Tais-toi à jamais

Il faudrait commencer un livre par la page des remerciements. Celui-là, je ne l’aurais pas pris.
« Elle s’appelait Rose. Elle avait neuf ans lorsqu’elle est morte.
Grace Adams vit depuis toujours dans un village paisible de la côte Est de l’Écosse. Un village sans histoire ou presque. Tout le monde se connaît. L’endroit idéal pour couler des jours heureux avec mari et enfants. (et son amant).
« Un récit de mensonges, d’amours illicites et de secrets inavouables. Un premier roman saisissant. Cosmopolitan »
Un roman saisissant d’invraisemblances pour faire pleurer les midinettes. Orla est odieuse à ravir, Grace molle à souhait et Ewan, le chéri de ses dames aussi flou qu’il est permis.
Ah ! La jalousie !!! De quoi en faire un roman !
La Martine penaude…
CORBIN Julie
Ixelles éditions, 2010 (2009), 338 p.

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La jeune fille à la perle

Son père étant devenu aveugle à la suite d’un accident dans sa faïencerie, la jeune Griet, 16 ans, devient servante dans la maison du peintre Vermeer.
Le travail est pénible. Elle doit, en plus, se méfier de la jalousie de l’épouse, de la fille aînée, de la servante qu’elle doit aider et de la belle-mère, qui tiennent toutes, vivement, à leurs prérogatives. Elle est chargée, tout particulièrement de faire le ménage dans l’atelier de Vermeer. Petit à petit, il lui donnera ses peintures à broyer, puis, un jour, lui demande de poser pour un tableau. C’est le scandale ! Protestante, elle ne se sent pas le droit de poser, surtout sans coiffe. Une jeune fille correcte de sa condition ne doit pas montrer ses cheveux aux étrangers. Il faut donc cacher ses séances autant à ses parents qu’à l’épouse du peintre.
Un très joli roman sur la peinture, les mœurs et la vie en Hollande au dix-septième siècle.
J’ai particulièrement aimé les détails donnés sur la fabrication des couleurs et la façon, méticuleuse, dont Vermeer peignait.
Nous ne savons pas grand-chose sur Vermeer ; il avait beaucoup d’enfants, mais peu d’argent. La maison, assez petite, était envahie de bruit. Il s’isolait dans son atelier ou à la Guilde pour avoir du calme. Il peignait peu (2, 3 tableaux par an) et surtout pas sa vie de famille. Ce livre nous explique bien sa passion pour la peinture et, uniquement, pour la peinture. Il ne profitera jamais de ses modèles.
La Martine sous le charme
CHEVALIER Tracy
Folio, 2011 (1999), 313 p.

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La Montagne magique

 

En 1907, un jeune ingénieur allemand bien comme il faut, Hans Castorp, arrive au sanatorium de Davos pour rendre visite à son cousin militaire atteint par la tuberculose. Il y restera 7 ans.

Si vous vous intéressez au spiritisme, vous devriez lire la Montagne magique de Thomas Mann m’avait on dit. 975 pages ! Oups ! Le voyage n’aura pas été sans peine.

La première partie décrit l’arrivée du héros et le quotidien du sanatorium. C’est assez amusant de voir tous ses personnages qui, pour la plupart, ne sont pas malades, mais ne s’inquiètent pas moins des tressautements des thermomètres relevés jusqu’à dix fois par jour. L’autre élément amusant pour un lecteur du XXIe siècle, mais dont il était impossible d’avoir connaissance en 1924, année de publication de l’ouvrage, c’est ce qu’est devenu Davos aujourd’hui : les caprices du mercure et les inquiétudes des malades plus ou moins imaginaires renvoient aux inquiétudes des experts de la finance internationale devant les variations boursières. Il y a aussi dans cette partie une ambiance qui retient le lecteur, une ambiance un peu étrange qui, je ne sais trop pourquoi, m’a fait penser à celle des tableaux de Magritte.

