Un héros

« Toujours est-il que mon grand frère Laurent, promis à un destin magnifique, finira en vagabond des étoiles hirsute et fou.
C’était lui ou moi : ce fut lui.
Ce roman de notre fraternité blessée, je le lui dois. »
Pour en arriver à son frère, nous devons passer par toute la famille, des grands-parents maternels Schneider-Brissac, plus une parente, la comtesse d’Uzès. Ce qui nous vaut un listing de tous les biens et titres dont s’enorgueillit toute la famille.
L’aveu d’une famille collabo et raciste semble très mode.
La mère fausse frondeuse et soi-disant féministe est surtout une bourgeoise, intellectuelle et à côté de la plaque qui ne prend aucune responsabilité. Idem pour le père, Maurice Herzog, le célèbre vainqueur de l’Annapurna (au détriment de ses coéquipiers qui le sauvèrent) et qui fut un court instant ministre. Ce « héros » a passé le reste de sa vie à se vanter et se reposer sur ces quelques lauriers en ne s’occupant que de ses conquêtes féminines. Rapidement divorcé, lui, non plus, ne s’occupait pas de ses gosses. Le frère et la sœur ont donc grandi sous la houlette de nounous qui capitulaient assez vite et changeaient souvent. Études dans des lycées privés et catholiques, beaucoup de sport et grande concurrence entre eux. Le frère, fêlé de naissance, battait sa sœur qui avait souvent besoin d’aller à l’hôpital pour se faire recoudre.
Pourtant, Melle Herzog est fascinée par son frère au point de se calquer sur lui et de le dépasser dans les études. Elle est aussi fascinée par toute cette famille qu’elle critique, mais dont elle suit le modèle tout en le réfutant.
Vous me suivez toujours ? Non ! Je vous comprends.
Ce livre n’est qu’une valse hésitation sans aucun intérêt historique, voire psychologique (ce pour quoi je l’avais pris, induite en erreur par la 4e de couverture.) Beaucoup de mots et de métaphores compliqués pour rien.

La Martine dépitée

HERZOG Félicité
Grasset, 2012, 302 p.

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Sauve toi, la vie t’appelle

Pourquoi certaines personnes ayant subi des événements traumatogènes se relèvent et d’autres pas ? Boris Cyrulnik est devenu le pape du concept qui tente de répondre à cette question: la résilience.
Je n’avais rien lu de lui, mais le principe de la résilience m’intéresse depuis un certain temps. Aussi, ai-je voulu sauter sur l’occasion avec la publication de ses mémoires : nous allons enfin savoir comment Boris Cyrulnik est devenu Boris Cyrulnik. Le bilan est mitigé.

En 43, le petit Boris, âgé de six ans, s’est échappé de la synagogue de Bordeaux depuis laquelle il aurait dû être déporté.
La première partie du livre est passionnante, le neuropsychiatre décortique ses souvenirs et met en évidence la relativité de ses derniers. À l’époque, il n’avait pas vraiment conscience de ce qu’il faisait et de la raison pour laquelle il le faisait.

J’ai été tout particulièrement intrigué par le souvenir reconstitué de l’aide salutaire d’un officier allemand. Je n’ai pu m’empêcher de faire le lien avec le régime spécial dont a « bénéficié » Simone Veil lors de son arrivée à Auschwitz (décris dans son autobiographie « une vie »).

Et puis, après, le récit s’enlise un peu. Difficile de parler de narcissisme pour une autobiographie, mais bon, il parle beaucoup de lui et uniquement sous l’angle du traumatisme. J’aurais aimé en savoir plus sur les autres aspects de sa vie.

Il n’y a pas de plan chronologique. L’auteur précise que cela ne se justifie pas dans la mesure où la mémoire d’un traumatisme est anhistorique. Peut-être bien, mais on s’emmêle un peu les pinceaux. Il parle beaucoup des difficultés qu’il a eues à parler de tout ça et on sent qu’il avait besoin de le faire. Oui, mais nous on n’est pas psychanalystes, on veut un fil conducteur.

