Drood

1865 : Charles Dickens se trouve dans un train qui s’apprête à franchir un pont. Quelques secondes plus tard, la locomotive déraillera et entraînera dans sa chute la plupart des wagons qui précédent celui de l’écrivain. Dickens apportera son secours aux blessés et descendra au fond du ravin. Il y rencontrera un être aussi étrange que fantomatique qui changera sa destinée : Drood. Wilkie Collins, un proche de Dickens, narrera dans les 850 pages qui suivront, les conséquences de l’accident.

L’écrivain Wilkie Collins, dont je n’avais jamais entendu parler avant d’ouvrir Drood, a bien existé. Son entrée sur Wikipédia est assez bien fournie. Curieusement, elle l’est beaucoup plus que celle de Charles Dickens.

C’est peu dire que Drood est une prouesse littéraire. C’est un véritable festival. Dan Simmons jongle admirablement avec tous les genres et bouscule les codes de la littérature sans les violer pour autant. Il innove même et invente le roman rétrofuturiste puisqu’il est censé être écrit en 1879 pour nous, lecteurs du XXIe siècle.

Le livre commence par un tableau assez académique de la société victorienne. Il se poursuit par une descente aux enfers au sens dantesque du terme : bas fonds, crypte, murs suintants, enfants déguenillés, vieillards décharnés, coupe-jarrets, cadavres en décomposition, sectes diaboliques, opium…tous les ingrédients du genre gothique sont là.

Qui est Drood ? Un homme de chair et d’os ? Un génie du mal ? Un magnétiseur fou ? Un ancêtre du docteur Mabuse de Fritz Lang ? Un fantôme ? L’âme du petit peuple de Londres qui vit dans les profondeurs de la capitale, prêt à se révolter à chaque instant (une très brève allusion à la « première internationale » créée à Londres en 1864 est faite) ?

Petit à petit, le narrateur prend le dessus sur les événements qu’il relate. On voit le vrai visage de Wilkie Collins. Drood devient un démon intérieur.

Est-ce Drood qui transforme le « bon vieux Wilkie » en monstre sanguinaire ou est-ce Collins qui crée Drood pour ne pas avoir à assumer sa propre déchéance ?
Quel peut être la place de Drood dans l’esprit d’un personnage rongé par la maladie (la goutte) et l’opium qu’il absorbe de manière immodérée, en particulier sous forme de laudanum ? Quelle crédibilité accorder aux propos d’un narrateur aussi délabré ? La réalité que le lecteur devinera derrière les délires de Collins n’en sera plus que saisissante.

Drood pourrait aussi être l’histoire de l’artiste dépeint par Aznavour dans « je me voyais déjà ». Un écrivain qui enrage de vivre dans l’ombre du maître Dickens. Un écrivain détruit tant par la fascination que par la haine qu’il éprouve pour l’auteur de David Copperfield. Un écrivain convaincu de sa médiocrité et qui espère néanmoins rester dans l’Histoire en s’adressant à des lecteurs du futur.

Drood, c’est en tout cas un livre poignant qui me marquera durablement.