La seconde partie a été une torture et j’ai bien failli laisser tomber plusieurs fois. Elle est dominée par les discussions interminables du Franc-Maçon Settembrini et du jésuite d’origine juive, Naphta. J’étais largué la plupart du temps : des débats sur le temps, la maladie, la mort, le vivant…il paraît que Thomas Mann était un grand admirateur de Schopenhauer. Si vous aimez Schopenhauer… J’ai surtout retenu que la science et la médecine en particulier avaient drôlement progressé depuis les années 20. Hans Castorp, avale tout ça comme une éponge. À la fin de la seconde partie, il se demande si le temps n’est pas en fait une illusion. Pour ma part, à mesure que je tourne les pages, je ne vois aucune trace de spiritisme et me demande où ce livre veut m’emmener.

La troisième partie débute quand Hans Castorp décide d’aller skier et est pris dans une tempête de neige. Je me souviens alors du titre du roman. J’essaie de me remémorer où était la montagne dans les deux premiers tiers tout en poursuivant ma lecture : l’action ne cesse de progresser. Le spiritisme prend de l’épaisseur à partir de la page 891. Il aboutit à la montée en puissance d’une folie collective effrayante qui conduit au sommet : le début de la Première Guerre mondiale. Les dernières pages du roman, qui décrivent la guerre dans toute son horreur, font penser aux cadavres grimaçants d’Otto Dix.

Où trouver le matériel pour réussir cette lecture ? L’expo « de l’Allemagne » (au Louvre jusqu’au 24 juin) présente plusieurs paysages surnaturels de Caspar David Friedrich. L’un d’eux est en couverture du roman dans la collection « le livre de poche ». Je recommande aussi à ceux qui voudraient tenter l’ascension de visionner « le cabinet du Dr Caligari » (1919) de Robert Wiene et « Dr Mabuse le joueur » (1922) de Fritz Lang.

Édouard
La montagne magique-Thomas Mann

Le livre de poche-2012(1924)

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La joueuse d’échecs

Eleni, la quarantaine un peu empâtée, vit sur l’île grecque de Naxos. Elle travaille comme femme de chambre dans un hôtel. Un jour, elle tombe en arrêt devant un jeu d’échecs, et c’est le début d’un apprentissage du jeu, mais surtout de sa liberté de femme. Son mari et son fils n’y comprennent rien, sa fille adolescente la soutient.
Une histoire mignonne, qui ne fait pas de vagues, à lire dans son bain.
Amitiés égéennes,
Guy (15/05/2013)
Enfin, une femme qui se libère et garde ses droits jusqu’à la fin puisque l’auteuRE, ne la tue pas ! Ouf !
Eleni mène une vie très tranquille entre son mari, ses deux enfants et son travail de femme de chambre dans un hôtel de l’île de Naxos.
Un jour, dans une chambre, occupée par des Français (Paris la fait rêver), elle voit un échiquier et décide d’en offrir un à son mari, pensant qu’ils apprendraient à jouer ensemble. Que nenni ! Le mari préfère jouer au trictrac dans son café préféré. Donc, elle apprend à jouer en secret, avec un damier électronique et un bon manuel. Puis vient le moment où elle éprouve le besoin de jouer contre quelqu’un de réel et se met à regretter d’être dans une île ou elle connaît tout le monde, mais n’a personne à qui se confier. Le hasard mettra sur son chemin un vieux professeur qui l’aidera à se perfectionner. Sa meilleure amie la trahira et dévoilera son secret à toute l’île. « Eleni est folle, elle joue aux échecs ! » Le mari devient la risée de l’île et lui demande de renoncer. Elle refuse et se retrouve isolée, seule face à ses rêves, à ses envies de fuite, d’autre chose ; sa vie lui paraît soudain étriquée. Elle s’entêtera, aidée par le professeur et un autre joueur et s’en sortira avec les honneurs. Je passe sur l’honneur bafoué du macho et de son revirement tout aussi machiste.
« Une nuit de combat, elle réalisa soudain que tous les grands théoriciens étaient des hommes. Elle n’avait jamais entendu parler d’une grande joueuse d’échecs. »
C’est vrai, ça !!!
Qui plus est, le livre est très bien écrit ; pas une page de trop.
Donc, j’ai eu la surprise et le rêve ; le top !
La Martine heureuse ! (20/09/2012)
Bertina Henrichs
Liana Levi piccolo – 212 p.