Ce qui m’aurait intéressé, c’est qu’il compare sa résilience avec celle des autres formes de traumatismes subis par d’autres individus. Il ne parle que des enfants juifs cachés pendant la guerre et encore ne parle-t-il que d’une toute petite minorité : Lui, Georges Perec et Roland Topor. S’il avait voulu se limiter aux célébrités, il aurait dû aussi parler de Marcel Gotlib et sans doute d’autres.

Le livre dérive ensuite sur la difficulté de la reconnaissance de la Shoah par la société française avant les années 80. Peut-être bien, mes souvenirs sont plus qu’ imprécis avant 80 et
je pense avoir été suffisamment informé dès mon plus jeune âge.

Bref, le livre ne m’a pas vraiment donné ce que j’attendais. D’ailleurs, à la dernière page, Cyrulnik semble s’excuser et expliquer que ce livre n’est pas celui qu’il aurait voulu écrire.

Edouard

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Simenon

Longtemps, j’ai pensé que Simenon se limitait à Maigret et comme pour moi, Maigret se limitait à Bruno Cremer, Simenon était une sorte de Cremer. Longtemps, je n’ai pas essayé de chercher plus loin, car pour tout dire, je trouvais la série un peu chiante, préférant largement les Nestor Burma avec Guy Marchand tournés à la même époque.
Jusqu’au jour où, au milieu des années 1990, dans une brocante du sud de la France, je suis tombé sur « la fuite de monsieur Monde » : un livre signé Simenon qui m’a fasciné et qui n’avait rien de policier. Je me suis alors mis à m’intéresser à l’auteur et j’ai réalisé que je le connaissais beaucoup plus que je me l’imaginais à travers deux films tirés de ses romans qui m’avaient eux aussi beaucoup marqué: « Monsieur Hire » avec Michel Blanc et « Les fantômes du Chapelier » avec Michel Serrault et Charles Aznavour. Dernièrement, j’ai été une fois de plus émerveillé en voyant « Le train » sur une chaîne de la TNT : film de 73 avec Jean Louis Trintignant et Romy Shneider. Il fallait que je perce ce mystère et je me suis mis en quête d’une biographie. Internet m’a proposé son autobiographie, mais comme je me méfie de ce genre d’écrits, j’ai choisi l’ouvrage de Pierre Assouline.
Aucune référence à Bruno Cremer : la série a débuté en 1991 et la biographie se termine le 4 septembre 1989, date de la mort de l’écrivain.
Georges Simenon est né à Liège en 1903. A 19 ans, il quitte sa province et son pays, bien décidé à conquérir Paris. Il va d’abord écrire pour vivre avant de vivre pour écrire. Grâce à une capacité phénoménale de production littéraire, il y parviendra sans trop de difficulté. Au début des années 30, il crée le personnage du commissaire Maigret qui lui assurera le gîte et le couvert jusqu’à la fin de ses jours. Peu avant la guerre, il rêve de devenir écrivain, d’écrire ce qu’il appelle des « romans durs », et il trouve un Mentor en la personne d’André Gide qui l’aidera effectivement à en écrire de très beaux. Peu après le début du conflit mondial, il devient à son tour le Mentor d’un petit jeune qui deviendra lui aussi un grand nom du polar industriel français : Frédéric Dard.
Notoirement antisémite, il se comportera avec l’occupant moins en affreux collabo qu’en homme d’affaires à la morale douteuse et passera comme tant d’autres entre les mailles de l’épuration.
Dans les années 50, il dira à qui voudra l’entendre qu’il refuserait un prix Nobel de littérature qui, pour son grand malheur, ne lui sera jamais proposé. Il souffrira ainsi jusqu’à la fin de ses jours du dédain des milieux littéraires qui le verront toujours plus comme une curiosité littéraire que comme un écrivain.
A la fin des années 60, il décide d’arrêter d’écrire et à partir de 1978, année du suicide de sa fille, il commence à s’éteindre.
Comme ses romans et comme les films qui en sont tirés, Georges Simenon est un écrivain trouble qui, à mon sens, laissera dans l’histoire de la littérature et du cinéma ce « froid et lucide désespoir » dont il parle à Gide dans une lettre de 1948 en évoquant « La fuite de monsieur Monde ».
Comme le dit Assouline, ses romans seront tous des histoires d’hommes qui passent sans le savoir vraiment à côté de leur vie…peut-être une clef du mystère.
Edouard

