Le jeune auteur avait connu un énorme succès avec ‘La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert’, couronné par le grand prix du Roman de l’Académie française.
Il récidive – ou il rechute – avec cette histoire de famille se passant également aux États-Unis.
Les Goldman se présentent comme une famille apparemment unie. Ceux de Baltimore sont riches, tout leur réussit. Ceux de Montclair, dont fait partie le narrateur, le même Marcus Goldman racontant le premier livre, n’ont ni la faconde ni la réussite des cousins.
Dès le début de l’histoire, il est question du Drame (avec un D majuscule).
Il faudra la fin du livre pour en connaître le fin mot.
C’est bien écrit, le lecteur se laisse mener par le bout du nez, comme dans l’Affaire Harry Quebert.
Certains semblent mal digérer le succès du Suisse Joël Dicker. Lui semble ne pas en avoir cure. Comme en politique, la littérature a besoin d’un coup de balai. Tant pis pour les pisse-vinaigres. Il a la vie devant lui, il aura l’occasion de se renouveler.
Après avoir vécu quelques années à New York, « Jean Louise » alias « Scout » revient voir son père en Alabama au milieu des années 50, alors même que le débat sur les droits civiques des noirs bat son plein.
Deuxième et dernier opus d’Harper Lee, morte en 2016. La sortie de la suite de « ne tirez pas sur l’oiseau moqueur », 55 ans après sa publication, était bien entendu un coup d’édition.
Sur la forme, le roman a soulevé chez moi les mêmes interrogations que l’oiseau moqueur dont la construction était aussi très inégale. Les critiques ont depuis sa publication souvent évoqué le nom de Truman Capote, ami d’Harper Lee. Les 100 premières pages de « va et poste une sentinelle » sont pour le moins insipides et semblent provenir du journal intime d’une ado moyenne du Middle West particulièrement cucu et naïve. Sans doute reste-t-il dans ces pages, beaucoup de l’ouvrage écrit avant l’oiseau moqueur et non publié. Pour le reste… À partir des pages 110, 120, le style devient plus maîtrisé et le récit prend de l’épaisseur. Est-ce seulement le fait de la maturité de l’auteur ? D’autres Truman Capote sont-ils intervenus. Combien de mains se sont posées sur » Va et poste une sentinelle »? Il n’est peut-être pas nécessaire de répondre à toutes ces questions. D’une certaine manière, un roman est souvent plus ou moins un ouvrage collectif même si c’est un peu casser le mythe de l’écrivain solitaire et démiurge, très vivace dans notre beau pays.
Sur le fond, le roman apporte un très bon complément à l’oiseau moqueur. Peut-être devient-on vieux quand on n’a plus d’illusions à perdre. À ce titre, Scout est encore très jeune. Sa mère étant morte peu après sa naissance, Jean Louise a été élevée par son père et Calpurnia, une gouvernante noire qui fait beaucoup penser à la « Mama » d’autant en emporte le vent. C’est sans doute pour cette raison que la notion de « race » échappe totalement à son mode de pensée. Charmée dans son enfance par la défense par Atticus, son père, d’un noir accusé à tort de viol (intrigue de l’oiseau moqueur), elle n’imagine pas une seule seconde que son héros puisse penser autrement qu’elle.
« Va et poste une sentinelle » nous fait découvrir le vrai visage du racisme qui peut être compatible avec la protection d’un individu victime d’injustice: un bébé phoque massacré ou un taureau dans l’arène nous émeut tout autant qu’un humain. Le racisme est tout d’abord un phénomène social et identitaire. La croyance en l’infériorité naturelle des noirs était indispensable à l’équilibre des sociétés des États du sud jusque dans les années 50, tout comme l’étaient les indigènes pour les grandes puissances coloniales européennes des années 30. Se battre contre la reconnaissance aux noirs de droits civiques, c’était pour beaucoup préserver une pièce majeure d’un mikado identitaire sudiste dont la disparition entraînerait un effondrement d’ensemble.