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La porte des enfers

Voilà un livre très difficile à résumer.
2010 – Filippo Scalfaro De Nittis, travaille dans un restaurant où il y fait des cafés très spéciaux. Un soir il transperce un client avec un couteau, l’amène en voiture sur sa tombe et lui coupe quelques doigts, mais le laisse en vie. « Je m’appelle Pippo De Nitti et je suis mort en 1980 ». ???
1980 – Matteo et Giuliana perdent leur fils, Pippo, 6 ans, dans une fusillade entre mafieux.
En basculant de 1980 à 2010, au grès de courts chapitres, nous finissons par comprendre que Giuliana avait demandé à son mari d’abattre le mafieux responsable, ce qu’il n’a pas pu faire, ou de lui ramener son fils.
C’est ainsi que Matteo ira aux enfers chercher et ramener son fils, au péril de sa vie. Giuliana n’en saura rien puisqu’elle est partie se réfugier dans sa campagne pour vivre seule sa peine.
20 ans après le fils accomplit la vengeance du père et va le chercher aux enfers…
Le tout se passe à Naples sur fond de tremblement de terre, de destructions, de morbidité, de religion, de superstition dans un milieu pauvre et dépravé.
Même lu au 2e degré la dure traversée des enfers n’est que souffrance, larmes, cris et chuchotements.
Laurent Gaudé, dramaturge, a voulu rendre hommage à ses morts.
Pourquoi pas, mais…
Âmes sensibles s’abstenir.
La Martine qui se console en écoutant les voix d’anges de contre-ténors célèbres et lit « La jeune fille à la perle » de Tracy Chevalier.
Un peu de douceur dans ce monde de brutes…
GAUDÉ Laurent R avr.-13
Acte Sud Babel, 2008, 268 p.

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Invisible

New York 1967: le jeune étudiant Adam Walker fait la connaissance d’un couple de Français, l’inquiétant Born et sa maîtresse Marion.
Un meurtre bouleversera la vie de ces trois personnages imprévisibles.
En 2007, Walker raconte les événements, en un vrai kaléidoscope maîtrisé de façon diabolique par Paul Auster.
Une bonne partie de l’histoire se passe à Paris, les diverses facettes de chacun rafraîchies à chaque page.
Paul Auster fait partie des tout grands. Il manipule ses lecteurs comme un magicien.
On retrouve ses thèmes de prédilection: la culpabilité, la fuite, l’interdit, la difficulté de la relation amoureuse.
Un travail d’orfèvre.
Amitiés transatlantiques,
Guy
Paul Auster – Actes Sud – 294 p.

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Bande de menteurs

 

Conseillée par Jim Harrison dans ses mémoires, cette autobiographie d’une petite fille au Texas dans les années 60 tient ses promesses.
Une mère artiste ratée, un père ouvrier et bagarreur, une grand-mère égocentrique et une soeur aînée mythomane construisent un cadre plutôt animé autour de la petite Mary.
Elle s’en sortira grâce à la littérature.
Cette Amérique-là, j’en reprendrais bien encore une louche.

Amitiés yankees,

Guy.

Mary Karr – Pocket – 447 p.

