Une vie française

En légère panne de lecture, j’ai relu ‘une vie française’ de Jean-Paul Dubois.
Prix Fémina 2004, ce roman rassemble toutes les qualités de l’auteur toulousain.
En exergue de son premier roman (Tous les matins je me lève (1988), on peut lire:
« Si on avait une perception infaillible de ce qu’on est, on aurait tout juste encore le courage de se coucher, mais certainement pas celui de se lever » (E.-M. Cioran)

On retrouve ici plusieurs thèmes ou personnages récurrents: Paul, le narrateur, Anna son épouse, les tondeuses à gazon, les bagnoles (ici la Simca), le rugby, un dentiste sadique nommé Edgar Hoover. Le livre est scandé par les divers présidents français, qui en quelque sorte patronnent un ou deux quinquennats.
La première partie du livre est absolument tordante. Les études de Paul, sa découverte de la sexualité, le début de la vie adulte, son mariage avec une battante, l’éducation de ses deux enfants, son succès comme photographe des arbres. Puis vient une série de malheurs: krach boursier, faillite, accident d’avion, le suicide de son psychanalyste, la schizophrénie de sa fille adorée.
Une série noire qui fera de Paul un jardinier nostalgique, se consolant tant bien que mal avec son petit-fils chéri.

L’humour est la politesse du désespoir, voilà qui peut s’appliquer à ce magnifique écrivain.

Amitiés aigres-douces,

Guy.

Jean-Paul Dubois – Éd. Olivier – 357 p.

Seul sur Mars

La science-fiction n’est pas ma tasse de thé.
Je me suis quand même laissé tenter par cette histoire d’un homme non pas seul contre tous, mais seul tout court.
On pourrait sous-titrer le livre ‘Manuel du bricolage sur Mars’.

Lors d’une mission sur la planète Mars, une tempête de sable force l’équipage à s’envoler, sauf Mark, laissé pour mort.
Blessé, il se retrouve seul dans un environnement hostile et glacé.
Botaniste de formation, il a plus d’un tour dans son sac.
Il arrive à rétablir le contact avec la Terre. Ceci ne se passe pas comme avec nos téléphones portables.
Chaque message dure plusieurs minutes avant d’arriver à destination. Mars se trouve, selon les saisons, entre 8 et 22 minutes-lumière de la Terre. Peu de chose en comparaison des milliards d’années-lumière de l’univers.
Notre intrépide explorateur aura à affronter une série de contretemps, auxquels il remédiera avec une ténacité surprenante. Il arrivera même à produire des pommes de terre, n’étant pas botaniste pour rien.
Le lecteur halluciné est entraîné dans une série d’explications scientifiques qui tiennent la route.
Un suspense à l’américaine, avec une foison d’acronymes, fatigante par moments.
Pour sauver notre homme, même les Chinois vont s’y mettre.

il faut un minimum de connaissances en physique, chimie, astronomie, électricité, géométrie dans l’espace, botanique, physiologie pour tout capter.

Sauvera-t-il sa peau?

Amitiés interplanétaires,

Guy

Andy Weir

Bragelonne

472 p.

Le Livre des Baltimore

Le jeune auteur avait connu un énorme succès avec ‘La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert’, couronné par le grand prix du Roman de l’Académie française.

Il récidive – ou il rechute – avec cette histoire de famille se passant également aux États-Unis.

Les Goldman se présentent comme une famille apparemment unie. Ceux de Baltimore sont riches, tout leur réussit. Ceux de Montclair, dont fait partie le narrateur, le même Marcus Goldman racontant le premier livre, n’ont ni la faconde ni la réussite des cousins.

Dès le début de l’histoire, il est question du Drame (avec un D majuscule).
Il faudra la fin du livre pour en connaître le fin mot.

C’est bien écrit, le lecteur se laisse mener par le bout du nez, comme dans l’Affaire Harry Quebert.

Certains semblent mal digérer le succès du Suisse Joël Dicker. Lui semble ne pas en avoir cure. Comme en politique, la littérature a besoin d’un coup de balai. Tant pis pour les pisse-vinaigres. Il a la vie devant lui, il aura l’occasion de se renouveler.

Amitiés alpestres,

Guy

 

Joël Dicker

De Fallois

Poche – 593 p.

Les tribulations d’un lapin en Laponie

Un hommage appuyé à Arto Paasilinna, compatriote de l’auteur finlandais. Lisez plutôt le lièvre de Vatanen du précité Paasilinna.

