Premier de cordée

Jean Servettaz a été foudroyé aux Drus. Son fils, Pierre, part le chercher, se casse la figure et le crâne, survit, mais ne pourra jamais refaire de l’alpinisme, car il a des vertiges. Il sombre d’abord dans la mauvaise humeur et l’alcoolisme, fini par se confier à ses amis qui le requinquent (à coup de blanc) et avec un autre (celui qui avait ramené le client du père lors de l’orage) qui est estropié des pieds réussi à vaincre sa peur, son vertige et « la Verte par la face nord ». Entre temps, le corps du père avait été ramené par une autre cordée de sauveteurs. Une belle histoire de courage qui se finit bien. Mais que de drames avant d’arriver à la fin !
Ce livre m’avait enthousiasmée… il y a 50 ans. J’ai dû mal vieillir, car cette fois j’ai vu toutes les ficelles des bons sentiments, la morale castratrice et les décors plus enluminés que nécessaire. Tous les sommets nous sont cités un par un avec leur nom et leurs caractéristiques. Un vrai dépliant touristique ! Tout le matériel, toutes les escarmouches et autres pièges des ascensions, aussi. Quelle corrida !
Comme tous les passionnés par son sujet, M. Frison Roche nous saoule de mots et ne sait pas se mettre à la portée du lecteur commun. Il est vrai, aussi, que son livre est devenu une lecture pour la jeunesse.
J’ai bien aimé (quand même…) la transhumance des petites vaches de montagne qui m’a rappelé les petites vaches catalanes, nerveuses et au mauvais caractère, tenant plus du taurillon que de la pisseuse de lait confortable. Elles aussi s’élisent une « miss » pour les guider après un combat épique que j’ai suivi sans sauter une ligne et où j’ai souffert à chaque coup de corne. Dur, dur d’être la Reine du troupeau !
Pas étonnant que je refuse d’être le « chef de la meute ». J’ai horreur des efforts inutiles et de la neige.
La Martine essoufflée
FRISON ROCHE Roger
Arthaud, 1963, 319 p.

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Bettý

 

Nom: Bettý. Profession: femme fatale.

Il y avait un film de Chabrol qui s’appelait Betty, d’après le roman de Simenon avec Marie Trintignant dont je ne me souviens plus très bien, mais j’avais bien aimé. Cette Bettý n’a rien à voir, elle est Islandaise (d’où le « ý » que j’ai eu un peu de mal à trouver sur Word) et sort de l’imagination d’Arnaldur Indridason.

J’avais voulu voir ce qu’il était capable de faire en dehors des enquêtes d’Erlendur et je n’ai pas été déçu du voyage. J’ai été aussi attiré par la photo de couverture en noir et blanc chez points. Une femme allongée sur le dos, vue en contre-plongée, une cigarette allumée dans la bouche. La chemise est ouverte et ses bras sont relevés au-dessus de sa tête. Sous un de ses yeux clos, une tâche étrange. En dehors de la chemise, elle ne porte rien, mais son corps n’est qu’une esquisse vaporeuse de laquelle se dégage à peine la courbe des seins.

Que les fans d’Indridason se rassurent, on retrouve les dadas de l’auteur et même une référence à Erlendur au détour d’une phrase. Toujours cette obsession pour les disparitions et les accidents maquillés. Il faut dire qu’avec tous ces volcans et ses gorges tapissées d’aiguilles de lave refroidies, il doit être tentant pour un tueur d’y pousser ni vu ni connu sa victime.

Le texte est beau et l’écriture très noire, assez chaude aussi. En même temps, une histoire de femme fatale sans érotisme, c’est un peu euh…comme un lapin sans oreilles.

