Enquête sur le secret des créateurs

Écrivains, cinéastes, chorégraphes, auteurs de bandes dessinées, musiciens, chanteurs, chercheurs…qu’est-ce qui pousse tout ce monde à créer ? Par le biais d’interviews de 24 personnalités, Hubert Ripoll tente d’apporter des pistes de réponses.
Cet ouvrage conviendra en premier lieu à ceux (et celles) qui ont une activité artistique ou créatrice. Plus qu’une réponse toute faite, l’auteur lance des pistes intéressantes et invite les lecteurs qui le souhaitent à venir poursuivre le débat sur son blog (voir lien dans la colonne de droite de , dans la rubrique « écrire ailleurs sur le net »). Ces pistes, si elles n’apportent pas de réponses définitives, permettront aux créateurs amenés à se développer, de mieux trouver leur voie.
La première partie s’attache au moteur de la création. L’auteur donne une grande importance à l’étincelle initiale qui serait à l’origine de la création, une émotion éprouvée dans l’enfance. Je suis dubitatif, il y a quelque chose d’un peu autoréalisateur dans cette question.
Je me souviens avoir été effrayé dans mon enfance par le tableau de Goya « Chronos dévorant ses enfants ». Je pourrais dire que c’est de là que vient mon intérêt pour la mythologie gréco-romaine et par là même, pour les systèmes de représentations sociales. C’est joli et ça rentre dans les clous, mais ce n’est peut-être pas vrai du tout, même si ce tableau me faisait effectivement peur quand j’étais petit. Ce que je veux dire, c’est qu’il est toujours facile de reconstituer a posteriori un souvenir déclencheur.
Personnellement, je crois beaucoup plus à la lueur qui obsède le créateur et par laquelle il est irrésistiblement attiré, comme l’âne est attiré par la carotte que le cavalier a accroché au bout du bâton.
Sur la seconde partie, je suis d’accord avec lui pour ce qui concerne l’accompagnement dans le cheminement qui est essentiel. Complètement d’accord aussi pour tout ce qui concerne les liens entre création et plaisir. D’accord enfin pour ce qui concerne la résilience, mais j’ai regretté qu’il passe un peu rapidement sur un sujet qui me passionne.
Concernant les liens entre création et ordre, je ne sais pas. Effectivement, créer c’est faire sortir quelque chose de nouveau et c’est donc un peu révolutionner, mais bon, j’ai du mal à admettre que tous les créateurs soient des révolutionnaires.
Pour finir, j’ai beaucoup apprécié ce qu’il dit sur les rapports entre reconnaissance et création. L’adéquation ne va pas de soi. Et si être reconnu, c’était répondre à l’attente créatrice d’une société qui considérera alors le créateur comme sa propre création? Bref, ce livre est un bon compagnon de route.
Edouard

Enquête sur le secret des créateurs
Payot
2015

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Camille et Paul : la passion Claudel

Biographies croisées du frère et de la sœur.

Pendant très longtemps, je n’ai pas fait le rapprochement. Camille Claudel, c’était surtout Adjani. Paul Claudel, c’était un écrivain catholique qui avait rencontré Dieu derrière une colonne à notre Dame, un auteur dont parlait mon grand-père que j’imaginais un peu poussiéreux et très ennuyeux. J’ai dû lire « l’annonce faite à Marie » il y a très longtemps et il ne m’en reste que le parfum presque effacé d’amours impossibles grandiloquents et larmoyants.

Ce lien de filiation ne m’est apparu qu’il y a deux ans en lisant l’ « hécatombe des fous », une enquête sur les 45000 morts dans les hôpitaux psychiatriques français au cours de la Deuxième Guerre mondiale et qui évoquait brièvement la situation de Camille, ses liens avec sa famille et notamment avec son frère Paul. Je me suis alors posé la question que beaucoup se posent : comment se grand écrivain très chrétien a t-il-pu laisser sa sœur mourir de faim en 1943, dans un hôpital psychiatrique où elle aura passé trente ans de sa vie ? J’espérais trouver une réponse dans cet ouvrage découvert peu de temps après à la sortie d’une exposition.