Edouard

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Edition et éditeurs

Il y a presque un an, dans « édition et débroussailleuses », je racontais comment j’avais sélectionné 17 éditeurs dans l’ouvrage de la revue Lire : « comment se faire éditer ».
J’étais alors très loin de m’imaginer qu’il me faudrait de nombreux mois avant de poursuivre mes investigations éditoriales. Elles ont repris mi-septembre : J’ai choisi de procéder par vagues et d’en choisir 8 sur les 17 pour la première.
D’abord, faire imprimer 8 manuscrits et trouver 8 enveloppes à soufflet : rien de très compliqué jusque là. Ensuite, en relisant les conseils de « comment se faire éditer », j’ai compris qu’il allait falloir me résoudre à écrire des lettres d’accompagnement pour chaque éditeur : la plupart le demandent et ceux qui ne disent rien ne disent pas non plus qu’ils n’en veulent pas. La longueur ? Je me suis aligné sur les 10 à 15 lignes dont parle le guide.
Comment individualiser chaque lettre ? En essayant de mieux connaître les éditeurs, bien entendu. Comment faire pour mieux les connaître ? Il y a le site qu’il est indispensable d’aller voir pour connaître les modalités particulières d’envoi du manuscrit. Il y a Wikipédia pour connaître l’histoire des éditeurs et les auteurs qui sont attachés aux maisons. Il y a enfin les moteurs de recherche des journaux qui informent sur l’actualité des éditeurs. Tous ces éléments permettront au final de déterminer ce qu’il peut y avoir de commun entre vous et chaque éditeur. Bien entendu, ça restera une impression, une tendance très subjective pour envoyer 8 lettres de 15 lignes légèrement personnalisées.
Une fois cet exercice réalisé, viendra le temps de la réalisation des colis renforcés au gros scotch : séquence collage et découpage qu’on évoque rarement dans la vie d’un auteur.
Voilà maintenant l’épreuve ultime, celle qui marque la fin d’un chapitre et que j’ai finalisée aujourd’hui, celle à partir de laquelle la période de l’attente commence : l’envoi par la poste.
Mon guide fétiche recommande un envoi par lettre recommandée avec AR. Sachez que l’envoi de 8 manuscrits avec AR est une entreprise très chronophage, tellement que j’ai décidé de la répartir sur deux samedis matin. Aux auteurs qui ne seraient pas passionnés d’informatique, je conseille de faire un premier envoi pour voir comment ça marche. En effet, tout est informatisé et pour les recommandés, il faut dire à la machine que votre envoi est une lettre et non un colis. Sinon, elle le fera partir en colissimo.
Après tout ça, vous rentrez chez vous et vous vous rendez compte que vous êtes vidé, sec, que rien que le fait d’écrire un article sur votre blog pour informer vos lecteurs que le chapitre est terminé se révèle être une entreprise pénible.
Petit à petit, vous vous réveillez, vous sortez du cocon dans lequel vous vous êtes enfermé pendant deux ans pour écrire votre roman. Vous réalisez qu’un vrai monde existe, un monde fait de chair et d’os. Et là vous pensez : « bon, me vla sorti. Et ben c’est tant mieux parce que je ne ferai pas ça tous les jours ! »
À bientôt j’espère, pour de nouvelles aventures.

Edouard

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Baudolino

XIIe siècle. Baudolino, conseiller de Fréderic Barbe Rousse, souverain du Saint Empire Romain germanique, raconte ses aventures rocambolesques à Nicétas, un homme rencontré au cours du sac de Constantinople par les croisés.

Difficile de résumer un livre de plus de 660 pages qui est plus une épopée relatant les différents moments de la vie du héros qu’une intrigue très construite du genre de Da Vinci Code ou Millenium. Ce genre de récit, vieux comme l’histoire de la littérature (l’épopée de Gilgamesh : IIe millénaire av JC) n’est plus très à la mode aujourd’hui et il m’a fallu un moment pour m’y habituer. Je me suis aussi rapidement rendu compte que la lecture de l’ouvrage convenait peu au rythme des trajets quotidiens de RER et c’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles j’ai mis un temps phénoménal à le terminer. Pour déguster ce roman-fleuve, privilégiez les vacances, la plage et l’insouciance au stress quotidien qui convient mieux aux romans rythmés.

L’histoire maintenant. D’un point de vue historique, j’ai beaucoup appris sur l’histoire d’une région de l’Europe qui correspond à la Bavière, la Suisse et le nord de l’Italie. Tout ça, comme dans les romans d’Eco, est raconté dans un style qui mélange érudition et légèreté. Toutefois, contrairement au Pendule de Foucauld et plus encore qu’avec la Nom de la Rose, c’est la légèreté qui prime, frisant ainsi avec la commedia Del Arte.

À partir de la mort de Fréderic, on bifurque dans le fantastique. Le personnage de Baudolino se creuse et nous arrivons petit à petit dans un tableau de Jérôme Bosch, au milieu de personnages fabuleux qui se perdent dans d’interminables querelles théologiques. On bascule ensuite dans l’héroic fantasy avec une menace guerrière couplée d’une belle romance. On quitte à ce moment la théologie pour aborder la philosophie.

Puis on revient au commencement et aux quelques années qui vont suivre, jusqu’à la fin du héros.