Une femme fatale, c’est une femme qui dispose d’un pouvoir de séduction démesuré, un pouvoir quasi surnaturel sur les hommes et souvent aussi sur les femmes. Un pouvoir avec lequel elle dévore le monde, mais un pouvoir qui la dévore aussi. Souvent, les pouvoirs de la femme fatale sont trop grands pour elle, elle n’arrive à les maîtriser que par intermittence. Le reste du temps, ils la dépassent. Bettý se débrouille pas trop mal. Comme dans la bouche de toutes les femmes fatales, le mot « vérité » n’a aucun sens dans la bouche de Bettý. Ses paroles, comme tout le reste, ne sont que des charmes évanescents, un chaos sans autre logique que celle de l’instant. Ses victimes, lorsqu’elles ne meurent pas, sont, comme il se doit, tellement fascinées par son aura qu’elles ne peuvent la haïr. Jusqu’à leur dernier souffle, elles se persuaderont que derrière ce masque maléfique, se cache un petit animal effarouché et prisonnier d’une méchante sorcière qu’ils sont seuls à pouvoir libérer. Et moi, pauvre diable, je tombe toujours dans le panneau . Je ne peux me résoudre à l’existence de la méchanceté pure, je me dis que ce n’est pas possible, qu’il doit forcément y avoir une explication.

Les sirènes, Circé, Lilith, Salomé, Morgane, Mata Hari , Jessica Rabbit, Bettý…Indridason se pose en digne maillon de cette chaîne qui prend sa source dans les tréfonds de l’humanité et qui, espérons-le, ne cessera jamais de s’allonger.

Edouard

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La grande poursuite

Un agent littéraire londonien reçoit un beau jour un manuscrit intitulé ‘Pitié, ô hommes, pour la vierge’.
Le contenu, scabreux, raconte les amours d’un tout jeune homme avec une vieille dame.
L’auteur veut à tout prix rester anonyme. Qu’à cela ne tienne, on lui trouve un prête-nom, dénommé Peter Piper. Cet écrivain médiocre, vieux garçon refoulé, se fait un peu prier, mais finit par accepter la tournée de promotion aux États-Unis de ‘son’ livre.
Arnaques, embrouilles, mensonges, incendies, destructions diverses, l’auteur tire au bazooka sur tout ce qui bouge.
J’ai rarement autant ri, livre en main.
Une bonne pinte de folie.
Amitiés déjantées,
Guy.
Tom Sharpe – Folio – 377 p.
Tom Sharpe est décédé récemment.
Grâces lui soient rendues.

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L’Amour sans le faire

Comme dirait notre ami Guy : « Les tranches de vie, en apparence anodine, donnent au lecteur un sentiment de bien-être. »
C’est ce que j’ai ressenti tout au long du livre
Un paragraphe pour Franck, un paragraphe pour Louise. Nous apprenons par petites touches ce qu’il leur est arrivé. Et puis les paragraphes se rejoignent, tout à fait par hasard, dans la ferme familiale.
Franck n’avait pas vu ses parents depuis 10 ans et avait à peine entraperçu sa belle sœur à l’enterrement de son frère, Alexandre.
Louise est belle, mais Franck ne peut pas « tromper » son frère, omniprésent.
« Ne pas pouvoir s’aimer, c’est peut-être plus fort que s’aimer vraiment. »
La nature tient aussi beaucoup de place et puis… il y a le petit Alexandre, le fils de Louise…
Ces deux-là se sont reconnus tout de suite par leur mal-être et se jurent de ne pas se faire du mal. Ils s’apprivoisent petit à petit. Ils renouent avec leur passé et nous disent ce qu’ils ont loupé.
La fin du roman nous laisse un espoir. Il n’est jamais trop tard pour réinventer sa vie.
Un livre très reposant, une bouffée d’oxygène… Ouf !!!
La Martine
JONCOUR Serge
Flammarion, 2012, 320 p.

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Canada

Dell, le narrateur, et Berner, sa sœur jumelle, sont âgés de 15 ans quand leur père se met en tête de braquer une banque, accompagné par leur mère.
Dans une famille sans histoire, où l’amour circule plutôt positivement, l’arrestation des parents donnera un coup d’arrêt à l’insouciance des deux adolescents.
Elle fugue, et lui passe la frontière canadienne en compagnie d’une amie de leur mère.
Il entrera au service d’un certain Arthur, dont le passé américain est pour le moins nébuleux.
Un roman américain exceptionnel, dans la veine des touts grands. Plus velouté que Jim Harrisson, moins cynique que Philip Roth, moins baroque que John Irving ,Richard Ford traîne un passé de semi-délinquant qui lui donne la lucidité nécessaire pour décrire le passage vers la vie adulte.
Un travail d’orfèvre, dans un livre où tout sonne vrai.
Amitiés passionnées,
Guy
Éditions de l’Olivier – 478 p.
Richard Ford