Le besoin de préserver l’identité psychique, aussi essentiel que se nourrir, dormir ou se reproduire, reste le plus dévastateur, sa satisfaction parfaite ne pouvant mener qu’au chaos. Décidément, le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas.
(Petite) déception pour ce chef-d’oeuvre de la littérature sud-américaine.
J’ai eu des difficultés à entrer dans ce chaudron foisonnant.
La famille Buendia, habitant à Macondo, en Amérique du Sud, est condamnée à cent ans de solitude par le gitan Melquiades. Cinq générations vont se succéder, au milieu des révolutions, guerres civiles, destructions et catastrophes naturelles.
Cela vole dans tous les sens, et le lecteur rationnel que je suis a de la peine à s’accrocher à son fauteuil, et à se retrouver au milieu de tous ces personnages baroques.
Un grand ami sud-américain m’a confié qu’il avait lu ce livre en 48 heures, sans dormir.
Il m’a fallu 2 semaines, avec des nuits agitées.
Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de littérature en 1982, est resté fidèle à Fidel Castro le Cubain, décédé récemment, jusqu’à son dernier souffle. Roman utopique? Pavé dans la mare antiaméricaine?
La grande force de Simenon: un monde en clair-obscur, avec les détails qui font mouche.
Norbert Monde dirige une société de transports.
Il quitte son bureau un soir, passe à la banque, et disparaît.
On le retrouve à Marseille, puis à Nice, où il se trouve un travail dans une brasserie interlope fréquentée par des amateurs de jeu et chair fraîche.
Il se met en ménage (boiteux) avec une jeune femme encore plus paumée que lui.
Au bout de quelques mois, il retourne chez lui, et se remet au travail comme si rien ne s’était passé.
Écrit en 1944, le récit n’a pas vraiment vieilli.
On ne peut pas reprocher à Simenon d’avoir le premier raconté une histoire de disparition.
La littérature et l’actualité se sont emparées de ce thème pendant les 70 ans qui ont suivi.
Mais je préfère quand même bon-papa Maigret et ses déductions rocambolesques.
Dans les années 30, l’avocat Atticus Finch élève seul sa fille Scout et son fils Jem dans une petite ville d’Alabama. Commis d’office, il est chargé d’assurer la défense de Tim Robinson, un noir accusé du viol d’une jeune femme blanche.
Classique incontournable de la culture américaine (adaptation en 1962 au grand écran avec Gregory Peck dans le rôle d’Atticus), le livre fera beaucoup de bruit à sa sortie, en plein dans une Amérique secouée par la défense des droits civiques (Rosa Parks et son bus en 1955, c’était aussi en Alabama).
Le livre est tout d’abord une prouesse narrative, l’histoire étant racontée à travers les yeux d’une fillette. Plongée dans des affaires de « grandes personnes » qu’elle ne comprend pas vraiment, Scout relate des faits avec ses mots, charge au lecteur d’en reconstituer le sens. Le procédé donne un caractère profondément tendre à l’ouvrage. On frémit pour Scout, on est triste avec elle et ses maladresses d’enfant nous font mourir de rire (l’épisode de Scout déguisée en jambon à la fête de l’école vaut son pesant de bacon).
Le choix narratif donne à l’intrigue un caractère étrange. L’absence de toutes références à la mère de Scout m’a en particulier frappé. Certes, elle explique que celle-ci est morte quand elle avait deux ans, mais une disparition aussi nette de la pensée de tous semble étrange. Ceci dit, Scout n’est pas encore assez âgée pour comprendre ce qu’est un tabou. Elle parle des choses dont on parle et cela ne lui viendrait pas à l’esprit d’évoquer les sujets dont on ne parle pas. Ces trous dans l’intrigue se marient d’ailleurs très bien avec l’atmosphère du « Deep South », marquée autant par le racisme que par la superstition. La mémoire de la guerre de Sécession est encore vive même si la plupart des protagonistes ont disparu. Les légendes de confédérés se mêlent ainsi à celles de fantômes, de maisons hantées et d’esclaves évadés.
