La face cachée de la lune

Urs Blank, avocat d’affaires à Zurich, semble atteint par la crise de la quarantaine. Il rencontre une jeune marginale, qui l’initie aux champignons hallucinogènes. Lui, le prédateur contrôlé, va basculer dans la violence gratuite. Malgré l’aide d’un ami d’enfance, psychiatre, il se marginalise totalement, au point de devenir une sorte de Robinson suisse.
La description du virage vers la folie donne froid dans le dos.
Il ne s’agit pas seulement d’un roman: la littérature médicale décrit de nombreux exemples de personnalités fragiles qui passent de l’autre côté (voir le titre), parfois de façon définitive.
Martin Suter est un très bon auteur suisse alémanique.
Dans ce livre-ci, il est par moment trahi par une traduction approximative donnant de nombreuses phrases indigestes.
Amitiés mycologiques,
Guy.

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Le premier amour

En 1912, Gaspar, vieux mâle solitaire à la cinquantaine bien tassée, est prof de latin dans une petite ville de province hongroise. Habitué aux petites classes (6e, 5e), il se voit confier à la rentrée une classe de terminale dans laquelle une expérience de mixité est tentée : 6 filles pour 24 garçons.

Ce livre traînait depuis des années dans ma bibliothèque, j’avais essayé de le lire une fois, mais j’avais arrêté au premier tiers (j’ai retrouvé le marque-page). J’ai été cette fois-ci bouleversé par ce roman. Une histoire de la folie ordinaire. À quoi tient la manifestation de la folie de Gaspar ? À pas grand-chose, à un grain de sable faisant voler en éclats la mécanique bien huilée de sa petite vie en papier millimétré. D’où vient ce grain de sable ? On ne sait pas vraiment. Un concours de circonstances, des malentendus, l’âge… La petite enfance ? Peut-être, Gaspar y fait allusion lorsqu’il se confie au début à un jeune homme. Peut-être est ce là qu’il faudrait rechercher les origines profondes qui ont bloqué son développement, vers 11, 12 ans peut être, justement à l’âge des « petits » auxquels il aime tant enseigner.

Gaspar est un Peter Pan qui s’aperçoit à 55 ans qu’il ne peut plus sortir de son pays imaginaire peuplé de déclinaisons latines. Toutefois, il n’en a pas conscience et personne ne lui dira jamais. Il sent que les choses ne tournent pas rond, il parle d’un « docteur de l’esprit», pour dire tout de suite après qu’il n’y en a pas dans la ville, trop petite. Vienne n’est pas si loin et Freud y développait alors ses théories… Ágoston Timar, le jeune homme auquel Gaspar se confie au début et qu’il souhaiterait désespérément revoir y habite d’ailleurs. C’est un personnage un peu méphistophélique qui ouvre une porte dans le pays imaginaire de Gaspar sans lui donner les moyens de la refermer. Incapable de trouver seul les clefs, il ne peut que décrire les symptômes de sa transformation.

Le roman est présenté sous la forme du journal intime de Gaspar. Toute la force dramatique tient donc dans le décalage entre ce qu’il décrit et ce que nous comprenons du drame qui se profile. Cette naïveté dans la description est assez drôle au début. Prise au second degré, elle fait penser à du Tchekhov.

Mort en 1989, Sándor Márai n’a sans doute jamais entendu parler de Dalida, pourtant, à l’issue de cette lecture, les paroles de Bambino me reviennent : « l’amour et la jalousie ne sont pas des jeux d’enfants et tu es trop jeune encore pour souffrir comme les grands ». Si le bambino a 10 ans, c’est mignon. Mais imaginez une seconde que le bambino ait 50 ans…brrr