Un très beau livre sur un personnage qui a le physique de Sancho Panza et qui pense comme Don Quichotte. Comme dans le roman de Cervantes, l’ouvrage s’articule autour de la notion de vérité. Nous sommes prévenus dès le départ, Baudolino est un menteur. Pourtant, derrière son récit fabuleux, on finit par percevoir quelques accents de vérité, c’est ce qui rend le personnage touchant.

Un grand livre à lire en prenant son temps, un livre qui ne se dévore pas, mais qui vous bouleverse lentement.

Texte: Edouard

Illustration: Magali

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Edition et titre

Qu’est-ce qu’un bon titre ? Si, en tant qu’auteur, vous cherchez sur la toile, vous trouverez des conseils du genre : ne vous inquiétez pas, le titre, c’est l’affaire de l’éditeur. Il est très peu probable qu’il retienne le titre que vous choisirez.
Que faut-il retenir de ces conseils ? Que pour l’auteur, le choix du titre n’a aucun intérêt ?
Personnellement, je ne le pense pas. Bien entendu, même s’il y a quelques trucs qu’il est bon de savoir, la recette de l’écriture d’un livre est ultra subjective est peut difficilement être transmise de bouche d’écrivain à oreille d’écrivain puisqu’elle épouse les contours de la psychologie du romancier.
Pour ma part, un bon livre est une alchimie entre le détail de chaque scène qui le compose et le tout qu’il constitue.
Pour aborder l’écriture d’un roman, il me semble important de savoir si on est aristotélicien ou platonicien, en gros, si dans la vie, on a plutôt tendance à aller du général au particulier (les platoniciens) ou du particulier au général (les aristotéliciens). Pour ces derniers, la recherche immédiate du titre n’aura pas d’intérêt. Par contre, pour les platoniciens, elle sera primordiale. Le titre sera la première étincelle de vie du roman. Au cours du temps, entre la naissance de l’idée et la construction de l’intrigue, le sens global de l’ouvrage pourra évoluer. Peut-être aussi que les remarques des relecteurs feront vaciller le titre originel.
Et l’éditeur dans tout ça ? L’éditeur, c’est autre chose. Il va devoir premièrement faire coïncider le roman avec la ligne éditoriale de la maison et deuxièmement, il va devoir vendre le livre et trouver un titre accrocheur. Afin de réussir ces acrobaties, il est courant qu’il propose un autre titre que celui proposé par l’auteur. Ainsi, de « la caresse du démon » dans la phase primaire de l’écriture, après finalisation du récit, avis des relecteurs et proposition de l’éditeur, le livre pourra être vendu en librairie sous le titre « Hervé, le lapin malin ».
Il est vrai que le titre « la rédaction de mémoires contentieux en droit de l’urbanisme » a été conservé tel quel par mon éditeur (voir « édition et rectangle ») et pourtant, je ne pense pas que ce soit un titre très accrocheur…c’est l’exception qui confirme la règle.
Comme annoncé dans mon dernier billet « édition », je ne vais pas envoyer mon roman avant septembre. Si je trouve un éditeur, je ne manquerai pas de vous faire savoir si j’ai pu ou non sauver mon titre (je suis un platonicien).
Bonnes vacances aux aoûtiens et bonne reprise aux juilletistes.

Edouard

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Scénario pourri…succès planétaire !!

