une part de subjectivité dans son récit ? Je ne pense pas qu’il y ait des biographies objectives et surtout pas des autobiographies.

Mais ce qui sort du cadre de la vie de Luisa Casati, les réflexions de l’auteur sur sa vie font effectivement penser qu’on est dans autre chose, surtout qu’on s’en fout un peu. Dans la première partie, comme dirait Gainsbourg, elle n’arrive pas vraiment à s’étendre sans se répandre. Ces jugements décisifs sur la psychologie féminine et masculine sont par ailleurs très manichéens. J’ai pensé que la réponse à la question était là. Ca faisait discours de soirée entre copines au cours de laquelle l’aînée un peu paumée raconte ses aventures amoureuses sous le regard émerveillé la cadette bouche bée qui lui offre le spectacle de ses dents baguées.

Sinon, tout ce qui tourne autour de La Casati est bien, beaucoup de recherches. Elle a dû sans doute aussi broder pour combler les trous…c’est ça le boulot d’écrivain. J’aime bien d’ailleurs quand elle parle de ses recherches.

L’histoire de la Casati est celle d’une petite fille gâtée et très riche qui a passé sa vie à dilapider sa fortune pour terminer dans la plus grande misère…le genre d’histoire qu’on raconte aux petites filles afin de les dissuader de s’écarter du droit chemin.

Bon, Camille de Peretti avait 30 ans quand elle a écrit « la Casati ». C’est un écrivain, mais pas un très grand écrivain. Elle le deviendra peut-être. Simenon disait qu’il y a des livres qu’il est impossible d’écrire avant 50 ans. La confiance dans l’avenir, c’est peut-être une chose qui lui manque et dont a terriblement besoin un lectorat adulte.

Camille de Peretti
Stock
2011
Edouard

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Le côté de Guermantes

Les parents du narrateur s’installent dans une aile de l’hôtel particulier des Guermantes, ce qui va être l’occasion pour Marcel de poursuivre sa découverte du Monde.

On parle souvent de l’emploi de l’article « le » pour le titre du volume consacré aux Guermantes en opposition au « du » de « du côté de chez Swann ». Autant, le narrateur décrivait un univers familier dans « du côté de chez Swann », autant il est ici principalement dans l’observation, comme un entomologiste l’est avec ses insectes. Il utilise beaucoup d’images aquatiques et végétales pour le décrire. On sent un personnage très effacé, sans doute invisible pour beaucoup, certaines personnes le voient, cherchent une explication et lui prêtent des alliances et des relations qu’il n’a pas.

Une fois n’est pas coutume, « le côté de Guermantes » est historiquement ancré puisqu’il y est beaucoup question de l’ « affaire Dreyfus » ( autour des années 1895). Cela nous permet par là même de dater les autres volumes et de situer « un amour de Swann », la partie la plus ancienne chronologiquement, à l’époque de la monarchie de juillet (1830-1848).

D’abord, le Salon de madame de Villeparisis, Guermantes par le sang, mais rejetée à cause de son mariage. On sent un modèle aristocratique traditionnel se craqueler sous les coups de l’affaire Dreyfus. Charlus, un Guermantes haut en couleur qui noue d’étranges relations avec le narrateur, s’indigne contre les nouveaux membres du salon qui ne justifient souvent leur présence que par un antisémitisme viscéral. De même, Swann, déjà écarté du monde à cause d’Odette de Crécy, l’est encore plus, du fait de sa religion. Le jeune Guermantes Robert de Saint-Loup, exception qui confirme la règle est lui, farouchement dreyfusard, mais cette position est due à ses relations avec Rachel, une ex-prostituée devenue actrice que le narrateur avait rencontrée dans des circonstances peu avouables.

Deuxième niveau, le salon de la Duchesse Oriane de Guermantes et de son mari, surnommé Basin. Oriane est incontestablement une femme intelligente et cultivée, qui se veut ouverte, elle fascine son public en jouant avec son époux un petit numéro que le narrateur prend beaucoup de plaisir à décrypter. On est ici dans un univers très codifié dans lequel tous les mots ont un sens bien précis. Nombre des membres du salon sont d’ailleurs incapables de vivre en dehors de leur aquarium et sont très mal à l’aise quand ils doivent en sortir. Basin ne saura ainsi comment réagir face à l’annonce de la mort de la grand-mère du narrateur ni à celle de la maladie de Swann. On parle de snobismes et les plus snobs ne sont pas ceux qui en parlent le moins.

