Kennedy et moi

Hier, j’ai acheté un revolver. Cela me ressemble bien peu. Les deux premières phrases donnent le ton de ce court roman qui m’a enchanté, dans tous les sens.
Le narrateur, Samuel Polaris, est écrivain. Il a écrit une dizaine de romans, qui lui ont permis de nourrir sa petite famille: Anne, sa femme, sa fille Sandra et les jumeaux adolescents, interchangeables au point de ne pas pouvoir les reconnaître l’un de l’autre.
Quelque chose ne tourne pas rond dans cette famille.
Samuel n’a plus écrit une ligne depuis des années. Anna s’envoie en l’air avec un oto-rhino dans la clinique où elle travaille comme orthophoniste. La petite peste de Sandra ne pense qu’à gagner un maximum de pognon en devenant dentiste, et les jumeaux vivent dans un monde virtuel inaccessible aux autres.
Le jour où Samuel agresse son dentiste en le mordant jusqu’ au sang (une scène d’anthologie), tout déraille.
Et Kennedy? Eh bien la montre que portait le président assassiné le jour de sa mort est devenue la propriété du psy qui tente de comprendre Samuel; et Samuel caresse l’idée fixe de lui dérober cette montre.
Ce roman date de 1996. On y trouve déjà la patte de J.P. Dubois: le cynisme, le rejet de l’hypocrisie, un humour noir déjanté, un pessimisme et une joie de vivre (non, ce n’est pas incompatible) uniques dans le genre.
Il possède l’art de pousser là où cela fait mal (comme sur la dent mal soignée de l’histoire).
Certains le comparent à l’Américain Carver.
Amitiés odontologiques,
Guy.
Jean-Paul Dubois – Points – 203 p.

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Thérapie

Lawrence Passmore est scénariste d’un feuilleton à la BBC. Ses revenus dépassent largement la moyenne nationale. Pourtant, il se plaint de douleurs au genou. Toutes les thérapies se montrent inefficaces, des plus traditionnelles aux plus farfelues. Comble de malheur, sa femme le quitte. Il se lance dans une série d’aventures se terminant inévitablement par un flop. Il cherche à se consoler dans la lecture de Kierkegaard, au point de faire se dresser les cheveux sur la tête du lecteur. En fin de livre, il se mettra à la recherche de son amour de jeunesse, Maureen. Ce qui mènera à un étonnant pèlerinage à Compostelle.
Une belle description de la névrose, probablement en partie autobiographique.
Ce névrosé-ci est un emmerdeur, et on ne comprend que trop bien ceux qui l’envoient paître.
David Lodge est catholique et anglais, ce qui est déjà un bon terreau pour les comportements névrotiques.
Et le lecteur se marre, attitude fort peu catholique, vous en conviendrez.
Ce très bon roman date de 1995. Il n’a pas vieilli, contrairement à l’auteur.
David Lodge parle de ses misères dans un livre plus récent « La vie en sourdine » où il est dur de la feuille.
S’il continue dans la même veine, je crains pour la suite, qui pourrait se passer en maison de retraite.
Amitiés ite missa est,
Guy.
David Lodge – Rivages 498 p.

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Home

« Frank Money est Noir, brisé par la guerre de Corée, en proie à une rage folle. Il doit retrouver à Atlanta sa jeune sœur Cee, gravement malade, afin de la ramener dans la ville de leur enfance en Géorgie « le pire endroit du monde ». S’engage pour lui un périple dans l’Amérique ségrégationniste des années 1950 où dansent toutes sortes de démons. Avant de trouver, peut-être, l’apaisement. Parabole épurée, violemment poétique, Home conte avec une grâce authentique la mémoire marquée au fer d’un peuple et l’épiphanie d’un homme. »
Je n’ai rien trouvé de tout ça. Un livre de plus sur la ségrégation, mais la parabole est trop épurée par rapport à la « rage folle » de Frank qui nous raconte l’histoire, passant du passé au présent avec des petites notes pour le lecteur. La poésie, où est-elle ? Je n’en ai vu qu’au début et à la fin, mais tellement absurde que je l’ai survolée négligemment. Quant à la grâce authentique, ce n’est pas le terme que je donnerais au style plutôt surréaliste et elliptique du récit. Pas étonnant que Mme Morrison ait eu le Prix Pulitzer et Nobel. Son livre n’engage à rien. Ce n’est qu’une ébauche de la ségrégation et le retour des soldats de Corée. Des sujets trop tristes à développer, sûrement. Il paraît que c’est le style de la dame.
Bref ! Je n’ai pas aimé. Trop noir, trop triste, trop négatif, trop décousu surtout. Sur le sujet, j’ai préféré « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ». Je n’ai pas compris le but de ce livre ni ce que cherchait à nous dire l’auteur.
Il fallait sûrement lire entre les lignes et non en diagonale.
Je note la Rédemption finale. Enfin, si j’ai bien compris.
La Martine qui replonge dans un autre Inoué pour se remonter le moral.
MORRISON Toni 10/18, 2012, 142 p.