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Faute d’identité

« En novembre 2009, j’ai perdu mon passeport. J’ai déposé une demande pour en obtenir un nouveau. On m’a recalé. Dans la France d’aujourd’hui, être un français né en France de parents français n’est pas une preuve de nationalité. »

Son père est né à Istanbul. Nous le connaissons sous le nom de Jacques Remy, scénariste. Sa mère, modéliste chez Hermès, est née à Budapest.

Tous deux naturalisés bien avant la naissance de leur fils. Le père en 1933.

L’auteur se dit « révolté et humilié » comme si ses parents avaient commis une quelconque faute.

De là, il part dans les souvenirs de son enfance, puis des plus récents. Il cherche ses racines, il doute, il analyse la société.

J’ai bien aimé comment devenir président de la République ou écrivain à succès.

Comme tous les livres de souvenir, rien n’est dans l’ordre, mais c’est un livre facile à lire, plaisant et souvent amusant.

La Martine

qui suffoque dans la pénombre. Ceci dit pour les nordistes… :-)))

ASSAYAS Michka
Grasset, 2011, 172 p.

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Cloclo

Je n’avais pas deux ans quand Claude François est mort. Je n’ai donc aucun souvenir de cet événement national. Par contre, j’ai grandi avec les rétrospectives Cloclo : les « Souvenez-vous ! Claude François ! 1,2,3,4,5…30 ans déjà ! » de Michel Drucker.
Cloclo, c’est aussi pour moi un grand nombre de soirées très alcoolisées dont je ne garde qu’un très vague souvenir.
Bref, c’est un mythe de la chanson française, comme le montre Yann Moix dans Podium.

Le passionné de mythologie que je suis ne pouvait donc rater une biographie de ce monument.

D’un point de vue scénaristique, le début, qui se passe en Égypte, est aussi croustillant qu’un reportage d’Arte du samedi soir : une accumulation un peu tire larme d’éléments biographiques. L’arrivée en France de la famille François n’est guère mieux.

Ce n’est avec l’époque de « belles, belles, belles ! » que la dimension dramatique commence à voir le jour.

L’industrie « Claude François » se développe alors sous la houlette de Paul Lederman et l’enfant d’Ismaïlia se transforme peu à peu en superstar/businessman maniaque et tyrannique.

L’épisode de « comme d’habitude » nous laisse entrevoir une popularité qui le dépasse. On le voit écouter incrédule Sinatra chanter « my way », comme s’il ne pouvait (ne voulait ?) admettre qu’il était plus qu’un chanteur de variétoche.

Par petites touches, on voit « le mal aimé » se faire dévorer par l’engrenage. Le meilleur plan du film, sans doute, le montre se jeter au milieu du public à la fin d’un concert avant de s’enfoncer lentement dans une marée de bras et de mains qui le manipulent comme autant de tentacules d’un monstre impitoyable.

Le thème de la décadence intérieure est toutefois limité. Pas de suicide, comme on l’a souvent dit. La mort est présentée de manière très académique, comme un bête accident domestique (il faut vraiment être con pour changer une ampoule sous la douche).

Le sentiment global est que le réalisateur a été profondément entravé par des maisons de production qui ont dû commander un portrait très aseptisé de l’idole en prévision des 35 ans de sa mort (que Michel Drucker ne manquera sans doute pas de célébrer en 2013).
Finalement, la mort du chanteur n’aura-t-elle été qu’un épisode de l’histoire de l’industrie « Claude François » ? Brrr.