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Retour à Salem

« Un soir à Hambourg, Hélène Grimaud pousse la porte d’un antiquaire. Elle ne sait pas encore qu’à cet instant précis sa vie bascule dans l’ailleurs et dans une succession d’événements qui la ramèneront de l’Europe aux États-Unis, à Salem, le refuge de ses loups, pour reprendre, à leurs côtés, sa lutte contre la destruction de la nature… Roman fantastique ? Tel est l’enjeu de ce livre qui alterne conte initiatique et journal personnel et qui croise, jusqu’au vertige, fiction et réalité. »
H. G. est une pianiste et éthologue, à l’imagination débordante et passionnée par tout ce qui est extra-sensoriel, les liens avec le cosmos, les légendes, la sauvegarde de la nature, etc. Elle a de grandes connaissances dans divers domaines. Elle est aussi assez caractérielle… Elle a besoin de la nature et de ses loups pour se ressourcer, mais aussi des feux de la rampe. Ce qui fait que quand elle a besoin d’argent pour sa fondation, elle vient en Europe, sort quelques disques, un livre et fait quelques tournées, puis nous oublie et repart dans son désert blanc.
À ses débuts elle était très douée. Elle n’est plus qu’une bonne mécanique médiatique. J’ai aussi acheté le CD des 2 concertos de Brahms…
Son livre est un ramassis de toutes ses hallucinations et connaissances jetées en vrac. Je n’ai pas compris ce qui se passait, mais j’étais trop angoissée pour continuer. Je suis donc partie à la fin. H. G. se pose toujours les mêmes questions…
Un livre aussi glauque, nauséabond, humide, malsain, acide que la forêt mystérieuse que le dénommé Wûrth (un des pseudonymes de Brahms) est censé explorer. Un conte, un vrai voyage ou la transcription de la folie de Schumann ??? De quoi rester sur sa faim et mal dormir la nuit.
Hypersensibles s’abstenir. Les amateurs de science-fiction et d’énigmes non résolues peuvent se lancer.
En achetant ce livre, j’ai fait une bonne action : une boulette de viande pour ses loups. C’est ma seule consolation.
La Martine dépitée
GRIMAUD Hélène
Albin Michel, 2013, 251 p

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Comme les amours

Tous les matins, une éditrice madrilène consomme son petit déjeuner dans un café, et tous les matins elle observe un couple qui la fascine par sa complicité et par sa joie de vivre. Jamais elle ne leur adressera la parole.
Après ses vacances, le couple ne reparaît plus.
Elle apprendra par hasard que l’homme a été assassiné de plusieurs coups de couteau par un déséquilibré.
Elle décide d’entrer en contact avec la veuve, et elle rencontrera le meilleur ami de l’homme décédé.
L’histoire fascine comme la narratrice est fascinée par cette image du bonheur d’abord vécu, puis brutalement interrompu. L’auteur emploie une langue très riche, et des phrases qui pourraient évoquer Proust.
À de nombreuses reprises, je me suis trouvé perdu au milieu d’une phrase, avec des idées d’école buissonnière.
Un livre fort littéraire, dans le sens plutôt péjoratif du mot: très beau et très rasoir.
Javier Marias écrit des tragédies (références nombreuses à Shakespeare).
Il est aussi supporter du Real Madrid, donc pas totalement inintéressant.
Amitiés tragiques,
Guy
Javier Marias – Gallimard – 373 p.