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Kôsaku

Ce livre est la suite de « Shirobamba ». Kôsaku a maintenant 11 ans. Il vit toujours dans le village de sa famille à Yu-ga-Shima, chez sa grand-mère, Onui. En fait, ce n’est pas sa vraie grand-mère, mais la concubine de son arrière-grand-père. Kôsaku lui a été « prêté » pour quelques années afin qu’elle ne soit pas seule et puisse se maintenir au rang de la famille. Trop gâté par Onui qui lui passe tout, vivant à la campagne, il est évident que lorsque Kôsaku va voir ses parents en ville, il se fait rabrouer. Donc il préfère sa grand-mère. C’est un enfant mal dégrossi, vivant sans souci, jouant dehors avec ses camarades et qui, petit à petit, apprend à vivre. Grâce à une petite fille, il ressent ses premiers émois amoureux sans même savoir ce que c’est, il comprend que certains de leurs jeux sont un peu cruels, il prend conscience des adultes à qui il doit le respect et la politesse, voire la gentillesse d’une parole aimable. Bref, Kôsaku fait l’apprentissage de la vie. Il est dit que ce livre est autobiographique. Cette jeunesse qui fut nous est racontée avec les sentiments de l’enfance non sans un certain humour.
C’est mon 4e « Inoué », un auteur que j’adore pour sa simplicité, ses descriptions réalistes, ses analyses justes des personnages décrits avec affection et humour.
Je me suis sentie proche des 3 femmes du « Fusil de chasse ». J’ai aimé les enfantillages de Kôsaku qui le rende si délicieux. Grâce à Inoué, j’ai même aimé ce barbare sanguinaire de Gengis Khan ! (Le loup bleu).
Je ne comprends pas cet envoûtement. Le fait qu’il soit japonais n’y est pour rien. C’est sa façon d’écrire qui me plaît : jamais de longueurs, de mots en trop, de violence. Son écriture est « un long fleuve tranquille ».
La Martine enchantée.
INOUÉ Yasushi
Folio 2011 (1960), 222 p.
Traduction par Geneviève Momber-Sieffert

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Lamb

« Dans la banlieue de Chicago, Tommie, onze ans, des dizaines de taches de rousseur et une mère qui ne la surveille pas, rencontre Lamb, la cinquantaine et qui traverse une mauvaise passe. Il est un peu pontifiant, un peu donneur de leçons, mais, des leçons, la fillette n’en à sans doute pas reçu assez, et elle l’écoute avec plaisir lorsqu’ils se donnent rendez-vous après l’école pour manger un hot-dog. En sa compagnie, elle voit le monde différemment.
C’est lui qui suggère qu’ils quittent la ville tous les deux. Il a un chalet dans la montagne, loin, au-delà des plaines du Midwest, où ils pourront vivre au grand air. Elle le soupçonne parfois d’affabuler, pourtant, un beau jour ils partent bel et bien. Elle n’a rien dit à ses parents, mais ce n’est pas grave. Ce sera leur secret à tous les deux. Quel mal y a-t-il à ce qu’un cinquantenaire emmène une gamine de onze ans à la montagne, dans un chalet isolé de tout ? »
J’adore ces gars qui, par leur pouvoir de persuasion, amènent leurs victimes à croire qu’elles désirent ce qu’elles disent ou font pour lui. C’est le cas de Lamb, menteur compulsif. Ses petites amies l’adorent et ne peuvent vivre sans lui…
Je déteste ces livres qui appâtent par un sujet plus ou moins scabreux et finalement ne disent rien, ne prouvent rien avec un assemblage de mots en désordre, des phrases, des idées qui ne se terminent pas, des suppositions que l’on laisse au lecteur, du faux odieux aux remords les plus poignants.
Ils sont là pour justifier Lamb et ses pensées vaseuses. Quand je vous dis que les plus machos sont les femmes !
Du people de bas étage !
La Martine en rogne
NADZAM Bonnie
Fayard, 2013 (2011), 247 p.