Le dernier niveau, qu’on ne voit pas, mais dans lequel le narrateur est convié à la fin du volume, est celui du prince Gilbert de Guermantes et de son épouse : c’est la vieille garde des valeurs aristocratiques. Je laisse à Oriane le soin de vous en parler : « Songez que quand il se promène à la campagne, il écarte les paysans d’un coup de canne, en disant : « Allez, manants ! » Je suis au fond aussi étonnée quand il me parle que si je m’entendais adresser la parole par les « gisants » des anciens tombeaux gothiques. ». Aujourd’hui, on dirait que Gilbert est un « visiteur ».

Edouard

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A l’ombre des jeunes filles en fleurs

1- Autour de madame Swann

Le temps passe, Odette a fini par épouser Charles, mariage sans doute lié à la naissance de leur fille Gilberte. Les parents de Marcel, toujours aussi réticents à fréquenter les Swann, s’assouplissent cependant par l’entremise de M. de Norpoix, un ami commun. Le narrateur va enfin pouvoir entrer dans l’intimité de Gilberte et par là même accéder à un milieu qu’il ne connaissait qu’en rêve et dans lequel il retrouve notamment l’écrivain Bergotte.

Tout ça pour ça. C’est peu dire que l’œuvre de Proust est mal adaptée au lecteur du XXIe siècle. Je me suis posé des questions concernant la longueur des phrases et sur le fait qu’on ne pouvait que difficilement les suivre de bout en bout. Passé les trois premières lignes, on perd inévitablement un peu le fil général de la phrase de laquelle on ne retiendra plus que quelques impressions, des sentiments, des odeurs, des couleurs… C’est beau quand il parle d’objets ou de lieux ; c’est intéressant quand il parle de personnes et même parfois comique, mais ça devient vite insupportable quand il parle de lui. En l’occurrence, les interminables séquences dans lesquelles il décortique ses sentiments pour Gilberte sont très peu digestes. Il ne se passe rien entre les deux ados, on ne sait pas ce qu’ils se disent et à peine qu’ils se voient. D’ailleurs, ce qui intéresse le narrateur n’est pas tant Gilberte que les sentiments qu’il éprouve pour elle.

2- Nom de pays : Le pays

Le narrateur passe l’été à Balbec en Bretagne avec sa grand-mère et Françoise, leur gouvernante. De nouveaux personnages apparaissent et Marcel poursuit son intégration dans le Monde : madame de Villeparisis, ses neveux Charlus et Saint-Loup, le peintre Elstir qui lui permet d’entrer en contact avec Albertine, l’une des figures principales de la recherche, d’abord noyée dans un groupe de « jeunes filles » duquel elle se détache petit à petit.

A l’ombre des jeunes filles en fleurs a bien failli s’ajouter au nombre de mes lectures inachevées. Il faut trouver le temps et les circonstances pour se plonger dans la peau du narrateur, dans son hyper sensibilité, pour ressentir ce qu’il ressent et pour remonter le temps avec lui. Mais lorsque les circonstances sont réunies, l’expérience est saisissante.

J’aime bien Albertine, très différente de Gilberte, beaucoup moins sophistiquée, moins chipie, plus nature. Toujours plongé dans ses émotions, Marcel navigue, émerveillé au milieu du groupe de jeunes filles, les regardant comme des œuvres d’art, comme des statues vivantes, fasciné par la voix de l’une, par le regard d’une autre, par le sourire d’une troisième. Il flotte dans ce petit monde qui le berce et on devine en toile de fond les efforts d’Albertine qui cherche à attirer son attention. J’ai pas mal pensé à l’Antoine Doisnel de Truffaut et beaucoup à « Guillaume et les garçons à table » de Guillaume Gallienne. L’homosexualité de Proust est un fait acquis, mais on le sent ici plutôt asexué, noyé dans sa sensibilité. Il finit tout de même par essayer d’embrasser Albertine qui a bien entendu tout manigancé et lui reproche ses ardeurs en prenant des airs offusqués. Pris à l’hameçon, notre Marcel est amoureux à l’heure où il est sur le point de passer du côté de Guermantes.

Texte: Edouard

Illustration:Magali

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Oui, mais quelle est la question?

 

L’ami Bernard s’est un peu fourvoyé dans cette pseudo-autobiographie.
Il a ingurgité des milliers de livres, il a posé des dizaines de milliers de questions.
Ici, il raconte sa maladie qu’il appelle ‘questionnite’.