Dominique Bona ne donne pas de réponse définitive, mais lance quelques pistes. La mère de Camille tout d’abord, défendra le choix de l’internement jusqu’à la fin de sa vie, redoublant d’efforts pour empêcher sa fille d’établir tous liens avec le monde extérieur. Cette attitude n’était pas à mon sens le fait d’une pure méchanceté, mais surtout un moyen de préserver l’image de la famille après sa relation passionnelle avec Rodin. À la décharge de madame Claudel, Camille sombrait dans un délire paranoïaque en 1913 et son internement semblait justifié dans le contexte de l’époque (aujourd’hui, des médicaments et une psychothérapie l’auraient certainement sorti d’affaire). On pourrait donc expliquer l’attitude de Paul en disant qu’il n’a pas voulu s’opposer à sa mère, mais après la mort de celle-ci, pourquoi n’a-t-il rien fait ?
La réponse se trouvait quelque part dans l’inconscient de Paul Claudel : passion coupable pour une sœur qu’il adorait ? Jalousie ? Peur de sa propre fragilité psychique ? Elle se trouve aussi en partie dans l’esprit d’une époque où la maladie et à plus forte raison la maladie mentale était tabou. Une époque de secrets remplie de choses dont on ne parlait pas, en partie pour des raisons religieuses, de choses que certains savaient et que d’autres ignoraient ou préféraient ne pas savoir. Bref, une époque sans Wikipédia. La réponse de Paul à une question que lui posa au sujet de sa sœur un journaliste en 1951 ne peut que susciter l’indignation : « Et tous ses dons superbes n’ont servi à rien : après une vie extrêmement douloureuse, elle a abouti à un échec complet ».

Si Paul Claudel parlait de reconnaissance artistique, il est vrai que Camille restera longtemps dans l’oubli, pour n’en sortir vraiment qu’au début des années 80. En 89, lorsque sortit le film de Bruno Nuytten avec Adjani et Depardieu, il n’était plus pour une large part de la jeune génération, qu’un écrivain un peu poussiéreux et visiblement ennuyeux dont parlait leur grand-père…
Dominique Bona
Le livre de poche
2007
Edouard

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La fugitive

Le narrateur part à la recherche d’Albertine et retrouve sa trace en Touraine où elle s’est réfugiée chez sa tante. Une correspondance se met alors en place et un retour possible de la jeune femme semble même envisageable. Cependant, ces échanges sont brutalement interrompus lorsque le narrateur reçoit un courrier de madame Bontemps lui annonçant que sa nièce, Albertine, a trouvé la mort dans un accident de cheval.

Là encore, un parallèle avec Alfred Agostinelli est évident puisqu’après s’être enfui en 1913, il trouve la mort dans un accident d’avion l’année suivante. Sans doute l’auteur ressentit-il la même douleur que le narrateur, ce qui donne au travail de deuil de ce dernier une dimension particulièrement poignante. Pour la faire revivre une dernière fois, le narrateur part sans grand succès à la recherche de la vérité sur Albertine en interrogeant Andrée, sa grande amie, et en envoyant enquêter Aimé, le maître d’hôtel du grand hôtel de Balbec.

Et puis, une fois de plus, le temps passe, la douleur s’estompe, il reporte son attention sur une nouvelle femme dont il a entendu le nom et qui est en fait Gilberte Swann, ayant pris le nom de Mr de Forcheville qui a épousé la veuve de Charles Swann. Finalement, le narrateur finit par trouver la vérité sur Albertine alors qu’il ne la cherchait plus et se rend compte qu’il aurait été bien en peine de la découvrir du vivant de la jeune femme, tant ce qu’il découvre dépasse tout ce que ses schémas intellectuels lui permettaient d’imaginer.