Edouard
Le premier amour
Sándor Márai
Le livre de poche

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Les voisins d’en face

« Annie a tout pour être heureuse ; un métier agréable, un mari aimant, un adorable petit garçon et un beau bébé. Jusqu’au jour où de nouveaux voisins emménagent dans la belle demeure en face de chez elle.
David, obstétricien de renom et sa charmante épouse Lesley, maman d’une petite fille, vont bientôt, à leur insu, ne plus avoir de secrets pour Annie. Celle-ci découvre par hasard que, en réglant la fréquence de son écoute-bébé, elle peut entendre tout ce qui se passe chez ses voisins.
Ce qui n’est au départ que simple curiosité devient vite une drogue d’autant plus que les conversations de David n’ont rien de banal. »
« Roman au suspense haletant qui nous plonge, en compagnie d’une héroïne intrépide, au coeur d’un univers cruel et angoissant. »
D’accord pour le suspense puisque je suis allée jusqu’au bout, mais pas vraiment haletant.
L’héroïne intrépide est surtout une mémère people, trop curieuse qui aime bien se mêler de ce qui ne la regarde pas et qui a une imagination délirante d’où son sens de la culpabilité exacerbé et ses hésitations à aller plus loin. À quoi bon toutes ses moralisations puisque nous savons qu’elle choisira ce qui n’est pas « bien » (à son avis), mais permet au livre d’avancer.
Petit à petit nous découvrons les travers de David et ses trafics qui eux, manquent totalement de remords. Lui, c’est le côté cruel de l’histoire.
Les personnages sont un peu caricaturaux et attendus. Mais, bof !
Très bien le coup de la télé dans la salle de bains.
Très lisible pour les vacances !
La Martine qui a des voisins beaucoup plus calmes (que des vieux tout sage)…
SORREL Ames
Serena, 2006 (1988), 319 p.

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Les accusées

Été 1914, Rose et son mari rejoignent les USA à bord de l’Impératrice Alexandra, un paquebot transatlantique, lorsqu’une explosion détruit le bateau. Rose fait partie des 39 passagers d’une chaloupe mise à la mer.
C’est sous forme de journal qu’elle nous raconte son voyage de 21 jours avant d’être sauvée et jugée pour le meurtre de Mr.Hardie, le marin chargé de la chaloupe trop chargée.
21 jours de faim, de soif, de doutes, de questions, de rivalités, d’égoïsme sous couvert de générosité, à la limite de la folie.
« Sublime et dérangeant, «les Accusées » exploite les limites de la morale humaine. »
Plus dérangeant que sublime et c’est ce qui m’a intéressée. Les personnages sont très bien étudiés et décrits. L’histoire est haletante.
Jusqu’où peut aller l’instinct de survie ? De quoi serions-nous capables dans un cas similaire ? Quel personnage est le plus irréprochable ?
Sublime parce que dérangeant ?
En tout cas, lu d’une traite. Une bonne lecture d’été ; vous ne verrez plus la mer de la même couleur.
La Martine
ROGAN Charlotte
Fleuve Noir, 2012, 261 p.

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Un mensonge presque parfait

 

Une très amusante histoire d’arnaque se passant dans le milieu psychojudiciaire américain.
David Remler, psychothérapeute avec pignon sur rue à Manhattan, reçoit une nouvelle et ravissante patiente, prénommée Samantha.
Elle lui confie ses difficultés conjugales, et laisse entendre qu’elle pourrait bien assassiner son mari.
David est veuf depuis trois ans, et le charme de la demoiselle ne le laisse pas indifférent.
Une nuit, elle lui téléphone pour lui annoncer qu’elle est passée à l’acte.
Il se précipite, dans la maison sans vie et y trouve le cadavre d’un homme lardé de coups de couteau.
Pas de Samantha à l’horizon, mais deux flics qui s’empressent de l’embarquer.
Deux inspecteurs, de style Dupont et Dupond vont cuisiner notre psy ahuri, qui ne manquera pas d’accumuler les faux pas, faisant de lui un coupable très plausible.
Ses démêlés avec la justice américaine rappellent un peu ceux d’un politicien français qui fit l’actualité il y a un peu plus d’un an.
Tout cela est bien ficelé, et le lecteur en a pour son argent.
Une bonne lecture de vacances, pour ne pas se prendre la tête.

