La double vie d’Anna Song

« Ce roman est pour partie inspiré d’une affaire réelle, celle de la pianiste Joyce Hatto. Plusieurs des coupures de presse (fictives) qui rythment le texte (tout aussi fictif) sont ponctuées de clin d’oeil à celles véritablement suscitées par ce scandale qui a éclaté en 2007 ».
Celle d’une pianiste et de son mari qui ont falsifié des enregistrements pour les mettre à son nom. Le trucage est très bien expliqué dans le livre.
La très belle histoire d’amour nous est racontée par le mari, avec, intercalés, les différents articles de presse dithyrambiques au début puis de plus en plus sévères et soupçonneux.
Passe pour les revues people, mais pas pour des revues de musique classique huppées !
Las ! Les très nombreuses répétitions font remplissage et ont gâché une grande partie mon plaisir.
En fait, ce livre ne vaut que pour le dernier chapitre tout bonnement renversant. J’ai cru que j’avais la berlue. J’ai donc relu la fin et, non !, pas la berlue hallucination ? Rêve ? Là, oui, j’ai été bluffée et admirative.
Moralité : patientez jusqu’à la fin. Le reste est à lire en diagonale, en sautant les redites. J’ai bien aimé aussi les passages sur le Viet Nam et ses légendes.
Autre avantage : pas besoin d’une Loupe pour le lire ; l’écriture est énorme.
Martine
TRAN HUY Minh
Ed. de la Loupe, 2010, 270 p.

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La fête au Bouc

Le Prix Nobel de littérature 2010 raconte dans ce livre somptueux la fin de la dictature de Rafael Trujillo à Saint-Domingue en 1961.
Urania Cabral, avocate à New York, débarque à San Domingo après 35 ans d’absence. Elle vient demander des comptes à son père mourant. Celui-ci fut ministre du temps du dictateur.
Les chapitres alternent les retours en arrière et les découvertes de la jeune femme.
Le personnage du tyran est vécu de l’intérieur, avec ses manipulations, ses crimes, sa folie dominatrice et son absence totale de scrupules.
Parallèlement, on assiste à la conjuration qui mènera à l’assassinat de Trujillo. Les coupables seront torturés et exécutés. Mais le pays connaîtra le renouveau grâce à leur héroïsme.
Les événements actuels à Damas démontrent que la tyrannie reste d’une brûlante actualité.
D’un point de vue strictement littéraire, les talents de conteur de Vargas Llosa collent à la vérité des personnages.
Une de mes meilleures lectures de l’année.
Amitiés vive la vie en démocratie,
Guy
Mario Vargas Llosa – Folio – 581 p.

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Bruits du cœur

Adrian, 39 ans, ami d’enfance du narrateur, meurt à New York d’une crise cardiaque. La veille de sa mort, il avait envoyé une lettre à son ami, à Copenhague, lui disant « qu’il aimerait lui parler d’une chose qui le tourmentait depuis un moment. » C’est l’occasion pour le narrateur de se souvenir et de nous raconter leur histoire, leur enfance, leurs amours et désamours et surtout parler de leur amitié, très forte, mais qui, avec la distance et le temps, s’était un peu estompée.
Au fil du récit nous apprenons beaucoup de choses sur leur passé qui n’a rien d’idyllique. Tout nous est raconté par petites touches sensibles, souvent pudiques, mais avec réalisme.
J’ai bien aimé le style d’écriture avec de petites descriptions pleines de poésie comme les estampes japonaises dont le narrateur était devenu expert.
« Bruits du cœur » nous conte toutes les phases de l’amour avec ses bons et mauvais moments, les illusions et les désirs que l’on prend parfois pour de l’amour, l’amour que l’on trouve quand on ne l’attendait plus. Le tout est analysé avec justesse et objectivité. Nul n’est épargné.
L’auteur nous dit à plusieurs reprises que la mémoire est subjective et que cette histoire racontée par quelqu’un d’autre aurait pu être différente, voire ne jamais exister…
Ce livre est antérieur à « Les mains rouges ». J’ai retrouvé l’abondance des détails et des personnages, mais j’ai préféré « Bruits du cœur » pour son côté intimiste et plus doux.
La Martine sous le charme
GRONDAHL Jens Christian
Gallimard, 2002 (1999), 267 p.