Edouard

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Un mal qui ne se dit pas

« J’ai écrit ce texte dans une démarche de vérité, pour moi-même, mes parents, mes enfants, mes proches, et dans un but thérapeutique. Si j’ai accepté de le rendre public, c’est dans l’espoir de contribuer à changer le regard sur le VIH, ce « mal à dire » : et pour que ceux qui traversent une expérience comparable à la mienne, celle de la honte et du secret qui rongent l’âme, puissent s’y reconnaître, et, pourquoi pas, y trouver quelques raisons d’espérer. »

1er : pas de note. C’est une expérience vécue et je ne sais qu’en penser.

2e : un « truc » me gène.. Le VIH, je connais vaguement depuis 1988. Je sais qu’on ne l’attrape pas « comme ça », par l’air du temps. Rapport sexuel, drogue ou transfusion. Il y a aussi une différence entre VIH et SIDA, l’évolution de la maladie. Je sais aussi que ce n’est pas une maladie dont on chante le nom sur les toits, mais plutôt considérée comme une « maladie honteuse ».

Ce livre ne m’a donc pas surprise et il m’a appris certaines choses sur les traitements.

Et puis il y a la personnalité de chacun face à cette maladie. C’est là que « le bât blesse ». Mme Bouferguène est orgueilleuse, superficielle, têtue -ce qui l’a drôlement aidé – et il semble qu’elle recherche continuellement notre admiration. Effet d’optique, bien sur, puisque ce livre n’est écrit que pour ses proches, voire ses deux enfants, et pour l’association AIDE.

Je crois sincère son désir de bien faire, mais l’autosatisfecit n’est jamais loin. Peut-on vraiment changer, comme ça, d’un coup ???

Une expérience douloureuse, niée pendant 22 ans ; une histoire, lourde, très bien écrite avec quelques répétitions sur lesquelles je suis passée et qui s’expliquent très bien.

Un livre que je ne regrette pas d’avoir lu, pourtant.

BOUFERGUÈNE Anne
Robert Laffont, 2011, 228 p.
La Martine mi-figue, mi-raisin…

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Stefan Zweig, l’ami blessé

Bona Dominique, Grasset, 2010, 460 p. + 8 de photos

Quand on veut « paraître » avoir une grande culture, il est de « bon ton » d’avoir lu Zweig. « Il faut » avoir lu tous les « classiques » des « intellectuels », bien évidemment « philosophes » puisqu’ils témoignent d’une époque qui n’existe plus, mais qui « devrait » nous servir d’expérience.
Vous venez de lire, entre guillemets, un échantillon des mots qui me hérissent.
Je suis tombée par hasard sur sa biographie. Voilà une bonne occasion de découvrir le bonhomme et de comprendre mes réticences.

De la légèreté à la mort.

