Tais-toi à jamais

Il faudrait commencer un livre par la page des remerciements. Celui-là, je ne l’aurais pas pris.
« Elle s’appelait Rose. Elle avait neuf ans lorsqu’elle est morte.
Grace Adams vit depuis toujours dans un village paisible de la côte Est de l’Écosse. Un village sans histoire ou presque. Tout le monde se connaît. L’endroit idéal pour couler des jours heureux avec mari et enfants. (et son amant).
« Un récit de mensonges, d’amours illicites et de secrets inavouables. Un premier roman saisissant. Cosmopolitan »
Un roman saisissant d’invraisemblances pour faire pleurer les midinettes. Orla est odieuse à ravir, Grace molle à souhait et Ewan, le chéri de ses dames aussi flou qu’il est permis.
Ah ! La jalousie !!! De quoi en faire un roman !
La Martine penaude…
CORBIN Julie
Ixelles éditions, 2010 (2009), 338 p.

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La Montagne magique

 

En 1907, un jeune ingénieur allemand bien comme il faut, Hans Castorp, arrive au sanatorium de Davos pour rendre visite à son cousin militaire atteint par la tuberculose. Il y restera 7 ans.

Si vous vous intéressez au spiritisme, vous devriez lire la Montagne magique de Thomas Mann m’avait on dit. 975 pages ! Oups ! Le voyage n’aura pas été sans peine.

La première partie décrit l’arrivée du héros et le quotidien du sanatorium. C’est assez amusant de voir tous ses personnages qui, pour la plupart, ne sont pas malades, mais ne s’inquiètent pas moins des tressautements des thermomètres relevés jusqu’à dix fois par jour. L’autre élément amusant pour un lecteur du XXIe siècle, mais dont il était impossible d’avoir connaissance en 1924, année de publication de l’ouvrage, c’est ce qu’est devenu Davos aujourd’hui : les caprices du mercure et les inquiétudes des malades plus ou moins imaginaires renvoient aux inquiétudes des experts de la finance internationale devant les variations boursières. Il y a aussi dans cette partie une ambiance qui retient le lecteur, une ambiance un peu étrange qui, je ne sais trop pourquoi, m’a fait penser à celle des tableaux de Magritte.

La seconde partie a été une torture et j’ai bien failli laisser tomber plusieurs fois. Elle est dominée par les discussions interminables du Franc-Maçon Settembrini et du jésuite d’origine juive, Naphta. J’étais largué la plupart du temps : des débats sur le temps, la maladie, la mort, le vivant…il paraît que Thomas Mann était un grand admirateur de Schopenhauer. Si vous aimez Schopenhauer… J’ai surtout retenu que la science et la médecine en particulier avaient drôlement progressé depuis les années 20. Hans Castorp, avale tout ça comme une éponge. À la fin de la seconde partie, il se demande si le temps n’est pas en fait une illusion. Pour ma part, à mesure que je tourne les pages, je ne vois aucune trace de spiritisme et me demande où ce livre veut m’emmener.

La troisième partie débute quand Hans Castorp décide d’aller skier et est pris dans une tempête de neige. Je me souviens alors du titre du roman. J’essaie de me remémorer où était la montagne dans les deux premiers tiers tout en poursuivant ma lecture : l’action ne cesse de progresser. Le spiritisme prend de l’épaisseur à partir de la page 891. Il aboutit à la montée en puissance d’une folie collective effrayante qui conduit au sommet : le début de la Première Guerre mondiale. Les dernières pages du roman, qui décrivent la guerre dans toute son horreur, font penser aux cadavres grimaçants d’Otto Dix.

Où trouver le matériel pour réussir cette lecture ? L’expo « de l’Allemagne » (au Louvre jusqu’au 24 juin) présente plusieurs paysages surnaturels de Caspar David Friedrich. L’un d’eux est en couverture du roman dans la collection « le livre de poche ». Je recommande aussi à ceux qui voudraient tenter l’ascension de visionner « le cabinet du Dr Caligari » (1919) de Robert Wiene et « Dr Mabuse le joueur » (1922) de Fritz Lang.