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La face cachée de la lune

Urs Blank, avocat d’affaires à Zurich, semble atteint par la crise de la quarantaine. Il rencontre une jeune marginale, qui l’initie aux champignons hallucinogènes. Lui, le prédateur contrôlé, va basculer dans la violence gratuite. Malgré l’aide d’un ami d’enfance, psychiatre, il se marginalise totalement, au point de devenir une sorte de Robinson suisse.
La description du virage vers la folie donne froid dans le dos.
Il ne s’agit pas seulement d’un roman: la littérature médicale décrit de nombreux exemples de personnalités fragiles qui passent de l’autre côté (voir le titre), parfois de façon définitive.
Martin Suter est un très bon auteur suisse alémanique.
Dans ce livre-ci, il est par moment trahi par une traduction approximative donnant de nombreuses phrases indigestes.
Amitiés mycologiques,
Guy.

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Le jeu de l’ange

 

Dans les années 20, le jeune David Martin tente de survivre avec sa plume. Après s’être beaucoup ennuyé au journal « la voz de la industria » et après s’être fait exploiter pendant des années par des éditeurs véreux, il se voit enfin proposer un contrat en or par un étrange personnage.

Deuxième volet de la saga du « cimetière des livres oubliés », l’action du « jeu de l’ange » se déroule avant le premier opus. On croise le père du futur Daniel Sempere, déjà dans sa librairie avec son propre père.

Il n’y a pas à dire, le style est attrayant, cela faisait longtemps que je n’avais pas dévoré un livre avec une telle boulimie. Mais le charme de « l’ombre du vent » avait été si fort que je ne pouvais qu’être un peu déçu, oscillant tout au long de ma lecture entre « Zafon fait du Zafon » et « Zafon n’est plus ce qu’il était ».

Le roman se déroule en trois actes :

– L’acte I se place ostensiblement dans la veine du premier volet de la saga. C’est celui que j’ai le plus aimé. L’intrigue, qui navigue entre Faust et « illusions perdues » de Balzac, est plus que prometteuse ;

– Le second acte est surprenant. Il apparait comme une mixture peu homogène avec beaucoup de grumeaux. Les travaux d’entremetteursde Martin pour essayer de décoincer Sempere fils sont assez amusants mais semblent plus relever d’une pièce de Molière, voire de Goldoni que d’un roman. Isabella est pas mal dans le rôle du personnage secondaire pittoresque bien que son « amitié » avec Martin soit un peu trop fleur bleue à mon goût.

– Le troisième volet m’a carrément déçu. Nombreuses invraisemblances, manque de cohérence dans l’intrigue, production industrielle de cadavres… Zafon a sans doute voulu faire dans le style des romans de gare qu’écrivaient Martin dans la première partie. Si c’était sa volonté, ce n’est pas amené très subtilement.

Pour finir, l’épilogue est tout de même très beau, on pense à « la jetée », le court métrage  de 1962 dont « l’armée des 12 singes » est inspiré. Changement d’époque pour l’Espagne. Sous la houlette du franquisme, le génie du mal Andreas Corelli ne passe plus que pour un vulgaire pantin et jette l’éponge. Bon, c’était pas mal quand même, je lirai les autres volets de la saga.

 Edouard

Le jeu de l’ange

Carlos Ruiz Zafón

2009

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Le premier amour

En 1912, Gaspar, vieux mâle solitaire à la cinquantaine bien tassée, est prof de latin dans une petite ville de province hongroise. Habitué aux petites classes (6e, 5e), il se voit confier à la rentrée une classe de terminale dans laquelle une expérience de mixité est tentée : 6 filles pour 24 garçons.