1900, Vienne, la valse, les concerts, les théâtres, les bals, les artistes et intellectuels qui se réunissent dans des cafés célèbres, François-Joseph, le père de la nation et sa romantique Sissi ; la belle vie pour les bourgeois et les aristocrates. [Les autres sont occultés.]
Moritz Zweig, riche fabriquant, juif laïque, ne veut qu’une chose, s’intégrer. Il veut être autrichien, mais pas juif. Il faut savoir rester à sa place, ne jamais rien demander, ne pas faire tache ni aucun remous. Tout est dans l’apparence. C’est ainsi qu’il va éduquer ses enfants. Ils doivent devenir des Autrichiens cultivés. L’aîné prendra la suite du père. Comme lui, il est sage, pondéré, réfléchi, stable. Au contraire, son cadet, Stefan, est un enfant très gai, enjoué, mais capable de déprime et de grosses crises de colère. « Neurasthénie », disent les médecins. Étouffé et surchargé de cours, il apprendra à dissimuler ses émotions et à haïr l’autorité.
En 1900, Stefan a 19 ans, le bac en poche et, grâce à sa rente à vie, il vole de ses propres ailes. Pour faire plaisir à ses parents et devenir « Doktor » il s’inscrit en philosophie, la matière qui demande le moins de présence. Il vit la nuit et voyage beaucoup pour approfondir sa culture.
Bien que timide et secret, il va au-devant des autres. [C’est-à-dire, des intellectuels qu’il admire.]
Toute sa vie, ce sera un homme guindé, « aux manières feutrées, au sourire d’exquise courtoisie », enthousiaste pour les autres, semblant ouvert à tous et généreux. [Du moins, dans ses phases euphoriques, car Zweig n’est ni plus ni moins qu’un bipolaire, un maniaco-dépressif, un paranoïaque lucide, comme on dit maintenant.]
Sa lucidité et son hypersensibilité lui permettent de ressentir la souffrance des autres et d’anticiper l’avenir. Dès la guerre de 14, il craint l’Anschluss et le démembrement de son Autriche adorée. Il fait la guerre dans un bureau d’archives, mais ce que ses amis, combattants, écriront, le bouleversera. Il passe 10 jours en Galicie et découvre les ghettos. Ses origines refont surface ce qui le fragilise encore plus.
Les privations des crises d’après-guerre et de 1930 ne le touchent guère financièrement. En 1922 la parution de « Amock » lui offre l’envié statut d’écrivain mondialement connu. [Jusque là, il n’était connu que d’une élite. Ah l’Élite ! …] Il ne comprend pas. Il pense que ses amis sont meilleurs que lui. Il n’en devient que plus riche. Il se dit « privilégié et malheureux de l’être. » [Je le crois sincère, mais grâce à son don de prémonition, il est toujours ailleurs quand les évènements se passent.]
En 1929, « les vieux démons fascistes et révolutionnaires » se réveillent. Il faut être rouge ou noir. [Ah ce « il faut » !] Zweig est apolitique et abstentionniste. L’appartenance à un drapeau, à une idéologie est trop restrictive pour lui. Il se veut « homo pro se » comme Érasme. [La traduction « pour lui-même » ne me plaît pas. Je dirais : fidèle à lui-même. Son idée de monde uni et en paix grâce à la culture est loin d’être égoïste. Utopique, certes, mais pour l’instant, il croit encore à quelque chose.]
En 1933, Hitler arrive, légalement, au pouvoir. Une fois de plus, Zweig pressent le danger et incite sa famille et ses amis à partir (du moins ceux qui sont encore en Autriche). Lui-même hésite à s’arracher à son pays, à ses racines. Ce n’est qu’après la visite de policiers dans son nid d’aigle, son refuge, en haut de Salzburg qu’il part pour Londres. Le grand Zweig, mondialement connu est accueilli à bras ouverts. Ce qui lui permet d’aider moralement, physiquement et financièrement ses amis réfugiés. [Il n’est pas égoïste avec ses amis.]
Après l’Anschluss en mars 1938, il n’est plus qu’un « immigré ennemi ». Si sa première épouse, Friderike, lui avait servi d’infirmière, d’antidépresseur et de bonne à tout faire, la deuxième, Lotte est une femme fragile, asthmatique, effacée, qui l’admire, vit dans son ombre, a 27 ans de moins que lui, mais ne lui est d’aucuns secours. De materné, il paterne. Ce qui le fatigue. [Misogyne ?]
Il lui faudra attendre longtemps son passeport britannique et son visa pour les USA. Là aussi, son accent allemand le désigne comme un ennemi. En août 1941, il s’installe au Brésil. C’est un homme brisé, fatigué et qui ne croit plus à rien. Sa patrie, ses rêves se sont effondrés. Le 21 février 1942, il décide de ne plus rien voir. « À quoi sert de prolonger la vie, quand elle a été incomplètement vécue ? »
[Mon avis est que, refoulé et introverti, Zweig a vécu à travers les autres en prenant toutes les souffrances sur ses épaules. Je ne suis absolument pas persuadée que sa judaïcité en soit la cause.]