Dans cet univers, le souci des habitants est plus de préserver cet esprit du Sud que de rechercher une réalité. Atticus sait très bien tout ça, il sait que les jurés peuvent envoyer Tim à la mort tout en étant persuadés de son innocence, parce que pour eux, ce serait criminel de reconnaître qu’un noir puisse avoir raison contre un blanc. Les habitants de la ville haïssent d’ailleurs autant Atticus, « l’ami des noirs », que le véritable criminel dont personne n’ignore l’identité : tous deux menaçant l’ordre établi. La grande victoire d’Atticus, c’est les cinq heures du délibéré qui indiquent que les esprits commencent à bouger.
Il n’y aura pas de suite à « ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ». Le second roman d’Harper Lee, publié en 2015 (va et poste une sentinelle) avait en fait été écrit avant. Le silence de plus de 50 ans de l’auteure disparue en 2016, son caractère insaisissable et la polémique concernant la participation de Truman Capote à l’écriture de « l’oiseau moqueur » font de l’ouvrage lui-même une légende du Sud.
Une jeune femme de 16 ans est enlevée près de chez elle. On apprend rapidement qu’elle est enceinte. Les ravisseurs veulent lui prendre son enfant. La petite futée préparera un plan afin de se débarrasser de son geôlier. Le titre fait référence aux ‘items’ qu’elle accumule pour arriver à ses fins. Fille d’un physicien et d’une brillante avocate, la jeune fille est bien sûr particulièrement
intelligente. Ce livre mal traduit m’a agacé. L’atmosphère de vengeance rappelle le mauvais côté des États-Unis. Ce qui donne surtout des sueurs froides est le manque total d’empathie de la jeune dame. Pour elle, l’amour ou la haine sont une question d’interrupteurs internes.
Il ne m’étonnerait pas que l’auteure, avocate elle-même, fasse partie du clan de l’actuel très viril et grotesque président yankee. Mais là je divague probablement,
À condition d’accepter les trois crimes horribles qui ensanglantent les quelques dizaines de premières pages, vous ne pourrez pas vous décoller de ce suspense planétaire: on voyage de New York à Paris, en Turquie, en Afghanistan, à Djeddah, en Syrie…
Vous l’aurez compris, il s’agit ici de la vision anglo-saxonne du terrorisme islamiste.
Pilgrim, personnage aux identités multiples, traverse le livre, de même que le surnommé le Sarrazin, personnage machiavélique préparant une attaque biologique contre le grand Satan (les étazunis pour les initiés).
Pour ceux qui ont lu les aventures de Jason Bourne (La mémoire dans la peau, etc) de Robert Ludlum, ceci rappellera d’agréables souvenirs. D’après l’éditeur, on trouve aussi des similitudes avec la série TV Homeland, que je ne connais pas.
L’auteur est scénariste, son script frise la perfection.
Les aventures de Fama, dernier représentant de la lignée déchue des Doumbuya et de sa femme Salimata dans l’Afrique de l’Ouest postcoloniale.
Publié pour la première fois en 1968 aux presses de l’Université de Montréal, puis aux éditions du Seuil en 1970, ce roman est une merveille.
Tout d’abord, la puissance de l’écriture est fascinante : une écriture simple, crue, colorée, parfois violente et souvent drôle… je ne trouve pas de meilleur verbe que « capturer » pour qualifier l’effet des mots d’Ahmadou Kourouma. En livre de poche, l’ouvrage fait moins de 200 pages, mais se déguste très lentement, comme une noix de cola. Bien entendu, si vous avez la chance de connaître un peu l’Afrique de l’Ouest, la saveur n’en sera que plus forte.
D’un point de vue historique, le roman présente ensuite un grand intérêt.