Édouard
La montagne magique-Thomas Mann

Le livre de poche-2012(1924)

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La joueuse d’échecs

Eleni, la quarantaine un peu empâtée, vit sur l’île grecque de Naxos. Elle travaille comme femme de chambre dans un hôtel. Un jour, elle tombe en arrêt devant un jeu d’échecs, et c’est le début d’un apprentissage du jeu, mais surtout de sa liberté de femme. Son mari et son fils n’y comprennent rien, sa fille adolescente la soutient.
Une histoire mignonne, qui ne fait pas de vagues, à lire dans son bain.
Amitiés égéennes,
Guy (15/05/2013)
Enfin, une femme qui se libère et garde ses droits jusqu’à la fin puisque l’auteuRE, ne la tue pas ! Ouf !
Eleni mène une vie très tranquille entre son mari, ses deux enfants et son travail de femme de chambre dans un hôtel de l’île de Naxos.
Un jour, dans une chambre, occupée par des Français (Paris la fait rêver), elle voit un échiquier et décide d’en offrir un à son mari, pensant qu’ils apprendraient à jouer ensemble. Que nenni ! Le mari préfère jouer au trictrac dans son café préféré. Donc, elle apprend à jouer en secret, avec un damier électronique et un bon manuel. Puis vient le moment où elle éprouve le besoin de jouer contre quelqu’un de réel et se met à regretter d’être dans une île ou elle connaît tout le monde, mais n’a personne à qui se confier. Le hasard mettra sur son chemin un vieux professeur qui l’aidera à se perfectionner. Sa meilleure amie la trahira et dévoilera son secret à toute l’île. « Eleni est folle, elle joue aux échecs ! » Le mari devient la risée de l’île et lui demande de renoncer. Elle refuse et se retrouve isolée, seule face à ses rêves, à ses envies de fuite, d’autre chose ; sa vie lui paraît soudain étriquée. Elle s’entêtera, aidée par le professeur et un autre joueur et s’en sortira avec les honneurs. Je passe sur l’honneur bafoué du macho et de son revirement tout aussi machiste.
« Une nuit de combat, elle réalisa soudain que tous les grands théoriciens étaient des hommes. Elle n’avait jamais entendu parler d’une grande joueuse d’échecs. »
C’est vrai, ça !!!
Qui plus est, le livre est très bien écrit ; pas une page de trop.
Donc, j’ai eu la surprise et le rêve ; le top !
La Martine heureuse ! (20/09/2012)
Bertina Henrichs
Liana Levi piccolo – 212 p.

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Invisible

New York 1967: le jeune étudiant Adam Walker fait la connaissance d’un couple de Français, l’inquiétant Born et sa maîtresse Marion.
Un meurtre bouleversera la vie de ces trois personnages imprévisibles.
En 2007, Walker raconte les événements, en un vrai kaléidoscope maîtrisé de façon diabolique par Paul Auster.
Une bonne partie de l’histoire se passe à Paris, les diverses facettes de chacun rafraîchies à chaque page.
Paul Auster fait partie des tout grands. Il manipule ses lecteurs comme un magicien.
On retrouve ses thèmes de prédilection: la culpabilité, la fuite, l’interdit, la difficulté de la relation amoureuse.
Un travail d’orfèvre.
Amitiés transatlantiques,
Guy
Paul Auster – Actes Sud – 294 p.