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Polarama

Un auteur raté dans le porno et les fantômes, Bloch, va voir un prisonnier, Darian Clay qui n’a plus que 88 jours à vivre. Le « monstre » lui demande d’écrire des histoires pornos pour sa « satisfaction personnelle » et en échange il lui racontera sa vie qu’il pourra faire éditer après son exécution.
C’est en gros ce que j’ai cru comprendre de la 4e de couverture.
Le Bloch paraît sympathique par sa maladresse et sa naïveté. Il pratique l’autodérision, nous prévient qu’il veut écrire de façon à attirer notre attention. Dès le début, il nous dit que la première et la dernière phrase sont les plus importantes. Après avoir lu le début, encore faut-il avoir le courage, l’abnégation, de lire la suite jusqu’à la dernière phrase.
Je me suis dégonflée à la 102e page (quand mémeu !) ne voyant aucun intérêt à son volubile verbiage.
C’était supposé être un « polar satirique (Mouais !), un thrilleur flippé (certes !) et une enquête littéraire. (Ouille ! La prétention !) »
La Martine bêtifiée
GORDON David
Acte Sud, 2013 (2010), 405 p.

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Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

 

Le jour de ses 100 ans, Allan Karlsson décide de s’évader de sa maison de retraite.

Très bonne accroche, 20 premières pages à pleurer de rire, 100 premières pages vraiment sympa. Les 400 qui suivent sont lourdes, peu crédibles, sans intérêt et la fin ne rachète rien.

Le plan du roman se divise en deux intrigues qui se développent parallèlement.

La première, axée sur le présent, commence en fanfare, on pense à Paasilinna et d’ailleurs, Jonasson site le finlandais à un moment comme pour dire : « non, non, je ne suis pas une version suédoise de l’auteur du lièvre de Vatanen ». Ceci dit, je me souviens d’avoir lu un roman de Paasilinna il y a une bonne quinzaine d’années dans lequel une vieille décidait de s’échapper dans la nature avec son chien (je n’ai pas retrouvé le titre sur internet, si un lecteur de cet article le connaît, je suis preneur).

L’intrigue parallèle raconte le siècle de l’aïeul. Les débuts dans la vie du jeune Allan sont potables, mais après, ça devient vraiment n’importe quoi. Ce qui rend Allan sympathique au début, c’est son comportement tout à fait imprévisible. Il devient assez rapidement une espèce de Forest Gump, expert en explosif, qui croise tous les grands de ce monde : Franco, Churchill, Mao, Truman…qui, évidemment, le trouvent génial et deviennent ses grands amis en trois coups de cuillère à pot. Tous ses « grands » personnages n’ont aucune profondeur et semblent complètement interchangeables. Au bout d’un moment, flanqué du demi-frère quasi demeuré d’Einstein qui lui sert de faire valoir, Allan prend de l’envergure et commence à devenir une sorte d’Indiana Jones, mâtiné de MacGyver. On pouvait s’y attendre, il finira en James Bond.

Vous l’avez compris, les deux intrigues se rejoignent au bout de 500 pages, mais finalement, tout ça aurait pu faire 1000 ou 1500 pages. Il n’y a pas de réelle progression, c’est une succession de sketches. Allan a soi-disant 100 ans, mais il aurait pu en avoir 80 ou 70. Aucune réflexion sur la vieillesse, il semble immortel. Vous me direz que vu sa carrière, rien d’étonnant qu’il finisse en Highlander. Un roman qui a sans doute beaucoup fait rêver dans les maisons de retraite, mais qui pour moi, ne présente pas un grand intérêt (peut être que je suis trop jeune, il faudra que je pense à le relire dans 60 ans). Si ça permet à certaines personnes âgées de s’évader, pourquoi pas, mais je trouve que c’est un peu prendre les vieux pour des débiles.