« L’homme est l’être qui ne peut sortir de soi, qui ne connaît les autres qu’en soi et en disant le contraire, ment. »

Cette phrase pourrait à elle seule résumer « la fugitive » et peut être même la recherche dans son ensemble. Le narrateur s’engage dans une profonde remise en question et s’aperçoit que l’interprétation catégorique qu’il avait donnée de certaines scènes était, en fait, bien différente de ce qu’avaient voulu exprimer les acteurs. La mémoire s’effrite, fait apparaître des trous, des incohérences, n’est en fait que le fruit de notre propre travail de reconstructions…des décennies avant que la science ne réussisse à expliciter les mécanismes de la mémoire, Proust avait eu cette intuition géniale.

Dès lors, on est en mesure de se demander si « la fugitive » qui désignait très clairement Albertine au début du roman ne se réfère pas en fait à la « mémoire ». Le cas de la rencontre vénitienne prend à cet effet une dimension particulière : alors en voyage à Venise avec sa mère, il rencontre madame de Villeparisis dont la mort avait été annoncée dans « la prisonnière » de manière quasi anecdotique. Dans la mesure où la rencontre vénitienne du personnage en compagnie de M. de Norpois est très construite, il est probable que l’auteur, épuisé et en fin de vie, ait oublié de supprimer la référence à son décès dans « la prisonnière ». Mais j’ai pour ma part envie de croire que l’auteur a intentionnellement laissé cette incohérence dans son œuvre, la mémoire ne s’offusquant pas plus que ça que madame de Villeparisis puisse en même temps être morte et discuter avec M.de Norpois.
Marcel Proust
Bouquins

Edouard

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Edouard

L’Arche avant Noé

Point de situation sur les sources babyloniennes ayant incontestablement influencé l’histoire du célèbre héros biblique et de sa ménagerie flottante.

La découverte au lycée de « la naissance de Dieu » de Jean Bottero aura été un véritable coup de foudre littéraire. C’est dans cet ouvrage que je fis la connaissance de l’épopée de Gilgamesh et du personnage d’Utnaphisti, survivant du déluge ayant construit une arche dans laquelle il fit entrer tous les animaux de la création. Les influences mésopotamiennes sur le récit biblique sont connues depuis la fin du XIXe siècle. J’étais donc très méfiant en lisant la critique de cet ouvrage publié il y a quelque temps dans Lemonde, me demandant si elle allait vraiment m’apporter quelque chose que je ne savais déjà : je n’ai pas été déçu de mon acquisition.
L’épopée de Gilgamesh s’articule autour des conséquences de la mort d’Enkidu et du chagrin que cet événement produit chez le héros mésopotamien. C’est dans ce contexte que Gilgamesh rencontre le survivant du déluge auquel les dieux ont donné l’immortalité. L’entrevue avec Utnaphisti ne constitue qu’une petite partie de l’épopée. Finkel nous présente ici d’autres versions babyloniennes du mythe, écrites antérieurement à l’épopée, en particulier l’histoire d’Atrahasis, d’ascendance royale cette fois-ci, qui a la charge, comme Utnaphisti et plus tard Noé, de sauver l’humanité et le monde animal en construisant une embarcation susceptible de le protéger du déluge.
La grande nouveauté apportée par Irving Finkel est une tablette contemporaine du récit d’Atrahasis, se concentrant cette fois-ci sur les modalités techniques de la construction de l’arche qui s’avère être ronde et correspondre à un type d’embarcation bien connu en Irak : le coracle. Si les dimensions globales de l’arche n’évoluent guère d’un récit à l’autre, il n’en est pas de même de sa forme, très dépendante du contexte géopolitique et culturel de l’époque au cours de laquelle le récit est raconté, ainsi que de l’importance que l’auteur a voulu lui accorder dans l’intrigue. À titre d’exemple, la référence à une arche carrée dans l’épopée de Gilgamesh, dont les capacités de flottaison sont plus que douteuses, met bien en évidence le fait que la physionomie du navire était le cadet des soucis des auteurs.
Ainsi, le plus passionnant ne réside pas dans l’événement relaté, ni dans sa potentielle réalité historique, mais dans les différents récits qui en ont été donnés. C’est donc un prétexte pour voyager dans l’histoire de l’écriture cunéiforme depuis le commencement (le récit existait probablement bien avant) jusqu’à son abandon au début de notre ère. Une grande partie de « L’Arche avant Noé » s’intéresse à la transmission du récit cunéiforme vers sa forme hébraïque. Il est incontestable que l’exil à Babylone est un événement clef de l’histoire de l’écriture de la Bible. Les auteurs du livre saint, s’étant attachés à dénoncer les coutumes des habitants de la ville où ils avaient été déportés, se sont bien gardés de dire combien cette cohabitation avait été importante pour eux et encore moins ce qu’ils devaient à la culture babylonienne. Finkel rassemble patiemment les indices mettant en évidence cette influence…une affaire à suivre.