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La vieille dame de la librairie

« L’Aventure et l’humour ont leur part dans cette merveilleuse histoire d’amour-amitié que vont vivre deux êtres que l’âge sépare, mais que l’esprit unit ; et, peu à peu, grâce à cette exquise nonagénaire, l’homme jeune va se reconstruire. »
Pierre, 36 ans, a perdu sa fiancée dans un attentat à Beyrouth. Depuis il n’a plus goût à la vie. La vieille dame, 90 ans, aveugle, a raconté dans un livre sa guerre de 14. Pierre fait sa connaissance dans une librairie. La libraire le retrouve et lui fait lire le livre. À partir de là, ces deux êtres, « bousculés » par la vie, vont se rencontrer, discuter, se confier, se lier d’amitié et Pierre va raccrocher à la vie.
Un très beau livre sur l’amitié, l’amour, le respect et la Guerre de 14. Je n’ai rien appris de plus sur ce sujet, mais le livre est tellement bien écrit que j’ai eu beaucoup de mal à l’abandonner et un grand bonheur à le lire.
Rien d’étonnant avec Jean Piat qui a été un comédien présent et discret, qui a su se faire respecter.
Ce livre est une relecture. Je l’avais lu il y a 10 ans. J’en avais gardé une impression de bonheur, mais je ne me rappelais pas pourquoi. Il n’a pas mal vieilli et j’ai tout retrouvé avec un immense plaisir.
Un petit bémol à la clé : l’omniprésence de Dieu et de la prière que j’ai quand même lue malgré ma diagonale intempestive.
La Martine sous le charme de l’amour.
PIAT Jean R
Flammarion, 1991, 333 p.

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De là, on voit la mer

Attention nouveauté 2013 !
Moui, bof !!!
Voilà un livre à succès « qu’il faut absolument lire » – les critiques sont dithyrambiques et ont vu monts et merveilles où je n’ai vu que banalité et ennui.
Le ménage à trois n’a rien de nouveau.
Le mari, humble et soumis pour ne pas perdre sa femme.
La femme, écrivain, qui ne voit que par ses livres (médiocres, mais à succès), insensible et égoïste qui part, une fois de plus, pour écrire tranquillement. Une amie lui a prêté une maison et la femme de ménage qui va avec à Livourne.
Et là, v’là-t’y pas qu’elle s’amourache du jeune fils de sa femme de ménage (un macho italien.) qui a 20 ans de moins qu’elle. Adieu prudence et liberté ! Elle se soumet à son tour.
D’autant que l’auteur nous en fait une tartine épaisse, faussement analytique, compliquée et insipide.
C’est ce que l’on appelle « un magnifique portrait de femme ».
N’est pas Wynd, Tevis ou Rahimi qui veut !
Lu en diagonale.
La Martine qui, décidément, n’aime pas les histoires d’amour alambiquées.
BESSON Philippe
Julliard, 2013, 204 p.

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Les Cahiers d’un tueur

Un tueur à gages à la retraite forcée devient tueur pour la « petite justice ».
C’est un homme sans aucun sentiment qui tue, en apparence, pour rien. Ses sentiments se réveillent à la vue d’un enfant de 8 ans qui vient pêcher au bord du canal avec son grand-père. Thomas et Thomas vont s’apprivoiser.
Au fil du remplissage de 3 cahiers « petit format, grands carreaux », nous découvrons leur histoire.
« Fort d’une écriture limpide et percutante, ce roman nous immerge dans l’univers d’un criminel perturbé et pourtant attachant, un calculateur froid et raisonné qui ne se contente pas de tuer pour de l’argent.
Partagé entre empathie et répulsion, le lecteur partira à la découverte d’un personnage qui ne le laissera pas indifférent. »
Aucune répulsion. J’ai senti dès le début que les meurtres n’étaient qu’une partie du décor (d’autant qu’ils sont tous bien faits, bien propres, rapides et soignés.). Tout est dans cette histoire d’amitié entre un enfant et un adulte qui a souffert.
Un joli livre d’amour paternel, sans le savoir, un peu déroutant au début, mais très attachant et original.
La Martine insolite.
GRUHN Gérald
TDO, 2012, 306 p.