Sous le pseudonyme de Adam Hitch, il évoque son enfance, ses études, ses débuts dans le journalisme, ses succès à la télévision (l’émission Apartés), ses amours multiples, ses défaites, son vieillissement.

J’ai trouvé plutôt agaçante sa manière de taper sur le clou, surtout avec ses nombreuses conquêtes féminines.
D’accord, il ‘agit d’un roman. Dans un roman, on peut raconter ses fantasmes. Mais pour la profondeur psychologique, le lecteur reste sur sa faim.
Comme tel autre académicien (un immortel aux yeux bleus), Bernard Pivot semble mal vieillir.
Il nous doit une revanche.

Amitiés radoteuses,

Guy

Bernard Pivot – Pocket – 249 p.

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Shirobamba

« Ce roman-là, tous les Japonais le connaissent par cœur. Dans l’œuvre abondante de Yasushi Inoué, c’est sans doute le plus frais, le plus charmeur. Très largement autobiographique, il raconte l’enfance au début du siècle d’un petit garçon qui s’appelait Kôsaku. Comme Inoué, lui-même, il grandit non pas auprès de ses parents, mais de la maîtresse de son arrière-grand-père, une ancienne geisha. Entre le petit garçon et la vieille femme se tisse une relation toute de tendresse, une complicité un peu féerique, présentée sous forme d’une série d’exquis petits tableaux naïfs aux couleurs vives. »
Où sont passées les lucioles (Shirobamba) de mon enfance !
Bien sûr qu’il y a des différences entre un petit Japonais et un petit français. Ils ne mangent pas les mêmes sucreries, n’ont pas les mêmes mœurs, croyances, habitudes, etc. Mais il n’en reste pas moins qu’un enfant gâté par sa grand-mère est un enfant capricieux, boudeur, geignard, têtu, naïf, mais si attendrissant où qu’il vive.
Dans ce roman j’ai retrouvé ma prime jeunesse dans les années 50/60. Nous aussi nous jouions dehors, un rien nous amusait, nous étions plus prés de la nature et nous n’hésitions pas à faire des kilomètres à pieds pour aller nous baigner ou, tout simplement, pour aller à l’école, seulement accompagnés par les copains et les copines. Tout le monde se connaissait, ce qui fait que nos parents étaient prévenus de nos bêtises avant notre retour.
Autres temps, autres mœurs !
Je n’ai, bien entendu, pas fait la différence entre les noms des gens ou des villages, mais j’ai reconnu l’ambiance. Quant aux noms des aliments, ils étaient traduits et expliqués. N’est-ce pas le principal ?
Un livre qui m’a rendue nostalgique, mais il est si bien écrit que j’en ai souri tendrement.
La Martine émue
YASUSHI Inoué
Denoël Folio, 1991 (1962), 249 p.

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Du côté de chez Swann

1- Combray

La jeunesse du narrateur chez ses grands-parents en Normandie rythmée par les promenades allant pour l’une d’elles du côté de chez Swann et pour l’autre du côté de Guermantes.

Il est recommandé, comme pour la Bible, de ne pas commencer la lecture d’«A la recherche du temps perdu » sans connaître un minimum l’histoire. Les 300 pages introductives de la collection bouquin en rebuteront plus d’un, mais je ne regrette pas leur lecture.
Je vois deux raisons qui justifient ce travail préparatoire. La première vient du fait que le déroulement de l’intrigue est tellement lent qu’on s’amuse à relever les minuscules indices qui nous font comprendre qu’au milieu de l’immuable, il y a quand même des choses qui bougent. La seconde raison s’inscrit en miroir de la première. Comme chacun sait, la force de la Recherche ne vient pas de l’intrigue, mais de la puissance évocatrice de l’auteur et la plupart du temps, on se laisse bercer par les phrases. Connaître l’histoire, c’est permettre aux warnings de notre inconscient de s’éclairer au bon moment.

Le décor est planté : le baiser du soir; la madeleine; l’extrême sensibilité du narrateur; sa fascination pour sa mère; ses interrogations sur Charles Swann et sur sa mystérieuse épouse dont le prénom n’est même pas cité; l’attirance de l’auteur pour Gilberte Swann, la fille de Charles. Les grands thèmes autour desquels l’œuvre se structurera se mettent en place autour de personnages qui prendront de l’importance par la suite : la musique avec Vinteuil ; l’écriture avec Bergotte; le snobisme avec Legrandin; l’homosexualité avec la fille de Vinteuil; le Monde avec l’ombre des Guermantes.