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L’Écrivain de la famille

Quand je ne trouve pas les mots pour le dire, je copie la 4e de couve.
 » À sept ans, Édouard écrit son premier poème, quatre rimes pauvres qui vont le porter aux nues et faire de lui l’écrivain de la famille. Mais le destin que les autres vous choisissent n’est jamais tout à fait le bon…
Avec grâce et délicatesses, Grégoire Delacourt nous conte une histoire simple, familiale, drôle et bouleversante. »
« Un texte délicat, écrit sourire en coin… l’auteur dit la difficulté de s’extirper des rêves que les autres on formulés pour vous, d’échapper à l’identité qu’ils vous ont assignée. Ça ne l’empêchera pas de devenir écrivain. Mais en cessant de laisser la vie et les autres décider à sa place.
R. Leyris, le Monde des livres. »
Ce livre est plus personnel que « la liste de mes envies ». C’est son tout premier livre où il a mis beaucoup de lui-même, sans détour, sans critique pour ses proches, juste leur difficulté à vivre et l’amour qui les unit.
Un livre poignant.
Par contre, si l’auteur a enfin réussi à « apprendre » à écrire, il semble qu’il n’ait pas appris à éviter les procès, les pensions alimentaires et autres dommages et intérêts y afférant. Voir son dernier roman ; « La première chose qu’on regarde. » Sera-ce un destin imposé par les autres ???
Si l’auteur vire à la plampougnette people, je crois que je ne lirai pas la suite…
La Martine qui n’aurait pas dû aller sur Google.
DELACOURT Grégoire Poche, 2012 (Lattès 2011), 235 p.

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La folie Foucault

Un très étonnant roman commençant à Cambridge.
Un jeune étudiant se passionne pour Paul Michel, écrivain et philosophe français, homosexuel, prix Goncourt.
Ce personnage imaginaire est lui-même passionné par Michel Foucault, le provocant philosophe mort du sida en 1984.
Paul Michel a disparu de la scène littéraire depuis de nombreuses années, et l’étudiant le retrouve dans un hôpital psychiatrique, à Clermond-Ferrand.
Racontée comme cela, l’histoire semble fabriquée de toutes pièces.
Et pourtant, la description de la folie du personnage principal tient de la performance.
La violence et le manque de balises seront à l’origine du drame final.
Amitiés schizophrènes,
Guy.
P.S. Ce livre est cité dans ‘Les 1001 livres qu’il faut avoir lus dans sa vie’ un collectif dirigé par Peter Ackroyd, avec parmi d’autres Jean d’Ormesson. Comme toute compilation, celle-ci reste subjective. Mais elle permet de découvrir des lectures absolument inédites et de grande valeur.
Allons, la lecture a encore de beaux jours devant elle…
Patricia Duncker – Calmann-Lévy – 207 p.

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Bruits du cœur

Adrian, 39 ans, ami d’enfance du narrateur, meurt à New York d’une crise cardiaque. La veille de sa mort, il avait envoyé une lettre à son ami, à Copenhague, lui disant « qu’il aimerait lui parler d’une chose qui le tourmentait depuis un moment. » C’est l’occasion pour le narrateur de se souvenir et de nous raconter leur histoire, leur enfance, leurs amours et désamours et surtout parler de leur amitié, très forte, mais qui, avec la distance et le temps, s’était un peu estompée.
Au fil du récit nous apprenons beaucoup de choses sur leur passé qui n’a rien d’idyllique. Tout nous est raconté par petites touches sensibles, souvent pudiques, mais avec réalisme.
J’ai bien aimé le style d’écriture avec de petites descriptions pleines de poésie comme les estampes japonaises dont le narrateur était devenu expert.
« Bruits du cœur » nous conte toutes les phases de l’amour avec ses bons et mauvais moments, les illusions et les désirs que l’on prend parfois pour de l’amour, l’amour que l’on trouve quand on ne l’attendait plus. Le tout est analysé avec justesse et objectivité. Nul n’est épargné.
L’auteur nous dit à plusieurs reprises que la mémoire est subjective et que cette histoire racontée par quelqu’un d’autre aurait pu être différente, voire ne jamais exister…
Ce livre est antérieur à « Les mains rouges ». J’ai retrouvé l’abondance des détails et des personnages, mais j’ai préféré « Bruits du cœur » pour son côté intimiste et plus doux.
La Martine sous le charme
GRONDAHL Jens Christian
Gallimard, 2002 (1999), 267 p.

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