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Chronique d’une mort annoncée

« Le jour où il allait être abattu, Santiago Nasar s’était levé à cinq heures et demie du matin pour attendre le bateau sur lequel l’évêque arrivait ».
Plusieurs années après l’événement, un homme – le narrateur du récit – recueille les témoignages et raconte les circonstances du meurtre du jeune Santiago Nasar, son ami, dans un village des Caraïbes.
Acaso sea Crónica de una muerte anunciada la obra más «realista» de Gabriel García Márquez, pues se basa en un hecho histórico acontecido en la tierra natal de escritor.
Une perle, par un auteur colombien récompensé par le prix Nobel en 1982.
Il arrive à combiner tragédie et dérision dans cette pseudo-enquête policière d’une humanité et d’une densité étonnantes.
Dans la scène de l’autopsie, il sublime l’esprit carabin tel que je ne l’ai jamais rencontré.
Beso amistoso,
Guy
Gabriel Garcia Marquez – Poche

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Le démon de minuit

Hervé Bazin (1911-1996), l’auteur de « Vipère au poing », « La tête contre les murs », « Au nom du fils », écrivit ceci sur le tard, en 1983.
J’avais gardé le souvenir d’un imprécateur, fort peu sympathique par ailleurs.
Le démon de minuit, c’est l’histoire de Gérard, 77 ans (mal) marié à deux reprises. Il se retrouve à l’hôpital après un infarctus. Par la suite, il se marie pour la troisième fois, avec une admiratrice comptant 40 ans de moins que lui. La pauvre…
Bof…
Tout cela a fort vieilli (forcément).
Que ceux qui lisent encore Hervé Bazin lèvent le doigt.
Voilà quelqu’un que je vais remiser parmi les semi-classiques.
Amitiés poussiéreuses,
Guy
Hervé Bazin – Poche – 287 p.

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Le jeu de la dame

Beth a 8 ans lorsqu’elle découvre les échecs, en « fraude », dans la chaufferie, avec le concierge peu loquace de l’orphelinat où elle vient d’entrer. Sans amies, les échecs deviennent vite toute sa vie. Elle est surdouée et a la grande faculté de voir, d’imaginer, l’échiquier dans son ensemble et les différents coups à jouer ou pas. Dans ce jeu, elle dépasse rapidement son maître qui fait appel à un homme venu de l’extérieur. Elle obtient de sa directrice l’autorisation d’aller se battre dans une autre école de la ville. Elle remporte haut la main tous les tournois. Las ! Les filles étaient droguées avec des petites pilules vertes pour qu’elles ne fassent pas de vagues. Beth avait pris l’habitude de les garder et d’en prendre plusieurs à la fois pour dormir quand elle était angoissée. Jusqu’au jour où elle est prise en flagrant délit de vol de ses fameuses pilules. Interdiction de jouer aux échecs pendant 3 ans. Beth est enfin adoptée et en volant dollar après dollar elle peut s’acheter des livres et un échiquier. Et puis, à 13 ans elle s’inscrit à un concours et le gagne. Son premier argent. Mineure, elle a besoin d’un adulte pour ouvrir un compte. Sa mère adoptive, délaissée par son mari, a besoin d’argent. Elle va devenir son agent et organiser ses voyages, la soutenir quand il le faudra et lui faire découvrir l’alcool.
D’abord ignorée parce que femme, elle va battre tous les champions, un à un jusqu’à l’inquiétant champion russe qui lui faisait si peur.
Un livre sur l’opiniâtreté, le courage, l’intelligence, la supériorité, le pouvoir de concentration, mais aussi les faiblesses d’une femme.
Un livre très positif puisque pendant 10 min je me suis sentie toute puissante, invincible et intelligente. Preuve que le livre m’a plu et que je suis bien rentrée dedans au point de faire un dédoublement de la personnalité.
Las ! Une lettre administrative incompréhensible m’a remise sur les rails. Non ! Je ne suis vraiment pas une surdouée !
La Martine dépitée.
TEVIS Walter
10/18, 1994 (1983), 330 p.

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