Sujet de rédaction : Dans un hôtel new-yorkais, l’un des hommes les plus influents du monde chante sous sa douche. Au même moment, une femme de chambre d’origine sénégalaise entre dans la chambre pour faire le ménage. L’homme ayant fini sa toilette sort entièrement nu de la salle de bain et se trouve nez à nez avec la femme de chambre. Imaginez la suite…
Il faut bien l’avouer, le commencement de l’affaire DSK a tout d’un scénario pour film porno qu’aurait pu imaginer le dernier des simples d’esprit.
Première rédaction :
Choquée en voyant l’animal, la femme de chambre se met les mains sur les yeux.
– Cachez ce … que je ne saurais voir.
Rougissant, DSK fait un pas en arrière et referme la porte de la salle de bain.
– Vous me direz quand vous aurez fini !?
– Oui, oui…
Après avoir terminé de passer l’aspirateur, la femme de chambre s’éclipse.
– C’est bon maintenant. Vous pouvez sortir!
Note : 2/10
Observation du professeur : Ce scénario manque incontestablement d’inventivité, aucun suspens, aucun sel. Vous n’avez pas su exploiter les éléments de l’énoncé.
Deuxième rédaction :
L’homme se jette sur la femme de chambre et tente de la violer. Elle se débat et réussit à sortir de la chambre.
Note : 3/10
Observation du professeur : Ce scénario est beaucoup trop court. Un peu bestial aussi. Il suppose un homme psychologiquement déficient qui n’a aucune maîtrise de lui-même. N’oubliez pas qu’il s’agit là de l’un des hommes les plus influents de la planète ! L’attitude de la femme de chambre semble en revanche plus crédible. Je vous invite donc à reprendre la première partie après avoir creusé la seconde et après avoir détaillé la psychologie du personnage masculin.

Edouard

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Le temps de la sorcière

Einar, reporter au « journal du soir » de Reykjavik, est envoyé à Akureyri, une ville du nord de l’Islande où plusieurs personnes ont trouvé la mort dans d’étranges circonstances.

Après les Suédois Stieg Larsson (millenium) et Henning Mankell, je poursuis ma découverte des polars vikings avec l’islandais Arni Thorarinson.

Première grosse difficulté : les noms propres. Ils ont tous des prénoms imprononçables qui semblent échappés du seigneur des anneaux et se ressemblent beaucoup. Aucune indication pour savoir si un prénom et féminin ou masculin. Pour couronner le tout, pas de nom de famille. Juste le prénom du père auquel on ajoute « son ». Bref, impossible de savoir qui est qui pendant les 200 premières pages.
À cela, s’ajoutent un style un peu lourdingue (faute du traducteur ?) et une intrigue qui progresse à la vitesse d’un glacier tétraplégique.

Pas d’elfe, pas de troll, mais une perruche avec laquelle Einar entretien d’étranges relations.

À la page 350, me voilà sur le point de jeter l’éponge quand arrive la blague d’Asbjörn, le chef d’Einar (que j’ai péniblement fini par identifier). Ce n’était pas sa première blague, mais les autres étaient super pourries et je ne savais pas s’il fallait les prendre au premier ou au second degré. Celle de la page 350 est très drôle. Bien grasse, mais très drôle.

M’étant bien marré, je décide d’essayer de voir le roman sous un autre angle. À mesure que se profile le dénouement, je me rends compte que les elfes et mes trolls sont bien là, mais qu’aujourd’hui, on les trouve plus facilement dans une pièce de théâtre ou dans la tête d’un déséquilibré qu’au fond d’un fjord. Je perçois ainsi mieux le message de Thorarinsson qui dénonce la disparition de la culture islandaise dans le flot de la mondialisation.

Tout est donc perdu ? Peut être pas. La fin est assez rude. Une rudesse qui fait très…viking. Ainsi, comme après le ragnarök (fin du monde) de la mythologie nordique, un Nouveau Monde sort du chaos, un monde dans lequel Björk et Thorarinsson remplacent Thor et Odin.
Le temps de la sorcière
Arni Thorarinson
Points
2007

Edouard

 

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Minuit à Paris

Un jeune couple d’Américains passe ses vacances à Paris. Lui tente de terminer son premier roman et espère que l’air de la ville lui apportera l’inspiration qui lui fait cruellement défaut. Elle, accompagnée de ses parents, ne pense qu’aux préparatifs de leur mariage. Elle se plonge dans les guides touristiques. Lui se plonge dans le Paris des arts et des lettres des années 20.

Difficile de classer « minuit à Paris » dans la filmographie de Woody Allen. Les codes habituels du cinéaste y sont à peine esquissés et s’effacent derrière l’acteur principal du film : Paris. Woody ne semble plus se soucier de vraisemblance et de cohérence. Tout n’est que rêve, les individus se croisent comme par magie et leur rôle exact dans l’intrigue est imprécis. Le personnage joué par Carla Bruni est à cet effet caractéristique. Guide ? Traductrice ? C’est un « passeur », un « pont » qui permet de faire le lien entre les deux rives de l’atlantique, entre deux univers culturels.