Ce livre traînait depuis des années dans ma bibliothèque, j’avais essayé de le lire une fois, mais j’avais arrêté au premier tiers (j’ai retrouvé le marque-page). J’ai été cette fois-ci bouleversé par ce roman. Une histoire de la folie ordinaire. À quoi tient la manifestation de la folie de Gaspar ? À pas grand-chose, à un grain de sable faisant voler en éclats la mécanique bien huilée de sa petite vie en papier millimétré. D’où vient ce grain de sable ? On ne sait pas vraiment. Un concours de circonstances, des malentendus, l’âge… La petite enfance ? Peut-être, Gaspar y fait allusion lorsqu’il se confie au début à un jeune homme. Peut-être est ce là qu’il faudrait rechercher les origines profondes qui ont bloqué son développement, vers 11, 12 ans peut être, justement à l’âge des « petits » auxquels il aime tant enseigner.

Gaspar est un Peter Pan qui s’aperçoit à 55 ans qu’il ne peut plus sortir de son pays imaginaire peuplé de déclinaisons latines. Toutefois, il n’en a pas conscience et personne ne lui dira jamais. Il sent que les choses ne tournent pas rond, il parle d’un « docteur de l’esprit», pour dire tout de suite après qu’il n’y en a pas dans la ville, trop petite. Vienne n’est pas si loin et Freud y développait alors ses théories… Ágoston Timar, le jeune homme auquel Gaspar se confie au début et qu’il souhaiterait désespérément revoir y habite d’ailleurs. C’est un personnage un peu méphistophélique qui ouvre une porte dans le pays imaginaire de Gaspar sans lui donner les moyens de la refermer. Incapable de trouver seul les clefs, il ne peut que décrire les symptômes de sa transformation.

Le roman est présenté sous la forme du journal intime de Gaspar. Toute la force dramatique tient donc dans le décalage entre ce qu’il décrit et ce que nous comprenons du drame qui se profile. Cette naïveté dans la description est assez drôle au début. Prise au second degré, elle fait penser à du Tchekhov.

Mort en 1989, Sándor Márai n’a sans doute jamais entendu parler de Dalida, pourtant, à l’issue de cette lecture, les paroles de Bambino me reviennent : « l’amour et la jalousie ne sont pas des jeux d’enfants et tu es trop jeune encore pour souffrir comme les grands ». Si le bambino a 10 ans, c’est mignon. Mais imaginez une seconde que le bambino ait 50 ans…brrr

Edouard
Le premier amour
Sándor Márai
Le livre de poche

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Eux sur la photo

« Une petite annonce dans un journal comme une bouteille à la mer : Hélène cherche la vérité sur sa mère, morte lorsqu’elle avait trois ans. Son seul indice : deux noms sur une photographie retrouvée dans des papiers de famille. Une réponse arrive : Stéphane a reconnu son père.
Commence alors une longue correspondance, parsemée de détails, d’abord ténus puis plus troublants. Patiemment, Hélène et Stéphane remontent le temps, dépouillant des archives et cherchant dans leur mémoire. Peu à peu, les histoires se recoupent, se répondent, formant un récit différent de ce qu’on leur avait dit. »
Un roman épistolaire palpitant puisque les éléments nous sont donnés petit à petit, crescendo jusqu’à la fin. Le tout entrecoupé de la description d’une photo avec une telle profusion et précision du détail qu’il me semblait l’avoir sous les yeux.
Un livre très bien écrit qui m’a passionnée au point de ne pas sauter une ligne et même de le relire 3 fois pour bien m’imprégner de la situation et pour le plaisir de lire. Voilà qui ne m’était pas arrivé depuis longtemps !
Je vous en dévoile un peu plus. Il s’agit de deux histoires d’amour. Celle malheureuse des parents dans les années 68 puis celle des deux jeunes, 30 ans plus tard, plus décontractés, avec de l’humour parfois, mais lente et pleine de pudeur, de respect et d’amour des autres. Il n’est pas facile d’admettre la trahison des autres. Mais, Chuttttt !
Un vrai bain de jouvence et un grand plaisir de lecture.
La Martine « in restauro »
GESTERN Hélène
Arléa, 2011, 274 p.