La biographie :

Zweig disait de lui qu’il était « un écrivain concis et efficace ». Mme Bona rajoute : « Tous ses ouvrages – même les biographies – sont brefs. Ils tiennent parfois en une dizaine de pages. Les nouvelles ne dépasse pas, pour les plus longues, une centaine de pages, les biographies, deux cents ou deux cent cinquante, guère plus. Comme lecteur, Zweig avoue avoir horreur des longueurs – descriptions, portraits trop développés, situations qui n’en finissent pas – et applique à ses propres livres ce dégoût salvateur. Il écrit en homme pressé, réussissant à ne dire que l’essentiel… (p. 227) »
Ce pavé est tout ce que l’on veut sauf ÇA ! La brave dame ayant eu l’amabilité de résumer la plupart des nouvelles et des biographies, je ne me sens plus obligée de le lire.

Lecture fastidieuse, mais assez intéressante d’autant qu’il y a aussi le « pedigree » des amis écrivains et le résumé de certaines de leurs œuvres.

À bientôt, mais dans la rubrique polar !

Martine

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Hergé fils de Tintin

Georges Remi 1907-1983, sa vie et son œuvre racontées par Benoît Peeters, auteur de bandes dessinées.

S’il fallait résumer se récit en un mot, ce serait « scotchant » ; pas seulement à cause du fameux bout de scotch du capitaine Haddock (« vol 714 pour Sidney » ou « Tintin et les Picaros », je ne sais plus) ni à cause du whisky Loch Lomond que le marin barbu affectionne tout particulièrement, mais aussi, et surtout à cause du récit captivant du parcours de l’homme qui organisera sa vie pendant 47 ans autour du jeune reporter.

On suivra les différentes étapes de l’élaboration de l’univers de l’homme à la houppe, album par album : la mise à l’étrier par un prêtre très conservateur, l’abbé Wallez qui se ressentira dans les premières aventures. La rencontre avec Tchang qui changera son univers à partir du « Lotus bleu ». La très controversée « Étoile mystérieuse » écrite en 1942 et qui lui vaudra beaucoup d’ennuis à la libération. L’amour de la comédie humaine de Balzac qui trouve un écho dans « Coke en stock » et « Les bijoux de la Castafiore » ; deux albums entre lesquels se glissera le très introspectif « Tintin au Tibet »…

Et Hergé dans tout ça ? Il évoluera beaucoup au cours de sa vie. Il était influençable, pour le meilleur et pour le pire. Il était un peu transparent, comme Tintin qui ne commencera que très tardivement à prendre du poids avec ses aventures himalayennes. Accablé par son héros, il traversera une longue dépression avant de reprendre le dessus dans les années 60.
Il régnera durant de nombreuses années en maître sur la bande dessinée européenne avant d’être talonné par de nouveaux venus. Pour ne pas que son héros se fasse terrasser par un irréductible Gaulois, Hergé écrira « Vol 714 pour Sidney », album dans lequel il fera partager ses goûts pour le paranormal.

À partir de 1945 et jusqu’à la fin de sa vie, il sera rongé par l’attitude collaborationniste qu’on lui reprochera.

Hergé- Mes dessins n’avaient rien de choquant.

L’Histoire- pas tous, mais quand même quelques-uns, emprunts d’un antisémitisme sans équivoque. Et surtout, des dessins publiés dans un journal qui était aux mains des Allemands. Les gens l’achetaient pour lire les aventures de Tintin.

En 1976, « Tintin et les Picaros », la dernière aventure du reporter, mettra en scène un Tintin très « gauchisé ». Ultime volonté de rédemption ? L’album sera mal accueilli par les milieux de gauche : c’est à Hergé qu’ils en veulent, pas à Tintin.

Hergé, c’est enfin une icône du XXe siècle. Né à la belle époque, il mourra au début des années 80, des suites d’une longue maladie de sang. Peut-être du fait des nombreuses transfusions qu’on lui fit alors subir, il sera victime d’un mal mystérieux qu’on n’appelait pas encore « SIDA ».