Le dénommé Vatanescu quitte sa Roumanie natale pour devenir mendiant professionnel à Helsinki.
Exploité par la mafia russe, il se révolte et se trouve isolé en Laponie, en compagnie de son lapin fétiche. On sourit par moments, mais la grâce n’y est pas.

Passez donc votre chemin, et restez dans nos contrées plus tempérées.

Amitiés en terrasse,

Guy

Tuomas Kyrö

Folio

359 p.

La marche de Radetsky

Le déclin d’un empire à travers le déclin d’une famille.

Le lieutenant Joseph Trotta sauve son empereur lors de la bataille de Solférino.
En récompense, il reçoit le titre de baron et le grade de capitaine. Il transmet son titre à son fils, baron von Trotta, préfet habitant la ville de W. Fidèle parmi les fidèles, il sert l’empereur François-Joseph, celui qui fut sauvé par son père. Le petit-fils du héros de Solférino choisit la carrière des armes. Au grand désespoir de son père, il quitte l’armée à la suite de problèmes d’argent
eEt sa vie se terminera de façon absurde lors du grand conflit qui devint la Grande Guerre.

À travers trois générations, le lecteur assiste à la déliquescence de l’empire austro-hongrois.
Avec la fin des Habsbourg, l’Europe se transformera en une mosaïque qui la précipitera dans une
nouvelle guerre mondiale.

D’autres que Joseph Roth ont rêvé d’une Europe unie, à commencer par Stefan Zweig.
L’actualité récente nous apprend que certains voudraient annuler les efforts des Européens
pour se réunir. Espérons que ces oiseaux de mauvais augure n’arriveront pas à leurs fins.

Amitiés géopolitiques,

Guy

Joseph Roth

Points

398 p.

Le Chagrin

Un livre coup de poing, par un véritable écrivain.

William raconte sa vie, depuis la rencontre de ses parents. Théopile du Noyer de Pranassac, rejeton d’une famille de petite noblesse désargentée, s’éprend de la très belle Suzanne Vrébois, fille d’un négociant bordelais. Nous sommes en 1944, la guerre se termine. La famille a choisi le parti de Vichy, et gardera une rancune tenace vis-à-vis de De Gaulle. Leur position ultraconservatrice sera à l’origine d’une famille de 10 enfants, de positions racistes, de soutien au colonialisme.

Théophile, surnommé Toto, mène sa barque, plutôt mal que bien. Endetté, il tentera d’user de toutes les ficelles pour surnager avec sa famille. Suzanne, de son côté, veut une vie mondaine, et donc coûteuse.

La famille sera expulsée deux fois, avec tous les dégâts que l’on peut imaginer.

William-Lionel garde un amour sans limites pour Toto, et il déteste sa mère, de plus en plus hystérique.

Ce livre m’a paru écrit avec une grande sincérité. Le style est direct, s’adresse au lecteur comme à un
confident. Il raconte son premier mariage, manqué en grande partie de sa faute. Le deuxième mariage est en cours lors de la rédaction du livre, et il semble que Blandine, la deuxième épouse, ne rigole pas tous les jours. Lionel est cyclothymique, et il ne cache pas que l’écriture est son garde-fou.

J’ai beaucoup aimé. D’autres ont détesté.

Amitiés amour-haine,

Guy

Lionel Duroy

J’ai Lu – 734 p.

Échapper

Lu il y a déjà quelques mois, ce livre m’a laissé une profonde impression que je définirais comme de la brume colorée.
Augustin décide de résider dans le nord de l’Allemagne, près de la frontière danoise, là où résida le peintre expressionniste Emil Nolde. Son couple bat de l’aile, et il voudrait se remettre à écrire.

Lionel Duroy rend un hommage appuyé à Siegfried Lenz, l’auteur de La Leçon d’allemand, très beau livre racontant l’ostracisme d’un peintre interdit d’exercer par les nazis, portrait à peine voilé d’Emil Nolde.

La quête d’Augustin le mènera sur des sites fouettés par le vent et la pluie, une jeune femme partagera sa vie pendant quelques mois, il retrouvera sa joie d’écrire.

L’ami qui me conseilla ce livre me le décrivait comme narcissique. Une définition qui semble  bien correspondre à Lionel Duroy, écrivain tourmenté et en rupture de ban avec sa famille.

Amitiés colorées!