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Crépuscule

Lu après un séjour à New York, j’espérais retrouver un peu l’ambiance de Manhattan.
Las.
Ce lourd pensum raconte le retour de Mizzy chez sa soeur Rebecca, mariée à Peter.
Et figurez-vous que Peter tombe amoureux de Mizzy.
Michael Cunningham fait, semble-t-il, partie des auteurs dans le vent.
Encore faudrait-il savoir de quel vent on parle. Celui-ci est fétide.
Un livre décadent se passant dans une société sans balises.
Du pipeau.
Amitiés travesties,
Guy
Michael Cunningham – 10/18 – 286 p.

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Le confident

Un homme averti en vaut deux: ma petite-fille m’a prêté le livre avec la mise en garde: « C’est un livre de fille(s) ».
Et me voilà embarqué dans une histoire de couple stérile sur fond de deuxième guerre mondiale.
La dame prénommée Élisabeth ne trouve rien de mieux que de demander à son mari de féconder une certaine Annie.
L’insémination aura lieu, avec ce que l’on peut imaginer comme conséquences.
Tout cela se passe avant les fécondations in vitro.
Le mari étalon est appelé sous les armes, et donne à sa machiavélique épouse l’occasion de déployer ses talents de manipulatrice. Cherchez la femme…et l’enfant.
La forme épistolaire tient la route.
L’agacement devant les attitudes insensées amenées par un désir d’enfant, difficiles à comprendre – pour un homme, faut-il le préciser – fait place à une histoire bien ficelée, et racontée par les divers protagonistes.
Amitiés dramatico-reproductrices,
Guy.
Hélène Grémillon – Folio – 311 p.

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Les voisins d’en face

« Annie a tout pour être heureuse ; un métier agréable, un mari aimant, un adorable petit garçon et un beau bébé. Jusqu’au jour où de nouveaux voisins emménagent dans la belle demeure en face de chez elle.
David, obstétricien de renom et sa charmante épouse Lesley, maman d’une petite fille, vont bientôt, à leur insu, ne plus avoir de secrets pour Annie. Celle-ci découvre par hasard que, en réglant la fréquence de son écoute-bébé, elle peut entendre tout ce qui se passe chez ses voisins.
Ce qui n’est au départ que simple curiosité devient vite une drogue d’autant plus que les conversations de David n’ont rien de banal. »
« Roman au suspense haletant qui nous plonge, en compagnie d’une héroïne intrépide, au coeur d’un univers cruel et angoissant. »
D’accord pour le suspense puisque je suis allée jusqu’au bout, mais pas vraiment haletant.
L’héroïne intrépide est surtout une mémère people, trop curieuse qui aime bien se mêler de ce qui ne la regarde pas et qui a une imagination délirante d’où son sens de la culpabilité exacerbé et ses hésitations à aller plus loin. À quoi bon toutes ses moralisations puisque nous savons qu’elle choisira ce qui n’est pas « bien » (à son avis), mais permet au livre d’avancer.
Petit à petit nous découvrons les travers de David et ses trafics qui eux, manquent totalement de remords. Lui, c’est le côté cruel de l’histoire.
Les personnages sont un peu caricaturaux et attendus. Mais, bof !
Très bien le coup de la télé dans la salle de bains.
Très lisible pour les vacances !
La Martine qui a des voisins beaucoup plus calmes (que des vieux tout sage)…
SORREL Ames
Serena, 2006 (1988), 319 p.

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