Edouard

Irving Finkel
JC Lattès
2015

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L’Amour et les Forêts

L’auteur reçoit un jour une lettre d’une lectrice voulant le rencontrer . De tempérament réservé, il hésite, mais finit par donner rendez-vous à Bénédicte Ombredanne. Celle-ci lui raconte sa vie, et notre écrivain n’en sortira pas indemne, le lecteur non plus.
Un livre très fort, totalement maîtrisé.
Cette femme, agrégée de lettres, mal mariée avec un pervers narcissique, rêve sa vie plus qu’elle ne la vit. Un jour elle tente le tout pour le tout et fait la connaissance d’un homme sur un site de rencontres. Elle vivra avec lui un après-midi de bonheur intense. Il lui faudra en payer le prix fort.
En plus de ses qualités littéraires et poétiques, ce livre extrêmement bien documenté fait passer le lecteur par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel grâce – si j’ose dire – à la description du harcèlement conjugal dans toute son horreur.
Une scène d’anthologie: la leçon de tir à l’arc donnée à Bénédicte, avec toute sa charge sensuelle et symbolique.
Un chef d’œuvre, par un écrivain jeune encore (né en 1965).
Amitiés médusées,
Guy.
Éric Reinhardt – NRF Gallimard – 366 p.

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Le Royaume

Emmanuel Carrère est un garçon intelligent. Il le sait, mais surtout, il aimerait que ses lecteurs le sachent. Il est un très bon écrivain. Et un bosseur.

Pondre 630 pages autour de deux personnages du nouveau testament, il fallait le faire.

D’un côté Paul, celui des épîtres pendant les messes de mon enfance. Un raseur de grande classe, doublé d’un caractère de cochon. Grand chasseur de chrétiens, il est un jour jeté au bas de son cheval sur la route de Damas.,Et il deviendra le plus casse-pieds des défenseurs de la nouvelle religion.

De l’autre côté, Luc l’évangéliste, écrivain et médecin, qui mettra en musique les exploits de Jésus de Nazareth.

Curieusement, Carrère préfère Paul à Luc. A cause de sa grande intelligence. Ben voyons.

On apprend accessoirement que l’auteur a pendant 3 ans assisté tous les jours à la messe, avec toute la liturgie qui l’accompagne.

Cette habitude lui a passé, et il se déclare non pratiquant au stade actuel de son cheminement. Heureusement, car Dieu seul sait combien de pages il aurait pu infliger à ses lecteurs désemparés.

Un des jurés du Prix Goncourt, dans le but d’écarter la candidature d’ Emmanuel Carrère, avait parlé d’un auto-péplum. Expression assez bien trouvée, car notre écrivain adore parler de lui.

Il est fasciné par des personnages hors norme (Jean-Claude Romand dans l’ Adversaire, Limonov dans un de ses derniers ouvrages).

Qui sera le suivant?

Les voies de la Providence sont impénétrables.

Amitiés iconoclastes,

Guy

Emmanuel Carrère – P.O.L – 630 p.

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Hercule

On ne le présente plus.

En matière de blockbusters mythologiques, je suis plutôt du genre classique. J’aime voir incarnées les représentations des récits que je m’étais construites à 10 ans. On ne triche pas avec la mythologie, je reste intraitable sur ce point.