Pour classer « minuit à Paris », il faut peut être rechercher du côté d’Owen Wilson qui campe le rôle du fiancé écrivain. Ce personnage un peu fade ne serait-il pas à rapprocher de celui incarné par « Mia Farrow » dans « la rose pourpre du Caire » ? Dès lors, « minuit à Paris » ne serait-il pas une sorte de « rose pourpre du Caire » inversée ? Le rapprochement est séduisant. Alors que dans le film tourné en 85, l’acteur sortait de l’écran pour se confronter à la vraie vie, le spectateur quitte aujourd’hui le monde réel pour s’engouffrer dans un imaginaire fantasmé.

Mais peut-être est-il vain de vouloir classer « minuit à Paris » dans la filmographie de l’auteur. Peut être faut il se laisser emporter par la vision onirique de Woody Allen qui nous présente un Paris pas vraiment réel, un Paris de carte postale, le Paris qu’il aime et qu’il veut nous faire aimer.

Bref, un film évanescent, plein de charme et difficile à décrypter.

Edouard

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Oscar Wilde et le jeu de la mort

Londres, 1892. Oscar Wilde réunit 13 personnes autour d’une table et leur propose une partie de « jeu de la mort ». Pour jouer, chaque participant doit inscrire le nom d’une personne qu’il voudrait voir morte sur un bout de papier. Tous les bouts de papier sont regroupés dans un chapeau. Après, les « victimes » sont retirées une à une du chapeau, le but du jeu étant de retrouver le « meurtrier » correspondant.

Inconditionnels d’Oscar Wilde, des romans policiers « à l’ancienne » et des corporations masculines « so british », ce livre est fait pour vous.

Je ne fais pas partie du lot. Je ne conteste pas que la lecture du roman est agréable ni que les recherches faites par Gyles Brandreth sur la société victorienne sont intéressantes. L’époque est intéressante aussi. C’est un hommage aux années les plus fastueuses de la vie de l’écrivain. Trois ans plus tard, Oscar Wilde sera jugé et condamné pour homosexualité. Sa déchéance se poursuivra pendant plusieurs années et se terminera à Paris où l’auteur mourra en 1900.

Qu’est-ce qui ne va pas ? Je trouve le caractère « précieux » du style tout comme les aphorismes permanents d’Oscar Wilde un peu écœurants. L’académisme du roman me semble désuet. Tout est lisse, la psychologie des personnages n’est pas très creusée. Pour moi, un roman policier doit être plus qu’un « who done it ? » (qui a fait le coup ?) dont les romans d’Agatha Christie sont l’archétype. Il est vrai que la forme qui évoluera plus tard dans des directions aussi diversifiées que le « Thriller » et le « polar » était encore très académique à l’époque de Wilde. Il faudra attendre des décennies pour que le style « policier » se marie avec la plupart des genres littéraires. Gyles Brandreth respecte visiblement les codes de l’époque et sans doute aussi ceux d’Oscar Wilde qui était un grand théoricien de l’ « esthétisme » en littérature.

Je n’ai donc pas grand-chose à reprocher à cet ouvrage, en dehors du fait qu’il n’est pas ma « cup of tea ».
Oscar Wilde et le jeu de la mort
Gyles Brandreth
10/18
2010