Edouard

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Limonov

Limonov –
Emmanuel Carrère – POL – 489 p.
Prix Renaudot 2011
Voilà un auteur qui mûrit à chacune de ses apparitions!
Je n’avais pas aimé du tout son « Adversaire », l’histoire de ce faux médecin qui assassine sa famille au grand complet.
J’avais beaucoup aimé  »D’autres vies que la mienne ».
Et son Limonov fera partie de mon top 5 de cette année.

Pourtant, il s’agit d’un authentique salaud.
Né en 1943 en Ukraine, fils d’un planqué sous la botte stalinienne, il commencera sa percée comme voyou.
Son seul atout: un talent poétique affirmé dès son plus jeune âge. Voilà qui ne laisse aucun Russe indifférent.
Il débarque à Moscou en 1967, et fera immédiatement partie de l’underground de l’époque.
Lassé de son pays, il s’envole pour New York, pour toujours pense-t-il.
Il y connaîtra la misère, et deviendra valet d’un milliardaire. Son expérience sera décrite dans un livre qui ne risque pas d’avoir fait plaisir à son employeur.
Son errance le mène à Paris, où il sera la coqueluche des milieux branchés.
Retour à Moscou, entrée dans la glasnost.
Il fera le coup de feu du côté des Serbes en ex-Yougoslavie.
Il fonde le parti national bolchevik (surnommé nasbol), opposé à tous et à tout.
Quelques années de prison ne le rendent pas plus sage.
Pas plus tard que ce dimanche, on parlait à la radio de son emprisonnement à l’occasion des élections russe.

Une fois de plus, Emmanuel Carrère se montre fasciné par un personnage exceptionnel, plus abject que sympathique.
Ce livre se lit comme un roman d’aventures, se vit comme un western.
Et il donne en prime un superbe survol de l’histoire de la Russie passée de la terreur communiste à la domination de la mafia, Poutine en tête.
Certains portraits au vitriol feront sursauter les ménagères frileuses: le chouchou de l’Occident, Gorbatchev, n’en sort pas indemne. Les manigances de Eltsine valent leur volume de vodka.

Drôle de pays, cette Russie capable du pire comme du meilleur.

Amitiés sibériennes,

Guy

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Brunehaut

Pour ceux et celles qui, comme moi, ont été traumatisés dans leur enfance par l’image de cette reine mérovingienne traînée sur le sol attachée à la queue d’un cheval lancé au galop, ce livre est l’antidote indispensable pour une bonne résilience.

Pour les autres, il permettra une révision des connaissances sur une période charnière de notre histoire où l’on voit l’Empire byzantin abandonner ses prétentions sur l’Occident pour laisser la place au moyen âge.

À la fin du VIe siècle, les descendants de Clovis se partagent un royaume correspondant en gros à l’hexagone moins la Bretagne, l’ex Allemagne de l’Ouest, le Benelux et la Suisse : le « regnum francorum ».
L’un d’eux, Sigebert, épouse Brunehaut, une princesse wisigothe qui réussira à régner sur l’ensemble du royaume pour être finalement destituée et exécutée par son neveu Clotaire en 613.

Il faut bien l’avouer, il y a des longueurs et la période de la vie de Brunehaut sur laquelle l’auteur est le mieux documenté, en particulier grâce à Grégoire de Tours, n’est pas forcément la plus intéressante.
Les querelles incessantes entre Sigebert et ses frères ainsi que les tentatives désespérées de Frédégonde (la célèbre belle sœur de Brunehaut) pour tirer son épingle du jeu finissent par lasser.

Le meilleur du livre, c’est pour moi le dernier chapitre consacré à la légende de Brunehaut dans lequel Dumézil s’intéresse à l’évolution de la perception de la reine des Francs, au cours des siècles qui ont suivi sont supplice. Cette perception s’est rapidement divisée en deux courants, l’un historique et l’autre mythique.
Ils finiront par ne plus rien avoir l’un avec l’autre puisqu’au XIXe siècle, on retrouve Brunehaut germanisée en Brunehilde et devenue reine d’Islande dans la Tétralogie de Wagner.

La reine Brunehaut
Bruno Dumézil
Fayard, 2008
425p. ,29€

Edouard

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