Guy

 

Lionel Duroy

Julliard

Quand sort la recluse

De retour d’Islande, Adamsberg s’intéresse à une affaire de morts par piqûre d’araignée dans le sud de la France.

Qu’a fait Adamsberg en Islande où il s’est attardé à la fin de sa précédente aventure ? En tout cas, il en revient dopé. Le roman n’est plus qu’une longue introspection du commissaire à laquelle s’accrochent ses liens avec les différents personnages. La construction du roman fait ainsi penser à une immense toile d’araignée dont Adamsberg serait le centre. D’ailleurs, pour la première fois, il est clairement manipulé. L’avancée vers la solution est pénible même s’il ne perd jamais de vue la lueur par laquelle il est irrésistiblement attiré. Que les fans ne s’inquiètent pas, on reste tout de même en terrain connu. On retrouve même Mathias l’archéologue des débuts de l’auteur, avec la série des évangélistes.

Adamsberg est-il toujours un commissaire de police ou avant tout un justicier ? Sa volonté d’intervenir comme ça, dans le sud de la France, sans prévenir sa hiérarchie ni les autorités locales en embarquant une partie de son équipe semble peu probable. J’ai pensé à Tintin au début de Tintin au Tibet qui voit Tchang en rêve et décide de partir à sa recherche contre toute rationalité. C’est un peu pareil, sauf que ce que voit Adamsberg est hautement imprécis, mais il y va et ses fidèles le suivent.

Cela fait déjà un moment que Danglard ne fait plus partie des fidèles. Il a cette fois-ci des raisons bien particulières pour s’opposer à son supérieur. Toujours est-il que les conflits entre Adamsberg et Danglard deviennent maintenant un classique. Danglard était l’élément terrestre, Adamsberg l’aérien et le tandem fonctionnait bien. Ça ne marche plus. « Danglard est-il devenu con ? » se demande à plusieurs reprises le commissaire. Le duo semble s’être ressoudé à la fin du roman. Pour combien de temps ? On sent bien que rien n’est plus comme avant. Danglard , la bouée d’Adamsberg est-elle devenue une enclume l’empêchant de prendre son envol ? L’auteure en a-t-elle assez de Danglard ? Flammarion a-t-il exigé d’avoir la tête de l’adjoint érudit, histoire de renouveler un peu la galerie, faisant de Danglard une sorte de David Pujadas de l’univers Vargas ?

Toujours est-il que la magie fonctionne encore. Ceux qui veulent absolument des explications en trouveront. Les autres se laisseront, comme moi, bercer par l’univers cotonneux du commissaire,  par les violons d’Ingres animaliers de l’ex-archéozoologue, par les petites manies des membres du commissariat, par l’évasion qu’elle nous offre à chacun de ses romans. J’attends le prochain avec impatience.

Édouard

Quand sort la recluse

Flammarion

2017

Check-Point

Déception (ou coup d’épée dans l’eau).
Cinq ‘humanitaires’ partent avec deux camions pour la Bosnie. Cela se passe au moment du morcellement de l’ex-Yougoslavie.
Un mélange inextricable de langues, de religions et d’histoire contemporaine.
J’ai trouvé les personnages caricaturaux. Le suspense vient plus de l’état mécanique des quinze tonnes que des personnages englués dans leurs contradictions.
L’ami Jean-Christophe nous a habitués à mieux.
Ses habits d’Académicien doivent le gêner aux entournures.
Ou bien il a perdu sa fraîcheur sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Allons, courage, il va sûrement encore nous sortir un beau lapin de son bicorne,

Guy

Jean-Christophe Rufin

NRF Gallimard- 387 p.

La relieuse du gué

La jeune Mathilde s’installe en Dordogne afin d’y pratiquer l’art de la reliure que lui enseigna son grand-père. Un jour d’orage, un mystérieux jeune homme lui confie un livre à relier pour la semaine suivante. Elle apprend le lendemain qu’il est mort accidentellement.

Un livre bien écrit, avec certains poncifs de littérature régionaliste (le bon voisin, le rustre, le maire qui a des choses à cacher, les secrets connus de tous… Un côté romantique inhabituel dans nos lectures contemporaines.

Anne Delaflotte (beaucoup de pluie dans son livre) a pratiqué la reliure à Prague. Elle partage ses connaissances techniques avec beaucoup de bonne volonté.

Amitiés dordognaises,

Guy.

Anne Delaflotte- Mehdevi – Babel – 280 p.