« La légende d’Hercule », sorti il y a peu aura été à ce titre un nanar de la pire espèce : on ne voit qu’un seul « travail » au début du film : le lion de Némée campé par une brave bête visiblement sur nourrie et sous calmants. S’ensuit une intrigue pitoyable, maladroitement inspirée de Gladiator dans laquelle s’immiscent des interventions célestes ridicules du père du héros. Il paraît que le film de Renny Harlin a fait un flop au box-office …il y a visiblement des producteurs inconscients à Hollywood.

Le film de Brett Ratner semblait plus prometteur, la bande-annonce présentait un lion de Némée, un sanglier d’Erymanthe, une hydre de Lerne et un Cerbère qui avaient incontestablement de la gueule. En fait, on les voit au tout début, mais pas beaucoup plus que dans la bande-annonce. Ulcéré de m’être fait rouler dans la farine, j’ai failli partir. J’aurais eu tort, l’image est spectaculaire et le scénario pas si débile. Tout le film tourne autour de la légende et du décalage qu’il y a entre cette dernière et le vrai Hercule. La légende d’Hercule se lit en filigrane: dans la tête de tous ses contemporains qui ont en mémoire ses exploits, dans la voix du conteur, dans les yeux émerveillés d’un petit garçon qui lui égraine fièrement les 12 travaux qu’il a appris par cœur, dans les sourires goguenards et méprisants des puissants, dans les pommettes de ses admiratrices qui rougissent sur son passage…

Mais Hercule, qui est-il vraiment ? Plus on se rapproche du demi-dieu, plus l’image est floue et lorsqu’on entre dans la tête du fils de Zeus (cela aurait été plus cohérent de dire « Jupiter », mais bon, on ne va pas chipoter), on s’aperçoit qu’il poursuit une profonde quête identitaire. N’est-il qu’une spectaculaire montagne de muscles, un « catcheur » comme l’était Dwayne Johnson qui l’incarne à l’écran ? Quelles sont vraiment ses origines ? Quel rôle a-t-il joué dans la mort de sa femme et de ses enfants ? J’avais complètement oublié cette histoire de meurtres : je me souviens maintenant qu’elle m’avait beaucoup marquée.

Pour terminer, je voudrais revenir sur les deux morceaux de bravoure au cours desquels le héros fait usage de sa force…herculéenne. J’avoue que je me suis entendu intérieurement lui dire « vas-y, tu peux y arriver ». S’il avait échoué, cela aurait été terrible, pas du fait des conséquences scénaristiques de l’échec que cela aurait été l’arrêt de mort de la légende.

Don Quichotte, avant de mourir, renie sa propre légende, j’en pleure encore. Un héros se doit d’entretenir son mythe, ne serait-ce que pour continuer à rendre heureux tous ceux qui ont mis leur espoir en lui. Un très bon cru au final, on en sort fortifié.

Edouard

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Némésis

Présenté par Philip Roth comme son dernier roman, celui-ci m’a laissé sceptique et déçu.
Été 1944.
Les troupes américaines ont débarqué sur les côtes normandes.
Bucky Cantor est réformé à cause de sa mauvaise vue.
Dans le quartier juif de Newark, il fait merveille comme moniteur sportif.
Les gamins l’adorent, il a toutes les qualités d’un meneur.
Quand une épidémie de poliomyélite se déclare, il continue ses animations, malgré la contagion.
Sa promise, la belle Marcia, le supplie de la rejoindre dans un camp de vacances
Ce qu’il finit par accepter, malgré un terrible sentiment de culpabilité.
Quand l’épidémie se déclare dans le camp, il prendra sur lui la responsabilité de l’introduction du virus.
Atteint à son tour par la maladie, il rompt avec Marcia, et s’enfonce dans la solitude.
Némésis, c’est la déesse grecque de la justice.
La religion judéo-chrétienne a fait de la culpabilité son fonds de commerce.
Le péché originel…
Déception de voir le grand écrivain juif arrivé à l’hiver de sa vie nous servir ce genre de cocktail.
On l’a connu paillard, explosif, imaginatif, créatif, hédoniste.
La mèche serait-elle en train de s’éteindre??
Amitiés interrogatives,
Guy.
Philip Roth – Folio – 266 p.