Edouard

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Edition et écriture

Un jour, je considérerai que mon roman est abouti, que j’aurai fait le maximum pour prendre en compte les observations de mes relecteurs et que je ne vois plus ce que je peux ajouter à l’édifice.
Ce jour-là, je déciderai d’envoyer mon roman à plusieurs éditeurs en espérant bien entendu d’être retenu par l’un d’entre eux. Les statistiques ne sont pas là pour me rassurer : 1 à 3/100 de chances de me faire éditer dans une petite maison, 1 à 2/1000 dans une moyenne et 1/1000 dans une grande (« comment se faire éditer » édition 2009).
C’est le rêve de tout auteur de figurer dans les 1/1000, mais pour éviter les risques de déprime à la réception de réponses négatives, mieux vaut être modeste et se préparer à l’hypothèse du rejet, sans pour autant s’avouer vaincu.
Comment se préparer ?
En premier lieu, essayer de me mettre dans la peau de l’éditeur et admettre que les raisons pour lesquelles il retiendra ou non mon roman m’échapperont toujours en partie. La caricature du genre est celle de l’éditeur allemand qui vient me chercher pour éditer mon mémoire de DESS (voir « édition et destin » et « édition et rectangle »). Je ne connaîtrai certainement jamais le fin mot de cette histoire.
En second lieu, me dire qu’un éditeur fait fabriquer et diffuse des livres. Que si le choix par un éditeur signifie une certaine reconnaissance, ce n’est pas non plus une consécration. Tous les ouvrages édités ne sont pas des chefs-d’œuvre (je sais, j’en ai lu) et les ouvrages non édités ne sont pas tous à jeter à la poubelle (je sais, j’en ai lu).
Troisièmement, me demander ce qui fait la qualité d’un livre, travailler et retravailler mes textes, écouter mes relecteurs, me remettre en question, me demander ce que je veux dire a mes lecteurs, me demander ce que mes lecteurs voudraient ce que je leur dise, me dire qu’avec l’expérience, le prochain livre ne pourra qu’être meilleur que le précédent.
Enfin, et c’est le plus important, me dire que je n’écris pas uniquement pour être édité, mais que je le fais par plaisir, me dire que si écrire ne m’apporte plus rien, il ne faut pas continuer.
Me voilà équipé…au boulot !!

Edouard

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Ecriture et relecteurs

Une fois les remarques de forme prises en compte, je me suis trouvé en possession d’un roman tout propre. Quand l’envoyer aux maisons d’édition ? Votre premier relecteur vous aura peut être fait quelques remarques sur le fond, mais il faut avoir conscience du fait qu’il est très difficile pour lui d’être en même temps attentif à la forme et au fond, surtout s’il y a un gros travail sur la forme. Il serait possible d’en rester là et d’envoyer tel quel le roman à un éditeur en se disant, « vaille que vaille… »
Certains auteurs pressés par le temps, n’auront pas d’autres choix que de suivre cette voie expéditive. Pour les autres, il me semble plus enrichissant de ne pas s’arrêter là.
L’intérêt d’avoir entre les mains un roman propre sur la forme est de rendre la critique sur le fond plus aisée. Personnellement, j’ai fait le choix d’une deuxième phase de relecture et j’ai choisi quelques relecteurs en leur demandant de se prononcer avant tout sur le fond.
Il y aura inévitablement une part d’affectif dans le choix des relecteurs de cette seconde phase, mais ce choix doit être aussi stratégique. Attention, une personne affectivement trop proche risque d’être gênée dans sa lecture, justement à cause de cette proximité affective. Le choix de relecteurs étant ou ayant été en lien avec le monde des livres (éditeur, écrivain…) est bien entendu judicieux, mais celui d’un relecteur qui ne lit jamais peut aussi être intéressant. Enfin, si vous avez dans votre entourage un professionnel de la « recherche de la petite bête », n’oubliez surtout pas de l’intégrer à l’équipe. Pour votre plus grand plaisir et le sien, il traquera avec zèle les incohérences qui subsistent encore ici et là.
– Combien de relecteurs ?
– Plus d’un, bien entendu, mais pas trop non plus. Pour ma part j’en ai pris cinq et je pense que c’est un maximum.
– Qu’est ce que tu vas faire de toutes ces remarques ?
– Souvent, elles se recoupent ou se complètent. Parfois, elles se contredisent. Pour pouvoir les prendre en compte, je suis obligé de me poser des questions fondamentales. Qu’est ce que je veux dire au lecteur ? Quel message je veux lui faire passer ?
– Mais ces questions, tu ne te les étais pas posées avant ?
– Non, pas vraiment. C’est mon premier roman. J’avais décidé d’écrire ce roman parce que je voulais écrire un roman. Je n’imaginais pas pouvoir en écrire un autre.
– Et…
– Maintenant, je vais écrire le roman que je veux écrire. C’est celui-là que je vais envoyer aux éditeurs.

Edouard

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