Finalement, le coffret de Noël aux éditions Pocket, recouvert d’une feutrine qui lui donne une texture de charentaise, est le meilleur résumé qu’on puisse faire de l’ouvrage.

Edouard

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Le Jardin du repos

« Ayant accepté l’invitation de son ancien condisciple, Yao, à résider dans le pavillon du Jardin du repos de sa propriété, un écrivain renommé, mais pauvre, découvre peu à peu, sous l’apparente entente harmonieuse de ses hôtes, leurs difficultés, leurs souffrances et, même, le secret déchirant d’un enfant.
Le Jardin du repos est un roman où, sur un fond de poétique tristesse, se mêlent fraîcheur et tendresse. Le grand écrivain chinois Pa Kin nous présente l’étude d’une famille fortunée, mais décadente, avec son petit monde de serviteurs et, une fois de plus, il nous laisse entrevoir son amour des humbles. »
Malgré la triste histoire qu’il nous raconte, ce livre n’est pas triste. Ce sont les aléas de la vie avec, aussi, ses bons moments.
J’ai beaucoup aimé la délicatesse, l’extrême politesse, la dignité des personnages, l’absence de jugement, de condamnation et les descriptions picturales et poétiques de l’auteur. J’ai beaucoup apprécié celle de ce jardin d’Eden où j’ai pu me reposer délicieusement loin d’un monde brutal et égoïste.
Ma béatitude n’a sursauté qu’à la traduction digne d’un mauvais logiciel informatique. « Un gobelet de thé » !!! Moun Diou !!! Au pays de la délicate porcelaine de Chine !!! J’ai levé le petit doigt et je suis passée outre.
La Martine béatifiée
PA Kin
Folio, 2003 (1944), 252 p.
Traduction : Marie-José Lalitte 1981

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Dalva

Ce roman date de 1988, la pleine maturité de ce bourru de Jim.
On y trouve – déjà – son amour de la nature, son goût des grands espaces, la défense des Indiens d’Amérique.
Dalva, à l’âge de 15 ans, se retrouve enceinte de Duane, garçon sauvage et imprévisible.
Elle a un peu de sang sioux, lui la moitié.
Poussée par sa famille, elle abandonne son enfant après la naissance.
Après une longue quête, elle retrouve d’abord le père de l’enfant, détruit par la guerre (celle du Vietnam), puis son fils, adopté par une famille de la haute société, et fugueur.
Une série de personnages hauts en couleur font de ce roman un très beau moment de lecture.
On se dispute et on se réconcilie aussitôt.
On vit dans la ferme familiale, entourée d’animaux.
Il y a même des serpents.
Dalva, une sacrée bonne femme qui choisit sa vie et ses amours.
Amitiés bouffée d’oxygène,
Guy.
Jim Harrison – 10/18 – 472 p.

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HHhH

Prix Goncourt du premier roman (2010)
L’attentat contre Reinhardt Heydrich le 27 mai 1942 à Prague.
Les deux auteurs: des parachutistes, un Tchèque et un Slovaque, entraînés en Angleterre.
Heynrich: la bête blonde, le boucher de Prague, un des concepteurs de la ‘Solution finale’ avec Eichmann.
Le titre du livre: Himmlers Hirn heisst Heydrich (le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich).
Du très beau monde, comme on peut le constater.
L’histoire est vraie (tous les protagonistes y ont laissé leur peau, des centaines d’otages tchèques également), mais le livre est présenté comme un roman. À de nombreuses reprises, l’auteur se laisse emporter par son sujet.
J’ai eu par moments de la peine à rester dans l’histoire. L’auteur emploie la technique du ‘slow motion’ de façon trop appuyée. Le livre doit être pris comme un hommage à des hommes jeunes opposés à une machine inhumaine.
Personne à l’époque ne connaissait l’issue de cette guerre démoniaque.
Merci à ceux qui ont contribué à la mener à bon terme.
Allez voir sur Google des photos de Reinhardt Heydrich: édifiant.
Amitiés opprimées,
Guy
Laurent Binet – Grasset – 441 p.

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