C’est l’accès à ce Monde qui, peut-être encore plus qu’à celui de l’écriture, fait rêver le narrateur. La vision de la duchesse de Guermantes à l’église est pour lui l’apparition quasi divine d’un univers qu’il n’avait jusque-là imaginé que par le biais d’un vitrail, de sa Lanterne magique et d’un Nom auquel il attribuait des pouvoirs magiques. Les Guermantes sont pour lui l’incarnation d’un idéal médiéval et chevaleresque fantasmé, celui-là même qu’on peint les préraphaélites et qui s’épanouit aujourd’hui dans l’héroïc fantasy.

Le fil conducteur de la Recherche est une réflexion de l’auteur sur la naissance de sa vocation d’écrivain. Combray, qui ouvre cette quête, n’est pas tant un recueil de souvenirs d’enfance qu’un regard rétrospectif de l’auteur sur ses jeunes années. Ainsi, certaines scènes semblent teintées d’impressions que l’on imagine plus dans la tête d’un adulte que dans celle d’un enfant. Les dernières pages de Combray sont à cet effet d’une extraordinaire beauté. La tranche de vie se referme, sa vision s’estompe, se brouille, comme si la magie de la boule de cristal à travers laquelle le narrateur regardait son passé perdait petit à petit de sa puissance.

Que vont devenir ses émerveillements d’enfant lorsque le narrateur vieillira ? Nous le saurons en lisant les autres volumes d’« A la recherche du temps perdu ».

2-Un amour de Swann
Si Charles Swann est devenu un habitué du salon de madame Verdurin, ce n’est pas parce que cet univers étriqué et hypocrite lui plaît, mais parce qu’il peut y rencontrer la sulfureuse Odette de Crécy.

Je ne relirai pas tout de suite « un amour de Swann » lu il y a déjà 5 ou 6 ans. À l’époque, je ne faisais pas encore de critiques, mais je faisais déjà mes trajets quotidiens en RER. Comme j’étais généralement au milieu d’une des interminables phrases proustiennes au moment de l’arrivée en gare, je m’asseyais quelques instants sur le quai pour pouvoir la terminer.

Un amour de Swann, deuxième partie de « du côté de chez Swann », annoncé à la fin de « Combray », décrit une période antérieure à celle de la naissance du narrateur.

Odette de Crécy, la fameuse épouse de Charles Swann, honnie par la famille du narrateur, dont il était question dans le premier volume, est aussi la mère de Gilberte vers laquelle le narrateur est attiré, en particulier du fait des relations qu’elle entretient avec l’écrivain Bergotte.

Ce que je retiens d’ « un amour de Swann », c’est donc tout d’abord un très bon souvenir, une finesse dans la description intérieure des personnages, beaucoup d’humour et une satire de la mesquinerie des petits cercles mondains.

J’ai oublié la trame précise des aventures amoureuses de Charles et d’Odette, mais je me souviens qu’elle lui en faisait baver. C’est avec « un amour de Swann » que j’ai découvert le qualificatif de « demi-mondaine » attribué à Odette et qu’on pourrait aujourd’hui traduire par « poule de luxe ». Je me souviens de l’expression « faire Catleya » qu’ils utilisaient pour dire « faire l’amour » ainsi que de la sonate de Vinteuil qui avait une signification particulière pour eux, mais je ne sais plus laquelle.

Je me souviens aussi de l’adjectif « ennuyeux » utilisé par madame Verdurin pour parler des happy few qui avaient accès au cercle plus huppé des Guermantes et dont elle ne faisait bien entendu pas partie.

Mais le personnage qui m’avait le plus marqué et auquel je continue à penser souvent, c’est le docteur Cottard, ce sombre Crétin qui cache sa stupidité derrière un masque énigmatique et des sourires entendus. Ah, j’en ai rencontré un certain nombre de docteurs Cottard depuis six ans, et quelque chose me dit que je n’ai pas fini d’en rencontrer.

Bref, je garde une image précise, presque photographique du petit cercle même si j’ai presque tout oublié. Mais l’essentiel, n’est-ce pas ce qui reste quand on a tout oublié ?

3- Nom de pays : Le nom

Le narrateur tente de conquérir le cœur de Gilberte Swann.