Amitiés garde à vue,

Guy (20/07/2013)

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Ah ! Celui-là, oui !!!
Comme quoi, inutile de tartiner les murs et les pages de sang et de tripes pour faire le malin. Il suffit de savoir écrire et d’avoir une imagination normale sans schizophrénie…

L’histoire nous est racontée et menée par David Remler, psychiatre au-dessus de tout soupçon, hyper chevronné, côté, donc excessivement cher. Très au fait des us et coutumes psy, il se fait pourtant avoir par une de ses clientes. Une certaine Samantha qui a des problèmes avec son mari dont elle ne peut se séparer sous peine de perdre la garde de son fils. Donc, elle envisage de le tuer. Que faire quand on est psy ? Surtout ne pas prendre la défense de la belle dame et se renseigner pour savoir comment elle pourrait divorcer en ayant un maximum de chance de garder son enfant. Une nuit, Sam lui téléphone en lui disant qu’elle est passée à l’acte. Dans un cas pareil, un psy ne se précipite pas sur le lieu du crime pour aider sa cliente. C’est pourtant ce que fait David et comme Sam n’est pas là et n’est pas la vraie Sam, épouse légitime du cadavre, voilà notre psy accusé N° 1 faute d’autres suspects. Le procès est magnifique et haletant. Toutes les preuves se retournent contre lui. Et pourtant il a des avocats chevronnés (une belle avocate en particulier) et teigneux à souhait face à l’accusation. Le dernier jour du procès arrive et là, surprise ! (Chuuuutttt !)

Le livre ne s’arrête pas là, David part à la recherche de sa « patiente mystère », seul, évidemment et … lisez-le !

Un polar juridique, psychologique dont je n’ai sauté aucune ligne. Le psy ne fait pas vrai psy mais comme c’est un américain, il faut s’attendre à tout. Et le tout est crédible, se tient, très bien raconté avec quelques notes d’humour (Un psy qui a de l’humour !!!). J’ai joué le jeu et je ne l’ai pas regretté.

Un très bon polar, pas sanguinolent, pas d’autopsie détaillée mais palpitant du début jusqu’à la fin. Ce pourrait être un bon début pour ceux qui n’aiment pas les polars et voudraient s’y mettre.

La Martine ravie

ROUGHAN Howard RP juil.-12
Plon, 2005 (2004), 375 p.

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Le garçon d’à côté

« Dans la banlieue tranquille du Middle West où Sarah vit avec ses enfants, Nate et Danny, la nouvelle fait l’effet d’une bombe : leurs voisins et amis, les Kendricks, sont accusés de pédophilie. L’horreur était là sous ses yeux et pourtant Sarah n’a rien vu, rien senti.
Malgré l’équilibre fragile qu’elle tente de maintenir au sein de sa famille depuis la mort de son mari, elle décide d’accueillir Jordan, le fils des Kendricks, victimes d’abus. Sarah, Nate et Danny vont devoir changer de regard, réinventer leurs rôles respectifs et leurs certitudes pour redonner à Jordan goût à la vie et l’aider à grandir. »
« Sans jamais verser dans le sensationnalisme, Le Garçon d’à côté prend à bras-le-corps la face obscure de la nature humaine, mais parle aussi de résilience et d’amour. Un tour de force romanesque qui dérange et interpelle »( Clémentine G. – Elle.)
Ce livre est, en effet, bien écrit, très intéressant, bien documenté. Les personnages avec leurs certitudes et leurs doutes sont très attachants. Il leur faut revoir continuellement leurs gestes et leurs mots pour ne pas choquer, braquer, Jordan qui lui est dans le déni. Ils sont aidés par un flic, un assistant social et une psy plutôt sympathique. Grâce à sa famille d’adoption, Jordan comprendra et évoluera vers une vie plus agréable.
Un livre, somme toute, positif que j’ai eu beaucoup de mal à quitter.
La Martine
KITTLE Katrina R juil.-13
Poche, 2013 (2005), 567 p.
Prix des lecteurs 2013