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La vieille dame de la librairie

« L’Aventure et l’humour ont leur part dans cette merveilleuse histoire d’amour-amitié que vont vivre deux êtres que l’âge sépare, mais que l’esprit unit ; et, peu à peu, grâce à cette exquise nonagénaire, l’homme jeune va se reconstruire. »
Pierre, 36 ans, a perdu sa fiancée dans un attentat à Beyrouth. Depuis il n’a plus goût à la vie. La vieille dame, 90 ans, aveugle, a raconté dans un livre sa guerre de 14. Pierre fait sa connaissance dans une librairie. La libraire le retrouve et lui fait lire le livre. À partir de là, ces deux êtres, « bousculés » par la vie, vont se rencontrer, discuter, se confier, se lier d’amitié et Pierre va raccrocher à la vie.
Un très beau livre sur l’amitié, l’amour, le respect et la Guerre de 14. Je n’ai rien appris de plus sur ce sujet, mais le livre est tellement bien écrit que j’ai eu beaucoup de mal à l’abandonner et un grand bonheur à le lire.
Rien d’étonnant avec Jean Piat qui a été un comédien présent et discret, qui a su se faire respecter.
Ce livre est une relecture. Je l’avais lu il y a 10 ans. J’en avais gardé une impression de bonheur, mais je ne me rappelais pas pourquoi. Il n’a pas mal vieilli et j’ai tout retrouvé avec un immense plaisir.
Un petit bémol à la clé : l’omniprésence de Dieu et de la prière que j’ai quand même lue malgré ma diagonale intempestive.
La Martine sous le charme de l’amour.
PIAT Jean R
Flammarion, 1991, 333 p.

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L’art de la joie

 

L’histoire de l’Italie – plutôt de la Sicile – depuis le début du 20e siècle.
La petite Modesta fera tout pour sortir de sa condition de petite fille pauvre, mais elle démontrera des qualités fort éloignées de celles d’une pauvre petite fille…
Recueillie dans un couvent, elle en sortira comme servante chez une authentique princesse. Un par un, elle gravit les échelons, et elle finit par prendre la place de sa patronne. Intelligente et farouchement indépendante, elle assume ses choix sexuels et politiques. La montée du fascisme lui donnera l’occasion de s’affirmer comme une trrès déterminée partisane de la liberté.
Fille de Maria Giudice, une militante communiste, l’auteure semble avoir beaucoup mis d’elle-même dans ce livre volumineux.
C’est long par moments (surtout dans les développements politiques), mais l’ouvrage brille par son engagement, et par son style inspiré.
Amitiés antifascistes,
Guy.
Goliarda Sapienza

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Le ciel tout autour

 

Trois femmes, trois destins différents qui se rejoignent.

Karen, 29 ans, atteinte du sida, en prison depuis 5 ans, dans le couloir de la mort de Mountain View (Texas) avec 4 autres détenues. Putain d’autoroute de son état, elle a tué plusieurs de ses clients qui la brutalisaient et deux témoins gênants parmi lesquels Henry.

Franny, médecin à New York, complètement déstabilisée. Une jeune patiente vient de mourir du cancer, son couple bat de l’aile. Elle profite de la mort de son oncle qui l’avait élevé pour partir pour Gatestown (Texas). Là, elle rompt ses fiançailles et reprend la place de son oncle, docteur à la prison de Mountain View.

Célia, bibliothécaire, veuve d’Henry, ne parvient pas à se remettre de la mort de son mari. Elle ne pardonne pas, mais décide d’écrire à Karen pour lui dire tout ce qu’elle a perdu. Elle habite Austin, pas très loin de la prison.

Trois destins entremêlés, trois portraits de femmes très bien décrits.

Un livre très poignant sur les conditions de vie dans l’univers carcéral féminin. Un milieu très dur, inhumain, où les codétenues vivent dans la promiscuité, se déchirent ou s’entraident comme elles peuvent.

Au bout, il y a la mort.

La Martine toute retournée.

WARD Amanda
J’ai lu, 2009 (2003), 253 p.

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