Troisième et dernier volet de « du côté de chez Swann ». Partie très courte qui s’apparente à une grande nouvelle. Celle-ci s’ouvre sur Balbec, un lieu incertain comme dirait Fred Fargas, battu par la mère et par les vents que Proust situe à la fois dans le Finistère et en Normandie. De deux choses l’une, soit il brouille volontairement les cartes, soit il a une vision très extensive de la Normandie. Je ne me souviens plus de ce qui était dit dans l’introduction à son sujet, toujours est-il que la tempête finit par se calmer et les nuages s’écartent sur le quotidien parisien du narrateur qui réussi à approcher Gilberte et avec laquelle il joue tous les jours aux Champs-Élysées avec un groupe d’amies. Le narrateur se fait beaucoup de nœuds au cerveau et on sent que Gilberte va en faire ce qu’elle veut. Quel âge a-t-il ? Je lui donnerai 12, 13 ans, mais avec Marcel, allez savoir…peut être qu’il en a 8, peut être qu’il en a 25. Ce passage m’a en tout cas beaucoup fait penser au court métrage « l’amour à 20 ans » de Truffaut avec Jean-Pierre Léaud.

On retrouve aussi Charles Swann. Une certaine distance semble s’être installée avec la famille du narrateur. On ne sait pas exactement pourquoi, mais l’une des causes, si ce n’est la cause principale est Odette, son épouse. C’est d’ailleurs sur elle que commence à se refermer la nouvelle. La lecture d’ « à l’ombre des jeunes filles en fleurs » me donnera certainement les éclairages qui vont bien.

Tout ça laisse une impression étrange, une impression de distorsion entre l’espace et le temps. Ce n’est pas pour rien que certains ont comparé Proust à Einstein.

Edouard

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La Société des jeunes Pianistes

« La Société des jeunes Pianistes, c’est le nom que s’est donné un groupe d’adolescents passionnés, à Oslo, à la fin des années 1960. À la fois amis et rivaux, ils ont en commun l’amour de la musique ; pourtant, un seul remportera le concours du « jeune Maestro ». Tous vont subir une terrible pression de leur entourage, mais surtout d’eux-mêmes. C’est un roman initiatique, grave et subtil qui évoque le désir, la vie, la mort. »
« Un drame familial, un roman sur la musique et un portrait captivant des amours et des obsessions d’un jeune homme. »
Aksel, le narrateur, nous parle de sa famille et de leurs problèmes de communication. En même temps il nous fait part de ses questionnements, ses angoisses, ses amours impossibles, ses rêves trop grands, ses espoirs de pianiste « virtuose qui n’a pas de chance ». C’est surtout un adolescent qui se cherche et commet quelques erreurs, un jeune homme instable qui n’arrive pas à se concentrer sur LA musique. Car le plus gros du livre est consacré à la musique classique, le piano, les performances stylistiques, la manière de concevoir son jeu, etc. C’est d’ailleurs pour cela que j’avais choisi ce livre. J’ai eu la surprise d’avoir, aussi, les problèmes d’adolescents « hors-norme ».
Tout m’a paru intéressant sauf le mélo final, mais c’était le prix à payer pour qu’Aksel se retrouve libre.
Bjornstad, auteur, compositeur et musicien, a été découvert à l’âge de 14 ans lorsqu’il a gagné le Grand Concours des Jeunes Pianistes, à Oslo.
Ceci explique, peut être cela ; l’instabilité d’Aksel.
Martine
BJORNSTAD Ketil
Poche, 2008 (2004), 443 p.

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Dora Bruder

De livre en livre, Modiano continue son travail d’archéologue, mêlant sa propre biographie à une tentative de compréhension de l’innommable.
Dans un vieux journal datant du 31 décembre 1941, le narrateur tombe sur un avis de recherche d’une jeune fille, Dora Bruder. Ses recherches lui permettront de cerner une partie de la mystérieuse Dora. Emprisonnée à Drancy, elle sera envoyée à Auschwitz. Elle n’en reviendra pas.
La dernière page:
« J’ignorerai toujours à quoi elle passait ses journées, où elle se cachait, en compagnie de qui elle se trouvait (…) C’est là son secret. Un pauvre et précieux secret que les bourreaux, les ordonnances, les autorités dites d’occupation, le Dépôt, les casernes, les camps, l’Histoire, le temps – tout ce qui vous souille et vous détruit – n’auront pas pu lui voler. »

Minimaliste et magistral.

Amitiés muettes,

Guy.

Patrick Modiano – folio – 145 p.

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