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Le péché des anges

Le mari, Phillip ; l’épouse, Janet ; leurs jumeaux, Maximilian et Marco et l’amant, Andrew qui est, en plus, inspecteur de Scotland Yard.
Les jumeaux sont très attachés l’un à l’autre au point de ne faire qu’un. Le hic c’est que Maximilian est en asile psychiatrique dans le nord de l’Allemagne, pour le meurtre d’une jeune fille (ou presque) et Mario poursuit ses études, tranquillement, à Hambourg. Janet est en Angleterre chez son amant. Justement, Mario a envie de prendre des vacances et de partir quelques jours dans le sud de la France avec sa copine Tina.
Là, tout le monde s’affole : ceux qui savent, ceux qui ne savent pas, mais ont le pressentiment qu’un drame va se jouer. On nous le répète assez souvent pour qu’il n’arrive pas. On nous répète souvent, aussi, que personne n’est capable de reconnaître les jumeaux, qu’ils ne font qu’un et qu’ils peuvent communiquer par la pensée.
Mais alors ? Qui est qui de Mario et Maximilian ?
Les ficelles sont assez énormes, les états d’âme de la nana (mère et amante en manque) sont un peu lourds, mais, bof ! en sautant quelques pages, on peut arriver au bout sans réel déplaisir.
Sur une plage, il doit être mieux, plus émoustillant.
La Martine fleur bleue
LINK Charlotte
France Loisirs, 2011 (1995), 357 p.

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Pulsations

Chroniques fourre-tout où l’auteur britannique prend le pouls de sa société.
Les plus jouissives à mon sens: les rencontres dînatoires de 3 couples qui passent à la moulinette les événements politiques et sociaux de leur entourage. C’est drôle et finement observé. Pour le reste, on retrouve des fonds de tiroirs, en attendant ‘Une fille, qui danse’, son dernier livre traduit en français.
Amitiés expectatives,
Guy
Julian Barnes – folio – 329 p.

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Le Jardin des Secrets

En ce moment, je n’ai que des lectures nulles. Une vraie catastrophe.
Je vous en livre un extrait…
Pardonnez-moi !
Très longue saga familiale qui commence par la grand-mère qui pourrait s’appeler Ben hech (fils de qui ?), puis sa petite fille, Cassandra.
Cassandra a été abandonnée par sa mère et élevée par sa grand-mère Nell, qui, elle-même avait été abandonnée sur un bateau en partance pour l’Australie et en provenance de Londres. (C’est le truc à sauter une génération.)
Mais, en réalité, de qui est Nell qui s’est aussi appelée Ivory dans un temps passé : de Rose, une noble jeune fille perpétuellement malade, de Mary sa servante ou de la Conteuse, Eliza, la cousine de Rose, mais qui était la fille de la sœur déchue du père de Rose, donc de l’oncle d’Eliza ( Les liens de famille !!!) ?
Nell fera un premier voyage en Cornouailles, puis, à sa mort, Cassandra ayant hérité du Cottage de sa grand-mère partira à son tour à la recherche des origines de Nell, et donc des siennes et trouvera aussi l’amour.
Le tout agrémenté des rituelles histoires d’amour impossible et triste à travers le temps, d’une profusion de personnages, de sujets indirects et des contes de la conteuse. Pfffffttttt !!!! Autant dire que j’ai sauté pas mal de pages.
Un très long imbroglio à l’eau de rose avec un suspense et de fausses pistes dignes d’un mauvais polar.
À la fin de la guimauve, j’ai enfin su de qui, Nell, était la fille. Oh bé quelle surprise, alors !!!
Quelle recherche de temps perdu !!!
La Martine, l’âme proustienne
MORTON Kate
France Loisirs, 2008, 738 p.
Traduit de l’Australien par Hélène Collon

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Port-Soudan

 

Voilà un monsieur qui écrit bien ,et il veut que cela se sache.
Récompensé en 1994 par le prix Femina, cet opuscule raconte le retour en Europe du narrateur, après la mort de son ami A.
Vivant en Afrique dans un pays en décrépitude, il retrouve une France revenue de tout, et ses recherches lui feront découvrir que son ami écrivain s’est suicidé par dépit amoureux. Bof.

Olivier Rolin est un ancien militant de la Gauche prolétarienne.
Reste-t-il en lui une nostalgie de la lutte finale?
Désolé pour ceux que cela choque: un tel livre m’emmerde.

Amitiés d’un qui n’a sans doute rien compris,

Guy

Olivier Rolin – Fiction & Cie – 125 p.

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