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Ecriture et écho

Depuis un an, je suis relecteur au comité de lecture d’une petite maison d’édition en ligne que les habitués de général Lee connaissent : Shortédition. C’est cette même maison qui a publié un certain nombre de mes textes, notamment quelques aventures de Georges. Le choix des textes qui seront publiés sur le site est effectué par des relecteurs bénévoles qui votent pour chaque œuvre sur une échelle de 1 à 10. Bien entendu, les relecteurs qui sont aussi auteurs n’ont pas la possibilité de voter pour leurs propres œuvres.
Ceci dit, cela ne signifie pas qu’être relecteur n’est d’aucune aide pour être publié ni pour progresser en écriture. Je savais en m’engageant que le travail d’un relecteur n’était pas exactement le même que celui d’un lecteur lambda d’une œuvre sélectionnée, calibrée, ripolinée par un éditeur et distribuée dans le commerce.
Sur le flot de textes qui arrivent sur le site, 20% seulement sont de qualité. On est toujours plus indulgent avec soi même qu’avec les autres et à force de relire des textes mal écrits, bourrés de fautes d’orthographe, sans chutes, sans épaisseur, dans un français laissant à désirer et sans aucun respect pour la concordance des temps, on finit fatalement par devenir plus exigent pour soi.
Le second intérêt réside dans le fait de croiser son opinion avec celui des autres relecteurs. Je n’en connaissais aucun et j’ai été agréablement surpris par le fait qu’en dehors de quelques exceptions (heureusement, nous ne sommes pas des robots), il y a très souvent une convergence d’opinion concernant la qualité d’un texte. Comme quoi, quand une œuvre est vraiment bonne…
Donc, pas de fautes d’orthographe, de grammaire ou de conjugaison. C’est le BABA, mais ce n’est pas suffisant. Il faut aussi qu’une vraie sensibilité se dégage du texte, qu’elle marque le relecteur, qu’elle l’aspire, qu’elle le captive (presque au propre), qu’il ne souhaite plus se détacher du texte. Tout le monde n’est pas également équipé pour atteindre cet objectif. Très rares sont les Françoise Sagan qui y arrivent à 18 ans avec « Bonjour Tristesse ». La très grande majorité n’y arrive qu’avec le travail et la maturité.
Ceci dit, il y aura toujours une part d’aléa dans le choix du comité et le fait qu’un texte n’ait pas été retenu ne signifie pas forcément qu’il est mauvais et absolument pas que l’auteur doive se décourager. Il est extrêmement précieux pour un auteur d’avoir un retour sur son œuvre, mais la décision du comité éditorial n’est qu’un écho et l’auteur sera le seul à pouvoir lui donner une signification.
Edouard

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Autoportrait de l’auteur en coureur de fond

Quand un grand écrivain dévoile une facette ignorée de sa vie.
Le jour où il vend son club de jazz, il arrête de fumer et commence à s’entraîner à la course de fond.
Depuis lors, il n’a pas cessé.
À son actif, de nombreux marathons, des triathlons (natation 1500 m, cyclisme 40 km, course à pied 10 km), et même un super-marathon de 100 km. Décourageant pour un sportif du dimanche tel que moi.
« Une grande partie de mes techniques de romancier provient de ce que j’ai appris en courant chaque matin ».
André Clavel a écrit dans l’Express: « L’homme aux semelles de vent qui dévore les mots et le bitume avec la même fringale ». Joliment dit, non?
Une belle méditation sur la vie, par un homme qui finira, j’espère, par remporter un jour le prix Nobel de littérature.
Amitiés hors d’haleine,
Guy.
Haruki Murakami – 10/18 – 220 p.

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