Gentil petit toubab, j’ai bien appris mes leçons: la conférence de Bandung et la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Culpabilisé dès mon plus jeune âge pour des horreurs commises par mes semblables, je me suis longtemps morfondu dans « les sanglots de l’homme blanc » dont parlera Pascal Bruckner en 1983. De fait, il était évident pour moi que les gentils noirs, libérés du joug du méchant blanc, avaient retrouvé avec l’indépendance leur bonheur perdu, l’innocence vaguement rousseauiste des origines. Visiblement, mes enseignants n’avaient pas lu « les soleils des indépendances », c’est bien dommage.
Mon propos n’est bien entendu pas de réhabiliter la période coloniale. Je veux seulement dire que dans mon aveuglement, je ne m’étais jamais demandé comment les Africains avaient eux-mêmes pu vivre la décolonisation.
Fama vit pour le maintien des traditions et grâce aux traditions puisqu’il gagne sa vie en organisant des enterrements qui respectent strictement les coutumes Malinké. Cette tradition animiste très légèrement saupoudrée d’islam, constituerait le vestige d’un prétendu âge d’or ante-colonial qu’il n’a pas connu. Pour Kourouma, les indépendances, loin de permettre aux peuples de retrouver la pureté d’une société originelle, ont surtout généré de profonds troubles sociaux, peut-être pires que ceux dont la colonisation avait été la cause.
Dépositaires d’un syncrétisme communiste auquel Fama ne comprend rien, les libérateurs ne sont pas tous des gardiens des traditions. La nouvelle classe dirigeante le condamne à 20 ans de prison pour un rêve qu’il leur a raconté, puis le libère dans la liesse générale pour des raisons qui lui échappent.
Fama est un personnage terriblement attachant, la figure universelle de l’individu ballotté par ses désirs, ses devoirs et la société qui l’entoure : un archétype d’humanité.
Très bonne surprise: un roman familial qui passe allègrement du noir au pastel, dans un style de classe: classes sociales et classieux.
Le narrateur, prénommé Louis est entouré d’un père absent (sauf pour quelques grivèleries), d’une mère qui m’a rappelé Folcoche de Hervé Bazin, d’une grand-mère qui voit une petite fortune lui tomber du ciel, et d’un frère footballeur professionnel. Agitez, et vous obtenez un mélange hautement explosif. out cela dans le genre velouté, et une écriture que quelqu’un a qualifiée de verglacée.
On veut faire main basse sur l’argent de la vieille, mais on respecte les convenances.
Cas de conscience garanti…
Les révélations se font au compte-gouttes, ce serait donc plutôt un style d’apothicaire.
Comme chacun sait, les Bretons ont la tête dure. L’auteur est breton, les personnages également. Les parents de Louis ont même le culot de dire que le Languedoc-Roussillon est la plus vilaine région de France, obligés qu’ils sont de s’exiler à Palavas-les-Flots pour y vendre des cartes postales. Allez, je ne vous en veux pas, les amis, vous m’avez fait passer un bon moment.
Amitiés ensoleillées (aux dernières nouvelles, il a beaucoup plu cet été en Bretagne, bien fait pour vous),
Oui, vous l’aviez deviné, polissons que vous êtes, on parle ici du Kâma-Sûtra.
Quatre enfants de la classe moyenne américaine découvrent par hasard dans la bibliothèque
familiale un livre d’éducation sexuelle. Et, oui, se sont leurs parents qui servent de modèles
pour ce que l’on pourrait appeler les travaux pratiques. Cela se passe dans les années Peace and Love.
L’auteur ne nous épargne aucune des conséquences subies pendant des années par les
enfants à la suite de ce faux pas des géniteurs.
Impuissance, homosexualité, drogue, immaturité, maladie incurable… Un vrai catalogue, qui fait penser aux discours du cow-boy qui brigue la présidence en novembre prochain.
C’est lourd, non crédible, moralisateur, en un mot, déconseillé. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis la libération sexuelle, et nous en sommes actuellement au sexuellement correct, en prise directe avec le politiquement correct.